Le centre-ville ancien, ou Centre ancien"centre-ancien". est l'un des vingt quartiers de Caen. Il se situe au nord-ouest de la ville.
Délimitation Selon la ville de Caen, le quartier est délimité : au nord, par les rues du Gaillon et Lecornu, à l'est, le boulevard maréchal Leclerc, l'avenue de la Libération, au sud, par le boulevard Yves Guillou, à l'ouest, par les fossés saint-Julien et l'avenue Albert Sorel,
Histoire
Le centre-ville ancien est constitué de trois entités à l'histoire distincte : l'ancien Bourg-le-Roi (ou Bourg-le-Duc) entre le château, l'ancien cours du Grand Odon aujourd'hui recouvert, la place Fontette et les Fossés Saint-Julien ; l'ancienne île des Petits Près entre l'ancien cours de l'Odon, l'ancien cours de la Noë (boulevard Maréchal Leclerc) et le boulevard Bertrand sur laquelle on aménagea l'ancienne place royale (place de la République) au ; une partie de la Prairie urbanisée au au sud du cours Bertrand.
Bourg-le-Roi
Moyen Âge Au , des missionnaires venus de Bayeux, fondent des oratoires, entourés de leur cimetière, le long de la voie romaine reliant Augustodurum (Bayeux) à Noviomagus Lexoviorum (Lisieux) établie au fond de la vallée de l'Orne au . L'église Saint-Pierre est alors fondée dans le village de Darnetal, qui se développe sur les bords de l'Odon.
Le bourg de Caen (burgus Cadomus) est attesté depuis le règne du duc Richard II (996-1026). et commence à se structurer sur un axe reliant Saint-Pierre à Saint-Martin en passant par Saint-Sauveur. Les paroisses Saint-Étienne, Saint-Sauveur, Saint-Georges, Saint-Gilles sont créées à cette époque. Mais c'est vers 1060, avec l'établissement par Guillaume le Bâtard d'un château sur l'éperon rocheux dominant la basse vallée de l'Orne, que la ville prend véritablement naissance. Une première enceinte entoure le burgus qui prend le nom de Bourg-le-Duc, puis de Bourg-le-Roi après la conquête de l'Angleterre. Cette enceinte n'avait probablement pas de but défensif, mais servait à montrer la frontière entre le bourg et les faubourgs sous l'autorité de l'abbé et de l'abbesse des deux abbayes fondées à la même époque, l'abbaye aux Hommes et l'abbaye aux DamesChristophe Collet, Pascal Leroux, Jean-Yves Marin, Caen cité médiévale : bilan d'archéologie et d'histoire, Calvados, Service Département d'archéologie du Calvados, 1996, . Ce n'est vraisemblablement qu'au que cette enceinte devient une véritable muraille à caractère militaire. Encore ne s'agit-il probablement que d'une palissade en bois percée de portes. Ces fortifications ne permettent pas de protéger la ville efficacement lors du siège de 1346. Les Anglais pénètrent dans la ville et la pillent. Malgré le renforcement des murailles, c'est à nouveau le cas après le siège de 1417 ; la ville, bombardée pendant presque un mois est en partie détruiteLéon Puiseux, Siège et prise de Caen par les Anglais en 1417 : épisode de la guerre de Cent ans, Caen, Le Gost-Clérisse, 1858, .Jean Le Patourel, « Le rôle de la ville de Caen dans l'histoire de l'Angleterre », Annales de Normandie, 1961, , , .. Elle est occupée par les Anglais jusqu'en 1450.
et siècles : la ville baroque et classique
Aux et siècles, la vieille ville connait quelques aménagements afin d'embellir et assainir la ville. La place Saint-Pierre est créée dans les années 1630. En 1688, la rue Pémagnie, permettant l’accès à la ville depuis le nord, est en partie redressée et élargie ; la rue est définitivement élargie et rectifiée dans les années 1880-1890 après la construction de la gare Saint-Martin. Afin d’améliorer la circulation, notamment sur l'axe Paris - Cherbourg, les fortifications sont en partie détruites (Châtelet en 1755, Porte Millet et de Bayeux au début des années 1760). Au nord-ouest de la ville, la destruction des murailles et le comblement des fossés permettent la création d'une nouvelle place, la place Fontette, alors que la rue Écuyère est alignée et prolongée jusqu'à cette nouvelle place dans l'axe d'une nouvelle rue (actuelle rue Guillaume-le-Conquérant). En 1787, les travaux du palais de justice de Caen débutent au nord de la place Fontette ; ils ne sont terminés qu'au milieu du siècleDossier d'étude sanitaire dans le cadre de l'appel à projets Fontette, . Cet aménagement vient compléter l'importante opération d'urbanisme entreprise quelques années plus tôt sur la place Saint-Sauveur. À proximité, le palais des facultés est construit entre 1694 et 1704 par l’architecte Brodon le long de la rue Pasteur (alors rue de la Chaîne) pour abriter l'université de Caen<ref>Eugène de Robillard de Beaurepaire, « Journal des choses mémorables arrivées à Caen, d'après des notes manuscrites du et du siècles » dans lAnnuaire des cinq départements de la Normandie, Caen, Association normande, 1890, , </ref>.
De la Révolution française à l'entre-deux-guerres
Aux , la ville change peu. Les conditions de vie sont difficiles dans un tissu urbain dense constitué de petites allées étroites, noires, tortueuses, voutés dans presque toute la longueur, très humides et bordées de hautes maisons empêchant la lumière du soleil d’atteindre les niveaux inférieurs. Cette insalubrité est aggravée par la présence de nombreux cours d’eau (Grand et Petit Odon, Noë) qui parcouraient la ville ; ces rivières servaient d’égouts à ciel ouvert et étaient souillées par des activités polluantes (blanchisseries en amont du Grand Odon notamment). Quelques travaux permettent d’améliorer la situation : déplacement des halles de la boucherie (1855) et de la poissonnerie, couverture de la rivière (1860) et aménagement d'un boulevard, comblement des bras d'eau pour permettre la construction d'un réseau général d'égouts dans les années 1930. Un réseau de tramways électriques permet à partir de 1901 de relier le centre-ville à sa périphérie. En 1937, les tramways sont définitivement remplacés par des bus et une gare routière est construite à l'emplacement de l'actuel centre Paul-Doumer. L'université est considérablement agrandie à la fin du et occupe désormais l'ensemble du terrain situé derrière le chevet de l’église Saint-Sauveur.
Les Petits Près
thumb|left|Le Vray Pourtraict de la ville de Caen, 1575 Les Petits Près avant l'urbanisation
À partir du , la ville de Caen se développe principalement le long de deux axes : un axe Est-Ouest sur la rive gauche du Grand Odon (Bourg-le-Roi) et un axe Nord-Sud sur la rive droite de l'Odon qui faisait un coude après sa confluence avec un bras de l'Orne, la Noë (île Saint-Jean). Entre ces deux espaces urbains, des prairies, délimitées au nord par le Grand Odon et au sud par la Noë, s'enfoncent dans la ville jusqu'au confluent de ces deux cours d'eau. Afin de défendre la cité des agressions étrangères, le Bourg-le-Roi et l'Île Saint-jean sont enclos par des enceintes érigées le long des rivières, le seul point de contact entre les deux ensembles fortifiés étant le pont Saint-Pierre protégé par le Châtelet. Les prairies entre l'Odon et la Noë, laissées à l'extérieur des murs de la cité, étaient un point faible dans la défense de la villeJoseph Decaëns, « Le château et la ville de Caen pendant la guerre de Cent ans » dans Jean-Yves Marin (dir.), La Normandie dans la guerre de Cent ans, 1346-1450, Skira, Milan, 1999 , 19. Ainsi, lors du siège de la ville par les Anglais en 1417, le roi Henri V d'Angleterre lance l'assaut sur le Châtelet du Pont Saint-Pierre à travers les champs où se dresse aujourd'hui le quartier de la place de la RépubliqueLéon Puiseux, Siège et prise de Caen par les Anglais en 1417 : épisode de la guerre de Cent ans, Caen, Le Gost-Clérisse, 1858, ..
Cette prairie appelée les Petits Près est divisée par la chaussée Saint-Jacques. Cette chaussée surélevée va du pont Notre-Dame (sur l'Odon) au pont Saint-Jacques (sur la Noë) et relie ainsi la porte de la Boucherie (des Près ou Notre-Dame) à la porte des Jacobins. Elle est aménagée en 1512 sous les ordres de Louis II de La Trémoille afin de renforcer les défenses de la ville. Elle est en effet précédée d'un fossé et peut recevoir au besoin des pièces d'artillerie..
On trouve à l’est de cette voie le Pré Saint-Pierre, nommé ainsi parce qu’il appartient en grande partie aux prêtres de la paroisse Saint-Pierre, et à l’ouest le Pré aux Ébats ; la partie la plus près de la porte de la Boucherie est dénommée Petits-Prés de Castillon au , Prés de la Massacre au et Prés de la Boucherie par la suite, les deux dernières dénominations faisant référence aux halles de la Boucherie qui se trouvaient jusqu'en 1855 entre la rue Saint-Pierre et la rue de BrasGervais de La Rue, Essais historiques sur la ville de Caen et son arrondissement, Caen, Poisson, 1820, ..
Situées à proximité immédiate de la ville, ces prairies sont l'un des principaux lieux de récréation pour les habitants qui s'entassent entre les murs de la cité. On y organise par exemple des tournois de Papeguay ou Papegault, jeu consistant à abattre grâce à une flèche un oiseau de bois peint placé en haut d'un mât très élevéGervais de La Rue, , .. L'ambiance régnant dans cette grande prairie peut être perçue grâce au témoignage de Charles de BourguevilleCharles de Bourgueville, Les Recherches et antiquitez de la province de Neustrie, présent Duché de Normandie, comme des villes remarquables d’icelle : mais plus spécialement de la Ville & de l’université de Caen, À Caen, de l’imprimerie de Iean de Feure, 1588, .. « [...] deux moyennes prairies, qui separent la ville de ce costé là, fort plaisantes, encloses d'vn costé de la grosse riuiere d'Ourne, et de l'autre de la riuiere de l'Odon : auxquelles les habitans et ieunesses se pourmenent, prennent plaisir à la saison du Printemps et de l'Esté, mesmes les escoliers de l'Uniuersité, les vns à sauter, luiter, courir, iouer aux barres, nager en la riuiere qui les enclost, tirer de l'arc, et prendre honnestes recreations; comme aussy font les damoiselles, dames et bourgeoises, à y estendre et sécher leur beau linge, duquel lesdictes prairies sont aucunesfois si couuertes qu'elles semblent plutost blanches que vertes. Et au iour des festes après le souper s'y assemblent les grandes compagnies, tant de seigneurs, officiers, dames, damoiselles, bourgeoises, en nombre de trois à quatre mille personnes, qui s'y pourmenent par troupes, pour y auoir leur plaisir et recreation et voir les passe temps qui s'y font, mesmes sur les ponts [...] » CHARLES DE BOURGUEVILLE.
Un règlement de 1611 qui institue quatre cimetières protestants à Caen en établit un dans le pré des ébats, près de la boucherie, confirmant ainsi un sentence du bailliage de Caen du 29 juillet 1606Elizabeth Andersson, « Les Protestants et le secteur textile caennais au », Annales de Normandie, 1996, , , ..
Le quartier de la place royale
Au , la croissance démographique et l’essor économique que connait la ville sous le règne personnel de Louis XIV obligent la cité à repousser ses frontières et à investir ces espaces restés agricoles. La pression démographique contraint la ville à investir les Petits Prés, protégés à l’ouest par une courtine construite entre 1590 et 1620 pour relier la porte Saint-Étienne et l’île de la Cercle (appelée Champ de foire par la suite). À partir du , le quartier est urbanisé.