Guillaume de Joinville, né vers 1170 et mort le , est un prélat français d'origine champenoise de la fin du et du début du . Il est le troisième fils de et de son épouse Helvide de Dampierre.
Tandis que ses frères aînés Geoffroy et Robert héritent des seigneuries de Joinville et de Sailly, il se consacre à la vie ecclésiastique et devient archidiacre de Châlons en 1191.
À partir de 1209, il succède à Robert de Châtillon et devient évêque de Langres et pair de France. Il fonde la ville neuve dite La-Villeneuve-l’Évêque dans le val de Verbiesles ainsi que le prieuré voisin du Val des Écoliers lié au nouvel ordre des Écoliers du Christ. Puis il est le candidat du roi pour devenir évêque de Metz, mais il doit laisser le siège à l'évêque de Spire Conrad de Scharfenberg.
Le , il participe à la bataille de Bouvines aux côtés du duc de Bourgogne, .
Pendant la guerre de succession de Champagne, il apporte son soutien à la comtesse Blanche et son fils Thibaut conformément aux souhaits du pape et du roi de France Philippe Auguste, alors que son frère Simon de Joinville combat aux côtés du prétendant Érard de Brienne et de son épouse Philippa de Champagne.
En 1219, ses qualités lui permettent d'accéder à la charge d’archevêque de Reims. Il procède à la cérémonie de l'inhumation de Philippe Auguste à la basilique Saint-Denis, de concert avec le cardinal-légat Conrad d'Urach, puis il sacre le nouveau roi à la cathédrale Notre-Dame de Reims le .
En 1226, il accompagne le roi à la croisade des albigeois et est présent auprès de l'ost royal lors du siège d'Avignon. Tombant malade devant les murs de la ville, il préfère rentrer dans ses États. Toutefois, sa santé se détériore sur le chemin du retour et il meurt à Saint-Flour. Son corps est alors transporté jusqu'à l'abbaye de Clairvaux où il est inhumé.
Biographie vignette|droite|alt=Église de style gothique surmontée d'un haut clocher.|Église de la Nativité-de-Notre-Dame de Joinville dont le début de la construction date du .
Origines Guillaume de Joinville est né vers 1170, probablement au château de Joinville. Il est le troisième fils de , seigneur de Joinville et sénéchal de Champagne, et de son épouse Helvide de Dampierre, elle-même fille de , seigneur de Dampierre et vicomte de Troyes, et de son épouse Helvide de BaudémentRacines et Histoire.Champagne nobility DAMPIERRE-SUR-L’AUBE, JOINVILLE, RAMERUPT..
Il est donc le frère de et de Simon, qui seront successivement seigneur de Joinville, ainsi que le petit-neveu de Guy de Joinville, évêque de Châlons de 1164 à sa mort en 1190 lors de la troisième croisade et l'oncle de Jean de Joinville, ami et chroniqueur de Saint Louis.
Alors que ses deux frères aînés Geoffroy et Robert héritent des seigneuries de Joinville et de Sailly, Guillaume est destiné dès sa naissance à une carrière ecclésiastique. Il est ainsi confié à un précepteur en 1189 avant d'achever sa formation dans les écoles épiscopales à Reims puis de rejoindre ensuite Paris où il enseigne la théologie.. Dès 1191, il est nommé archidiacre de Châlons.
Selon certains historiens du , Guillaume aurait également été moine à l'abbaye de Clairvaux avant de commencer sa carrière à Châlons-en-Champagne.
Évêque de Langres vignette|droite|alt=Photo d'une cathédrale de style roman et gothique avec des arbres en premier plan.|Cathédrale Saint-Mammès de Langres dont la construction date du .
Accession au siège épiscopal de Langres Guillaume de Joinville est élu évêque de Langres en 1209, après que son prédécesseur Robert de Châtillon meurt lors de son retour de la croisade des albigeois, il devient dès lors un pair de France.
Dans une charte de 1211, il est le premier à utiliser la formule , soit « Évêque de Langres par la miséricorde divine », devenue classique par la suite pour les évêques.
En 1212, il est le candidat du roi Philippe Auguste pour devenir évêque de Metz, mais il se désiste et doit laisser le siège à Conrad de Scharfenberg, évêque de SpireRené Bour, Encyclopédie illustrée de la Lorraine, 1995..
En 1218, il fonde un collège de douze chanoines à la collégiale Saint-Pierre de Mussy-sur-Seine, où se situe la résidence d'été des évêques de Langres.
Fondation de La-Villeneuve-l’Évêque Afin de protéger le château de Luzy qu'il venait d'acquérir, il fonde vers 1212 une ville neuve sur l'entrée du vallon de Verbiesles. Une charte de cette année explique qu'il donne à un certain maître Jean toutes les terres de la naissance de cette vallée pour les défricher et y établir des colons chargés de garder le passage.
Le village porte d'abord le nom de La-Villeneuve-l’Évêque jusqu'en 1371 où il se constituera en corps de paroisse sous le titre de Laville-aux-Bois.
Fondation de l'abbaye du Val des Écoliers vignette|gauche|alt=Dessin en noir en blanc d'une pièce de monnaie médiévale.|Denier de l'évêque de Langres Guillaume de Joinville frappé vers 1209 ou 1210.
C'est en 1201, en venant visiter une chapelle dédiée à la Sainte Vierge qui aurait existé dès le , que Guillaume, docteur à l'université de Paris, décide de s'y fixer avec trois autres docteurs : Richard, Evrard et Manassès. Ils s'installent aux abords de la chapelle et sont rejoints par d'autres étudiants, ce qui donne au prieuré son nom de « Val des Écoliers ». Afin de favoriser ce nouvel ordre, Guillaume de Joinville leur donne en 1212 un terrain sur lequel ils peuvent construire leur prieuré.
Guillaume de Joinville approuve par la suite la règle de saint Augustin donnée à ce prieuré et leur fait diverses libéralités.
Guerre de succession de Champagne vignette|droite|alt=Miniature médiévale représentant le buste de la comtesse Blanche de -Navarre.|La comtesse Blanche de Navarre.
Avant même le début de la guerre de succession de Champagne, la comtesse régente Blanche de Navarre, anticipant les futures prétentions d'Érard de Brienne et de Philippa de Champagne, demande à ses vassaux de faire hommage à son jeune fils le futur , âgé de et hériter du comté de Champagne. Simon de Joinville est alors le premier à prêter ce serment dès , et son frère Guillaume se porte caution de cette promesse et indique notamment qu'il frappera ses terres d'interdit et son frère d'excommunication si celui-ci ne respecte pas sa promesse d'aider Blanche et son fils Thibaut contre les filles d'.
Mais Simon de Joinville ne respecte pas son serment et prend finalement parti pour son cousin Érard de Brienne contre la comtesse Blanche de Navarre et laisse au début de l'année 1216 son château de Joinville à Érard lorsque celui-ci commence de revendiquer le comté de Champagne par la force. Guillaume quant à lui suit la politique du pape qui a apporté son soutien à la comtesse, à l'instar du roi de France. Guillaume montre son intégrité en 1216 en donnant son approbation au jugement de Philippe-Auguste qui affirme que le jeune Thibaut ne pourra être poursuivi avant ses .
En 1217, lorsque Érard de Brienne et ses partisans sont excommuniés, Guillaume refuse d'appliquer cette sentence malgré les monitions papales et préfère temporiser. À la fin du conflit, quand Simon, défait, est contraint de se soumettre, le château de Joinville est confié à Guillaume qui se porte de nouveau garant de la fidélité de son frère et promet de livrer le château à Blanche et à Thibaut si les engagements pris par celui-ci ne sont pas respectés.
Cession de Montigny au comte de Champagne vignette|gauche|alt=Miniature médiévale représentant un homme richement vêtu écrivant sur un long parchemin.|Le comte , dit le Chansonnier. Chansonnier Cangé, , BNF, Fr.846.
Lors de la guerre de succession de Champagne, de nombreux seigneurs du Bassigny ont pris le parti d'Érard de Brienne contre le comte de Champagne, aussi celui-ci cherche à essayer d'étendre ses possessions sur le diocèse de Langres.
Alors qu'il a déjà acquis la seigneurie de Chaumont et qu'il convoite celle de Nogent, il souhaite établir une autre place forte dans le Bassigny. Afin de ne pas éveiller de soupçons, il se met d'accord avec Guillaume afin qu'il traite avec l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon pour acheter le domaine de Montigny qui leur appartient et sur lequel ils possèdent un prieuré. La même année, Guillaume établit une charte qui associe le comte de Champagne à ses droits sur Montigny et qui stipule qu'ils peuvent d'un commun accord y établir une forteresse à frais communs.
Dans les années suivantes, Thibaut achète aux successeurs de Guillaume l'autre moitié de Montigny et y commence la construction du château de Montigny-le-Roi.
Archevêque de Reims vignette|droite|alt=Photo d'une cathédrale de style gothique richement décorée et flanquée de deux tours.|Cathédrale Notre-Dame de Reims dont la construction débute au commencement du sous Albéric de Humbert, prédécesseur de Guillaume de Joinville.
Translation à l’archevêché de Reims En , ses mérites le font transférer au siège archiépiscopal de Reims où il succède à Albéric de Humbert, mort en Italie lors de son retour de la cinquième croisade. Il prend possession de son poste le dimanche et quelques jours plus tard reçoit l'hommage de la comtesse Blanche de Navarre et de son fils Thibaut de Champagne.
Grâce à ses qualités, il s'attire la confiance du pape qui en fait son légat auprès du roi.
Le , à la demande d'Érard de Brienne et de Philippa de Champagne, il vidime et confirme la charte par laquelle ils renouvellent leur renonciation au comté de Champagne.
Puis en , il déclare que Thibaut accorde à son frère Simon de Joinville, à charge d'hommage-lige, le titre de sénéchal de Champagne.
Sacre du roi de France vignette|gauche|200px|alt=Miniature médiévale représentant un archevêque couronnant un couple royal sous le regard d'un autre roi.|Couronnement de et de Blanche de Castille par Guillaume de Joinville sous le regard du roi de Jérusalem Jean de Brienne. Représentation des Grandes Chroniques de France, .
Le , le roi Philippe Auguste meurt à Mantes et son corps est rapporté à la basilique Saint-Denis pour y être inhumé en grande pompe. Une dispute éclate alors entre Guillaume et le cardinal-légat Conrad d'Urach, qui s'occupe de l'affaire albigeoise, pour savoir lequel doit présider la cérémonie. Il est alors décidé que tous deux célèbrent chacun une messe en même temps et sur le même ton à deux autels voisins et qu'il leur serait répondu comme à un seul officiant. Il en est ainsi au grand étonnement de l’assemblée devant cette nouveauté.
En tant qu'archevêque de Reims, Guillaume de Joinville sacre et son épouse Blanche de Castille à la cathédrale Notre-Dame de Reims le en présence des grands du royaume, dont notamment et Jean de Brienne, roi de Jérusalem.
Croisade des albigeois vignette|150px|droite|alt=Miniature montrant une armée de soldats en armure prenant d'assaut une ville fortifiée.|Détail de la miniature de Jean Fouquet montrant l'assaut des remparts d'Avignon lors de la croisade des albigeois.
Au début de l'année 1226, Guillaume de Joinville est présent parmi l'ost du roi qui a décidé d’intervenir en Occitanie, avec la bénédiction du pape qui a déclaré la croisade contre les albigeois, afin de commencer le siège d'Avignon le .
Son frère Simon de Joinville le rejoint environ une semaine plus tard avec le comte , mais ils repartent après 40 jours, estimant leur devoir vassalique rempli, et quittent la croisade malgré les injonctions et menaces du roi de France.
Puis Guillaume tombe malade devant les murs de la ville d'Avignon, probablement de la dysenterie qui avait frappé le camp des croisés, et décide de rentrer à Reims. Mais son état empire à Saint-Flour et il lui est impossible de continuer le voyage. Il meurt peu après le , deux jours avant le roi , ce qui l’empêche de couronner le futur Saint Louis.
Son corps est ensuite ramené à l'abbaye de Clairvaux où il est inhumé au cimetière des moines, à proximité de plusieurs membres de sa famille. En 1311, son neveu Jean de Joinville fait inscrire sur sa tombe l'épitaphe :