vignette|droite|Abattage d'un éléphant du Jardin des plantes pendant le Siège de Paris. vignette|droite|Abattage d'un des éléphants du Jardin d'acclimatation pour sa viande en décembre 1870. Castor et Pollux sont deux éléphants d’Asie, appartenant à la ménagerie du Jardin des plantes (ou au Jardin d'acclimatation.) de Paris qui furent, de même que de nombreux autres animaux de la ménagerie, abattus et consommés lors du siège de Paris, fin 1870.
Peut-être frère et sœur, ces deux pachydermes avaient été très populaires auprès des Parisiens qui, avant le siège, s’offraient des promenades à la ménagerie du Jardin des plantes sur leur dosYves Laissus, Le Muséum national d'histoire naturelle, « Découvertes » Gallimard, Paris, 1995 ; [nouv. éd.] 2003, , 128 pp..
Mais les pénuries alimentaires causées par le blocus de la ville par les Prussiens réduisirent les Parisiens à les tuer pour leur viande.
Contexte thumb|125px|Hippophagie pendant le siège de Paris en 1870.|alt=Gravure représentant une femme devant un boucher, lequel cache un cheval pendu sur son croc de boucher. Le , les forces prussiennes encerclent Paris. Plutôt que de forcer la ville à la reddition à coups de bombardements, le haut commandement allemand décida alors un blocus de la ville pour amener une capitulation rapide, mais les Parisiens réussirent à tenir pas moins de quatre mois et demi avant de se rendre, le , au bout de trois jours de bombardements ordonnés par Bismarck, fatigué de l’inefficacité des tactiques du haut commandement.
Lorsque la nourriture se raréfia durant le siège, la population parisienne fut contrainte de se tourner vers des sources inhabituelles pour se fournir en viande. Quand les légumes, le beurre, le lait, le fromage et les viandes régulièrement consommées commencèrent à manquer, les Parisiens se tournèrent d’abord vers la viande de cheval. L’hippophagie avait été introduite par les bouchers de Paris quatre ans plus tôt comme une source alternative de viande bon marché pour les pauvres. Dans les conditions du siège, celle-ci devint cependant rapidement un produit de luxe en dépit du grand nombre de chevaux à Paris. Alors même que les champions des écuries n’étaient pas épargnés, la viande de cheval devint rapidement rare et il fallut bientôt mettre les chiens, les chats et les rats au menu.
thumb|125px|Présence du consommé d’éléphant au menu de Noël du restaurant Voisin. En l’absence totale de rationnement tout au long du siège, les pauvres éprouvaient les plus grandes difficultés à se nourrir tandis que les Parisiens fortunés mangeaient relativement bien : la carte du Jockey Club offrait une gamme variée de plats gastronomiques à base de viandes inhabituelles, comme le « salmis de rats à la Robert ». Comme Paris avait beaucoup moins de chats et de chiens que de chevaux, et que la viande déplaisante du rat était difficile à préparer, les bouchers en vinrent, fin 1870, à se tourner vers les animaux des zoos. Les grands herbivores, comme les antilopes, les chameaux, les yaks et les zèbres furent les premiers à être abattus. Certains hôtes du Jardin des Plantes survécurent, en revanche, comme les singes jugés trop proches des humains pour être tués, les lions et les tigres trop dangereux, et les hippopotames parce qu’on en demandait , prix hors de portée des bouchers.
Le chef caennais Alexandre Choron se mit à mettre des plats d’un genre tout nouveau, tels que le « cuissot de loup, sauce chevreuil », la « terrine d’antilope aux truffes », le « civet de kangourou » ou le « chameau rôti à l’anglaise » au menu du Café Voisin. La disparition des éléphants est consignée dans la Lettre-journal de Paris que Castor a été tué le 29 novembre 1870 et Pollux le lendemain, tous deux par balle dum-dum tirées à une portée de par M. Devisme. Un « consommé d’éléphant » figure déjà au menu du restaurant Voisin, dès le . Castor et Pollux avaient été achetés par un M. Deboos, de la « Boucherie anglaise » sise boulevard Haussmann, pour le prix de gros de . M. Deboos fit une belle affaire car la viande des trompes se vendit entre la livre comme un morceau de choix, tandis que les autres parties éléphantines partaient pour environ la livre.
Aux dires de tous ceux qui eurent l’occasion de festoyer aux dépens de Castor et Pollux, la viande d’éléphant n’est pas savoureuse. Le chroniqueur mondain britannique Tommy Bowles, dont la couverture du siège de Paris expédiée par ballon et par pigeon firent la renommée, écrivit que, du chameau, de l’antilope, du chien, de l’âne, du mulet et de l’éléphant qu’il avait mangés, la viande qu’il goûtait la moins était celle de l’éléphant. Henry Du Pré Labouchère mit, quant à lui, fermement ses compatriotes en garde :Le souvenir de Castor et Pollux reste vivace dans les décennies suivantes et contribue au contexte dans lequel est fondée en 1905 la société des Amis de l'Éléphant, première organisation française de lobbying pour la protection de l'éléphantBruno Delmas et Diane Dosso, « La société des Amis de l'éléphant : protéger, réglementer, domestiquer (1905–1911) », Revue d'histoire des sciences, 2023, p. 78-91..
Notes et références Notes
Références
Articles connexes Chronologie du siège de Paris (1870-1871) Siège de Paris (1870-1871) Saïd (éléphant)
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