Iphigénie en Tauride (en allemand : ) est une réécriture par Goethe de la tragédie grecque d'Euripide, Ἰφιγένεια ἐν Ταύροις, Iphigeneia en Taurois. Sans doute influencé par les titres des auteurs français et italiens qui l'ont précédé sur ce thème, Goethe a choisi pour son œuvre la forme latine du titre, Iphigénie en Tauride, la Tauride étant un pays imaginaire, alors que le titre original d'Euripide signifie Iphigénie chez les Tauri, une peuplade scythe établie à l'époque en Crimée.

Goethe écrit la première version de cette tragédie en prose en six semaines, et elle est jouée pour la première fois le . Il la réécrit en 1781, toujours en prose, et finalement en donne une version en vers en 1786. Il amène avec lui le manuscrit lors de son Voyage en Italie.

Contexte historique du récit Bien-aimé des dieux pour sa sagesse, le demi-dieu, Tantale, fils de Zeus, est invité une fois à la table de ceux-ci. S'enhardissant en cette divine compagnie, il dérobe le nectar et l'ambroisie, nourritures qui donnent aux dieux leur immortalité. Ceux-ci le punissent en lui interdisant de revenir à l'Olympe, ce qui l'offense gravement. Pour se venger, Tantale invite à son tour les dieux à un banquet. Il teste leur omniscience en leur offrant en guise de repas son propre fils, Pélops. Les dieux savent tout de suite qu'il s'agit de chair humaine, et, offusqués, ils exilent Tantale dans le Tartare, le condamnant à un triple supplice éternel. De plus ils maudissent toute sa famille, la maison des Atrides : tous ses descendants seront poussés par la haine et la vengeance au point de tuer des membres de leur propre famille.

C'est ainsi qu'Agamemnon, généralissime et petit-fils de Tantale, offre sa fille aînée, Iphigénie, en sacrifice à la déesse Diane, afin d'obtenir des vents favorables pour la traversée d'Aulis à Troie, où il veut porter la guerre. Au moment du sacrifice, Diane substitue à Iphigénie une biche, qui est tuée à sa place, et envoie Iphigénie en Tauride où elle devient prêtresse de Diane. Clytemnestre, mère d'Iphigénie et femme d'Agamemnon, croyant que celui-ci a sacrifié sa fille pour permettre son départ pour Troie, le tue à son retour de guerre. Oreste et Électre, respectivement frère et sœur d'Iphigénie, tuent leur mère pour venger leur père. Oreste, devenu à son tour assassin, tombe sous le coup de la malédiction familiale. Pour tenter d'échapper au destin imminent de devenir à son tour victime d'une vengeance, il s'enfuit. Il consulte l'oracle d'Apollon à Delphes, qui lui dit qu'amener « la sœur » à Athènes est la seule façon de lever la malédiction. Comme il pense que sa sœur, Iphigénie, est morte, Oreste suppose que l'oracle parlait de Diane, la sœur jumelle d'Apollon. En conséquence, il planifie de voler la statue de Diane du temple de Tauride et de la ramener à Athènes. Il part avec son vieil ami, Pylade, pour les côtes de Tauride.

La tragédie commence à ce moment de l'histoire.

Personnages Femme Iphigénie : sœur d'OresteHommes Thoas : roi de Tauride Oreste : frère d'Iphigénie Pylade : ami d'Oreste Arcas : conseiller de Thoas

Argument Iphigénie a failli être immolée à Aulis, lors du départ de la flotte grecque pour Troie, et tout le monde la croit morte. En réalité, elle a été sauvée par Diane, et transportée dans les airs jusqu'en Tauride, ancien nom de la Crimée, où elle est devenue la prêtresse de cette déesse. Dans cette presqu'île sauvage habitée par les Scythes, le culte de Diane était cruel, car on y immolait tous les étrangers arrivant sur ces côtes. Au fil des années, grâce à son influence bienveillante, Iphigénie a pu convaincre le roi Thoas de faire cesser ces sacrifices humains. Ce prince, amoureux d'Iphigénie, la demande en mariage. Comme elle rêve toujours de rentrer un jour en Grèce, elle rejette les vœux de celui-ci, qui, dans son dépit, rétablit l'usage des sacrifices humains.

Oreste, frère d'Iphigénie, débarque en Tauride avec son ami Pylade, dans le but de dérober, sur l'ordre d'Apollon, la statue de Diane. Surpris et capturés tous les deux, Oreste doit être la première victime qu'Iphigénie immolera. Ils ne se reconnaissent pas, car, à Aulis, près de quinze ans auparavant, Oreste n'était qu'un tout jeune enfant. Apprenant qu'ils sont Grecs, Iphigénie les interroge avant le sacrifice, et ils finissent ainsi par découvrir qu'ils sont frère et sœur. Oreste lui donne les raisons de leur voyage, et elle décide de les aider et de fuir avec eux en Grèce. Mais un scrupule l'arrête ; elle se reproche de tromper Thoas, qui l'a toujours traitée généreusement.. Après une courte hésitation, elle lui découvre tout et obtient, par la persuasion, qu'il donne son consentement à l'évasion d'Oreste et de Pylade, contre lesquels il est irrité, et aussi au départ d'Iphigénie, qu'il aime.. Il n'est même plus besoin de ramener la statue de Diane avec eux, car Oreste comprend alors que c'est de sa propre sœur, qu'il croyait morte, que parlait l'oracle d'Apollon pythien.

Synopsis

Acte I Scène 1 (Iphigénie seule) Depuis que Diane a sauvé Iphigénie de la mort, cette dernière sert comme prêtresse dans son temple de Tauride. Bien qu’elle soit reconnaissante envers la déesse, et estimée par le roi Thoas et son peuple, elle espère toujours un retour vers sa patrie : Iphigénie — […] je passe de longs jours sur le rivage, où mon cœur cherche en vain la terre de Grèce.; Elle se lamente sur sa vie de femme en terre étrangère, dont le destin est habituellement étroitement lié à celui de son époux : Iphigénie — […] mais l'état des femmes est bien digne de pitié ! […] Obéir à un époux farouche, c'est son devoir et sa consolation : qu'elle est malheureuse si un destin ennemi la pousse sur une terre lointaine .! Elle implore Diane d'être à nouveau réunie avec sa famille : Iphigénie — […] rends-moi enfin aux miens; et toi qui m'as sauvée de la mort, sauve-moi de la vie que je traîne en ces lieux, qui est une seconde mort.

Scène 2 (Iphigénie, Arcas)

Arkas, confident de Thoas, roi de Tauride, annonce l'arrivée de celui-ci. Iphigénie lui confesse sa nostalgie. Arkas lui rappelle, combien elle fut bonne pour la Tauride, par exemple lorsqu’elle mit fin à la coutume de sacrifier sur l’autel de Diane tout étranger abordant les côtes de Tauride. Il explique que le roi prétend à sa main et il lui conseille d’accepter. Iphigénie décline son offre : ce mariage la lierait à jamais à la Tauride.

Scène 3 (Iphigénie, Thoas) Thoas fait sa demande en mariage à Iphigénie. Celle-ci motive son refus par sa nostalgie de la Grèce. Devant l'insistance de Thoas, elle lui révèle enfin le mystère de son origine, qu'elle avait jusque-là toujours cachée. Elle lui dit que, fille d'Agamemnon, elle fait partie des descendants de Tantale qu'une malédiction condamne à s’entre-tuer. Elle en donne de nombreux exemples. Thoas n'abandonne pas, mais Iphigénie se réclame désormais de Diane. Elle revêt entièrement le rôle de prêtresse. Thoas décide alors, avant qu'Iphigénie ne parte, de rétablir les vieux sacrifices humains. Il lui dit que deux étrangers ont été capturés près du rivage, et il lui demande de présider à leurs sacrifices. Thoas — Deux étrangers que nous avons trouvés cachés dans les rochers du rivage, et qui n'apportent ici rien d'heureux, sont entre mes mains. Que ta déesse en recevant leur sang retrouve un juste et ancien sacrifice trop longtemps suspendu ! Je vais les envoyer ici : tu sais quel est ton ministère..

Scène 4 (Iphigénie seule) Restée seule, Iphigénie invoque Diane, lui demandant qu'elle lui épargne ces sacrifices.

Acte II

Scène 1 (Oreste, Pylade) Le frère d'Iphigénie et son ami et cousin Pylade savent qu'ils vont être exécutés. Oreste est résigné et presque heureux d'une mort prochaine, qui le libérera de la malédiction familiale qui l'a fait tuer sa mère. Pylade espère, lui, que cette circonstance a peut-être été imaginée par les dieux pour leur permettre de fuir. Il est confiant dans l'oracle d'Apollon à Delphes qui leur a demandé de ramener « sa sœur » en Grèce, comprenant qu'il s'agit de la statue de Diane, déesse sœur jumelle d'Apollon. Pylade — Si tu ramènes à Apollon sa sœur, et si par tes soins ils se trouvent tous deux réunis à Delphes, honorés par un noble peuple, cette action te méritera les bonnes grâces du couple divin : ils t'arracheront des mains des puissances infernales..

Scène 2 (Iphigénie, Pylade) Iphigénie parle tout d’abord avec Pylade qui cache son nom. Il prétend qu’Oreste et lui sont des frères originaires de Crète, et qu’Oreste a tué leur troisième frère au sujet d'un héritage. Iphigénie le questionne à propos de la Grèce, il lui raconte la chute de Troie et la perte de plusieurs héros grecs. Ses récits renforcent son mal du pays et elle espère revoir bientôt son père, Agamemnon. Mais Pylade lui apprend aussi l’assassinat d’Agamemnon par sa femme Clytemnestre et son amant Égisthe. Bouleversée, mais ne voulant pas montrer son trouble, Iphigénie sort. Son émotion n'a pourtant pas échappé à Pylade resté seul. Pylade — Elle semble profondément émue du sort de la famille royale. Quelle qu'elle soit, il est certain qu'elle a connu le roi, et que c'est le rejeton d'une illustre famille amené ici en esclavage pour notre bonheur..

Acte III

Scène 1 (Iphigénie, Oreste) Iphigénie promet à Oreste, dont elle ne connait pas encore le nom, que Pylade et lui ne seront pas sacrifiés à Diane, car elle va refuser de le faire. Elle le questionne à propos des enfants d'Agamemnon. Oreste lui raconte le meurtre de Clytemnestre, qu'Électre l'avait encouragé à commettre, et il lui révèle sa véritable identité, parce qu'il ne supporte pas les souffrances d'Iphigénie après cette nouvelle : Oreste — Que la vérité soit faite entre nous : je suis Oreste. (V. 1080f.). Ignorant toujours l'identité d'Iphigénie, Oreste lui propose de fuir avec Pylade, tandis que lui restera là attendre la mort. Iphigénie est heureuse d'avoir retrouvé son frère et dévoile également son identité. Cependant Oreste persiste à vouloir mourir, afin d'échapper aux Furies, et il veut tomber sous le glaive de sa sœur. Épuisé, il s'écroule sans connaissance.

Scène 2 (Oreste seul) Oreste a la soi-disant vision d’Hadès. Il y voit dans les enfers les Tantalides défunts réconciliés et heureux. Cette vision peut le mener à sa guérison : elle lui montre la possibilité qu’il peut y avoir une réconciliation après la mort.

Scène 3 (Oreste, Iphigénie, Pylade) Oreste s’imagine être toujours aux Enfers et pense qu’également Iphigénie et Pylade y sont descendus. Il ressent pour son ami de sincères regrets de l'avoir entraîné là. Il souhaite cependant que sa sœur Électre soit aussi là, afin de rompre la malédiction des Tantalides. Puis Iphigénie et Pylade l’abordent pour le guérir. Dans une prière, Iphigénie remercie Diane et demande la délivrance d’Oreste des liens de la malédiction. Pylade lui parle de manière claire et rationnelle et tente par ce biais de le guérir. Comme Oreste sort définitivement de sa vision, il serre Iphigénie dans ses bras, remercie les dieux et manifeste sa nouvelle énergie. Pylade leur rappelle que le temps presse dans cette dangereuse situation et les incite à une décision rapide.

Acte IV

Scène 1 (Iphigénie seule) Iphigénie nous apprend qu'Oreste et Pylade sont retournés sur le rivage préparer leur navire pour leur fuite à tous les trois, la laissant seule attendre le roi et gagner du temps. C'est Arcas qui arrive.

Scène 2 (Iphigénie, Arcas) Arcas vient lui dire que le peuple et le roi attendent le sacrifice. Iphigénie lui répond ce que lui a suggéré Pylade : un des deux étrangers, celui qui a commis un fratricide, a été poursuivi par les Furies jusque dans le temple, qui a ainsi été profané. Il va falloir porter la statue de la déesse jusqu'à la mer pour la purifier. Arcas part avertir le roi des intentions d'Iphigénie.

Scène 3 (Iphigénie seule)