Les dénominations du territoire de la Communauté valencienne sont multiples. Bien que « » (en valencien)Cette dénomination est également celle figurant dans la version officielle de la version réformée du statut d'autonomie en 2006 dans sa version en castillan ; dans la première mouture (adoptée en 1982), figurait également la version castillane « ». soit la seule ayant un caractère officiel selon l'actuel statut d'autonomie de cette communauté autonome d'EspagneArticle 1 du statut de la Communauté valencienne : ., ce même texte mentionne dans son préambule deux autres dénominations historiques du territoire, celle de « royaume de Valence » (« » en valencien ; « » en castillan) et celle de « Pays valencien » (« » en valencien ; « » en castillan). Selon le texte, la première fait référence à l'origine historique la plus lointaine de la conception territoriale valencienne, tandis que la seconde renvoie à l'origine du concept moderne d'autogouvernance de ce même territoirePréambule du Statut d'autonomie de la Communauté valencienne : .
Principales dénominations Différentes dénominations ont été utilisées pour désigner le territoire valencien, dans différents contextes historiques. Actuellement, les dénominations les plus utilisées sont, selon les contextes (et selon la langue), « Communauté valencienne » (terme officiel) et « Pays valencien » (terme principalement utilisé en valencien, dans les milieux académiques et par certains partis politiques). Par métonymie, on parle également parfois simplement de « Valence », mais le terme est ambigu, pouvant également désigner, outre la capitale de la région, la province homonyme, depuis la mise en place de la division provinciale en Espagne au .
Royaume de Valence thumb|Carte du d'une partie du royaume de Valence. Le terme fait référence au territoire reconquis sur les musulmans par les troupes chrétiennes de la Couronne d'Aragon (essentiellement des Catalans et des Aragonais) dirigées par Jacques en 1238. Bien qu'encore incomplet, celui-ci est immédiatement instauré en royaume (voir royaume de Valence) et doté d'une indépendance administrative, juridique et politique au sein de la Couronne avec l'instauration des « Coutumes de Valence » (), principalement basés sur les Usages de Barcelone () et les Coutumes de Lérida, et qui deviennent plus tard les Fors de Valence (), statut politique propre de la capitale et qui sont étendus à la plus grande partie du royaume (les zones intérieures, peuplées par une majorité d'Aragonais, sont cependant soumises au régime féodal du royaume d'Aragon). Les fors, leur structure administrative et juridique et le royaume sont abolis en 1707 avec la promulgation des décrets de Nueva Planta par Philippe V à l'issue de la guerre de Succession d'Espagne, par lesquels le territoire valencien, comme la plupart des autres entités composant l'Espagne, est soumis au régime du royaume de Castille.
L'expression reste toutefois usitée au cours du et au début du , comme dans la division en gouvernorats (), ou encore dans la division provinciale de 1833 proposée par Javier de Burgos, dans laquelle le territoire valencien se trouve réparti sur trois provinces (comme dans la division actuelle) : Alicante, Castellón et Valence. Afin d'insister sur l'inexistence de toute valeur juridique ou politique de l'expression, on parle quelquefois d'« ancien royaume de Valence » pour désigner le territoire valencienL'expression est encore usitée. Voir par exemple les acceptions de l’entrée « valenciano » figurant dans les versions récentes du Diccionario de la lengua española : « »
Au début du , le terme reste circonscrit aux milieux culturels, académiques et littéraires, en particulier depuis l'apparition du mouvement de renaissance de la langue valencienne, la Renaixença (qui trouve ses origines en Catalogne), avec par exemple l'instauration des Jeux floraux de la ville et du royaume de Valence (), ainsi que l'émergence du nationalisme valencien, qui fait usage de « royaume » conjointement avec un nouveau terme : celui de « Pays valencien » ().
Durant la dictature franquiste, le terme « royaume de Valence » tombe quelque peu en désuétude, mais son usage est réactivé au début des années 1980, avec des connotations clairement politiques, par le mouvement blavériste au cours de la Transition démocratique espagnole, en opposition à celui de « Pays » revendiqué par les autres courants valencianistes.
Actuellement, l'expression « royaume de Valence » reste reléguée dans les milieux académiques ou culturels à son acception historique ; il apparaît ainsi dans le préambule et dans le premier article de l'actuel Statut de la Communauté valencienne comme référence à l'origine historique de la communauté autonome. Certains secteurs blavéristes parmi les plus radicaux continuent toutefois de le revendiquer comme appellation officielle pour le territoire.
Dans les localités de Castille-La Manche proches de la frontière, spécialement dans la Province de Cuenca, ainsi que dans la comarque valencienne de la Plana d'Utiel, on utilise encore l'expression (en castillan) « » (littéralement : « descendre au royaume ») pour indiquer qu'une personne se rend dans une localité valencienne.
Pays valencien
« Pays valencien » est une dénomination moderne de l'ancien royaume de Valence largement attestée depuis la fin du . On peut par exemple citer l'œuvre Vida de fra Agustín Antonio Pascual du frère Agustín Bella publié à Valence en 1699, les institutions forales du royaume étant encore en vigueur. Un autre exemple, relevé par le philologue Manuel Sanchis Guarner dans son livre La llengua dels valencians (1933), est celui d'un document satirique de 1767 rédigé en valencien et portant le titre Carta no vista, lletra uberta, combit cheneral i particular, que fa Quelo el Roig d'Albal, nét de la tia Rafela, a tota la Cort de Madrit, per que vinga a veurer o mirar la gran Festa Centenar de la Verche Protectora, ulatant el lluit que estarà el País Valencià.
Sanchis Guarner considère que dans l'origine étymologique du terme on retrouve l'utilisation du gentilé « valencien » pour désigner la collectivité humaine résidant dans le territoire de l’ancien royaume (et non pas seulement dans la capitale Valence), et remarque que le texte de Francesc Eiximenis, Regiment de la cosa pública, utilise le concept de « peuple valencien » pour le distinguer des Catalans, Sanchis Guarner, La llengua dels valencians, édition de 1960, p. 28.. Toutefois, en 1993 le philologue Curt Wittlin a démontré que ce passage était apocryphe.
Utilisé d'abord selon une acception purement géographique, au début du , l'expression « Pays valencien » est utilisée par les premières mouvances du nationalisme valencien avec des connotations davantage politiques et culturelles. Ainsi par exemple, le groupe Joventut Valencianista publie en 1906 une carte comarcale de la région faisant usage de ce nom. Il est également popularisé dans les années 1930 dans une série de publications académiques, culturelles et politiques, comme les Quaderns d'Orientació Valencianista (Cahiers d'orientation valencianiste) publiés par la maison d'édition Estel et actuellement édités par l'université de Valence Quaderns d'Orientació Valencianista sur le site de l'université de Valence. Presentació del Quaderns d'Orientació Valencianista, VilaWeb, 15/12/2001..
Le terme est largement utilisé dans des contextes officiels au cours de la Seconde République, comme de la part du Conseil provincial de Valence (, antécédent de l'actuelle députation provinciale) dans une affiche de propagande institutionnelle anti-fasciste réalisée par Artur Ballester i MarcoAffiche El País Valencià a l'Avantguarda d'Ibèria. Cultura és llibertat. Feixisme és esclavitut, Artur Ballester, Consell Provincial de València, Conselleries de Cultura i Propaganda, Valence, 1936 (reproduction sur le site de l'Union générale des travailleurs).. Il est au départ adopté par le parti conservateur Droite régionale valencienne puis largement adopté par les militants de gauche. Les différents projets de statut d'autonomie pour la région témoignent également de sa large acceptation au cours de la même période : le projet de bases pour le statut du Pays valencien de la CNT en 1936Voir Bases para el Estatuto de Autonomía del País Valenciano (1936) sur Wikisource en espagnol., celui d'Esquerra Valenciana en 1937Voir Anteproyecto de Estatuto de Autonomía de la Región Valenciana (1937) sur Wikisource en espagnol. ou encore celui d'Izquierda Republicana en 1937 égalementVoir Proyecto de Estatuto de Autonomía para el País Valenciano (1937) sur Wikisource en espagnol..
Par la suite le terme s’est popularisé. et est , notamment sous l’influence de Joan Fuster .
Au début du processus de transition démocratique qui fait suite à la mort du général Franco, c'est le nom courant et officiel utilisé pour désigner la région, sans susciter de polémique particulière dans un premier temps. L'entité gouvernementale valencienne chargée d'amener la région vers un régime d'autonomie, formée en et résultat d'un accord conclu par l'ensemble des représentants valenciens aux Cortes générales, est dénommée « Conseil du Pays valencien » (). De plus, peu avant l'approbation de la Constitution espagnole de 1978, ces mêmes parlementaires signent un document intitulé Compromís Autonòmic amb el País Valencià (Engagement autonomique avec le Pays valencien)Bulletin officiel du Conseil du Pays valencien, n°4 du novembre 1978.Voir Compromiso Autonómico del País Valenciano sur Wikisource en espagnol. El Compromiso Autonómico, Revista Valenciana d'Estudis Autonòmics, n° 41-42, sur le site de la Generalitat valencienne.. C'est le nom utilisé pour se référer à la région dans les Bulletin officiel de l'État au cours de la transition Real Decreto 2003/1979, de 3 de agosto, por el que se regula la incorporación de la Lengua Valenciana al sistema de enseñanza del País Valenciano, Boletín Oficial del Estado, 23/08/1979. Decreto 1433/1975, de 30 de mayo, por el que se regula la incorporación de las Lenguas nativas en los programas de los Centros de Educación Preescolar y General Básica, Boletín Oficial del Estado, 1/07/1975.. Il s'agit également la dénomination officielle proposée dans le dénommé Statut de Benicàssim, projet de statut d'autonomie issu d'un accord entre les différentes forces politiques valenciennes publié en 1981Voir Proyecto de Estatuto de Autonomía del País Valenciano sur Wikisource en espagnol..
Cependant, à partir de 1980, le blavérisme (mouvement anticalaniste valencien surgi au cours de la transition), les secteurs issus du franquisme et la grande majorité des secteurs de droite de façon générale (notamment l'UCD valencienne, ayant pourtant ratifié l'engagement autonomique) rejettent ouvertement le terme en arguant qu'il s'agit d'un concept pancatalaniste, dont l'utilisation vise à soumettre la région au concept politique de Pays catalans, développé par Fuster en particulier dans son essai Nosaltres, els valencians de 1962Voir par exemple le témoignage de Miguel Ramón Izquierdo, maire de Valence durant le franquisme et l'un des précurseurs du mouvement blavériste, dans .
Finalement, la région étant secouée par la bataille de Valence, vive controverse portant sur la symbologie de la région et animée par les secteurs blavéristes, l'appellation de « Pays » est rejetée et c'est celle, nouvelle, de « Communauté valencienne » qui est choisie dans le Statut d'autonomie de 1982 au terme d'un blocage imposé par l'UCD au Congrès, où le parti est majoritaire. Depuis, le terme fait toujours l'objet d'un rejet virulent de la part du Parti populaire de la Communauté valencienne, principal parti conservateur de la région, à la tête du gouvernement depuis 1995 Joan Garí, Por qué el PP odia el término País Valenciano Público, 03/08/2009..