Suzanne Olivier, dite Suzette ou Dominique Lebon, née le à Clermont-Ferrand et morte à Boulogne-Billancourt le , est une déportée résistante française.

Biographie

Famille et enfance Suzanne Olivier naît à Clermont-Ferrand en 1922Titres, homologations et services pour faits de résistance, Suzanne Olivier, dite Lebon, Service historique de la Défense, Vincennes (cote 16 P 450110) ..

note Le Monde., elle a pour parents René Justin Honoré Olivier et Marguerite Comment, mariés l'année précédente à AntibesActe de naissance de Marguerite Comment du , Châtenay-Malabry, Archives des Hauts-de-Seine (vue 9/12), avec mentions marginales de mariages et de décès..

Devenue veuve en 1924, sa mère se remarie deux ans plus tard à Paris, avec André Richard Edmond Moret, fondé de pouvoirActe de mariage Moret-Comment du , Paris , Archives de Paris (vue 20/27)..

Résistance, arrestation et déportation Parisiens repliés à Lyon, les Moret hébergent des clandestins. Parmi eux, Daniel Cordier. Dès la fin de l'année 1942, celui-ci recrute Suzanne, sous le pseudonyme de « Suzette », pour travailler au secrétariat de la Délégation de Jean Moulin en zone SudDaniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, Gallimard, Paris, 2025, p. 135..

Lors de son voyage à Londres en février et , Jean Moulin est nommé par de Gaulle son seul représentant pour l'ensemble du territoire métropolitain ; il décide donc d'installer à Paris la direction de ses services et donne l'ordre à Cordier d'y déménager afin d'implanter la Délégation en zone occupéeDaniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., pp. 136-137.. Le , celui-ci part pour Paris afin d'y organiser le nouveau secrétariat, et emmène avec lui la majorité de son équipe, à savoir : Suzanne Olivier, Laure Diebold, Hugues Limonti, Charles RappCharles Rapp - pseudonyme Louis - (1922-?) est envoyé par le STO à l’usine d’Ingolstadt, où ayant fait du sabotage il est condamné à mort, mais s’évade et est recruté par Cordier pour le secrétariat de la Délégation générale comme courrier. Arrêté le 24 septembre 1943, il est interné à Fresnes, torturé, puis déporté à Buchenwald et Dora, d'où il est libéré par les Alliés à la fin de la guerre. Médaillé de la Résistance (décret du 17 novembre 1945, signé Alexandre Parodi). Cf. Christine Levisse-Touzé, "Jean Moulin et la Délégation générale" in Actes du Colloque « Les Compagnons de la Libération du Rhône », Lyon, 16 octobre 2019, p. 21, en ligne: https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/Actes%20du%20Colloque%20de%20Lyon%20-%20DEF%281%29_0.pdf (consulté le 21.05.2025)., Jean-Louis Théobald et Georges ArchimbaudDaniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., p. 137..

Cependant, comme depuis la Zone Nord on ne parvient pas à établir de liaison radio avec Londres, Cordier laisse Maurice de Cheveigné à Lyon pour écouler le trafic radio des deux zonesMaurice de Cheveigné, Radio Libre, 1940-1945, éditions du Félin, Paris, 2024, chapitre IV, pp. 112-114. ; par conséquent, chaque jour, Suzanne Olivier, qui habite dès lors l'appartement parisien de ses parents, fait le trajet Paris-Lyon et retour, alors que Joseph Van Dievort, dont le pseudonyme est « Léopold », fait le trajet Lyon-Paris et retour, afin de transmettre les messages.

Le , Charles Delestraint est arrêté au métro La Muette par des agents ennemis. Trois-quarts d'heure plus tard, c'est le tour de Joseph Gastaldo et de Jean-Louis Théobald, non loin du métro Rue de la Pompe.

Le , Suzanne Olivier est arrêtée par le SD au métro Villiers et internée à la prison de Fresnes, par une patrouille possédant sa photo.

D'après un témoignage écrit de Suzanne Olivier figurant dans les archives Antoinette Sachs du musée Jean-Moulin, elle aurait été une des dernières personnes à avoir vu Jean Moulin vivant au siège de la Gestapo à Paris (84, avenue Foch), auquel elle aurait été confrontée par les SS début .. Elle raconte qu'ils portaient tous les deux des traces des sévices subis lors des interrogatoires, et qu'elle chercha à cacher ses mains pour qu'il ne voit pas l'état de ses ongles. Elle écrit : .. Il ne dit mot et ne semble pas réagir en la voyant.

Le , Archimbaud, Rapp et Jacqueline Pery d'Alincourt sont arrêtés à Paris en même temps que Laurent GirardLaurent Girard - pseudonyme Lambert - (1925-1945) est recruté à Lyon en novembre 1942 comme agent de liaison (transport de messages, armes et matériel radio), puis muté en juin 1943 à la Délégation générale de Paris. Il y est arrêté le 23 septembre 1943, interné à Fresnes et Compiègne, puis déporté en janvier 1944 à Buchenwald, puis à Dora où il meurt en avril 1945. Médaillé de la Résistance (décret du 11 mars 1947, signé Alexandre Parodi). Cf Christine Levisse-Touzé, "Jean Moulin et la Délégation générale" in Actes du Colloque « Les Compagnons de la Libération du Rhône », Lyon, 16 octobre 2019, p. 21, en ligne: https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/Actes%20du%20Colloque%20de%20Lyon%20-%20DEF%281%29_0.pdf (consulté le 22.05.2025)., monté de Lyon.

Le , Suzanne Olivier est déportée en Allemagne, d'abord à la prison de Lauban en Basse-Silésie, puis au camp de Ravensbruck, en tant que NN (Nacht und Nebel, c'est-à-dire condamnée à mort), dont elle revient à la fin de la guerre..

Après-guerre et mort De retour en France après la libération des camps, elle épouse Roger Lebon, avec qui elle a quatre enfants. En 1964, à l'occasion de la translation au Panthéon des cendres de Jean Moulin, elle retrouve durant une nuit précédant l'évènement, sur la place déserte et glaciale entourant l'édifice, une partie de son ancienne équipe (Daniel Cordier, Laure Diebold et Hugues Limonti), dont les membres s'étaient éloignés après la guerre.

Cordier a expliqué que, après la guerre, il a voulu tourner la page, comme il se l'était promis à Delville Camp en , afin de ne pas se comporter comme les anciens combattants de la Grande Guerre qui ressassaient leurs anecdotesDaniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., p. 220.. Cependant, « Suzette Olivier demeura une amie intime », qui lui écrivait « régulièrement de longues lettres » lui donnant des nouvelles de leurs anciens camaradesDaniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., p. 221.. Cordier a déclaré qu'il a toujours conservé pour Suzette et tous ses autres camarades « une admiration, une estime [qu'il n'a] eues pour personne d'autre »Daniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., p. 222..

Elle meurt en 1968 à l’âge de 45 ans, conclut Le Monde.

Décorations (décret du ).

Filmographie Alias Caracalla, au cœur de la résistance (téléfilm), réalisé par Alain Tasma en 2013, France 3 : Suzanne Olivier est jouée par Lou de Laâge.

Bibliographie Gérard Chauvy, Histoire secrète de l'Occupation, Payot, 1991. Pierre Péan, Vies et Morts de Jean Moulin, Fayard, 1998. Jean-Louis Théobald, Avoir vingt ans avec Jean-Moulin, de Fresnes à Cassino, éd. Cêtre, 2005. Daniel Cordier, Alias Caracalla - Mémoires, 1940-1943, Gallimard, 2009 . Daniel Cordier, La victoire en pleurant - Alias Caracalla 1943-1946, Gallimard, 2021 . Daniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, Gallimard, 2025 . Pascal CONVERT, Daniel Cordier son secrétariat ,ses radios. Essai critique sur Alias Caracalla .(ISBN 979-10-262-5532-1)

Références

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Liens externes

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