thumb|Livre du Dialogue de Hurtaud Le Dialogue est l'œuvre principale de Catherine de Sienne. Dans ce livre, dicté par Catherine de Sienne en extase, elle dicte les conversations qu'elle aurait avec Dieu. La richesse théologique de ces écrits du et la doctrine qu'ils décrivent sont reconnus par l'Église catholique, au point de faire de Catherine de Sienne l'une des rares femmes à être proclamée docteur de l'Église.
Histoire et contexte de l'écriture Histoire et contexte de l'Italie Le contexte de rédaction de l'ouvrage est marqué par de profonds bouleversements politiques en Italie et en Europe, notamment sur la place de la papauté dans ses relations avec l'État. Les crises qui se succèdent conduisent à l'exil du pape de Rome vers Avignon. Différentes villes sont opposées aux papes, et Catherine de Sienne interviendra en tant qu'ambassadrice dans les conflits qui opposent la ville de Florence avec le Pape. C'est dans ce contexte, qui précède le grand schisme d'Occident, que Catherine de Sienne écrit son ouvrage majeur.
Contexte social et influence des femmes De nombreuses femmes avaient eu une influence religieuse et avaient fait part de leurs « révélations », et ont circulé pendant le Moyen Âge, comme l'abbesse Hildegarde de Bingen, Hadwijch d'Anvers, Béatrice de Nazareth, Mechtilde de Magdebourg, Margery Kempe, Marguerite Porete, ou encore Angèle de Foligno et Claire de Montefalco12.
Même si la place des femmes au Moyen Âge est importante dans le domaine religieux, l'influence de Catherine de Sienne, notamment avec son ouvrage Le Dialogue est très importante, dans la mesure où elle n'est pas théologienne, n'a pas fait d'études et ne sait pas écrire.
Naissance de l'ouvrage Récit de la rédaction
Critique historique sur la rédaction L'idée selon laquelle le traité aurait été écrit en 5 jours est largement remis en cause par la critique historique, en effet on peut observer dans le Dialogue des extraits de lettres antérieures de Catherine de Sienne36. Ces extraits de lettres conduisent à remettre en cause la version officielle. L'ouvrage aurait été redécoupé, sans doute par les dominicains après la mort de Catherine de Sienne. Même si un redécoupage postérieur a eu lieu, celui-ci n'a pas détruit la cohérence du Dialogue. Le plus ancien manuscrit du Dialogue semble celui qui est le plus cohérent et qui serait le plus proche, dans la mesure où l'ordre de l'ouvrage évolue dans les versions suivantesManuscrit 292 Bibliothèque de Casanotanse 37.
Néanmoins, les réserves vis-à-vis du récit, évoquées dans le préambule du Dialogue, ne remettent pas totalement en cause la version de la dictée de l'ouvrage par Catherine de Sienne aux secrétaires, comme l'affirme le préambule. En effet le style de l'oralité et la multiplication des images conduisent à une certaine incohérence dans l'ouvrage, les images se corrigeant les unes aux autres, contribuant à donner une importance primordiale au récit de Catherine dans son ouvrage33.
Les images ont aussi une grande importance dans une perspective théologique : en effet la difficulté de parler de Dieu, notamment dans les cas d'extases, conduit beaucoup de mystiques à affirmer l'impossibilité de parler et de pouvoir décrire de manière rationnelle ce que l'on exprime. L'image est alors le moyen d'exprimer ce que l'on pense, elle permet la communication visible de l'invisible39. La répétition d'images dans le Dialogue, contribue donc à renforcer la thèse de l'extase et de la diction dans le récit originel35.
Structure de l'ouvrage Structure narrative Organisation littéraire L'ouvrage Le Dialogue est très proche du style de l'oralité, confortant l'idée que le livre a été dicté par les secrétaires de Catherine de Sienne.
On retrouve à de nombreuses reprises des foisonnements d'images qui se corrigent les unes les autres et qui visent à dévoiler Dieu de manière imagée34. Les images permettent d'exprimer de manière visible des réalités invisibles.
On peut néanmoins observer des extraits de lettres antérieures de Catherine de Sienne dans l'ouvrage, rendant impossible la rédaction en 5 jours, comme la décrivent les premières introductions de l'ouvrage.
Les intervenants Les deux principaux intervenants de l'ouvrage du Dialogue sont Catherine de Sienne et Dieu41. Conformément au récit qui en est fait, le Dialogue est décrit comme un dialogue entre Catherine de Sienne et Dieu qui répond à ses questions. Ce dialogue entre Dieu et Catherine donne son nom au livre.
Catherine pose au cours de ce livre quatre demandes auxquelles elle reçoit une réponse45.
Plan de l'ouvrage
Liste des chapitresD'après l'édition de R. P. J. Hurtaud, O.P. 1975. Préface (1) Réponse Miséricorde a Catherine Le don de la discrétion ou discernement spirituel Chapitre I. (2) Comment accroître le désir de cette âme, quand Dieu lui découvre la détresse du monde Chapitre II. (3) Comment les œuvres finies sont insuffisantes pour expier et pour mériter, sans le sentiment intérieur et continuel de la charité Chapitre III. (4) Comment le désir, et la contrition du cœur, satisfont à la faute et à la peine en soi et dans les autres ; et comment quelquefois ils satisferont à la faute et non à la peine. Chapitre IV (5) Comment il est agréable à Dieu le désir de vouloir souffrir pour lui. Chapitre V (6) Comment toute vertu et tout défaut s'exerce à l'égard du prochain. Chapitre VI (7) Comment les vertus s'exercent par le moyen du prochain, et pourquoi les vertus se trouvent si différentes dans les créatures. Chapitre VII (8) Comment les vertus s'éprouvent et se fortifient par leurs contraires. Chapitre VIII (9) Comment l'on ne doit pas affectionner principalement les pénitences extérieures, mais la vertu, et comment la discrétion est vivifiée par l'humilité et rend à chacun ce qui lui est dû Chapitre IX (10) Allégorie qui montre comment l'humilité et la discrétion sont unies ensemble, et comment l'âme doit se conformer à cette allégorie. Chapitre X (11) Comment la pénitence et les autres exercices corporels doivent servir de moyens pour parvenir à la vertu, mais ne doivent pas être aimés principalement. De la lumière de la discrétion dans l'emploi de divers autres moyens. Chapitre XI (12) Rappel de quelques choses déjà dites, et comment Dieu promet la consolation à ses serviteurs et la réforme de l'Église, par le moyen de grandes souffrances. Chapitre XII (13) Comment cette âme par la réponse divine sent, tout à la fois, croître et diminuer sa souffrance, et comment elle prie Dieu pour la Sainte Église et pour son peuple. Chapitre XIII (14)Comment Dieu se plaint du peuple chrétien et en particulier de ses ministres. Quelques réflexions sur le sacrement du corps du Christ et sur le bienfait de l'incarnation. Chapitre XIV (15) Comment la faute est plus gravement punie depuis la passion du Christ qu'elle ne l'était auparavant, et comment Dieu promet de faire miséricorde au monde et à l'Église, moyennant la prière et la souffrance de ses serviteurs. Chapitre XV (16) Comment cette âme, connaissant la divine bonté, ne se contentait pas de prier seulement pour les chrétiens, mais priait de façon générale pour le monde entier.
Réponse Miséricorde au Monde 1° Le don du verbe incarné Chapitre I (17) Comment Dieu se plaint de ses créatures raisonnables, principalement de l'amour-propre qui règne en elles, en exhortant cette âme à la prière et aux larmes. Chapitre II (18) Comment nul ne peut échapper aux mains de Dieu, parce qu'il atteint tous les hommes ou par sa miséricorde ou par sa justice. Chapitre III (19) Comment cette âme, de plus en plus embrasée d'amour, désirait la sueur de sang. Se réprimandant elle-même, elle faisait à Dieu une prière particulière pour son père spirituel. Chapitre IV (20) Comment, sans les tribulations supportées avec patience, il est impossible de plaire à Dieu, et pourquoi Dieu l'exhorte ainsi que son Père, à les endurer avec une vraie patience. Chapitre V (21) Comment la route qui menait au ciel ayant été rompue par la désobéissance d'Adam, Dieu fit de son Fils un pont par lequel on puisse passer. Chapitre VI (22) Comment Dieu invite l'âme à contempler la grandeur de ce pont et comment il s'étend de la terre au ciel. Chapitre VII (23) Comment nous sommes tous les ouvriers de Dieu dans la vigne de la Sainte Église ; et comment chacun possède une vigne à soi qui est lui-même, et comment tous doivent être unis à la vraie vigne du Fils de Dieu. Chapitre VIII (24) De quelle manière Dieu façonne les rameaux unis au cep, et comment la vigne de chacun est si étroitement unie à celle du prochain, que l'on ne peut cultiver ou ravager l'une sans l'autre. Chapitre IX (25) Comment l'âme prie Dieu de lui montrer ceux qui passent sur le pont, et ceux qui n'y passent pas. Chapitre X (26) Comment ce pont béni a trois degrés qui représentent les trois états de l'âme. Comment ce pont, tout en s'élevant en haut, n'est pas séparé de la terre. Comment doit s'entendre cette parole du Christ: Quand j'aurai été élevé en haut, j'attirerai tout à moi. Chapitre XI (27) Comment ce pont est construit en pierres, qui signifient les vertus: sur le pont se trouve une hôtellerie, où l'on donne la nourriture aux voyageurs. Qui passe sur le pont va à la vie, qui s'engage dessous va à la perdition et à la mort. Chapitre XII (28) Comment ce n'est pas sans peine que l'on suit l'une ou l'autre de ces deux voies, celle du pont ou celle du fleuve ; et du bonheur que l'âme éprouve à passer par le pont. Chapitre XIII (29) Comment ce pont, en s'élevant jusqu'au ciel, le jour de l'Ascension, n'a pas cependant quitté la terre. Chapitre XIV (30) Comment cette âme, en admiration de la miséricorde de Dieu, raconte plusieurs grâces et bienfaits accordés à la race humaine.
2° Le don de la conformité au Christ Chapitre I (31) De l'indignité de ceux qui passent par le fleuve en dessous du pont ; et comment l'âme qui suit cette voie, Dieu l'appelle arbre de mort, qui plonge ses racines en quatre vices capitaux. Chapitre II (32) Comment les fruits de cet arbre sont aussi variés que le sont les péchés: et tout d'abord le péché de la chair. Chapitre III (33) De l'avarice et des maux qui en dérivent. Chapitre IV (34) De quelques autres constitués en puissance, et de leur fruit qui est l'injustice. Chapitre V (35) Comment par ces fautes et par d'autres, l'on se laisse aller à de faux jugements, et de l'indignité dans laquelle on tombe. Chapitre VI (36) Où l'on explique la parabole du Christ: "J'enverrai l'Esprit-Saint qui convaincra le monde d'injustice et de faux jugement" (Jn 16,8), et comment l'une de ces réprimandes est continuelle. Chapitre VII (37) De la seconde accusation, où l'homme est convaincu d'injustice et de faux jugement, en général et en particulier. Chapitre VIII (38) Des quatre principaux tourments des damnés d'où viennent tous les autres, et en particulier de la laideur du démon. Chapitre IX (39) De la troisième condamnation qui sera portée au jour du jugement. Chapitre X (40) Comment les damnés ne peuvent désirer aucun bien. Chapitre XI (41) De la gloire des bienheureux. Chapitre XII (42) Comment, après le jugement général, croîtra la peine des damnés. Chapitre XIII (43) De l'utilité des tentations et comment toute âme, à ses derniers instants, voit la place de gloire ou de châtiment qui lui est destinée. Chapitre XIV (44) Comment le démon attire les âmes par l'apparence du bien. - Comment celles qui passent par le fleuve, et non par le pont, sont trompées, et en voulant fuir les peines, y tombent. Vision d'un arbre qu'eut une fois cette âme. Chapitre XV (45) Quels sont ceux à qui ces épines ne font aucun mal, bien que personne ne puisse traverser la vie sans y trouver des peines? Chapitre XVI (46) Des maux qui proviennent de l'aveuglement de l'intelligence, et comment le bien, qui n'est pas fait en état de grâce, ne sert de rien pour la vie éternelle.