vignette|130px|Page de titre de l'édition originale. L'Homme Machine est un ouvrage du médecin-philosophe libertin Julien Offray de La Mettrie (1709-1751) paru en 1748 à Leyde.

Inspiré par le concept d'animal-machine formulé un siècle plus tôt par René Descartes dans son Discours de la Méthode, La Mettrie s'inscrit ici dans le mécanisme, courant philosophique qui aborde l'ensemble des phénomènes physiques suivant le modèle des liens de cause à effet (déterminisme) et plus largement une éthique radicalement matérialisteClaude Morilhat, La Mettrie, un matérialisme radical, PUF, 1998.

C'est par ce livre qu'il s'est fait connaître dans l’histoire de la philosophie, ne serait-ce que par son titre évocateur.

Un scientifique plus qu'un philosophe

vignette|140px|gauche|Dessin anatomique (1573) décrivant la morphologie du cerveau. vignette|130px|Dessin anatomique (1662) décrivant le système nerveux.

Des recherches constituent pour La Mettrie un matériau plus précieux que les écrits de n'importe quel philosophe, Descartes compris, qui sont trop spéculatifs à ses yeuxAram Vartanian, Le “philosophe” selon La Mettrie, Dix-Huitième Siècle n°1, 1969, pp. 161-178..

Positionnement philosophique vignette|140px|La Mettrie

Un ouvrage matérialiste Partant de ses connaissances en physiologie, que ne possèdent pas les philosophes, La Mettrie considère que, comme par le passé, les philosophes se trompent quand ils dissertent sur l’Homme. Les spéculations théoriques sont à ses yeux sans intérêt, seule en revanche la méthode empirique lui paraît légitime.

Bien qu'inspiré par Descartes en tant qu'initiateur du mécanisme, et dès 1745, La Mettrie rejette .

La Mettrie rejette vigoureusement toute forme de dualisme au profit d'un monisme d'orientation matérialiste. La nature n'est pour lui formée que d'une substance, rejoignant ainsi la critique de Descartes par Spinoza mais s'éloignant aussi de celui-ci en cela qu'il rejette que cette substance unique soit dite « pensante ». Il affirme un agnosticisme vis-à-vis de la question de Dieu mais penche vers un naturalisme fort et se fait critique d'un déisme ou d'un panthéisme exprimé par Diderot liant l'ordre naturel à une intelligence créatrice.

Ses positions sont sans ambiguïté anti-finalistes :

Selon lui, c'est à tort que .

L'Homme Machine sur l'esthétique Dans l'Homme-Machine la question esthétique est aussi explorée en se mélangeant à la question du bonheur. Il y développe que « La matière n'a rien de vil qu'aux yeux grossiers qui la méconnaissent. ». Et ce, contre la vision idéaliste de l'esthétique qui considère le beau comme nécessairement immatériel, souvent assimilé à une idée parfaite que la matière ne fait qu'imiter. La vision esthétique matérialiste est ici aussi libertine, s'érigeant contre la pensée prude des classes supérieures de l'époque, La Mettrie affirme une esthétique sans morale.

Un matérialisme moral Si son esthétique est immorale, La Mettrie ne défend pas pour autant un matérialisme amoral. En effet, il écrit « Enfin, le matérialiste convaincu, quoique murmure sa propre vanité, qu'il n'est qu'une Machine ou un Animal, ne maltraitera point ses semblables ; trop instruit sur la Nature de ces actions, dont l'inhumanité est toujours proportionnée au degré d'Analogie prouvée si devant ; & ne voulant pas, en un mot, suivant la Loi naturelle donnée à tous les animaux, faire à autrui, ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui fît. ». Si elle ressemble à l'impératif catégorique kantien (« Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. »Fondation de la métaphysique des mœurs in Métaphysique des mœurs, I, Fondation, Introduction, trad. Alain Renaut, .), c'est ici une pensée plus conséquentialiste. Il considère que cette morale est bonne pour l'individu en tant qu'individu en soi et non pour un bien idéalisé qui motiverait les actions humaines à l'extérieur de l'individu.

Sur le jugement des personnes Dans l'Homme Machine, La Mettrie n'exclut pas le jugement moral sur les individus. Il peint le portrait du matérialiste conséquent comme plaignant « les vicieux » mais ne les haïssant pas. Il y a ici un jugement moral qui se distingue du jugement de valeur. Il ne juge pas la valeur intrinsèque d'une personne mais regrette que la nature l'ait faite ainsi « Ceux que la Nature aura favorisés, lui paraitront mériter plus d’égards que ceux qu'elle aura traités en marâtre.»

Postérité Dès le , dans son Histoire du matérialisme, l'historien allemand Friedrich-Albert Lange compare La Mettrie à Copernic et Galilée : de même que ces derniers ont autrefois développé une image du cosmos dégagée de toute emprise religieuse, La Mettrie a traité la question de la conscience en dehors de toute considération métaphysiqueFriedrich-Albert Lange, Geschichte des Materialismus und Kritik seiner Bedeutung in der Gegenwart, 1866. Trad. fr. Histoire du matérialisme et critique de son importance à notre époque, tome 1, 2ème partie, chapitre 3, 1877 .

Les théories de La Mettrie anticipent les recherches en sciences cognitives et en neurobiologie, à la fin du Jean-Michel Besnier, La neurobiologie poursuit le projet déterministe de la génétique, entretien avec Catherine Ducruet, Les Échos, 13 septembre 2006.

De fait, en 1983, dans leurs livres respectifs, Le Cerveau Machine et L'Homme neuronal, le médecin Marc Jeannerod et le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux font état de leur dette intellectuelle à l'égard de La Mettrie Marc Jeannerod, Le Cerveau Machine : physiologie de la volonté, Fayard, coll. « Le temps des sciences », 1983 ; Jean-Pierre Changeux, L'Homme neuronal, Fayard, 1983. Réed. Fayard/Pluriel, 2012

Et en 2013, le philosophe Yves Charles Zarka estime que le livre préfigure non seulement les techniques d'interactions homme-machine, qui se mettent en place à la fin du , mais la théorie de l'homme augmenté du transhumanismeYves Charles Zarka, De l'homme-machine à la machine post-humaine : La vision machinique du monde, Cités, 2013/3 n° 55, pp. 3-8.

Bibliographie Éditions :

Claude Morilhat, La Mettrie, un matérialisme radical, PUF, 1998 Alain Prochiantz, Machine-esprit, Odile Jacob, 2000 Bernard Andrieu (dir.), Le cerveau, la machine-pensée (actes d'un colloque), L'Harmattan, 2000

Voir aussi

Notes et références

Liens externes L'homme-machine : mythe ou métaphore ? Ann Thomson, Dix-Huitième Siècle, n°20, pp. 367-376, 1988 Jacques Domenech, La Mettrie (1709-1751) : le bonheur de l'homme machine, Histoire raisonnée de la philosophie morale et politique, 2001, pp. 440-446 Günther Mensching, L’esprit dans l’œuvre de La Mettrie, Matérialistes français du XVIIIe siècle (2006), pp. 7-20 Les Lumières en marche: "L'Homme machine" de La Mettrie, Arts et Lettres, Julien Offray de La Mettrie : L'Homme-machine (1747), Exergue, 2017 Francis Simonis, La Mettrie: l'homme est une machine sans dieu, Le Point, L’Homme-machine de la Mettrie (1748) sur Wikisource

Catégorie:Œuvre de Julien Offray de La Mettrie Catégorie:Livre paru en 1748