As-Sajda (arabe : , français : La prosternation) est le nom traditionnellement donné à la sourate du Coran, le livre sacré de l'islam. Elle comporte 30 versets. Rédigée en arabe comme l'ensemble de l'œuvre religieuse, elle fut proclamée, selon la tradition musulmane, durant la période mecquoise.

Origine du nom

Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coraniqueA. Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, ., la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate La prosternation. Le titre de la sourate provient du verset 15J. Van Reeth, "Sourate 32", Le Coran des Historiens, t.2b, 2019, 1109 et suiv..

Historique

Il n'existe à ce jour pas de sources ou documents historiques permettant de s'assurer de l'ordre chronologique des sourates du Coran. Néanmoins selon une chronologie musulmane attribuée à Ǧaʿfar al-Ṣādiq () et largement diffusée en 1924 sous l’autorité d’al-AzharG.S. Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica 58, 2011, .R. Blachère, Introduction au Coran, ., cette sourate occupe la place. Elle aurait été proclamée pendant la période mecquoise, c'est-à-dire schématiquement durant la première partie de l'histoire de Mahomet avant de quitter La MecqueR. Blachère, Le Coran, 1966, .. Contestée dès le par des recherches universitaires, cette chronologie a été revue par NöldekeG. Dye « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus , 2011, .E. Stefanidis, « The Qur'an Made Linear: A Study of the Geschichte des Qorâns' Chronological Reordering », Journal of Qur'anic Studies, X, II, 2008, ., pour qui cette sourate est la .

L’arrangement de la sourate est incertain et les versets ne semblent que « vaguement reliés ». Traditionnellement, elle est datée de l’époque mecquoise tandis que Bell l’associe à la période médinoise, à partir d’éléments plus anciensLes islamologues ont utilisé plusieurs approches pour tenter de dater les différentes sourates du Coran. Paret et Neuwirth appartiennent à l’« école allemande » qui, à la suite de Nöldeke, s’appuie sur la chronologie traditionnelle et sur un récit « laïcisé » des traditions musulmanes. Autrefois dominant dans les études islamologiques, ce paradigme nöldekien n'est plus qu'« en partie présent ». Les auteurs du Coran des historiens appartiennent davantage à l’autre courant (dit « sceptique ») qui prend davantage en compte une critique des sources traditionnelles. Voir : Historiographie de l'islam et du Coran. Certains passages montrent un travail rédactionnel. C’est en particulier le cas des derniers versets qui aurait été remaniés, peut-être pour retirer certains traits jugés trop alides. Cette sourate a connu des remaniements jusqu’à la rédaction définitive du Coran.

Interprétations Cette sourate appartient au groupe des sourates 27 à 36 qui se trouvent presque au milieu du Coran. Hétérogène, en particulier en raison de leur style concis et allusif, cet ensemble se compose principalement d’histoire de prophètes et de prescription en lien avec les fins dernières. Elles ne sont pourtant qu’allusives, ce qui appuie l’hypothèse selon laquelle le Coran est construit comme un commentaire midrashique de textes bibliques connus de la communauté recevant cet enseignementJ. Van Reeth, « Introduction aux sourates 27-36 », Le Coran des historiens, 2019, ..

Verset 4-9 : signes de la puissance du créateur Cette partie commence par une affirmation claire de l’unicité divine. Le verset suivant est plus obscur. Le terme amr (traduit parfois par « ordre ») pourrait signifier le décret divin et un ange chargé de le porter (Blachère), le Logos en tant que « Verbe créateur de Dieu en tant qu’hypostase divine » (Paret)... Cette dernière interprétation s’expliquerait par une influence chrétienne. Cela ferait supposer un remaniement postérieur de ce passage.

Le verset 5 appuie une telle interprétation christologique. Derrière ce passage se trouve, en effet, une exégèse de l’échelle de Jacob. Le sujet de ce verset est donc le Christ.

Verset 11 : l'ange de la mort Le verset 11 est l'unique évocation coranique de l'ange de la mort, que certaines traditions musulmanes nommeront ʿIzrāʾīlGobillot G., "Ange, angéologie", Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, p.51-53.. Ce texte s'inscrit dans le cadre d'une réfutation à une objection faite à la Résurrection. Pour expliquer qu'il soit possible de ressusciter après avoir été enterré, le Coran répond que l'Ange (عزرائيل) Ezrail ramènera les défunts vers Allah. Ce verset est l'unique référence coranique à cet ange qui fait penser à la description de Gabriel chez Ibn Hisham. Il « semble dérivé des anges de l'enfer qui repoussent les damnés dans le gouffre infernal, suivant des descriptions de la littérature apocalyptique juive et chrétienne ». Cette présentation doit donc provenir d'une telle sourceVan Reeth, "Sourate 32", Le Coran des Historiens, 2019, t.2b, p 1109 et suiv..

Il a été identifié plus tardivement à ʿIzrāʾīl ou ʿAzrāʾīl (parfois dans la littérature occidentale)Wensinck, A.J., “ʿIzrāʾīl”, Encyclopédie de l’Islam 2, vol. 4., p.292-293. Ce nom dérive de l'hébreu ’ëzër (« aide »)Bavani, R., "Historical Semantics of the Word ʿaḏrā". Arabica 61, 6, 2014, p.760-768.. Il s'agit de l'un des quatre archanges, avec Gabriel, Michel et Raphaël. Dans certaines traditions musulmanes du jugement dernier, l'ange de la mort, comme Raphaël soufflera dans une trompette. Il est décrit comme ayant une taille cosmique, 70 000 pieds de haut, possède 4 faces, 4000 ailes... Sa description correspond presque parfaitement avec la littérature juive.

Voir aussi

Articles connexes

Islam, troisième religion abrahamique Coran, livre sacré de l'islam Mahomet, prophète majeur de l'islam Sourate, nom donné pour les chapitres du Coran Ayat, nom donné pour les versets du Coran

Bibliographie

J. Van Reeth, "Sourate 32", Le Coran des Historiens, t.2b, 2019, 1109 et suiv. R. Paret, Der Koran. Kommentar und konkordanz, 1980En 2019, seuls deux ouvrages peuvent être considérés comme des commentaires scientifiques et continus du texte coranique. Il s'agit du Commentary on the Qur'an de Richard Bell publié en 1991 (aujourd'hui daté) et du Coran des historiens publié en 2019. L'ouvrage de Paret s'inscrit, avec ceux de Blachère, Khoury et Reynolds, dans un ensemble de traduction avec apparat critique. Voir : Sourate.

Liens externes

Texte de la sourate 32 en français, d'après la traduction de Claude-Étienne Savary de 1783.

Notes et références

Notes

Références

Sajda