La dynastie des Comnènes régna de 1081 à 1185 sur l’Empire byzantin.
Après un net recul de ses frontières en Asie Mineure et la perte de ses possessions en Italie dans la deuxième moitié du , l’Empire byzantin entreprit sous les Comnènes une période de redressement continu bien qu’incomplet. Cinq empereurs (Alexis , Jean II, Manuel , Alexis II et Andronic ) tentèrent pendant 104 ans et par divers moyens de tenir tête aux noblesses terrienne et militaire, soit en favorisant des membres de leur propre famille (Alexis ), soit en faisant appel à des conseillers de l’extérieur (Jean II), soit en privilégiant l’une d’elles (Manuel ), soit en persécutant l’une et l’autre (Andronic ). La réforme du système monétaire conduite par Alexis permit de relancer la vie économique et commerciale, mais cette dernière fut contrariée par l’ascendant de plus en plus considérable que prirent les marchands étrangers, vénitiens d’abord, génois et pisans ensuite, établis à Constantinople. Sur le plan extérieur, les Comnènes cherchèrent à freiner l’avancée des Turcs en Anatolie, tout en maintenant de bonnes relations avec eux pour avoir les mains libres dans la délicate conduite des relations avec les royaumes francs de Palestine et de Syrie et, à travers eux, avec les puissances européennes qui leur étaient apparentées. Mais ce furent les Normands qui, après s’être attaqués aux possessions byzantines du sud de l’Italie et s’être dirigés vers Constantinople, portèrent le coup de grâce à cette dynastie.
D’Isaac Comnène à Alexis Comnène (1057-1081) thumb|alt=le khanat des Tetchenègues aux environs de l'an 1000|right|Le khanat des Petchenègues aux environs de l'an 1000. Apparus au dans l'empire khazar, ils s'installent au au nord de la Caspienne. Vaincus par les Russes au , ils tentent de s'installer au sud du Danube.
Lorsque l’impératrice Théodora se trouva sur le point de mourir, la noblesse du palais la contraignit d’adopter un sénateur déjà âgé, simple et inoffensif, Michel le Stratiotique, pensant ainsi s’emparer du pouvoir effectif. Celui-ci fut proclamé empereur sous le nom de Michel VI Bringas (1056-1057). Son règne ne dura qu’un an et dix jours pendant lesquels l’hostilité entre fonctionnaires et généraux atteignit son paroxysme. Le , les troupes d’Asie se révoltèrent et proclamèrent empereur leur commandant, Isaac Comnène. Après s’être rallié les troupes d’Europe, restées fidèles à Michel VI, Isaac entra sans difficulté à Constantinople où il entreprit de réformer l’État en profondeur, se créant des ennemis dans toutes les classes de la société. Pour remplir le trésor public, vidé par Constantin IX Monomaque, il révoqua un grand nombre de concessions terriennes s’aliénant ainsi les grands propriétaires. L’Église se détourna de lui lorsqu’il entra en conflit avec le patriarche, Michel Ier Cérulaire, qu’il fit arrêter en 1059. Enfin, il se mit à dos les hauts fonctionnaires et les sénateurs en réduisant drastiquement leurs salaires. Sentant à quel point ses efforts étaient vains, abandonné de tous et malade, l’empereur abdiqua et se retira dans un monastère après avoir choisi Constantin Doukas comme successeur. Le premier Comnène n’avait pas réussi à fonder de dynastieAlexander P. Kazhdan, « Isaac I Komnenos » dans ..
L’arrivée d’Isaac Comnène au pouvoir avait marqué l’avènement de la noblesse militaire de province. Celle de Constantin X Doukas (1059-1067) celle du retour de l’aristocratie urbaine et de la bureaucratie du palais. Les années qui suivirent, jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Alexis Comnène, furent remplies par la lutte incessante de ces deux classes, lutte qui affaiblit l’empire et facilita la tâche des nombreux envahisseurs qui se pressaient à ses frontières, Turcs, Petchénègues et Normands.
Ayant trouvé la situation financière difficile à son avènement, Constantin X Doukas réduisit systématiquement les dépenses militaires, rendant l’armée incapable de défendre les frontières. À la fin de son règne et de celui de son successeur, Romain IV Diogène (1068-1071), l’œuvre de la dynastie macédonienne était ruinée.
thumb|alt=Robert Guiscard fait duc par le pape Nicolas II|left|Robert Guiscard fait duc par le pape Nicolas II, d'après la Nouvelle Chronique de Giovanni Villani.
À l’ouest, les Normands, mercenaires venus du nord de l’Europe, menaçaient déjà les possessions byzantines du sud de l’Italie. Élu en , le pape Nicolas II eut recours à eux pour expulser de Rome l’antipape Benoît X. En remerciement, le pape donna la principauté de Capoue à Richard Ier d'Aversa et celle de Pouilles et de Calabre au Normand Robert Guiscard, lequel, en prenant Palerme en 1072, mettra définitivement fin à la présence byzantine en Italie..
Au nord-ouest, les Hongrois passèrent le Danube pour s’emparer de Belgrade, pendant que les Oghouzes envahissaient une partie des Balkans, que la Croatie, qui venait de déclarer son indépendance, choisissait de faire obédience à Rome plutôt qu’à Constantinople, et que Constantin X installait le reste des Ouzes finalement défaits par les Bulgares et la peste dans l’empire..
À l’est, les Turcs seldjoukides avaient balayé les restes de la puissance arabe en Asie et, après avoir soumis la Perse, avaient traversé la Mésopotamie, s’emparant de Bagdad, capitale des califes. Ils reprirent bientôt l’Arménie et, après avoir ravagé la Cilicie, s’emparèrent de Césarée en 1067. Romain IV, qui avait remporté un certain succès lors des campagnes de 1068 et 1069, fut défait lors de la terrible défaite de Mantzikert en 1071 et dut concéder aux Turcs l’ensemble de l’Anatolie.
La défaite de Mantzikert devait avoir pour conséquence la déchéance de Romain IV Diogène et l’avènement de Michel VII Doukas (1071-1078). Le pouvoir retournait à l’aristocratie urbaine, alors qu’il eût fallu un militaire d’expérience pour conserver les provinces, sources de la richesse de l’empire. À Constantinople, chacun des partis rivaux engagea des troupes turques, si bien que celles-ci se répandirent dans ce qui restait encore à conquérir de l’empire sans même avoir à combattre. En 1076, l’anarchie était à son comble, aggravée par une épidémie de peste, par une famine due aux spéculations du premier ministre de Michel VII et par une nouvelle invasion des Turcs. Le , l’armée d’Occident proclamait empereur son chef, le général Nicéphore Bryenne, alors qu’une semaine plus tard l’armée d’Orient faisait de même en faveur du domestique des Scholes, Nicéphore III Botaniatès. Ce fut Nicéphore Botaniatès qui l’emporta et entra à Constantinople en ..
Le règne de Nicéphore III Botaniatès (1078-1081) se résume en une lutte sans merci entre généraux rivaux, qui devait se terminer par le triomphe du plus capable d’entre eux, Alexis Ier Comnène. Aussi habile diplomate que fin stratège, Alexis Comnène sut trouver un terrain d’entente avec les Doukas. Son épouse, Irène Doukas était du reste la petite-fille du césar Jean qui devint son allié. Alexis lui-même fut adopté par l’impératrice Marie pour défendre les droits de son fils, le jeune Constantin Doukas. En fait, avertis de ce que tramaient contre eux les ministres de Nicéphore III, les frères Isaac et Alexis Comnène quittèrent Constantinople en pour rejoindre leur armée à Tchorlou, d’où elle devait chasser les Turcs de Cyzique. C’est là qu’Alexis fut proclamé empereur par son armée. Le mois suivant, il entrait à Constantinople après avoir conclu un accord avec un autre prétendant, Nicéphore Mélissène, qui s’était proclamé empereur l’année précédente, et lui avoir promis le titre de César. Sentant la partie perdue, Nicéphore III abdiqua et se retira dans un monastère..
Alexis Comnène (1081-1118) thumb|alt=empire byzantin en 1081|right|L'empire byzantin en 1081, à l'avènement d'Alexis
Politique intérieure À son arrivée au pouvoir, Alexis I Comnène héritait d’un empire considérablement réduit où régnaient l’anarchie et le désordre : le gouvernement devait faire face à la fronde de la noblesse civile, les Turcs seldjoukides occupaient la plus grande partie de l’Asie mineure, les Petchenègues menaçaient les provinces danubiennes et Robert Guiscard se préparait à attaquer ConstantinopleAlexander P. Kazhdan, « Alexios I Komnenos », op. cit., p. 63.. alt=Alexis Ier recevant les chefs croisés|gauche|vignette|Alexis recevant les chefs croisés. S'il avait fait appel à l'Occident, il espérait la venue de chevaliers pour l'aider à lutter contre les Turcs, non des princes anxieux de délivrer Jérusalem. Alexis accéda au trône grâce à l’appui conjugué de la noblesse militaire et de la famille Doukas, à laquelle il était lié par son mariage avec Irène Doukainaibid, p. 63. Toutefois, après la naissance de son premier héritier mâle, Jean Comnène (1088), et son association au trône (1092), il n’hésitera pas à priver de ses droits à la couronne Constantin Doukas, le fils de l’impératrice Marie Doukas et de Michel VII dont il avait fait son héritier. À la suite de quoi, il força l’impératrice Marie à se retirer dans un couvent, établissant ainsi la suprématie de la famille Comnène sur celle des Doukas.
Par diverses mesures, Alexis s’efforça dès le début de son règne d’installer au centre du pouvoir les membres de sa famille dont sa mère, Anna Dalassena, son frère Isaac, son beau-frère Nicéphore Mélissène, son fils Jean et son beau-fils Nicéphore Bryenne. Il leur accorda, entre autres, le privilège de prélever directement des taxes sur des terres qui leur étaient octroyées sans avoir à passer par le gouvernement, système qui sous Manuel I sera concédé aux militaires et deviendra la pronoïa (provision).
Les membres de sa famille seront également les premiers bénéficiaires de la réforme des titres de la famille impériale et de la fonction publique, rendue nécessaire par les concessions massives de titres sous le régime de la noblesse des fonctionnaires. C’est ainsi qu’Alexis créa pour son frère Isaac le nouveau titre de sébastocrator, qui prit préséance sur le titre de césar. Il put ainsi, sans grever le Trésor impérial, donner aux hauts fonctionnaires des titres qui étaient autrefois réservés aux jeunes membres de la maison impériale. Avec l’ajout de divers préfixes, ces titres pouvaient engendrer une échelle de préséance inépuisable. Le seul titre de hypertatos se subdivisait en sébastohypertatos, pansébastohypertatos et protopansébastohypertatos. Dans l’armée, le titre de megas dux remplaça celui de dux pour désigner le grand amiral sous lequel était placée la flotte de guerre. À partir du milieu du , les deux domestiques d’Orient et d’Occident deviendront grands domestiques. Enfin, Alexis consolidera l’administration en mettant l’ensemble des départements sous la direction d’un λογοθέτης τών σεκρέτων (logothèton ton sekreton) qui, à partir du , sera connu comme le grand logothète, poste équivalent à celui de premier ministrePour l’armée, voir ..
Désireux de mettre au pas sénateurs et eunuques du palais, Alexis n’hésita pas à s’entourer de conseillers de rang modeste, dont plusieurs Francs, ce qui lui vaudra l’hostilité de nombre de sénateurs, qui participeront aux complots fomentés contre lui, ainsi que de grands propriétaires terriens d’Anatolie dont les terres avaient été saisies par les Turcs et qui furent écartés par la suite du pouvoir.
thumb|alt=hyperpyron de Manuel Ier|right|Hyperpyron de Manuel , montrant le Christ au recto et l'empereur tenant le labarum et le globe cruciphère au verso.