André Détolle, né le à Paris et mort le à Caen, est un homme politique français, maire de Caen du au .
Son action est notamment marquée par la modernisation urbanistique (assainissement, développement de nouveaux lotissements…) de Caen. Sous l'Occupation, il se maintient à son poste puis est confirmé par le gouvernement. À la libération, sa liste est battue aux premières élections municipales universelles.
Un boulevard porte son nom à l'ouest de la ville par décision unanime du conseil municipal en date du .
Biographie gauche|vignette|Détolle Édouard successeurvignette|À la Flammande à Paris en 1860. gauche|vignette|Détolle André militaire en 1915-1918. vignette|Médaille de la Croix Rouge - Madame André Détolle
André Détolle vit à Caen dès l'âge de .
Son père Édouard s'installe à Caen et rachète le négoce Morin-Gost au 8 rue du Cours-de-la-Reine (devenu 8 rue Sadi-Carnot). Édouard Détolle est conseiller municipal de la ville de Caen pendant presque vingt ans, adjoint de Georges LebretLe journal des instituteurs, , , 8 février 1895, . André, fils unique, reprend l'affaire en 1908, à la suite du décès brutal d'Édouard.
La famille d'André Détolle était dans le commerce de confection depuis deux générations dès 1830 : son grand-père, François Armand Détolle, fils unique d'un boulanger bourguignon d'Ancy-le-Franc ouvrira à Paris le magasin À la Flamande. ses grands-oncles, Adolphe Parissot (emménagement du grand magasin parisien À la Belle Jardinière au quai de la Mégisserie), Pierre Romet (création du grand magasin Le Gagne-Petit à AlençonGagne-Petit (maison du) sur le site de l'histoire d’Alençon par Alain Champion).
André Détolle passe son baccalauréat au lycée Malherbe et sort diplômé de l'École de commerce du Havre en 1898. Il participe à la création du Club Malherbe caennais en 1907.
Mobilisé le , il est affecté auprès des Britanniques puis est démobilisé en . Il développe son entreprise qui prospère entre 1919 et 1933 (réseaux de représentants en confection qui sillonnaient la campagne normande, la confection étant produite à Caen). Fin 1935, la crise l'oblige à fermer son négoce, il a alors . Il s'implique plus tard dans la Société normande d'alimentation, dont il deviendra président d'honneur.
Dans son entreprise, ou à la mairie, c'est un gestionnaire humain et proche du quotidien de ses concitoyens comme de ses employésExtrait de lettres d'Alain Détolle à l'historien Rémy Desquesnes.. Ainsi, pour son atelier de confection, les femmes pouvaient travailler depuis chez elles. En 1938, des réfugiés espagnols fuyant Francisco Franco sont hébergés à la Maladrerie, il leur fait une visite, avec son fils Alain, afin de s’enquérir qu'ils ne manquent de rien. Fin des années 1930 et début 1940, période de fort chômage, il fait préparer sandwich ou soupe chaude à toute personne qui frappe à sa porte.
Son épouse tient également un rôle social marquant pour l'époque. Elle fut présidente de l'Union des Femmes de France (avant 1940), présidente de la Croix Rouge en 1943 sous l'occupation.
Comme caennais, Il fut très affecté par la quasi destruction de la ville de Caen lors les bombardements alliés, ville dont il fut pendant une génération un maire dévoué. Dans son esprit, la liberté retrouvée avait un prix à payer, et donc consentir aux conséquences dramatiques pour de nombreux Caennais,
Carrière politique vignette|Visite du président Lebrun et André Détolle, maire, à Caen en 1932 . vignette|André Détolle à l'aérodrome, vers 1930.
Il devient conseiller d'arrondissement de Caen Ouest en 1912, à L'Ouest-Éclair - édition de Caen, septembre 1912.. En tant que négociant en tissu, il fait partie de la fédération des groupements commerciaux et industrielsL'Ouest-Éclair - édition de Caen, 28 novembre 1919.. Il est réélu au conseil municipal sur la liste d'Union républicaine le L'Ouest-Éclair - édition de Caen, décembre 1919.. Il fait partie de la commission des fêtes et de celle de la foire de CaenL'Ouest-Éclair - édition de Caen, 15 décembre 1919.. Il devient deuxième adjoint d'Armand Marie le en remplacement d'un démissionnaireL'Ouest-Éclair - édition de Caen, 27 novembre 1921.. Il est réélu au premier tour comme conseiller d'arrondissement de Caen le L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 16 mai 1922.. Il devient le vice-président du conseil d'arrondissementL'Ouest-Éclair - édition de Caen, 21 octobre 1922..
Avant son mandat de maire, il est déjà très investi dans l'économie de la ville, nommé administrateur de la Banque de France, en L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 31 décembre 1924., puis administrateur de la Caisse d’épargne et du Crédit immobilier de Caen. Henry Chéron, sénateur du Calvados, lui remet les insignes de chevalier de la Légion d'honneur en janvier 1928, au titre de l'Industrie et du CommerceL'Ouest-Éclair - édition de Caen, 29 janvier 1928..
Il est élu maire de Caen lors du conseil municipal du au premier tour de scrutin par sur 30L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 16 mai 1925.. Il était sur une liste d'union comprenant seize républicains de gauche et seize républicains libérauxL'Ouest-Éclair - édition de Caen, 23 avril 1925.. Il conserve son mandat de conseiller d'arrondissement mais quitte sa fonction de vice-président; il devient secrétaireL'Ouest-Éclair - édition de Caen, 5 août 1925.. Son mandat de conseiller de Caen-Ouest est renouvelé le sous l'étiquette républicain de gaucheL'Ouest-Éclair - édition de Caen, 15 octobre 1925.. Il conduit lui-même la liste d' lors des élections municipales d'L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 3 mars 1929.. Il arrive en nombre de suffrages et sa liste remporte 22 des 32 siègesL'Ouest-Éclair - édition de Caen, 7 mai 1929.. Il est réélu maire de Caen lors de la séance du conseil municipal du par 28 voix et 4 bulletins blancsL'Ouest-Éclair - édition de Caen, 17 mai 1929.. Il exerce le mandat de maire en parallèle d'une carrière dans le privé et dans son entreprise jusqu'en 1935 (les maires seront rémunérés à partir de 1945). Sur le volet social, il préside l'association des anciens du lycée Malherbe en juin 1927L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 18 juin 1927.. puis celle de la Société de gymnastique de CaenL'Ouest-Éclair - édition de Caen, 25 mars 1922, dont il était praticien dans sa jeunesse.
Il est surnommé « le maire des cités-jardins »Caen Habitat, 90 ans d'histoire, décembre 2009. car il développe les quartiers d'habitations à bon marché de Caen. La première est celle de la Haie Vigné, à l'ouest de la ville, après une délibération municipale du . En 1929, est érigée celle du Clos-Joli boulevard Clemenceau, puis en 1930, la cité Guynemer. En , est voté le plan Danger pour l’aménagement et l’embellissement de la ville qui prévoit notamment le percement d'une avenue dans le quartier Saint-Jean entre la gare de l'État et le château.
Si ce dernier plan n'est pas appliquéFrançois Robinard, Caen avant 1940 : rétrospective de la vie caennaise de 1835 à 1940, Caen, Éditions du Lys, 1993, , les chantiers d'assainissement se poursuivent toutefois avec Yves Guillou chargé des travaux publics ; le recouvrement de l'Odon dans la vieille ville en 1932 (Caen subit crues et inondations régulières) et la mise en place du tout-à-l'égout permettent d'offrir un nouveau visage à la cité.
Ces grands travaux offrent également de nombreux emplois, alors même que la Grande Dépression touche l'agglomération caennaise. Il développe l'hygiène dans les écoles de la ville en y installant le chauffage centralL'Ouest-Éclair - édition de Caen, 3 juin 1930..
Attitude sous l'Occupation vignette|Hommage du maire de Caen, Jean-Marie Louvel, en 1962. vignette|Hommage, en 1962.
André Détolle témoigne dès , au lendemain de la débâcle, d'une grande confiance dans la personne du maréchal Pétain ; les historiens le considèrent ainsi comme maréchaliste, bien qu'il ne soit pas collaborationniste.. Par voie d'affichage, il annonce qu'il reste en place le .. Le les Allemands entrent dans la ville, sa maison de la rue de l'Arquette sera occupée. Lors d'un discours au conseil d'arrondissement de Caen, il déclare : L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 18 juillet 1940..
Le , il lance un appel à la population lui rappelant que L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 21 août 1940.. Après la rupture de câbles téléphoniques rue de Falaise en , le maire est obligé d'instaurer un tour de garde pour les surveiller. C'est lui-même qui effectue le premier tour de garde le . Le , il tente de dissuader de nouveau le sabotage de câbles rue des Jacobins et rue du . Le , il instaure un nouveau service de garde.
En , les conseils municipaux sont supprimés. André Détolle est confirmé dans sa fonction par le chef du gouvernement, l'amiral Darlan., le conseil municipal est nommé par le ministère de l'Intérieur le puis installé par le préfet Graux le . André Détolle prend alors la parole : « les directives politiques, les doctrines et tout ce qui tient à la catégorie des grands principes ne sont pas et n’ont jamais été mon affaire […] Il est difficile de se réjouir d’assumer une telle charge […] mais il acceptait dans un sentiment de devoir prenant exemple sur le Chef qui n’a pas craint de prendre en main les destinées de la patrie ».
Il y eut une tentative de renommer le cours Sadi Carnot cours Pétain sur proposition de la légion française des combattants de Caen. André Détolle se montra très prudent sur la question en en adressant un refus poli : .
L'absence du préfet Graux et du maire Détolle à la première réunion publique du comité de collaboration de ne passe pas inaperçue. Pendant neuf mois, Julien Lenoir et le groupe Collaboration devront composer avec l’hostilité ouverte du préfet.
Après de nouveaux sabotages, la ville de Caen se voit infliger une amende de ; André Détolle répartit la somme entre les Caennais en se fondant sur la taxe foncière.
Mi avril et fin , un commando de Francs Tireurs, par 2 fois à Airan, entre Mézidon et Caen, fait dérailler un train de l'armée allemande, tuant une centaine de soldats. Le , André Détolle doit consécutivement prendre un ordre de réquisition pour faire garder de nuit la ligne Paris-Caen-Cherbourg (par 2500 hommes), et ce jusqu'en . Les représailles sont immédiates, plus d'une centaine d'otages furent arrêtés et déportés. Le conseil municipal dut se réunir en séance publique le afin de voter à l'unanimité la confiance à Pétain, Darlan et Laval.
En , il est convoqué au même titre qu'un grand nombre de personnalités ou de notables du Calvados, plusieurs y seront arrêtés et déportés. Durant la bataille de Caen, son fils aîné Gilbert de 22 ans est actif au centre d'accueil des Petites Sœurs des PauvresItinéraire de la Mémoire sur le site de la ville de Caen, André Détolle est évacué par les Allemands avant la libération de la rive gauche, et il est aperçu le à Trun, au nord d'Argentan. Le , son troisième adjoint est nommé maire par intérim par les Alliés.
Aux élections de 1945, il se laisse convaincre de se représenter avec sa liste Union municipale. Il est logiquement battu, sa liste recueillant 7 élus sur 34.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Articles connexes Liste des maires de Caen Histoire de Caen Caen
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