thumb|upright=1.4|Krishna et Arjuna lors de la bataille de Kurukshetra (illustration des ). La (ou leUn graphique (selon le Ngram Viewer de Google Livres) résultant de l'analyse d'un corpus de textes francophones publiés entre 1800 et 2022 montre un emploi assez égal du masculin et du féminin au , suivi d'un envol et d'une très large prédominance du féminin au , qui se poursuit au . Cependant l'usage du masculin demeure (ainsi, l'édition 2007 du Petit Robert des noms propres, p. 260, donne le genre masculin). ) Bhagavad-Gita (prononcé comme « guîtâ »". avec un g dur) ou Bhagavadgita (devanagari : , terme composé sanskrit se traduisant littéralement par « chant du Bienheureux » ou « Chant du Seigneur »Gérard Huet, The Sanskrit Heritage Dictionary.) est la partie centrale du poème épique Mahabharata (Aranyaka-parva, 25 - 42). Ce texte est un des écrits fondamentaux de l'hindouisme, souvent considéré comme un « abrégé de toute la doctrine védique »Ananda Coomaraswamy, Hindouisme et Bouddhisme, Gallimard, 1949.. La Bhagavad-Gita est composée de 18 chapitres et 700 shloka. Ce récit n'a cessé d'imprégner la pensée hindoue tout au long des siècles.
La Bhagavad-Gita conte l'histoire de Krishna, huitième avatar de Vishnou (identifié comme une manifestation du Brahman) et d'Arjuna, un prince guerrier appartenant à l'armée des Pandava, en proie au doute devant la bataille qui risque d'entraîner la mort des membres de sa famille, les Kaurava, qui se trouvent dans l'armée opposée.
Origine et influence Les indianistes s'accordent à penser que le texte a été écrit entre le Robert Charles Zaehner, The Bhagavad-Gita. Oxford University Press. . , voire au A History of Indian Philosophy. Surendranath Dasgupta, Vol. I., , Éd. Plain Label Books, 1965.. Selon la légende des groupes Vaishnava, il daterait de , mais d'après Anne-Marie Esnoul,
La Bhagavad-Gita occupe une place importante dans la pensée religieuse hindouiste :
Contexte
Les Pandava (fils du roi Pāṇḍu) et les Kaurava, qui sont leurs cousins, sont en conflit pour le pouvoir. Les uns et les autres ont réuni leurs alliés (tout ce qui compte dans le sous-continent indien est impliqué) non loin d'Hastinapura, deux immenses forces sont prêtes à s'affronter pour la bataille de Kurukshetra. Arjuna, un des cinq Pandavas, est sur son char de guerre, son cocher est Krishna. Arjuna doit souffler dans une conque pour donner le signal du début des combats. Mais, voyant des amis et des parents dans le camp opposé, il est effondré à la pensée que la bataille fera beaucoup de morts parmi ses proches, oncles, cousins. Il se tourne alors vers Krishna pour exprimer son dilemme, faire son devoir en conduisant son armée et, ce faisant, tuer des membres de sa famille et amis, et pour lui demander conseil.
Contenu et enseignements
Le poème se compose de sept cents distiques, divisés en dix-huit chapitres.
Le récit est constitué du dialogue entre Krishna et Arjuna. Il enseigne que, même si tous les chemins diffèrent, leur but fondamental reste le même : réaliser le Brahman et échapper au cycle des renaissances à travers la réalisation du Soi.
Il est fait allusion par Arjuna, dans le premier chapitre, au mélange des castes (varṇasaṃkara) : ce qui apparaît, dans le Mahabharata et les Purana, .
Krishna instruit Arjuna sur un grand éventail de domaines, à commencer par celui qui résout le dilemme d'Arjuna, la réincarnation (II, 22)., signifiant par là que les vies perdues dans la bataille ne le sont pas véritablement.
Krishna continue d'exposer un grand nombre de sujets spirituels, parmi lesquels plusieurs yogas — ou chemins de dévotion — différents. Dans le onzième chapitre, Krishna dévoile à Arjuna qu'il est, en fait, une incarnation du dieu Vishnou.
Selon Anne-Marie Esnoul :
La guerre peut être considérée comme une métaphore des confusions, des doutes, des craintes et des conflits qui préoccupent toute personne à un moment ou un autre de sa vie.. La Gita s'adresse à cette discorde en nous et enseigne les yogas qui permettent de l'apaiser : le Bhakti yoga ou la voie de la dévotion au Dieu personnel, le Jnana yoga ou la voie de la connaissance, le Karma yoga ou voie de l'action juste. Selon Krishna, la racine de toutes les douleurs et de tous les troubles est l'agitation de l'esprit provoquée par le désir. Pour éteindre la flamme du désir, indique Krishna, il faut calmer l'esprit par la discipline des sens et de l'esprit.
L'enseignement du renoncement ou détachement des fruits de l'action revêt une importance particulière, sans pour autant inciter à un non-agir ; chacun doit, selon sa nature, s'efforcer de remplir son devoir personnel (svadharma).
Selon la Bhagavad-Gita, le but de la vie est de libérer l'esprit et l'intellect de leurs constructions illusoires et de les concentrer sur l'Absolu (personnifié par Krishna dans le texte). Ce but peut être réalisé par les yogas d'action, de dévotion et de connaissance. Le texte finit par un chant exposant la doctrine du renoncement, qui permet d'échapper au samsara, le cycle des renaissances : Dans la culture populaire, en dehors des cercles culturellement influencés par les enseignements du livre, les mots les plus connus de son contenu furent prononcés par le physicien et directeur du projet Manhattan, J Robert Oppenheimer, aussi appelé "père de la bombe atomique", alors qu'il se remémore ses pensées face à la puissance de son invention, dont il a pu témoigner en assistant au premier essai atomique de l'Histoire. Il dit :
Cette traduction faite par le physicien est cependant à prendre avec des pincettes, certains termes comme "la Mort" pouvant être changés, dans le contexte de la phrase, en des termes presque synonymes.
Traductions et commentaires vignette|Arjuna et Krishna sur leur char. Sculpture en bronze, Kurukshetra. La Bhagavad-Gita a été commentée par de nombreux philosophes indiens tels que le célèbre Adi Shankara au , mais aussi Abhinavagupta (-), Râmânuja (-), Madhva (-) ou encore, au par Sri Aurobindo.
Dans des adaptations qui s'écartent passablement du sens et du texte originaire et de son message universel, la Bhagavad Gita a inspiré des "gourous" de mouvements New Age, parfois définis comme sectaires comme notamment Maharishi Mahesh Yogi dont la traduction est davantage une interprétation spirituelle personnelle qu'une traduction fidèle au texte original, son texte est souvent amplifié par des commentaires qui interprètent le sens en fonction de sa propre perspective. L'adaptation d'A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada s'écarte particulièrement du message universel de la Bhagavad Gita pour promouvoir une vision centrée sur son mouvement et ses pratiquesLa Bhagavad-Gita telle qu'elle est, par A. C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada, Bhaktivedanta Book Trust, 1982.
Les premières traductions effectuées dans des langues européennes ont été publiées en anglais par Charles Wilkins en 1785, en latin par Auguste Schlegel en 1823, en allemand par Wilhelm von Humboldt en 1826, édition revue par Lassen en 1846, en français d'abord par Lanjuinais en 1832, puis par Burnouf en 1861, en grec moderne par Galanos en 1848 et en polonais par Michalski en 1910. Le rôle éminent des Allemands dans ces études, alors qu'ils n'avaient pas de colonies en Inde, s'explique par l'intérêt pour la langue sanskrite dans le cadre des études des langues indo-européennesSur ce point, on lira avec profit l'ouvrage de Pascale Rabault-Feuerhahn, L'Archive des origines. Sanskrit, philologie, anthropologie dans l'Allemagne du (Bibliothèque franco-allemande, 2008).. centré|vignette|Arjuna (les mains en anjali mudra, signe de respect) agenouillé devant son cocher, Krishna. Celui-ci tient les rênes, tandis que sa main droite forme le jnana mudra (mudra de la connaissance). Gouache sur papier, vers 1830. British Museum.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie
Traductions (avec commentaires) La Bhagavad-Gita, traduction de Camille Rao et Jean Herbert, commentaires de Sri Aurobindo, Paris, Albin Michel, 1970 . La Bhagavad-Gita, traduction d'après Sri Aurobindo, Paris, Librairie d'Amérique et d'Orient, 1984 La Bhagavad-Gita, présentation, traduction et commentaires de Guy Deleury, Paris, Imprimerie nationale Éditions, 1992 - La Bhagavad-Gita, traduction et introduction d'Émile Senart, Paris, Les Belles Lettres, 2004
Bhagavad-Gita, traduction, présentation et notes d'Alain Porte, Paris, Arléa, 2019 , 167 p. La Bhagavad Gita, traduction de Marc Ballanfat, Paris GF Flammarion, 2007, 256 p.
La Bhagavad Gita. Commentaire du texte intégral par Swami Chinmayananda, éditions Guy Trédaniel, 2017.
Éditions illustrées La Bhagavadgītā illustrée par la peinture indienne (trad., notes et postface de Marc Ballanfat ; Introduction et commentaires iconographiques d’Amina Taha-Hussein Okada), Paris éditions Diane de Selliers, 2016, 296 p.
Versions consultables en ligne La Bhagavad-Gita traduite et commentée par Sri Aurobindo, version française (extraits) La Bhagavadgîtâ traduite et commentée par Émile Senart, version française, texte complet, 1922 The Bhagavad-Gita commentée par Sri Shankaracharya (Adi Shankara), version anglaise, texte complet
Études Charles Schoebel, La Bhagavad-Gita : étude de philosophie indienne, 1861 Jean Herbert, Réflexions sur la Bhagavad Gîta, Albin Michel, 1994, 175 p. Madeleine Biardeau, Le Mahâbhârata. Un récit fondateur du brahmanisme et son interprétation, Paris, Éditions du Seuil, 2002, 1001 p. Gisèle Siguier-Sauné (choix de textes et présentation), La Voie de l'acte juste. La Bhagavad-Gita, Paris, Pocket, 2008, 160 p.
Gurcharan Das, La difficulté d'être bon. De l'art subtil du dharma, Éd. Banyan, 2017, 580 p.
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