Jean de BournonvilleIl est parfois prénommé Jean-Valentin dans la littérature, mais les sources anciennes ne l’attestent pas. est un compositeur français actif dans le premier tiers du , né à Noyon vers 1585 et mort à Paris le . Il ne doit pas être confondu avec son fils Valentin de Bournonville, qui a publié des messes au milieu du .
Biographie Noyon Les Octo Cantica de 1612 précisent qu’il est né à Noyon, mais on ignore son année de naissance.
Saint-Quentin Le même recueil l’indique à cette date comme maître des enfants de l’église collégiale de Saint-QuentinDans la réédition de 1625, l’imprimeur a omis de changer cette mention.... En 1613 Bournonville offre au chapitre de la cathédrale de Cambrai un recueil relié de ses messes (probablement les éditions parisiennes de Pierre I Ballard)Voir Houdoy 1880 p. 224 : à Me Jean de Bournonville, Me des enfans de l’église de M. S. St Quentin pour ses œuvres de plusieurs messes composées en musique imprimées en un livre offert au chapitre, 9 livres.. Il reste à Saint-Quentin jusque vers 1618Gomart 1851 p. 45.. Dans les années 1610, il gagne les premiers prix aux puys de musique de Rouen, Évreux et AbbevilleC’est la préface des Missæ tredecim de 1619 qui nous l’apprend, dans une pièce latine au début de la partie de Bassus, transcrite dans Durand 1920 p. 92. Les pièces liminaires du même recueil lui donnent deux anagrammes : IL A BON’ ODEUR EN VILLE et HÉ N’OY-JE UN BEL ORLANDE ?.
Amiens Bournonville passe à Amiens avant 1619 : il est nommé maître de chapelle (symphoniarca) de la cathédrale d’Amiens au titre de ses Missae tredecim de 1619Il porte le même titre dans ses Cinquante quatrains de 1622. Dans son article de la Biographie universelle des musiciens (vol. II p. 43-44), Fétis lui prête un parcours erroné, confondant ses prix et ses postes.... On connaît une expertise de réception de l’orgue de la cathédrale signée de sa main le , également signée par Henri Frémart et Jehan TitelouzeAmiens AD Somme : 4 G 1144, reproduite dans Musique en Picardie 2012 p. 282., ce qui laisse supposer qu’il a été organiste.
Paris Il termine sa carrière à la Sainte-Chapelle du Palais à Paris, où il est nommé par le chapitre directeur de la maîtrise le , en remplacement de Jacques Du Moustier décédéEt c’est Artus Aux-Cousteaux qui remplace Bournonville à Amiens.. Il prend possession de son poste le , après avoir prêté serment, et est installé aux basses chaires du côté droit, n’ayant l’ordre de prêtrise. Offrir un tel poste à un musicien non ecclésiastique était inhabituel ; on peut en déduire que ce sont ses qualités qui lui ont valu une telle offre. Il n’exerça pas longtemps, mourant le Sur cet épisode parisien, voir . Son convoi d'inhumation à la Sainte-Chapelle se fait le 28 mai dans la basse Sainte-Chapelle : voir Brossard 1965 p. 42..
Postérité Il est encore cité par Annibal Gantez, en 1643 : comme un Bournonville qui est mort maistre de la Saincte Chapelle, et qui a laissé son fils aussi vertueux que luy maistre de l'Église d’AmiensVoir Gantez 1643, Lettre XVIII.. Outre son fils Valentin, il eut Artus Aux-Cousteaux comme élève à Saint-Quentin vers 1615Gomart 1851 p. 48..
Œuvres
Les œuvres connues de Bournonville sont exclusivement sacrées et spirituelles. Elles ont été bien considérées par ses contemporains. Dans son écriture les imitations sont traitées avec souplesse et élégance. Son contrepoint est d’une grande qualité et sait rester vivant et spontané, comme dans les chansons dont il s’inspire parfois pour ses messes (enfreignant en cela les directives du Concile de Trente, qui demandaient l'abandon de cette inspiration profane).
Messes Elles sont au nombre de dix-neuf, réparties entre des volumes parisiens (y compris les Octo cantica de 1612/1625) et un recueil douaisien. Missa quatuor vocum. Ad imitationem moduli Ave maris stella. Paris : Pierre I Ballard, 1618. 1 vol. 2°. RISM B 3842, Guillo 2003 B. Missa quatuor vocum. Ad imitationem moduli Ave Maria. Paris : Pierre I Ballard, 1618. 1 vol. 2°. Guillo 2016 B2. Ces deux messes font partie d’une collection de messes de Bournonville imprimées par l’atelier Ballard entre 1607 et 1618, qui contenait aussi les volumes suivants, tous perdus : Missa Sappi madonna (4 v.), Missa Septimi toni (4 v.), Missa Ad nutum Domini (6 v.), Missa Heu mihi (4 v.), Missa In nomine Jesu (5 v.), Missa J’ay senti les deux maux (5 v.), Missa Narcisse (5 v.), Missa Nunc dimittis (5 v.), Missa Par un matin d’esté (4 v.). Elles ont paru avant le recueil de Douai de 1619 et certaines s’y retrouvent. Cf. Guillo 2003 n° ND-12 à ND-22. La messe Sappi Madonna, est également connue dans un manuscrit italienUdine, Bibliothèque du Séminaire archiépiscopal, mss daté 1622. Cité d’après McClintock 1969 p. 510.. Missæ tredecim, quarum ultima pro defunctis. Douai : Jean Bogard, 1619. 6 vol. 4° obl. RISM B 3843, Persoons 1989 . Dédicace à l’évêque d’Amiens François Lefèvre de Caumartin, du . Contient 13 messes : à 4 voix Ad libitum, Ave Maria, Ave maris stella, Heu mihi, Septimi toni ; à 5 voix In cantu peregrinorum S. Jacobi, In nomine Jesu, Le rossignol, Nunc dimittis ; à 6 voix Ad nutum Domini, Dessus le marché d'Arras, La guerre françoise (celle-ci inspirée par La bataille de Marignan de Clément Janequin), Pro defunctis. Disponible sur Gallica. La messe Ad libitum a été publiée : révision et annotations de René-Marie Reboud. [Pour chœur mixte à 5 voix]. - Paris : Éditions musicales de la Schola cantorum et de la Procure générale de musique, . In-4° , 10 p.
Hymnes et cantiques Octo cantica Virginis matris quae vulgo magnificat dicuntur, cum hymnis communioribus penè totius anni, quibus additae sunt Diei Dominicae & natalis Domini vesperae. Secundum rituum Romanum. (4-5 v.). Paris : Pierre I Ballard, 1612. 4 vol. 4°. RISM B 3841, Guillo 2003 C. Contient 8 magnificats, des psaumes, des hymnes, des antiennes à la Vierge, une Missa syllabica et une Missa Septimi toni. La musique est en faux-bourdon, et reste la même pour chaque verset. Ces compositions sont antiphonales (c’est-à-dire avec alternance de plain-chant et de polyphonie). Recueil réédité en 1625 (inconnu du RISM, Guillo 2003 n° 1625-B). Au titre, la mention de Saint-Quentin n’a pas été changée (alors que Bournonville travaillait alors à Amiens). Numérisé sur Gallica. Octo cantica Divæ Mariæ Virginis, quorum initium est Magnificat, secundum octo modos, seu tonos in templis decantari solitos singula quaternis vocibus constantia. Paris : Pierre I Ballard, 1614. 1 vol. 2°. Guillo 2016 D2. Contient 8 magnificats sur les 8 tons, en forme antiphonale. L'écriture est plus travaillée que celle du recueil de 1612.
Musique spirituelle Cinquante quatrains du sieur de Pybrac, mis en musique à ii, iii & iiii parties. Paris : Pierre I Ballard, 1622. 4 vol. 8° obl. RISM B 3844, Guillo 2003 B. L’édition suit l’ordre original des quatrains de Pibrac.
Notes
Références
Georges Durand. « La musique de la cathédrale d'Amiens avant la Révolution », Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie 29 (1920–1922), . Reprint in La vie musicale dans les provinces françaises : 1 (Genève, 1971). Voir . Annibal Gantez. L’Entretien des musiciens. Auxerre : 1643. Réédition par Ernest Thoinan : Paris, 1878. Charles Gomart, Notes historiques sur la maîtrise de Saint-Quentin et sur les célébrités musicales de cette ville. Saint Quentin : 1851. Reprint in La vie musicale dans les provinces françaises : 1 (Genève, 1971). Musiciens de Paris 1535-1792 d’après le Fichier Laborde. Publié par Yolande de Brossard. – Paris : Picard, 1965. Laurent Guillo, « Découverte à la Bibliothèque de Fels (Institut catholique de Paris) d’un recueil de messes contenant des œuvres retrouvées de Titelouze, Du Caurroy, Fontenay et Bournonville (Paris, 1587-1626) », Revue de musicologie 102/2 (2016), . Laurent Guillo. Pierre I Ballard et Robert III Ballard, imprimeurs du roy pour la musique (1599-1673). Sprimont et Versailles : 2003. 2 vol. Jules Houdoy, Histoire artistique de la cathédrale de Cambrai, ancienne église métropolitaine Notre Dame : comptes, inventaires et documents inédits... Paris : Morgand et Fatout, 1880. Denise Launay. La musique religieuse en France du concile de Trente à 1804. Paris : Société française de musicologie, 1993. Carol MacClintock. « New sources of Mantuan music ». Journal of the American Musicological Society 22/3 (1969), . La Musique en Picardie du , sous la dir. de Camilla Cavicchi, Marie-Alexis Colin et Philippe Vendrix. Turnhout : Brepols, 2012. Guido Persoons. « Joannes I Bogard, Jean II Bogard en Pierre Bogard als muziekdrukkers te Douai van 1574 tot 1633 en hun betrekkingen met de Officina Plantiniana ». Ex Officina Plantiniana : studia in memoriam Christophori Plantini (ca. 1520-1589), ed. Marcus de Schepper & Francine de Nave. Antwerpen : Vereeniging der Antwerpsche Bibliophilien, 1989, . Jean-Paul Montagnier, The Polyphonic Mass in France, 1600-1780: The Evidence of the Printed Choirbooks, Cambridge: Cambridge University Press, 2017.
Discographie Jean Titelouze : Hymnes et Magnificat. Jean-Charles Ablitzer, orgue historique de Saint-Miliau. Versets chantés alternés, polyphonies et plain-chant par Gérard Lesne, Josep Benet, Josep Cabré et Malcolm Bothwell. 1 CD Harmonic Records H/CD 9037, 1990. [Les polyphonies chantées sont extraites du recueil de Bournonville de 1612/1625].
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