thumb|La jeune sorcière, peinture d'Antoine Wiertz. Les possessions d'Aix-en-Provence sont une affaire d'hystérie collective qui se déroula en Provence au début du où elles furent qualifiées de séduction diabolique. Les acteurs en sont Louis Gaufridy, moine bénédictin de Saint-Victor de Marseille et curé des Accoules, ainsi que des religieuses ursulines d'Aix-en-Provence, dont les sœurs Madeleine de Demandolx de la Palud et Louise Capeau qui se déclarèrent ensorcelées par sa faute. En dépit de puissants soutiens, dont celui des archevêques d'Avignon et d'Aix-en-Provence, le prêtre fut décrété coupable, après avoir été convaincu de sorcellerie et de magie. Il fut brûlé vif sur la place des Prêcheurs, à Aix, le .
Un ami de la famille thumb|left|Rencontre monastique galante, artiste inconnu néerlandais. Louis-Jean-Baptiste Gaufridy, fils d'un berger du village de Beauvezer, près de Colmars, dans la haute vallée du Verdon, naquit en 1572.. Son oncle Cristol Gaufridy, curé de Pourrières convainquit ses parents de le faire entrer dans les ordres. Il fut installé à Pourrières, dans le presbytère, où il apprit la lecture, l’écriture, un peu de latin, le rituel liturgique et l’administration des sacrements. C'est là qu'il découvrit un vieux traité de Kabbale qui devint un de ses sujets favori d’étude. À 18 ans, il partit à Arles poursuivre des études de théologie jusqu’à la prêtrise.
Il choisit de prendre la robe dans l'abbaye Saint-Victor de Marseille. Ordonné prêtre il célébra sa première messe à Beauvezer. Il se fixa à Marseille en 1595. Desservant plusieurs paroisses, il devint curé des Accoules. Cette charge fort lucrative fut obtenue grâce à l’appui de la famille Demandolx de la Palud, originaire de Beauvezer. La règle des victorins s'étant très relâchée, il déserta son monastère pour loger en ville, où il se révéla être un homme fort enjoué, aimant la bonne chère. Il plut aux Demandolx de la Palud dont il devint le familier.
Devenu le directeur spirituel de la mère et de ses trois filles, il fut chargé de l'éducation religieuse de la plus jeune, Madeleine, qu’il avait vu naître. Il lui fit faire sa première communion, puis influença sa famille pour qu'elle fut placée chez les Ursulines. Le curé s'enticha de Madeleine, qu'il suivit tout au long de son noviciat. Elle fit partie de ses filles spirituelles qui le rejoignaient chaque soir. Elles étaient censées entretenir, avec leur confesseur, des conversations édifiantes, pendant lesquelles le confesseur abusa de ses jeunes recrues.
Âgée de 17 ans, souffrant de dépression, elle fut plusieurs fois renvoyée chez ses parents. Les signes de la présence de démons furent censés apparaître, chez Madeleine, au cours de l'année 1609. Cette rumeur parvint aux oreilles de Catherine de Gaumer, mère supérieure des Ursulines de Marseille. Elle en avertit la mère de Madeleine, et firent savoir au prêtre que ses assiduités devraient cesser immédiatement. Madeleine fut cloîtrée sous la surveillance directe de la mère Gaumer. Sur les insistances de sa supérieure, elle révéla l'histoire complète de ses relations avec Gaufridy. Afin de prévenir d'autres dommages et de stopper toute association avec le prêtre, la novice fut transférée au couvent d'Aix.
Tout un couvent ensorcelé Le mal de Madeleine s'aggrava aux Ursulines d'Aix. Elle eut des visions et des crises au milieu des offices. Ses supérieures, et le confesseur, du couvent en recherchèrent les causes. Elle avoua alors qu'on lui avait ravi sa virginité et vouée au diable.
Face à l'incrédulité de son entourage, Madeleine fut en proie à ce que l'on considéra comme une incontestable possession démoniaque ; son corps devint tordu, et dans un accès de rage, elle détruisit un crucifix. Il fut prescrit un exorcisme pour faire sortir les démons de son corps. Le père J.-B. Bomillon, supérieur des prêtres de la Doctrine chrétienne, l'exorcisa pendant plus d'une année. thumb|Exorciste chassant les démons. thumb|left|Nonnes pactisant avec des démons. Non seulement les premières tentatives se révélèrent inopérantes, mais lors des suivantes, la jeune fille affirma qu'un prêtre l'avait ensorcelée, qu'il était un adorateur du diable et qu'il avait copulé avec elle depuis qu'elle avait 17 ans.
L'ambiance était telle que trois autres religieuses se déclarèrent bientôt possédées par des démons, et à la fin de l'année, ce nombre passa à huit. Louise Capeau, née de parents hérétiques, fut considérée comme la plus possédée, ayant des délires et des contorsions corporelles encore plus prononcés que ceux de Madeleine.
La situation au couvent des Ursulines devint telle, que Bomillon, complètement dépassé, conduisit Madeleine et Louise à la Sainte-Baume. Sébastien Michaëlis, Grand Inquisiteur et prieur de Saint-Maximin, prit l'affaire en mains, aidés des inquisiteurs Domptius, un exorciste flamand, et Billet. Les moines firent rapidement leur bilan : Madeleine était possédée d'une foule de démons sous la gouverne de Belzébuth et Astaroth, quant à Louise elle n'était possédée que par trois subalternes : Verrine, Sonneillon et Grésille.
Le , un des démons de Louise, après avoir beuglé plusieurs fois, apostropha Madeleine en disant : . Verrine, démon très loquace, appela Madeleine à faire pénitence, puis il invectiva Gaufridy en l'accusant d'être un magicien, ce qui surprit, car nul encore ne le soupçonnait.. thumb|Diables et sorcières. Après que le démon Vérinne eut accusé Gaufridy d'être la cause de la possession de Madeleine, l'exorciste Domptius comptabilisa que 666 démons était en possession de son corps. Il somma Gaufridy de quitter sa paroisse pour exorciser. Louise Capeau, dès qu'elle le vit, l'accusa d'être un sorcier et un cannibale. Elle révéla qu'il avait séduit Madeleine, qu'il la conduisit dans une grotte sur les propriétés de son père, où elle ne trouva que des diables que Gaufridy appelait ses bons amis. Elle fut marquée à l'annulaire avec un poinçon, puis montée par l'un d'eux qui la déflora, dut signer des cédules et devint princesse du sabbat. Son séducteur, pour l'empêcher de s'échapper, lui souffla des charmes afin de renforcer sa possession..
Chez les inquisiteurs de la Sainte-Baume thumb|left|Couvent des dominicains à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. Prenant trop à la légère cette dangereuse accusation, Gaufridy répliqua : . Cette boutade, prise par les inquisiteurs comme un aveu de culpabilité, conduit immédiatement le prêtre en prison. Il fut mis dans une geôle située dans un souterrain derrière le maître-autel du couvent des dominicains et qui était dite . thumb|Danse infernale, peinture de David Ryckaert III. Quatre dominicains furent chargés de la garder jour et nuit. Le , les inquisiteurs ne pouvaient fermer l'œil, tous entendirent une musique infernale au-dessus des bois de la Sainte-Baume, le curé des Accoules ayant, selon eux, traîné ses démons derrière lui. Il y avait bien là plus de cent voix de femmes et d'enfants chantant à tue-tête : .. thumb|left|La Sainte-Baume. thumb|Madeleine, mère, sœur et fille des Dominicains. Tout ce grand vacarme provenait, affirmèrent les inquisiteurs, de la synagogue des sorciers qui faisaient leur sabbat.. De plus, ils ne pouvaient se contenter de baisers, d'attouchements et autres privautés. Ils mirent le curé des Accoules à la question et lui firent avouer qu'il . Et là lui souffla dessus pour qu'elle le désira, compléta le curé, expliquant qu'il provoquait un maléfice amatoire par son souffle. Il crut bon d'ajouter : .
Quant à Verrine, il continuait à disserter par la bouche de Louise sur les dogmes du christianisme, et comme la possédée comprenait et parlait le latin, il remarqua ironiquement : .
Les doutes sur la possession de Louise, considérée comme une fille ignorante et naïve, firent place à la certitude tant elle disait .. Le père Billet, un des inquisiteurs, dans une lettre aux prêtres de la Doctrine, les engagea à venir rapidement pour entendre ..
Toujours par la bouche de Louise, Verrine affirma que Gaufridy avait commis toutes les formes imaginables de perversion sexuelle. Les inquisiteurs ordonnèrent alors de fouiller dans sa maison pour trouver des livres magiques ou des objets l'incriminant. La fouille ne donna rien, mais l'enquête révéla que le curé dans sa paroisse était un homme fort bien considéré. Car beaucoup refusait de croire Gaufridy coupable, tant il jouissait d'une bonne réputation.
Nombre de personnes bien placées éprouvaient pour lui pitié et estime. Elles traitaient ouvertement les accusations dont il était l'objet . Il fut même proposé que toute cette affaire fût cassé lors d'un synode, après avoir été déclarée vaine et mensongère. L'inquisiteur Domptius fut même incarcéré pendant quelques heures et les soutiens de Gaufridy réussirent même à le faire élargir. Il fut libéré le . Fort de ces appuis, Gaufridy demanda alors que son nom fut rayé du procès-verbal et que ses accusatrices fussent punies. Puis il s'en fut à Avignon solliciter Philippe Philonardi, le vice-légat, pour obtenir du pape Paul V la déclaration de son innocence. Ce qui lui fut refusé. Du coup Jacques Turricella, l'évêque de Marseille, chargea quatre chanoines de lui faire rejoindre une cellule..
Domptius, persuadé de la possession et de la magie de Gaufridy, fut convoqué par le théologal d'Étienne Dulci, l'archevêque d'Avignon et le vicaire général de Paul Hurault de L'Hôpital, l'archevêque d'Aix. Tous deux lui firent savoir que les archevêques n'étaient pas d'avis qu'on poursuivît l'accusé..
Le parlement de Provence se saisit de l'affaire thumb|Guillaume Du Vair. Le Grand Inquisiteur Michaélis restait déterminé à prouver sa culpabilité. Le , il se rendit à Aix pour être reçu en audience par le premier président Guillaume du Vair du Parlement. Il lui fit le récit des évènements qui s'étaient déroulés depuis le . Il conclut que tout prouvait que les filles étaient possédées et que Gaufridy en était le responsable.
Le Parlement de Provence se saisit de l'affaire et le , Madeleine fut présentée au président du Vair. Elle lui raconta ses déboires et, à sa demande, lui montra ses marques sataniques. Le 19, un conseiller fut chargé d'informer sur le crime de magie..
Le , Gaufridy fut mis au cachot et n'en sortit que pour aller en prison. Cette fois il fut incarcéré à Aix, dans le palais des comtes de Provence. Un nouveau charivari nocturne fut déclenché en cours de nuit par les hululements d'un chat-huant qui vola près de la prison et les aboiements des chiens qui lui répondirent.
À Aix, Madeleine fut livrée, encore une fois, aux mains des inquisiteurs qui cherchèrent à nouveau sur tout son corps les marques diaboliques. Puis, ils la menèrent à la cathédrale Saint-Sauveur où elle fut dirigée au sous-sol vers l'ossuaire. Sébastien Michaélis, prétextant qu'il lui fallait connaître la contenance de ses démons mis en contact avec les saintes reliques, lui fit passer deux nuits au milieu des ossements. Le , Antoine Mérindol, un docteur en médecine, examina la religieuse et attesta qu'elle était possédée thumb|left|Femmes exorcisées. thumb|Practica officii inquisitionis, dessin de Martin van Maële.