Claude Tarnaud, né le à Maisons-Laffitte et mort à Avignon le Relevé généalogique sur Filae, est un poète et artiste peintre français.
Biographie Pendant la Seconde Guerre mondiale, Claude Tarnaud découvre le surréalisme et le jazz, et se dégage de l'emprise d'une mère qu'il juge étouffante. Puis en 1946 il fonde avec Yves Bonnefoy et Jaroslav Serpan la revue La Révolution La Nuit, mais il prend aussitôt ses distances avec le groupe. La même année, il s'installe dans une chambre d'hôtel près du métro Saint-Paul à Paris, avec Claudine Merlin, dite Eaudine. Une fille, prénommée Sylvie, naît le de la même année, alors que le couple déménage pour Ascona, à la frontière italo-suisse. C'est alors que Tarnaud commence à rédiger Le Journal du scorpion, manuscrit perduDes extraits sont toutefois publiés sous le titre « De l'autre côté du pont », dans la revue Qui vive ? (1947), partiellement repris dans le dossier Claude Tarnaud de Supérieur Inconnu, , octobre-décembre 1995., dans lequel il se situe son existence sous les figures allégoriques et antagonistes du scorpion, symbole de libération, et de la chauve-souris, symbole du vampirisme de la mère. Cédric Demangeot écrit que « cette aptitude qu'il se découvre, à “assumer quotidiennement un mythe”, en traquant en l'occurrence les manifestations du scorpion jusque dans les événements les plus infimes du quotidien, est déjà l'ébauche de ce “mythique-vécu” que tous ses écrits à venir mettront en œuvre et interrogeront. »Cédric Demangeot, dans The Whiteclad Gambler, Repères biographiques, Le Vigan, L'Arachnoïde, 2011, . Après un bref retour au domicile familial de Maisons-Laffitte, Tarnaud rompt définitivement avec ses parents et s'installe de nouveau avec Eaudine à Paris.
Il y rencontre alors les figures majeures qui exerceront sur lui une fascination durable : André Breton, Victor Brauner. Il se lie également d'amitié avec Stanislas Rodanski, Alain Jouffroy, Sarane Alexandrian, le peintre Jacques Hérold. Selon les mots de Sarane Alexandrian, ils forment « un quatuor insolite qui scandalisera la vieille garde surréaliste »Sarane Alexandrian, « Claude Tarnaud ou le dandy transcendant », Supérieur Inconnu, , octobre-décembre 1995, ., revenant au dandysme nihiliste des précurseurs du surréalisme, Jacques Vaché, Arthur Cravan, Jacques Rigaut. C'est l'époque de ce qu'il nomme la Nef des fous, et tout le monde vit plus ou moins sous le même toit, Impasse de l'Enfant-Jésus à Paris. Il participe activement à l'Exposition internationale du surréalisme de 1947, et l'année suivante à la revue Néon (5 numéros de à ), dont il est un des membres fondateurs avec Stanislas Rodanski, Sarane Alexandrian, Jindřich Heisler et Véra Hérold. Cette revue, à laquelle participent aussi Victor Brauner, André Breton, Charles Duits, Julien Gracq, Benjamin Péret, se propose d'apporter une nouvelle lumière sur le Monde et d'aller du Néant à l'Être, et porte en exergue la formule « N'être rien, Être tout, Ouvrir l'être ». En , en désaccord avec l'exclusion du peintre Roberto Matta, il rompt avec le groupe surréaliste, à l'instar de ses amis Brauner, Rodanski, Alexandrian, Jouffroy. En même temps, assez vite c'est pour Tarnaud « le début d'un isolement qu'il entretiendra, non sans douleur mais sciemment, jusqu'à la fin de sa vie », commençant à se défier de « l'importance » de la littérature comme carrière, pour se réclamer d'un « sourire bouche close », du « seul silence qui sera son suicide. »Cédric Demangeot, dans The Whiteclad Gambler, Repères biographiques, Le Vigan, L'Arachnoïde, 2011, . C'est aussi l'époque où il fait deux lectures capitales et bouleversantes pour lui : Ulysse de James Joyce et Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry.
En 1951, il épouse Henriette de Champrel, Gibbsy, rencontrée deux ans plus tôt (après sa séparation d'avec Eaudine) et avec qui il vivra jusqu'à sa mort. Elle illustrera de ses peintures plusieurs textes et poèmes, le plus souvent manuscrits à quelques exemplaires, de Tarnaud. Ensemble, ils partent à Genève où il travaille en tant que traducteur pour l'ONU. En 1952 ils ont une fille prénommée Pierrille. Il publie alors à compte d'auteur son premier livre, The Whiteclad Gambler - Le Joueur blancvêtu ou Les Écrits et les Gestes de H. de Salignac (à l'imprimerie de la Sirène à Genève), sorte de poème épique inclassable, illustré par Henriette, qu'il poursuivra dans ses trois autres proses : La Forme réfléchie (1945), L’Aventure de la Marie-Jeanne ou Le Journal indien (1965) et De (1974).
Il est ensuite associé avec François Di Dio, rencontré en 1952 par l'intermédiaire de Ghérasim Luca, à la direction de la revue Positions publiée aux éditions Le Soleil noir, maison à laquelle il donnera trois ouvrages. Se tenant à l'écart du monde littéraire et de ses simulacres, il estime qu'il importe avant tout d'inventer sa propre vie, en conjurant « l'abîme que l'on a délibérément creusé entre le “vécu” et l'imaginaire »L'Aventure de la Marie-Jeanne ou le journal indien, Brest, Les Hauts-Fonds, 2013, ., avec la liberté d'une existence et d'une écriture liées dans la même aventure mentale, « mythique-vécue », selon sa propre expression. De cette expérience intérieure d'une autre vérité, Patrice Beray écrit qu'elle déploie « une pensée renouvelée de la portée épique du poème. [...] une vision du monde éprouvé comme une réalité indépassable. [...] poème en effet que ce qui doit être inventé et n'est nulle part écrit, ne ressortit plus à aucune forme léguée du poème, pas plus que ne sont tracés les chemins de vie propres. »Patrice Beray, Pour Chorus seul - À Jean-Pierre Duprey et Claude Tarnaud (essai poétique), Brest, Éditions Les Hauts-Fonds, 2013, .
De 1953 à 1966, il participe aux activités du mouvement Phases et collabore à la revue du même nom, dirigée par Édouard Jaguer.
Tarnaud fut un infatigable voyageur, quittant la Suisse dans le cadre de ses missions diplomatiques pour Mogadiscio, Addis-Abeba, New Delhi ou New York, puis, après avoir démissionné de son poste aux Nations Unies, finit par s'établir en 1969 en Provence, au lieu-dit de Salignan, près d'Apt, devenant alors le voisin de Julio Cortázar, installé à quelques kilomètres de là, au village de Saignon. De son séjour à Mogadiscio, en Somalie, entre 1953 et 1959, Cédric Demangeot écrit : « C'est posté sur ce rivage que Tarnaud, sémaphore de l'invisible, va recommencer à apercevoir, à recevoir de toutes parts et à renvoyer, comme un miroir réfléchit, toute une série de signes, de messages silencieux, chargés du sens le plus troublant, le plus stupéfiant - le sens noir du mystère -, et qu'il se garde bien de décoder ou d'interpréter mais qu'il recueille scrupuleusement, avec toute l'attention et toute la tension dont il est capable. » Cependant, Demangeot ajoute que l'« aventure » errante de Tarnaud ressemblera « de plus en plus à un exil indéfini, vers toujours plus d'esseulement. » Cédric Demangeot, « Traversées... sur les traces de Claude Tarnaud », préface à The Whiteclad Gambler de Claude Tarnaud, Le Vigan, L’Arachnoïde, 2011, . C'est également à Mogadiscio que naît en 1954 son fils Gérard, ou Gerry (mort en 1970).
En 1959 Claude et Gibbsy Tarnaud quittent la Somalie pour New York, où ils vivront jusqu'en 1962, et où il se lie d'amitié avec Eugenio Granell et Wifredo Lam. Tarnaud entretient une relation ambiguë et conflictuelle, entre fascination et dégoût, avec cette « métropole merveilleuse et insane », « Cour des Miracles » où dominent « libéralisme et famine spirituelle », ainsi qu'il l'écrit dans une lettre à Alain Jouffroy : « Cette ville, ce pays sont affreusement débilitants, à la longue, et la révolte sourde et braisée dont on devient vite le récipient ne peut, chez moi, se manifester autrement que par le geste, paralysant tout désir d'écrire. »Lettre du 17 février 1960 citée dans The Whiteclad Gambler, Repères biographiques, Le Vigan, L'Arachnoïde, 2011, . Néanmoins, passionné de jazz, Tarnaud a la chance d'entendre en concert le pianiste Thelonious Monk, le « désaccordeur voyant » qu'il vénère particulièrement et qui lui permet d'« éprouver les vertus éminemment musicales de la marijuana »Cédric Demangeot, « Traversées... sur les traces de Claude Tarnaud », préface à The Whiteclad Gambler de Claude Tarnaud, Le Vigan, L’Arachnoïde, 2011, . (présente, de manière symbolique et lyrique, dans la plupart de ses textes). En 1966, il rencontre Pénélope et Franklin Rosemont qui fondent à Chicago, grâce à lui, le premier groupe surréaliste des États-Unis d'Amérique.
Il resta très proche de Stanislas RodanskiDans L’Aventure de la Marie-Jeanne ou Le Journal indien, Tarnaud évoque souvent Stanislas Rodanski et cite in extenso une longue lettre de lui, signée Stan Lancelo et datant de 1954, dans laquelle il trouve un énoncé définitif de la nature de leurs quêtes mentales : « Mais le vrai sujet en l'occurrence ce n'est pas le fait de la rencontre humaine avec l'humain, mais la rencontre humaine avec les grands transparents », L'Aventure de la Marie-Jeanne ou le journal indien, Brest, Les Hauts-Fonds, 2013, . avec lequel il a de nombreux points communs : un certain dandysme, une fascination pour Jacques Vaché et le goût de la « distance »cf. notule in Jean-Michel Goutier, Le Soleil Noir : recherches, découvertes, trajectoires , Nîmes, Carré d'Art, 1994, . L'aimant comme un frère, Tarnaud est profondément et durablement affecté par l'internement volontaire et définitif de Rodanski en 1953. Il fut aussi très lié au poète Ghérasim Luca, même si leur amitié fut en crise perpétuelleClaude Tarnaud évoque Ghérasim Luca et leur amitié dans son livre L’Aventure de la Marie-Jeanne ou Le Journal indien, qui ne vit jamais le jour de son vivant, mais qui est nourri de leur correspondance, dans laquelle tous deux usaient fréquemment de l'expression « amicamoureusement ». Tarnaud précise que cette salutation « dérivait de l'expression les amicamoureux que j'avais utilisée dans La Forme réfléchie », L'Aventure de la Marie-Jeanne ou le journal indien, Brest, Les Hauts-Fonds, 2013, . Néanmoins, avec le temps, leurs relations s'estomperont et une certaine distance se fera entre eux, voire des « différends essentiels, de désert à désert », écrit Tarnaud dans une lettre à Alain Jouffroy, cité par Cédric Demangeot dans The Whiteclad Gambler, Repères biographiques, Le Vigan, L'Arachnoïde, 2011, ., et à Marcel Duchamp avec qui il organise en 1961 la grande exposition surréaliste de New York, Surrealist Intrusion in the Enchanters' Domain (Galerie D'Arcy).
Au cours des années 1960-70, il entretient une belle amitié avec Julio Cortázar, rencontré en 1964, lequel le mentionne dans sa présentation de l'ouvrage Le Bestiaire d'Aloys Zötl (1831-1887) Édition Franco Maria Ricci, 1976, , mais également avec le poète Jean Thiercelin, le surréaliste tchèque Petr Král, le poète et peintre Jacques Lacomblez, qui publia dès 1959 certains de ses textes dans sa revue Edda et dont l'amitié ne se démentit jamais jusqu'à sa mort. À propos de ses amitiés et de ses exigences de vivre, Cédric Demangeot note que Tarnaud rêvait toujours d'« être ivre comme on est ami, ou d'être ami comme on est ivre ».