vignette|Représentation d'une ville intelligente. thumb|Scénario possible de mobilité intelligente et durable.

Une ville intelligente (en anglais , au pluriel smart cities) est un syntagme désignant la capacité d'une ville à utiliser les technologies de l'information et de la communication (TIC) pour améliorer la qualité des services urbains ou réduire leurs coûts. D'autres termes ont été utilisés pour des concepts similaires : ville connectée, cyber ville, ville numérique, communautés électroniques.

Une ville intelligente est une zone urbaine qui utilise différents capteurs électroniques de collecte de données pour fournir des informations permettant de gérer efficacement les ressources et les actifs. Cela comprend les données collectées auprès des citoyens, des dispositifs mécaniques, des actifs, traitées et analysées pour surveiller et gérer les systèmes de circulation et de transport, les centrales électriques, les réseaux d'approvisionnement en eau, la gestion des déchets, les systèmes d'information, les écoles, les bibliothèques et les hôpitaux.

Le concept de ville intelligente intègre les TIC et divers dispositifs physiques connectés au réseau, constituant l'Internet des objets, pour optimiser l'efficacité des opérations et des services urbains et se connecter aux citoyens.

Définitions et caractéristiques

Création Dès les années 1990, le sujet de l'utilisation efficiente et intégrée des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans les villes est abordé, Gabriel Dupuy parle d'Dupuy G (1992) L'informatisation des villes, Que sais-je ?, 2701, Éditions PUF, 1992, 127 pages ..

Bill Clinton est le premier à évoquer la notion de ville intelligente en 2005, en exprimant que les villes sont en fait déjà intelligentes mais qu'elles doivent désormais devenir durables..

Il n’existe pas une seule définition de la ville intelligente mais une multitude. La polysémie de cette notion est soulignée dans une étude de l’Union internationale des télécommunications (UIT) relevant plus d’une centaine de définitions.

Selon une étude intitulée "Smart cities in Europe" et présentée lors de la troisième édition du "Central European Conference in Regional Science – CERS" en 2009, le concept de « ville intelligente » est utilisé comme outil pour englober les facteurs de production urbaine moderne dans un cadre commun et pour mettre en valeur l’importance grandissante des technologies de l'information et de la communication (TIC) et des capitaux social et environnemental pour définir la compétitivité des villes.. En somme, Antoine Picon résume le concept de la manière suivante : « La ville intelligente correspond à la fois à un ensemble de processus concrets de transformation des villes et à une série d’idéaux qui présentent de fortes convergences en même temps que des divergences importantes ».

Les six dimensions de la ville intelligente Selon Rudolf Giffinger, les villes intelligentes peuvent être identifiées et classées selon six dimensions principales. : une « économie intelligente », une « mobilité intelligente », un « environnement intelligent », des « habitants intelligents », un « mode de vie intelligent » et, enfin, une « administration intelligente ». Ces six critères se connectent avec les traditionnelles théories régionales et néoclassiques de la croissance et du développement urbain. Ils sont respectivement fondés sur les théories de la compétitivité régionale, l’économie des transports et des TIC, les ressources naturelles, les capitaux humains et sociaux, la qualité de vie et la participation des citoyens à la vie démocratique de la ville. La notion d'intelligence inclut ici les concepts d'efficience énergétique, d'habitat intelligent, de réseaux intelligents et de mobilité douce.

Pour Jean Bouinot, géographe professeur à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, la ville intelligente est aussi ..

La ville intelligente vectrice d'innovation et d'attractivité Selon une étude de la Fédération des villes de France, les « performances » des services offerts par une ville peuvent se développer suivant trois axes: améliorer les services aux citoyens et leur accessibilité, maîtriser l’impact environnemental, repenser les modèles d’accès aux ressources. La ville doit optimiser l'usage de ses infrastructures (son capital physique), assurer la disponibilité et la qualité des services offerts par la municipalité et les citoyens (capital social) et promouvoir sa politique écologique (capital environnemental). Ces différents atouts concourent à l'attractivité des villes qui les mettent en œuvre..

Emmanuel Eveno, géographe et président de l'association Ville Internet, est nuancé sur l'intérêt de la notion de ville intelligente, qui lui semble encore très controversée en 2018. Le succès du terme, notamment dans son appellation initiale de smart city, lui semble comparable à celui des valleys (Cosmetic Valley, Aerospace Valley... inspirés de la Silicon Valley) ou des multiples labs (inspirés des fab labs du MIT) : des anglicismes valorisants et volontiers repris par les décideurs français. Il pointe également le fait que le terme est plutôt issu du monde économique que du monde académique, à l'instar de la creative class dont le géographe et aménageur Richard Florida a fait un fructueux fonds de commerce. Pour Eveno, les trois principaux points de définition de la ville intelligente sont Il voit dans la diversité de ces points un potentiel d'éclatement pour la notion : chacun peut en effet être développé indépendamment par une ville. Une ville peut en effet ou recourir aux mégadonnées, ou moderniser ses services, ou être plus participative, sans forcément mener ces trois chantiers conjointement pour être qualifiée de pleinement . Il n'en reconnaît pas moins que la ville intelligente est un sujet de recherche légitime et qu'aucune .

Selon le rapport IHS Technology, il existera 88 villes intelligentes à travers le monde en 2025. Il y en avait 21 en 2013..

Évolution de la « Smart City » D'après une étude globale menée en 2017, la "Smart City" a suivi une évolution en trois temps :

La première concerne celle de sa naissance, encouragée par les stratégies commerciales des grandes compagnies technologiques (IBM, Cisco). La Ville Intelligente est popularisée dans les années 2010 par la société IBM au travers de sa campagne "Smart Cities Challenge". L'intérêt de ce nouveau modèle de ville était porté sur les grands systèmes urbaines (énergie, eau, transport) et la Ville Intelligente se centralisait sur les externalités positives qu'elle pouvait permettre par l'optimisation de ces systèmes (efficacité, amélioration des capacités de décisions ...).

Par la suite, la "Smart City" intègre une dimension participative, elle devient "citoyenne". Les membres de l'action publique, les académiciens et universitaires se saisissent du terme, sa centralisation trop importante autour des aspects technologiques est critiquée, étant vue comme incomplète et inappropriées aux besoins des citoyens. Peu à peu, d'autres dimensions de la vie urbaine sont intégrés à la vision de la "Smart City" comme l'éducation, l'inclusion ou la gouvernance. Progressivement, les autorités locales se saisissent des outils numériques de la Ville Intelligente (open-data, portail interactif ...) pour s'adresser directement aux citoyens.

Enfin, la dernière vague d'évolution de la "Smart City" est celle de la "consommation". Les entreprises de la Silicon Valley s'immiscent dans les usages de la Ville Intelligente au travers de plateformes numériques qui cherchent à leur permettre de se créer leur propre clientèle et à la fidéliser. L'omniprésence de la technologie dans l'ensemble des villes devient une porte d'entrée aisée pour ces nouvelles "start-up" qui, progressivement, vont modifier le paysage urbain du monde entier. Les entreprises utilisent la connexion digitale et les infrastructures technologiques des villes comme plateformes afin de distribuer leurs services à l'ensemble de leurs clients (taxi, restauration, livraisons ...). Peu à peu, ces compagnies vont s'affirmer et jouer un rôle important dans le contexte urbain, mettant sous pression les gouvernements locaux qui doivent tenter de trouver un équilibre entre les aspects positifs de ces implantations, et ceux plus négatifs.

Enjeux

Urbanisation et métropolisation

L'Union européenne (UE) a consacré des efforts constants à l'élaboration d'une stratégie pour parvenir à une croissance urbaine « intelligente » pour ses villes-régions métropolitaines. L'UE a élaboré une série de programmes dans le cadre du « programme numérique européen. ». En 2010, elle a mis l'accent sur le renforcement de l'innovation et des investissements dans les services TIC pour améliorer les services publics et la qualité de vie.

Selon les estimations de l’ONU en 2019, deux personnes sur trois vivront en ville d’ici 2030. L’émergence des villes intelligentes s’inscrit aussi en réponse à ce problème d’urbanisation importante..

Énergétiques et climatiques Puisque les villes sont responsables de 2/3 des émissions de GES, la smart city doit suivre des stratégies d'atténuation aux changements climatiques. Il s'agit pour elle de réduire leur empreinte carbone. Afin de prendre en compte l'efficacité thermique des bâtiments, la mobilité mais aussi le stockage thermique et énergétique, les villes intelligentes doivent intégrer l'énergie comme variable de développement. S'il s'agit par exemple de tendre vers la sobriété énergétique, la ville intelligente peut en effet permettre d'observer, contrôler et réguler les distributions de flux énergétiques (gaz, électricité etc.) afin de répondre aux besoins des habitants et des entreprises. La ville intelligente doit également s'adapter aux changements climatiques par la prise en compte des stratégies de résilience.

Données publiques et ouvertes

La maîtrise des données générées par les villes intelligentes, provenant des nombreux capteurs, objets connectés et applications déployées, est un des enjeux. Selon Antoine Courmont, directeur scientifique de la chaire "villes et numérique" de Sciences Po, la crise sanitaire et les mobilisations citoyennes entraînent un rééquilibrage du rapport de force en faveur de l’acteur public : ...

La donnée ouverte (ou l'open-data) anonymisée concernant la collectivité peut ouvrir la concurrence sur les données au-delà des GAFAM, en donnant accès aux données de la ville à tous les développeurs d’applications qui peuvent alors concevoir de nouveaux services urbains, et donne la possibilité aux villes de demander la réciprocité aux entreprises privées....

À l'initiative de la région Île-de-France, l'application Île-de-France Mobilités, initialement dénommée Vianavigo, intègre les offres de covoiturage des différentes start-up présentes sur son territoire à ceux de la RATP et de la SNCF.

En 2016, Transdev, avec ses partenaires, La Fabrique des mobilités, OuiShare et la Caisse des Dépôts, a défini la plateforme Open Source et Open Data dénommée Catalogue, qui ambitionne de devenir une plateforme d’échange de données de transport public et privé du monde entier. , précise Yann Leriche..

Démocratie et participations citoyennes

Le concept de Smart Cities fonctionnera si les citoyens deviennent acteurs de la vie municipale et s’approprient les technologies..

Une ville intelligente est mieux préparée à répondre aux défis qu’une ville qui entretient une relation seulement « transactionnelle » avec ses citoyens. Les fonctions des villes intelligentes sont développées pour gérer les différents flux urbains et permettre des réponses en temps réel aux demandes de services facilitant la vie dans les villes (tels les mégalopoles)..