Le Régiment du Service Militaire Adapté de La Martinique (RSMA-M) est un régiment militaire français basé à Martinique, créé en 1961 par le général Jean Némo. Dépendant du Ministère de l'Intérieur et des Outre-Mer, c'est un dispositif militaire d'insertion sociale et professionnelle destiné aux jeunes Martiniquais éloignés de l'emploi, âgés de 18 à 25 ans.
Historique En , la première unité du SMA est créée sous l'appellation "régiment mixte des Antilles-Guyane". Composé de quatre groupements, situés respectivement à Fort-de-France, Pointe-à-Pitre, Cayenne et Saint-Jean-du-Maroni, et d'un état-major, ce dernier s'installe en Martinique.
En 1965, il prend l'appellation de "1er bataillon du SMA", puis, en 1976, du "Régiment du Service Militaire Adapté de la Martinique". Il reçoit la même année la garde du premier drapeau du SMA, celui du régiment mixte des Antilles-Guyane.
En 1991, le commandement du SMA (COMSMA), déménage de Fort-de-France vers Paris, au ministère des Outre-Mer.
Création du service militaire adapté de la Martinique
Contexte politique et social La création du SMA se fait un an après l’instauration de la Cinquième République, en 1959, et une quinzaine d’années après la départementalisation de la Martinique et de la Guadeloupe, geste aux conséquences décevantes pour de nombreux antillais.
Plus précisément, les deux départements et en particulier la Martinique sont sous tension socialement et politiquement, situation qui éclate en Martinique le avec 3 jours de soulèvements populaires. Les émeutes sont déclenchées par un banal accident de voiture entre un martiniquais noir et un métropolitain blanc, et la répression des forces de l’ordre causera la mort de trois jeunes manifestants (19ans, 20 ans et 15 ans). Un couvre-feu à Fort-de-France clôt la séquence.
Volonté du gouvernement français La figure principale de la création du SMA est le général Jean Némo, étant donné qu'il est le concepteur du SMA et qu'il l'a dirigé durant ses quatre premières années.
Il est dépêché par Michel Debré, premier ministre d'alors, le et par Robert Lecourt, alors Ministre chargé de l'Outre-mer, en Martinique pour répondre à l’impasse politique antillaise qui s'est concrétisée par les émeutes de décembre 1959. Le premier ministre veut renforcer le lien des Antilles à la nation française, et voit le service de la nation par l’Armée comme un des fondements du lien républicain.
Némo est chargé de l’exécution du plan Joséphine, qui consiste à envoyer le plus grand nombre de recrues ultramarines en métropole pour y faire leur service. Les autorités locales et gouvernementales lui demandent aussi de compléter le dispositif pour permettre aux jeunes des départements antillais et de Guyane d’effectuer une année supplémentaire de services dans le domaine du social.
Némo présente en deux possibilités : d'une part, mettre en place un service civique (qui devra être créé de toutes parts), ou d'autre part adapter le service militaire déjà existant, peu effectuer à cette époque dans les territoires ultramarins.
Au plan est associé un dispositif visant à résoudre par l'émigration le problème démographique des deux départements antillais (population jeune de plus en plus nombreuse et sans emploi). Némo propose d'envoyer les jeunes volontaires s'insérer en Guyane à travers des travaux d'intérêt général dès 1968. Ce ne sera jamais mis en œuvre.
Le plan du Service Militaire Adapté a une dimension anti insurrectionnelle. Fort de son expérience en Indochine, Némo pense le SMA comme « l’acte initial de cette longue et patiente opération de défense nationale dont le but final est de garder dans le patrimoine français les trois anciens départements français d’Amérique ». Et ce en donnant « une occupation et une formation à une jeunesse désœuvrée et prête à subir les influences les plus pernicieuses »Fiche n°6, Rapport de fin de commandement du Général Némo, 1964, et d’éviter que cette jeunesse ne devienne des « troupes de choc virtuelles pour les partis communistes locaux »AN, 19940390, note du cabinet militaire des DOM-TOM « Projet de service militaire dans les départements des Antilles-Guyanes », 18 septembre 1960.
Opposition locale au projet L'opposition la plus ferme au projet est incarnée par Aimé Césaire, député-maire de Fort-de-France. Il accuse le gouvernement de s'adonner à une nouvelle forme de colonisation : « Nous connaissons maintenant la grande pensée du règne : c'est de résoudre le problème démographique antillais par la colonisation militaire de la guyane. Nos jeunes gens, machettes en main, coloniseront la brousse guyanaise et y joueront les légionnaires romains. Nous avons déjà entendu cela quelque part : ense et aratro. »Aimé Césaire, Assemblée nationale, 1è séance du 25 octobre 1961, Journal Officiel, 26 octobre 1961, p.2291.
Travaux conduits par le RSMA-M Le RSMA-M participe dès ses débuts à la mise en valeur du territoire martiniquais, en y conduisant de grands travaux. En effet, dès 1963, le bataillon de Martinique déploie des "sections travaux" sur toute l'île et initie de grands travaux d'infrastructures, comme l'ensemble immobilier de 19 logements à Fort-de-France. De 1966 à 1974, les appelés sont aussi particulièrement mobilisés dans la construction de la Route Nationale 5 au sud de l'île.vignette|Chantier d'un pont dans le cadre de "Bulldozer de l'Amitié", juillet 1971|gauche vignette|Déroctage à l'Anse Figuier par les troupes du 1er bataillon du SMA, en juillet 1971 dans le cadre des chantiers de "Bulldozer de l'Amitié" Plus modestes en termes de moyens, caractérisés par un engagement de court terme sur le terrain, les chantiers « Bulldozer de l'Amitié » occupent une place importante dans le Régiment, qui s'investit ainsi auprès des communes locales pour leur faire accepter le dispositif.
Le RSMA-M s’implique aussi dans la protection civile et mène des actions de secours lors de catastrophes naturelles. Parmi elles, on compte le chantier de 1978 de déblaiement des rues de Saint-Pierre, ensevelies sous les scories volcaniques déposées lors des éruptions de la Montagne Pelée de 1902.
Le passage du cyclone Edith, en , frappe durement l’île et inflige beaucoup de dégâts aux populations ; on dénombre 10 morts. Le général Némo décide de mettre ses troupes à contribution, dont le SMA - deux ans seulement après la création du Régiment – pour aider les habitants face aux dégâts importants : maisons détruites, communications et routes coupées…
Les recrues du SMA sont ainsi régulièrement appelées pour assister les populations civiles : tempête tropicale Beulah (1967), cyclone Dorothy (1969), ouragan David en Dominique (1979), ouragan Allen (1980), ouragan Mitch au Guatemala (1998), ouragan Lenny (1999), ouragan Dean (2007), tempête Matthew (2016). Dans une logique de solidarité régionale, les marsouins, infanterie des troupes de Marine, sont aussi déployés sur les territoires étrangers voisins, en Dominique et à Sainte Lucie. En 2020, lors de la pandémie mondiale liée au Covid-19, le régiment a été mobilisé dans le cadre de l'opération « Résilience » en appuyant les services publics par la distribution de masques et de solutions hydroalcooliques.
Évolution du site Implanté dans un premier temps au camp de Balata et dans le parc du domaine de La Favorite, le site du RSMA-M déménage à Gondeau dans les années 1970.
Aujourd'hui implanté sur trois emprises, le régiment se situe proche des bassins de vie et économiques de l'île. Il dispose de 94 bâtiments représentant près de de surface au sol.
Missions du RSMA-M Missions principales À sa création, le 1er groupement du régiment mixte Antilles-Guyane avait comme missions, celles : d'occuper utilement la jeunesse ; d'assurer l'égalité de la conscription ; de participer au développement socio-économique de l'île.
Aujourd'hui, en lien avec les objectifs du SMA, l'action du RSMA-M consiste à recruter, à former et à insérer durablement les jeunes volontaires Martiniquais dans l'emploi. Le régiment a également pour mission de porter assistance à la population en cas de catastrophes naturelles en Martinique, et hors du territoire national. Il intervient sur demande du préfet et sous le commandement des forces armées aux Antilles..
Voir aussi Articles connexes Service militaire adapté Troupes de marine Troupes coloniales Régiments des colonies
Liens externes Musée des troupes de marine de Fréjus Le RSMA-M
Notes et références
Catégorie:Unité des troupes de marine française Régiment Régiment