Euthydème (ou De l’Éristique) est un dialogue de Platon, traitant du genre réfutatif. Socrate rencontre deux sophistes. Deux fragments de deux œuvres du philosophe Colotès ont été découvertes à la Villa des Papyrus à Herculanum : Contre le Lysis de PlatonP. Herc. 208 et Contre Euthydème de PlatonP. Herc. 1032.

Personnages Socrate Euthydème de Chios, sophiste, interlocuteur du dialogue, également présent dans Les Mémorables de Xénophon, aux Livres IChapitre I, (2) et livre IVChapitre II, (1), et dont parle Aristote dans la Rhétorique (267a et 273a). Criton d'Athènes, philosophe athénien du , disciple de Socrate mentionné dans le dialogue qui porte son nom, le Criton. Ctésippe, du dème attique de Péanie, jeune disciple des sophistes, cousin de Ménexène ; tous deux apparaissent dans le Lysis. On sait qu’il assista à la mort de Socrate, tout comme MénexèneIl ne faut pas confondre ce Ctésippe avec le fils de Criton d'Athènes, originaire d’un autre dème.. Clinias, cousin du général Alcibiade, également interlocuteur de l’Axiochos. Dionysodore : originaire de Chios, frère d'Euthydème. Il s'est rendu à Thourioi comme colon, puis, exilé, revint à Athènes, où il s’associa à son frère et enseigna l'art du combat physique et oratoire, également présent dans Les Mémorables de Xénophon, au livre IIIChapitre I (1).

Scène introductive Le philosophe Criton rencontre son ami Socrate, et l'interroge sur sa conversation qu'il l'a vu entretenir la veille au gymnase du Lycée en présence de Clinias et d'un public de plus en plus nombreux, dont il faisait partie. Socrate lui répond qu'il s'agit des frères Euthydème et Dionysodore, sophistes qui enseignent également la lutte et le maniement des armes.

Argument Les deux frères annoncent qu'ils n'enseignent plus que la vertu, l'exhortation à l'amour. Socrate demande alors une démonstration de leur nouvelle compétence, en prenant Clinias pour interlocuteur. Socrate réfute les réfutations sophistiques, en expliquant que leur étude relève davantage de la justesse des mots. Par ailleurs leur enseignement est impossible, ce qu'explique Socrate par le fait que le bonheur n'est accessible sans biens, non par leur possession uniquement, mais par leur usage également.

Personnages cités Connos, fils de Métrobios, professeur de musique et cithariste) surnommé Une épigramme de Léon le Philosophe rend hommage à Photios, épigramme dans laquelle il se déclare son élève et l'appelle professeur pour vieillards (en grec ancien ). Les jeunes élèves du cithariste Connos s'en servent pour désigner leur maître depuis que Socrate, déjà âgé, vient lui demander des leçons. L'épigramme fut d'abord faussement attribué à l'empereur Léon VI le Sage. Il fut vainqueur aux jeux olympiques. Les poètes comiques ne lui épargnèrent pas les railleries : une pièce de Phrynichos le Comique, ainsi qu'une pièce d’Amipsias – autre poète comique – ont porté son nom. Le dialogue fait allusion à : Protagoras Patroclès, fils de Chérédème Chérédème, demi-frère de Socrate, fils du premier mari de sa mère Sophronisque, père de Socrate, deuxième mari de sa mère

Argument sophiste : la contradiction est impossible. Socrate démontre par cet argument que la réfutation est rendue impossible par cette contradiction impossible. Si la réfutation est impossible, ni l'ignorance ni l'erreur ne sont rendues possibles, et l'enseignement n'existe donc pas – par conséquent, celui auquel prétendent les deux frères non plus.

L’art des sophistes est mis en scène, exposé et développé avec une force comique qui souvent s’élève jusqu’à la haute bouffonnerie ( la colère de Ctésippe). Les deux frères développent une argumentation d'inspiration éléatique. Les influences dans le discours des deux frères sont d'influence Le séjour de Platon à Mégare n'a lieu qu'après la mort de Socrate. Les questions du savoir et de sa condition, et de l'enseignement de la vertu et de son impossibilité se retrouvent dans l’Euthydème. Quant aux termes principes sophistiques qui confondent savoir et , Socrate les déclare ambigus277 b et passim.

Dialogue

La Tendance dramatique L’Euthydème est un dialogue dramatique. Toute la force du dialogue réside dans sa dialectique : grâce à Socrate, Platon devient aisément sophiste dans le dialogue dramatique et philosophique. Platon place dans les propos de Socrate une expression qui ne s'emploie jusqu'alors qu'en poésie, et désigne les dieux : « Êtres supérieurs ». La réfutation des arguments est rarement l'objet d'un seul interlocuteur. Un iambe d'Eschyle est cité, issu de sa tragédie Les Sept contre Thèbes : "à la poupe de la Cité"Socrate désignant l'art royal, 291 d..

La tendance humoristique Ctésippe se met en colère contre Euthydème et Dionysodore a l'idée que celui qu'il aime doit mourir, ce qui revient de le faire passer d’ignorant à savant. Socrate lui-même avoue pendant la conversation qu'elle est fastidieuse, tant les deux frères réfuteront, et réfuteront quoi qu'il arrive, comme ils l'ont annoncé. Il va même jusqu'à affirmer que les propos échangés risquent de continuer à ne fournir aucune issue, en utilisant la locution proverbiale Corinthos, fils de Zeus…Formule employée pour faire remarquer que la discussion ne livrera aucun résultat, et que l'on radote : 292 e.. Le ton est moqueur lorsque Socrate souligne le ton sérieux des deux frères293 a.. Socrate utilise de manière moqueuse l'expression homérique chère tête pour désigner Dionysodore, expression issue de l’IliadeChant VIII, 281, où Agamemnon, lui, adresse ces termes à Teucros de manière sérieuse.. La discussion finit par un éloge du sophisme.

Le paradoxe éristique de Dionysodore : la négation de l’unité de sens des noms Dionysodore a une argumentation face à Socrate qui affirme qu’une chose quelconque est différente d’une autre chose quelconque ; si elles sont deux, rien n’implique forcément qu’elles sont les mêmes. Si elles ne sont pas identiques, il n’est pas possible qu'une chose autre soit une autre chose : « l’autre » étant « l’autre » par sa présence, deux choses autres ne peuvent être identiquesEuthydème, 301 a.. Comme il y a souvent une apparence d'identité dans ce qui n'est pas identique, il faut employer le sens dont on peut tirer le meilleur parti.

Références

Bibliographie

Catégorie:Dialogue de Platon Catégorie:Œuvre sur Socrate Catégorie:Œuvre de philosophie morale