Hugues Panassié (Paris, - Montauban, ) est un critique et producteur de jazz français. Il était un admirateur des premières formes du jazz, le style « hot », tel que joué par Louis Armstrong dans les années 1930 et tous les musiciens et chanteurs des années 1920, 30 et 40, New Orleans puis swing, particulièrement afro-américains. S'il a largement contribué à la documentation concernant les premières heures du jazz, ses idées sont cependant controversées. Son traditionalisme l'a ainsi poussé à considérer le bebop comme une forme de musique distincte du jazz, le rejetant avec vigueur comme une musique « non authentique », suscitant de nombreuses controverses et une scission du Hot Club de FranceJean Jamin, Au-delà du Vieux Carré, Idées du jazz en France, L'Homme, 158-159, , 2001..
Biographie Hugues Panassié est né le Archives de Paris , acte de naissance , année 1912 (page 13/31) (avec mentions marginales de mariages et de décès).dans le de Paris dans une famille de la grande bourgeoisie de la droite catholique. Son père Louis découvrit un gisement de manfanèse en Géorgie dont l'exploitation lui assurera une fortune considérable dont son fils héritera lors de son décès le 12 décembre 1928. Ses premiers maîtres à penser furent Jacques Maritain et Léon Bloy... Frappé par la poliomyélite à quatorze ans, il dû renoncer à pratiquer des activités sportives, il se tourne alors vers le saxophone et découvre le jazz à partir de 1928, à Paris avec les musiciens jouant dans des cabarets, tel Milton Mezz Mezzrow qui l'initiera à leur écoute ainsi qu'à celle des disques américains édités et importés. Devenu par ses écrits et ses émissions une référence, il passera le reste de sa vie à faire connaître cette musique en fondant en 1932 le Hot Club de France, qu'il présidera jusqu'à sa mort en 1974 à MontaubanBulletin du Hot Club de France, 243, décembre 1974 ()..
Panassié appartenait à l'Action française et écrivait une chronique de jazz pour le périodique maurrassien L'Insurgé..
A 22 ans il publie en décembre 1934 le premier ouvrage mondial présentant une véritable vue d'ensemble de la musique de jazz et de ses musiciens "Le jazz hot" aux éditions Corréa. Il sera publié également aux États-Unis.
En 1935, il participe avec Charles Delaunay, entré au Hot Club de France, à la création de Jazz Hot, l'une des premières revues de jazz Jazz Hot ; A Jazz Encyclopaedia.dont le premier numéro parut en mars 1935. Il en sera le Directeur et Charles Delaunay le Rédacteur en chef. Le magazine sers l'organe de diffusion du Hot Club de France auprès des auditeurs, des musiciens et des Hot Club régionaux qui s'y rattacheront. Sur invitation du montalbanais Georges HermentUn film mythique d'inspiration montalbanaise, La Dépêche, 13 février 2002., il s'installe en 1941 à Montauban, au 65 faubourg du Moustier, où il reçoit de nombreux jazzmen.
Intransigeant quant à la persistance des caractéristiques propres à la musique d'origine du peuple africain américain, en particulier des chants, profanes ou religieux, negro-spirituals ou blues, des rythmes, des formes d'expression issues de ces racines, de la volonté d'improvisation et donc de liberté, les ruptures créées par les musiciens à l'origine du be-bop, Parker, Gillespie, Monk, au début des années quarante vont être à l'origine d'un conflit artistique entre Panassié et un Delaunay ouvert aux évolutions harmoniques et rythmiques des nouvelles formes.
Le conflit va prendre une telle importance avec les amateurs de jazz que Panassié va convoquer le 2 octobre 1947 une assemblée générale du Hot Club de France qui va exclure Delaunay de la direction, et de fait du Hot Club.
Mais Delaunay et Hodeir vont immédiatement créer une "Fédération des Hot Club Français" au siège de la revue, le quel Jazz Hot n'ayant pas de lien juridique avec le Hot Club de France devenant l'organe de ladite Fédération et sortant donc de l'orbite Panassié...qui crééra une Revue du jazz, puis un Bulletin du Hot Club de France qui existe toujours.
En 1949, il quitte Jazz Hot pour relancer La Revue du jazz ; il en prend la direction.
Panassié a financé ou produit de nombreux enregistrements d'artistes comme Sidney Bechet, Mezz Mezzrow et Tommy Ladnier. pendant la collaboration avec Delaunay et avec le laber Swing, puis avec d'autres marques.
Il a également fortement contribué à la réalisation du film L'Aventure du jazz par son fils Louis Panassié sur la période 1969-1972.
La collection d'enregistrements (rouleaux de cire, 78 tours et vinyles) et de documents (journaux, livres, correspondances) sur le jazz de Hugues Panassié a été rachetée dans les années 1980 par la commune de Villefranche de Rouergue qui a constitué autour d'elle une médiathèque jazz enrichie par d'autres dons, legs et achats. 8 CD ont été publiés et la numérisation des archives sonores de Hugues Panassié se poursuit.
Il est inhumé au cimetière de Montauban.
Controverses Les prises de position traditionalistes de Panassié ont conduit à une bataille célèbre entre un courant conservateur emmené par Panassié (les « figues moisies » pour la partie adverse), et un courant moderniste dont font partie entre autres Boris Vian (parmi les nombreux sobriquets dont l'affuble d'ailleurs Boris Vian dans ses chroniques, on peut relever Gugusse, Hugues-le-Père, Panapapassié, Panaploum, "Panne-à-scier", Pape, Papenassier, Papasse, Papane, Panne d'Acier, Sa sainteté, etc.), Charles Delaunay et André Hodeir (les « raisins aigres » pour leurs contradicteurs). L'un des grands moments de cette bataille sera le concert de Dizzy Gillespie à Pleyel en .
Pour Panassié, le bebop n'était pas du jazz et tournait le dos aux caractéristiques de la musique noire (Il s'appuyait pour cela sur une interview de Charlie Parker, principal créateur du bebop, interview dans laquelle ce dernier déclarait que le bebop n'était pas du jazz. Argument réfuté par les partisans du bebop, selon lesquels Parker voulait simplement souligner la nouveauté de la musique qu'il avait contribué à créer). La définition qu'il donne de Miles Davis dans son Dictionnaire du Jazz est à cet égard parlante : . Il dénie également à Thelonious Monk la qualification de pianisteBulletin du Hot Club de France, 87, avril 1959 (p. 39)..
Cette vision des choses se retrouve dans un article de 1960 sur Ornette Coleman, à propos duquel Panassié écrit qu'Bulletin du Hot Club de France, 101, octobre 1960 ()..
Quatorze ans plus tard, il qualifie de « traîtres à la cause de la vraie musique noire (qu'ils prétendent soutenir) » les « Miles Davis, Archie Shepp, Pharoah Sanders (...) et autres progressistes »Bulletin du Hot Club de France, 234, janvier 1974 (p. 7)..
Certains auteurs considèrent que Panassié a construit « un système d’opposition Noirs/Blancs qui entend suggérer la supériorité des premiers sur les seconds mais reproduit en fait les stéréotypes racistes les plus conventionnelsDenis-Constant Martin, « De l’excursion à Harlem au débat sur les “Noirs”, Les terrains absents de la jazzologie française », L'Homme, 158-159, 261-278, 2001.La controverse entre Panassié et Delaunay, Der Spiegel, 1950. ». Panassié est cependant loin d'être le seul à penser que le jazz et le bop sont des langages différents, et l'on se demande pourquoi donner à la déclaration de Parker un sens caché..
Mais plus encore qu'à l'encontre des musiciens, sa violence verbale s'exerce surtout à l'encontre des critiques de jazz « progressistes », dont il fustige dans le Bulletin du Hot Club de France l'« ignorance crasse », l'« épaisse incompétence » et la « bêtise triomphanteBulletin du Hot Club de France, janvier 1973 (p. 5). ». Il ne répugne pas aux attaques ad hominem, qualifiant par exemple un critique de « répugnant glavioteuxBulletin du Hot Club de France, 89, juillet-août 1959 (p. 32). », un autre de « redoutable imbécile » et d'« âne bâté de la plume. Les dits interlocuteurs n'étant guère plus brillant dans cette gué-guerre du jazz, à part Boris Vian mais même luiBulletin du Hot Club de France, 242, novembre 1974 (p. 22).... ». Dans le film L'Aventure du jazz, plusieurs jazzmen éminents rendent toutefois hommage à Hugues Panassié pour son action en faveur des jazzmen noirs.
Publications L'Initiation à la musique à l'usage des amateurs de musique et de radio, comportant un précis d'histoire de la musique, un dictionnaire des œuvres, un lexique des termes et des chapitres variés dus à Maurice Emmanuel, Reynaldo Hahn, Bernard Champigneulle, Paul Landormy, Georges Chepfer, Émile Vuillermoz, Hugues Panassié et Maurice Yvain, Éditions du Tambourinaire (sous la direction de Roger Wild), Paris, 1935 ( édition, puis 1940 et 1949). Le Jazz Hot, Éditions Corrêa 1934, avec des dessins de Roger Chastel (Charles Delaunay) ; édition américaine : Hot Jazz: the Guide to Swing Music, Éditions Witmark & Sons, 1936. La Véritable Musique de jazz, États-Unis, 1942 ; Paris, Robert Laffont,1946. Les rois du jazz, Genève, Éditions Grasset, 1944. La Musique de jazz, Éditions Corrêa, Paris, 1945. Douze années de jazz (1927-1938), Paris, Corrêa,1946. Le Rugby. Règles et technique du jeu, préface de Joseph Desclaux, Les presses rapides, 1946. Cinq mois à New York, Éditions Corrêa, Paris, 1947. Discographie critique des meilleurs disques de jazz, Éditions Robert Laffont, 1958, 621 p. Jazz Panorama, Éditions Deux-Rives, 1950. Petit guide pour une discothèque de Jazz, Paris, Robert Laffont, 1955. Histoire du vrai jazz, Paris, Éditions Robert Laffont, Paris, 1959. La Bataille du jazz, Paris, Éditions Albin Michel, 1965. Louis Armstrong, Paris, Nouvelles Editions Latines, 1969. Dictionnaire du jazz, Paris, Albin Michel, 1971, réédition 1980. Monsieur Jazz. Entretiens avec Pierre Casalta, Paris, Stock, 1975.
Notes et références
Bibliographie Laurent Cugny, Hugues Panassié : l'œuvre panassiéenne et sa réception, Paris, Outre Mesure, coll. Jazz en France, 168 p., 2017 Pierre Fargeton , Mi-figue, mi-raisin : Hugues Panassié - André Hodeir, correspondance de deux frêres ennemis (1940-1948) suivi de : Exégèse d'un théologien du jazz: La pensée d'Hugues Panassié en son temps, Paris, Outre Mesure, 2020, 540 p.
Liens externes
Le Hot Club de France Bande annonce et extrait de l'Aventure du jazz Blog de Hugues Panassié Jr
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