Joseph de Sabran, comte de Grammont et de Beaudinar, né à la fin de 1702 et mort le à Paris, est un officier de marine et aristocrate français du . Issu d'une illustre famille provençale, il entre jeune dans la Marine et gravit un à un les échelons de la hiérarchie. Il prend part aux principaux conflits du règne de Louis XV, la guerre de Succession d'Autriche et la guerre de Sept Ans. Il se distingue par deux fois au cours de ce dernier conflit, à la bataille de Minorque en 1756 et à la bataille de Lagos en 1759, en compagnie de son cousin germain, La Clue-Sabran. Fait prisonnier de guerre, il passe quelque temps en Angleterre. Rentré en France, il est fait chef d'escadre (1764), et fait commandeur de Saint-Louis en 1773. Il prend sa retraite l'année suivante avec provisions de lieutenant général des armées navales ad honores et meurt l'année suivante.
Biographie Origines et famille Joseph de Sabran descend de la Maison de Sabran, l'une des plus illustres de Provence. « Cette illustre maison s'est alliée à presque toutes les maisons souveraines de l'Europe et a donné des cardinaux, des évêques, un saint et une sainte, mari et femme, canonisés ensemble en 1369, des connétables des comtes de Toulouse… Ils furent comtes souverains de Forcalquier au Article « Sabran » in Armoriai de Potier de Courcy, suite du Père Anselme, t. IX, partie, .. »
Son père, Joseph de Sabran, seigneur de Beaudinar, est un cadet de famille. Né en 1670, il est reçu chevalier de Malte en 1685. Il est mort entre 1722 et 1743. Connu sous le nom de vicomte de Forcalquier et d'Arian, il est capitaine-lieutenant d'une compagnie franche. Sa mère est Jeanne-Marie du Bouzet, dame de Roquépine. Le couple se marie le , à Monfort, diocèse de Lectoure. Par les Bouzet de Roquépine, Sabran-Grammont est gascon.
D'une famille connue depuis la fin du , Jean du Bouzet est devenu seigneur de Roquépine par son mariage en 1472 avec Catherine de Bordes, dame de Roquépine (terre du diocèse de Lectoure). Par eux, Sabran-Grammont est cousin du chef d'escadre Charles-Denis, marquis du Bouzet (né en 1738, marié en 1767), et surtout de Claude Cassaignet de Tiliadet (1638-1726), veuve du marquis Gilles du Bouzet de Roquépine, lieutenant général, qu'elle avait épousé en 1655 et qui est mort en 1679. Or cette marquise de Roquépine, morte le , à 85 ans, alors que Sabran-Grammont a 24 ans, était la nièce de Louvois, puisque fille de Gabriel de Tiliadet, capitaine aux gardes françaises, et de Madeleine Le Tellier.
Son cousin germain Jean-François de Bertet de La Clue-Sabran s'illustrera comme lui dans la Marine royale.
Jeunesse Joseph de Sabran naît en Provence, à la fin de l'année 1702. Bien qu'héritier d'un nom illustre, il appartient à une branche relativement désargentée, celle des barons de Beaudinar, obligée de pousser tous ses fils vers la Marine royale, à Toulon, même les aînés, où ils n'atteignent d'ailleurs que le grade modeste de capitaine de vaisseau. Trois oncles de Joseph le sont : Jean-François, aîné de famille (mort entre 1731 et 1743) ; Nicolas (mort en 1725) ; Michel (mort en 1745).
Carrière dans la Marine royale Débuts pendant la guerre de la Quadruple-Alliance En 1715, à la mort de Louis XIV, lointain descendant des Sabran, le duc d'Orléans devient Régent, et certains Sabran mènent alors un train de vie très éloigné de celui que connaissent les Sabran toulonnais. Saint-Simon écrit dans ses Mémoires : « de Sabran, Foix-Rabat par elle (née Louise-Charlotte de Foix)… s'était échappée de sa mère pour épouser (en 1714, à l'âge de 21 ans) un homme d'un grand nom (Jean-Honore de Sabran, dit le comte de Sabran, officier des galères à Marseille), mais sans bien et sans mérite, qui la mît en liberté. Il n'y avait rien de si beau qu'elle, de plus régulier, de plus agréable, de plus touchant, de plus grand air et du plus noble, sans aucune affectation. L'air et les manières simples et naturelles, laissant penser qu'elle ignorait sa beauté et sa taille, qui était grande et la plus belle du monde, et quand il lui plaisait, modeste à tromper. Avec beaucoup d'esprit, elle était insinuante, plaisante, robine, débauchée, point méchante, charmante, surtout à table, (et elle dîne avec les roués) ».
Louise-Charlotte « avait en un mot tout ce qu'il fallait à M. le duc d'Orléans, dont elle devient bientôt la maîtresse, sans préjudice des autres ». Position avantageuse qui lui fit penser à la fortune de son époux : « Comme elle ni son mari n'avaient rien, tout leur fut bon… de Sabran trouva que six mille livres de rente étaient toujours bonnes à prendre pour son mari, dont elle faisait si peu de cas, qu'en parlant de lui, elle ne l'appelait que son mâtin ». Elle obtint du Régent pour le comte de Sabran, la charge de premier chambellan du duc d'Orléans, qu'il offrit au mari de sa maîtresse, charge de d'appointementsSaint-Simon, Mémoires, éd. Jean de Bonnot, Paris, 1967, tome XV, ..
En 1718, loin des turpitudes versaillaises de ses cousins, Joseph de Sabran-Beaudinar, âgé de seize ans, quitte sans doute le collège et se rend à Toulon où résident ses trois oncles paternels. Il y est fait garde de la Marine le Archives du Port de Toulon, série Soldes et Revues, 2 E 4 17.. Il embarque sur la flûte Le Dromadaire le . Il s'agit de sa première campagne, le Régent ayant déclaré la guerre à Philippe V d'Espagne en . Il croise en Méditerranée et participe à l'échec du siège de Roses. thumb|Gardes-marine étudiant l'artillerie en salle.
En 1720, il passe son année aux « salles » des gardes de la marine où il fait ses études. En 1721, la peste ravage Toulon. Son oncle Nicolas (1665-1725), appelé dans le corps le « comte de Sabran-Beaudinar », capitaine de vaisseau, s'absente de Toulon et amène l'adolescent à la terre des Ambiers. Il reste aux Ambiers de à . Sur place, l'adolescent est confié à son autre oncle, Michel (mort en 1745), appelé dans le corps le « chevalier de Sabran-Bagnol », alors lieutenant de vaisseau, qui se trouve à « sa » terre des Ambiers, « par ordre de feu M. d'Ailly, commandant du port, du , pour veiller aux débarqueArchives du Port de Toulon, 2 E 4 18, année 1721 ». Un autre Sabran est aussi « chez lui, à cause de la contagion », l'enseigne de vaisseau de Sabran-Montblanc, cousin germain de notre garde (et fils de Jean-François et d’Isabeau de Glandevès, dame de Montblanc). Les jeunes Sabran étant à l’abri, la génération précédente remplit ses devoirs dans le port pestiféré. L’oncle Nicolas n’a pas hésité à y revenir. Et un lieutenant de vaisseau, Elzéar de Sabran, y « commande le détachement qui est dans l'Amiral. »
En 1722-1723, il est toujours présent à Toulon et se rend quotidiennement aux « salles ». En 1724, il embarque sur La Loire le jusqu'au . Cette frégate est placée avec le vaisseau Le Solide sous le commandement de Claude de Beaucaire (1659-1735), chef d'escadre des armées navales en 1734. Cette petite division amène à Constantinople M. d'Andrezel, ambassadeur de France. La division croise à Alger, Tunis, et Tripoli avant d'atteindre Constantinople. Le retour de la division est retardé d'une part par l'ancien ambassadeur de France, M. Bonnac, qui a dû attendre le retour de son secrétaire, envoyé auprès du tzar, pour embarquer, et d'autre part par la peste... qui sévissait alors à Constantinople. Au retour Toulon impose quinze jours de quarantaine à la flotte, la traversée n'ayant duré que de vingt cinq jours.
En arrivant à Toulon, le jeune garde apprend la mort de son oncle, le capitaine de vaisseau Nicolas de Sabran-Beaudinar (1665-1725), mort au port le . Puis le , celle de son cousin germain, Elzéar de Sabran-Beaudinar (1703-1725), lieutenant de compagnie et fils de celui-ci. En 1726, il continue ses études à la compagnie des gardes, toujours logé chez sa tante, Claire Dasque, veuve de Nicolas de Sabran-Beaudinar.
Il est fait garde du Pavillon Amiral le Archives du Port de Toulon, 2 E 4 19.. En cette qualité, il embarque sur Le Tigre le jusqu'au . Ce vaisseau appartient à l'escadre de Joseph de Mons (1654-1731), chef d'escadre des armées navales en 1720. Sabran y connait son baptême du feu, Le Tigre s'emparant d'un navire tunisien de 38 canons. De retour, Sabran embarque sur L'Immaculée-Conception le jusqu'au . Il désarme le lendemain.
Il embarque sur La Conception du au , dans l'escadre d'Étienne Nicolas de Grandpré (1661-1731), chef d'escadre en 1728 avec lequel il fait campagne en Méditerranée, à Tunis, et Tripoli. Dès son retour il monte sur L'Envieux du au . Il embarque sur La Sibille du , puis passe sur le brick Le Saint-Antoine du au , pour le commander.
En 1730, à court de ressources, il « a reçu à Malte de l'argent de M. le bailli de Bocage, qu'il lui doit, et il fait billet (de reconnaissance de dette) le au sieur Catelin, écrivain de la marine, pour cet argentArchives du Port de Toulon, 2 E 4 20 et 2 E 4 21.. ». L'année suivante, il est fait enseigne de vaisseau le , et l'augmentation de sa petite solde lui permet de rembourser ses dettes.
Il embarque sur L'Espérance du au . Ce vaisseau appartient à l'escadre de Claude Aubery, bailli de Vatan (1664-1738), chef d'escadre depuis 1728. À son bord il croise en Méditerranée, à Gênes, Livourne, Tunis, Tripoli. Il embarque sur L’Heureux du , qui désarme le . Il appartient à l'escadre de Charles-Albert de Luynes (1674-1734), chef d'escadre depuis 1722 et fils du duc de Luynes (1620-1690). Il croise à nouveau en Méditerranée, passe Gibraltar, puis l'Atlantique jusqu'en Baltique, au moment de Dantzig. Au retour, il fait escale à Brest, puis repasse en Méditerranée, le long des côtes d'Italie, de Sicile, de Barbarie.
En 1734, il embarque sur Le Diamant du au . Il appartient à l'escadre de Claude-Élisée de Court de La Bruyère (1666-1752), futur vice-amiral de France en 1750. À peine débarqué, il embarque sur Le Zéphyr le , jusqu'au .
Il embarque sur le Borée du au . Il appartient à l’escadre de Claude de Beaucaire (1659-1735), terrassé à 76 ans par deux attaques d'apoplexie à bord de son bâtiment le . Cette disparition brutale entraîne plusieurs changements dans l'escadre, et Sabran passe le sur Le Ferme jusqu'au , dans l'escadre alors confiée au marquis d'Antin (1709-1741), futur vice-amiral de France en 1737. Il croise à Cadix. En 1736, il reste à terre à Toulon. Il perd son cousin germain, Elzéar de Sabran-Beaudinar, capitaine de vaisseau et chevalier de Saint-Louis, fils de son oncle Jean-François de Sabran-Beaudinar, aussi capitaine de vaisseau.
Il embarque sur Le Diamant du au . Ce vaisseau est commandé par le marquis d'Antin chargé de croiser en Méditerranée. En 1738: il est fait lieutenant de vaisseau et aide-major de la marine à Toulon le . Il embarque en cette qualité sur La Sibile du au . Mais pendant ces quatre mois de mer il est passé sur La Flore (à une date non précisée) et c'est de cette frégate qu'il descend le .
Guerre de Succession d'Autriche (1740-1748)
Il embarque sur l'Espérance du au . Il appartient à l’escadre commandée par Gaspard de Goussé de La Roche-Allard (v. 1672-1748), chef d'escadre depuis 1728 et lieutenant-général le (Campagne aux Antilles). Mais l'Espérance fait partie des vaisseaux qui ne vont pas en Amérique. Pendant que les autres naviguent vers le Nouveau Monde, l'Espérance rentre à Toulon le , et part le à Constantinople y conduire l'ambassadeur, M. de Castellane. De retour le , L'Espérance ramène l'ancien ambassadeur, M. de Villeneuve. Cette petite division était placée sous les ordres du commandant de L'Espérance, Pierre Gabaret d'Angoulins (vers 1674-1744).
thumb|Gravure représentant le combat du cap Sicié (22 février 1744), également appelé « bataille de Toulon » par les Anglais et les Espagnols.