Les colonnes de Locmeltro, dites parfois bornes milliaires, sont des monolithes installées dans l'enclos paroissial de la chapelle Saint-Meldéoc, sur la commune de Guern, dans le Morbihan (France).
Ces trois pierres, dont deux formeraient une même colonne, sont considérées sans certitude par les archéologues comme un remploi de milliaires romains ou de stèles protohistoriques. Elles ont été christianisées, au plus tard au milieu du , mais peut-être beaucoup plus tôt pour la plus petite transformée en bénitier.
Localisation thumb|left|upright=1|Les deux fragments, à droite de l'image, devant l'entrée de la chapelle Saint-Meldéoc. Les pierres sont dressées dans l'enclos paroissial de la chapelle Saint-Meldéoc de Locmeltro, ou du lieu-dit « Loc Meltro » selon l'IGN.
Description thumb|left|upright=1|Fragment supérieur de la colonne tronquée. La plus grande des colonnes cylindriques, en granit, mesure environ de hautMais le Conservatoire aurait mesuré de haut. pour de diamètre, selon Louis Rosenzweig. Une partie plus épaisse, semble-t-il moins dégrossie et partiellement parallélépipédique, est visible à sa base. Cette colonne est située à l'angle Nord-Ouest de l'enclos.
Une deuxième colonne est, en tout cas, tronquée et en deux fragments. Le plus petit fragment, qui serait sa base, a été creusé en son sommet pour être réemployé en bénitier Rosenzweig mentionne le bénitier creusé (col. 117). Deux autres remplois de colonnes en bénitiers sont signalés dans les environs : à Saint-Jean et à Guermeur., installé devant la porte d'entrée de la chapelleVoir une image du bénitier sur t4t35.fr. La hauteur "hors sol" de ce qui était probablement son fragment supérieur est environ de , pour un diamètre équivalent à la colonne précédente, toujours selon Rosenzweig. Il est planté dans le sol, à proximité du fragment précédent.
Aucune inscription ni aucun décor n'a jamais été signalé à la surface de ces pierres.
Quelques éléments historiques et archéologiques
Le répertoire de Rosenzweig Louis Rosenzweig, dès 1860Cf. Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, 1860, Vannes, Société polymathique du Morbihan, 1861, p. 35., n'hésitait pas à réserver sont opinion, notant dans la section sur le Moyen Âge que le bénitier « peut avoir été une borne milliaire ». Quant aux deux autres pierres bien décrites, elles aussi déjà aux abords de la chapelle (qu'il plaçait « dans le cimetière »), il les qualifiait simplement de « colonne » dans la section sur l'époque romaine.
La lettre de Moigno En 1867, M. Moigno (le frère de l'abbé MoignoIl n'y est pas qualifié d'abbé, contrairement à d'autres intervenants. Cf. de Closmadeuc, « La Vénus de Quinipily (suite et fin) », dans Annales de Bretagne, 23-1, 1907, part. p. 81-83 (en ligne).) signale que, alors nommées en breton « » (soit « témoins » ou « près du chemin », selon les savants du ), « deux bornes milliaires, dont l'une est des plus remarquables par son parfait état de conservation » ont été déplacées de à la demande du prêtre de la paroisse dans le cadre de leur christianisation, depuis la route allant de Vannes à Carhaix (au nord-est ?).
Sans plus de précisions quant à la date du transport, il n'évoque pas non plus de remploi en bénitier, ni de fragments.
Le répertoire de Ricci Seymour de Ricci qualifieEn se fondant sur le recensement de Rosenzweig. de « milliaire illisible » la pierre qu'il croit être du vingt-troisième lieue depuis Vannes (probablement la plus grande), sans mentionner d'autres fragments dans les annexes de son répertoire de 1897Cf. Seymour de Ricci, « Répertoire épigraphique de la Bretagne occidentale, et en particulier du département des Côtes-du-Nord », dans Société d'émulation des Côtes-du-Nord. Bulletins et mémoires, 35, Saint-Brieuc, 1897, p. 279 (en ligne).. Il considérait certainement ces derniers comme des « lechs carolingiens ou des colonnes romaines ordinairesIbid., p. 278. ».
La voie romaine Dariotitum-Vorgium Les savants du envisageaient une voie romaine passant au Nord de Locmeltro, sur le parcours de l'actuelle D 1.
On considère depuisCf. Patrick Galliou 2009, p. 143. que la voie romaine du territoire des Vénètes, allant de Dariotitum (Vannes) à Vorgium (Carhaix ?) selon la Table de PeutingerSegm. I, 2, o., ou un chemin plus ancien, passait non loin, mais plutôt au Sud du hameau, aux environs de Talhouët. À quelques kilomètres à l'Est, la voie serait alors passée à mi chemin entre le manoir de Ménorval (ou Mané-er-Val) et Kergoff, pour se prolonger vers Quistiav, après avoir traversé la Sarre, au Nord du moulin du Quilio.
Toutefois, aucun de ces deux chemins, passant au Nord ou au Sud de Locmeltro (noté « Locriau »), ne sont indiqués sur la carte de CassiniCf. feuille 158, levée vers 1787., de la fin du .
Des bornes ou des stèles ? La Carte archéologique de la Gaule reste prudente, et fait aussi l'hypothèse que ces pierres aient pu être des stèles de l'âge du ferVoir, plus généralement à propos des stèles armoricaines de l'âge du fer : Marie-Yvane Daire et Anne Villard, avec la collab. de Elven Le Goff et Stéphan Hinguant, « Les stèles de l'Âge du Fer à décors géométriques et curvilignes. État de la question dans l'Ouest armoricain », dans Revue archéologique de l'ouest, 13, 1996, p. 123-156 et part. la Fig. 11 Carte de répartition des stèles de l'Âge du Fer(en ligne)., réalisées aux environs du L'occupation protohistorique du territoire étant avérée et la forme des colonnes ne permettant pas de trancher avec certitude pour l'une des périodes possibles de fabrication.
On remarquera enfin que ces monolithes bien connus n'ont pas été retenus par le CIL, dans le recueil d'inscriptions concernant les milliaires de Gaule et de Germanie (volume XVII-2 : Miliaria provinciarum Narbonensis Galliarum Germaniarum), alors que plusieurs bornes anépigraphes, dont certaines très douteuses comme la stèle de Croas ar Peulven, y sont mentionnées.
L'inscription par le Conservatoire Deux pierres (la grande et le bénitier) ont été inscrites en tant que milliaires, en même temps que le calvaire de 1743, au titre des monuments historiques le . La chapelle avait déjà fait l’objet d’une inscription le .
Annexes
Notes
Bibliographie
Patrick Galliou et al., préface de Jean Leclant, Le Morbihan, Paris, Académie des inscriptions et belles-lettres, 2009, p. 143 (Carte archéologique de la Gaule : Pré-inventaire archéologique, 56) . Revue morbihannaise, 11, Vannes, Lafolye, 1907, p. 371. « séance. [Lecture de la lettre de M. Moigno (de Guémené sur Scorff)] », dans Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, Vannes, Société polymathique du Morbihan, 1868, p. LXIX-LXX (en ligne). Louis Rosenzweig, Répertoire archéologique du département du Morbihan [publ. précédemment par parties dans le Bulletin de la Société polymathique du Morbihan], Paris, Imprimerie impériale, 1863, col. 116 (Guern : Époque romaine) et 117 (Moyen Âge) (Répertoire archéologique de la France, 56) (en ligne).
Articles connexes
Chapelle Saint-Meldéoc de Locmeltro calvaire de Locmeltro Fontaine de Locmeltro Liste des bornes milliaires de France protégées aux monuments historiques Liste des monuments historiques du Morbihan
Liens externes Voir des photographies sur le site des Mégalithes du Monde Voie de Brest à Vannes, sur itineraires-romains-en-france Voie Romaine de Guern, sur topic-topos
Locmeltro Catégorie:Stèle de l'âge du fer Catégorie:Mobilier liturgique Catégorie:Monument historique dans le Morbihan Catégorie:Monument historique inscrit en 1946