Jean Martin est un peintre figuratif français né à Lyon le et mort à Pierre-Bénite le . Autodidacte, il participe en 1938 aux manifestations du groupe Forces nouvelles, créé en 1935 par le critique d'art Henri Héraut et dessine la couverture de la revue littéraire L'Arbalète en 1940.
Biographie
Fils d’ouvrier, Jean Martin (Lyon, 1911 – Lyon, 1986) est un peintre autodidacte. Dans les années 1920, il se lie avec le peintre Lucien Féchant et le sculpteur Georges Salendre (1890-1985) qui l’initie à la taille directe et joue un rôle décisif dans son orientation stylistiqueJean-Christophe Stuccilli, « Repères d'une vie », dans Jean Martin (1911-1996), peintre de la réalité, Paris, Somogy, 2016 . Il expose pour la première fois au salon d’automne en 1933, au salon du Sud-Est à partir de 1934, puis au Salon des indépendants à Paris à partir de 1935. Durant l’entre-deux-guerres, il développe une peinture réaliste marquée par le allemand (Grünewald, Cranach, Dürer…), mais aussi par l’expressionnisme contemporain belge, comme le souligne René Déroudille en 1946, qui affilie volontiers Martin aux artistes de Laethem-Saint-Martin (Permeke, de Smet…) dans un article intitulé « Expressionnisme lyonnais », à la suite d'une exposition du peintre à la galerie FolkloreJean-Christophe Stuccilli, « La voie figurative : Forces Nouvelles, Laethem-Saint-Martin, Grünewald et Byzance », dans Jean Martin (1911-1996), peintre de la réalité, op. cit., . Sa rencontre avec Marcel Michaud (1898-1958) en 1933 marque le début d’une profonde amitié, malgré le refus du peintre d’intégrer le groupe Témoignage en 1936. Proche du poète, journaliste et résistant René Leynaud, qu'il connaît depuis l'enfance, il peint son portrait (Le Poète, 1944, collection particulière) après que celui qui fut l'ami d'Albert Camus a été arrêté par la Milice en L'œuvre est reproduite dans Jean-Christophe Stuccilli, Jean Martin (1911-1996), peintre de la réalité, op. cit., , ill. 214.
En 1938, Martin expose à la galerie Billiet-Vorms (Paris), avec le groupe Nouvelle Génération, ultime manifestation des Forces Nouvelles, créées autour du critique Henri Héraut (1894-1982) en 1935, en marge de la querelle du RéalismeJean-Christophe Stuccilli, « La voie figurative : Forces Nouvelles, Laethem-Saint-Martin, Grünewald et Byzance », dans Jean Martin (1911-1996), peintre de la réalité, op. cit., . À cette occasion, le tableau Les Aveugles (1937, musée des Beaux-Arts de Lyon) est présenté aux côtés des œuvres de Georges Rohner, Robert Humblot, Jean Lasne ou Henri Jannot. Durant l’Occupation, il expose régulièrement à Lyon à la galerie Folklore, à Marseille à la galerie Jouvène, puis de 1945 à 1947, annuellement à la galerie de Katia Granoff à Paris, avec laquelle il entretient une profonde amitié depuis son exil lyonnais et dont il réalisera le portrait en 1981L'œuvre est reproduite dans Jean-Christophe Stuccilli, Jean Martin (1911-1996), peintre de la réalité, op. cit., , ill. 176.
L’intérêt qu’il porte au livre et à l’édition l’amène à collaborer avec Marc Barbezat (1913-1999) à la naissance de la revue d'avant-garde L'Arbalète en 1940, dont il dessine la première de couverture. L'Arbalète deviendra par la suite le premier éditeur de Jean Genet ou de MouloudjiJean-Christophe Stuccilli, « Publier sous l'Occupation : L'Arbalète, la poésie à l'état naissance », dans Jean Martin (1911-1996), peintre de la réalité, op. cit., ; voir aussi Jean-Christophe Stuccilli, « Genèse de L'Arbalète à travers la correspondance inédite de Marc Barbezat à Jean Martin », Gryphe. Revue de la bibliothèque de Lyon, 12, octobre 2005, 1-9 . En 1940, il peint La Blessure au côté (1940, collection particulière), l'une des iconographies les plus fortes de l'art de la défaite. Reprenant les codes traditionnels d'une Descente de Croix, l'œuvre représente un soldat allemand portant une victime de l'armée françaiseJean-Christophe Stuccilli, « Peindre pour le temps de guerre », dans Jean Martin (1911-1996), peintre de la réalité, op. cit., ..
Installé à Paris à partir de 1946, Martin produit de nombreux décors et costumes pour le théâtre, notamment pour les compagnies de Pierre Blanchar, Raymond Hermantier, Jean-Marie Serreau et Louis Jouvet, pour lesquelles il collabore avec Jean Bertholle, Christian Bérard, Picasso ou encore le compositeur Georges DelerueJean-Christophe Stuccilli, « De Louis Jouvet à Maurice Jacquemont : les collaborations théâtrales », dans Jean Martin (1911-1996), peintre de la réalité, op. cit., . L'entier fonds concernant l'activité théâtrale du peintre est aujourd'hui conservé à La Piscine - musée d'art et d'industrie André-Diligent de Roubaix, soit 410 références parmi lesquelles des maquettes de costumes par Jean Bertholle et Christian Bérard, ou encore des photographies de Boris Lipnitzki. Le fonds est intégralement reproduit dans Les Jean Martin de La Piscine, sous la direction d'Alice Massé et de Jean-Christophe Stuccilli, Gand, Snoeck, 2016, 303 p. . Au début des années cinquante, il s’oriente définitivement vers la tradition médiévale, travaille à la tempera et crée des images empreintes d’idéal roman et byzantin. Il ouvre rue Saint-Sulpice, la galerie A.T.C. (Arts et Traditions Chrétienne), où exposeront de nombreux peintres, parmi lesquels Jean Lambert-Rucki, des sculpteurs, mais aussi des potiers, des dinandiers, notamment Maurice Perrier, ou encore des tisserands. A.T.C. jouera un rôle important dans le renouveau de l'art sacré en France tout au long des années conciliairesJean-Christophe Stuccilli, « Une résurrection de "l'art d'église" à Saint-Sulpice : Art et tradition chrétienne (1952-1967) », dans Jean Martin (1911-1996), peintre de la réalité, op. cit., ..
Collections publiques La Piscine, musée d'art et d'industrie André Diligent, Roubaix : Le Fils du bedeau, 1933 ; Le Noyé, 1937 ; L'Exilé, 1938 (ces trois œuvres font partie de la donation de Françoise Martin, fille de l'artiste en 2011) Musée des beaux-arts de Lyon : Tête de supplicié, 1937 (legs Claudius Côte, 1961) ; Les Aveugles, 1937 (donation de Rosette Martin, veuve de l'artiste en 2009) ; La Longue chemise, 1944 ; un ensemble de 25 œuvres sur papier (1935-1945) est entré par donation de Rosette Martin, veuve de l'artiste en 2009. Bibliothèque municipale de Lyon : correspondance de Marc Barbezat à Jean Martin autour de la création de la revue L'Arbalète, 1939-1945 (donation de Rosette Martin, veuve de l'artiste en 2005). Musée des Années 30, Boulogne-Billancourt : L'Homme qui mange, 1935 ; Les Blouses claires, 1940 (donation de Rosette Martin, veuve de l'artiste en 2005). Musée Paul Dini Musée Paul Dini., Villefranche-sur-Saône : Autoportrait, 1935 (donation de Francoise Martin, fille de l'artiste en 2011). Musée des Beaux-Arts de Valence : Les Petits chevaux, 1942. Musée eucharistique du Hiéron, Paray-le-Monial : L'Annonciation, 1934 ; Un soir sur la route d'Emmaüs, 1990 (donation Association des amis du peintre Jean Martin 2012). Église Saint Charles de Serin Lyon 9e : Nativité lyonnaise Tableau entièrement restauré en 2018.
Association Mémoire du peintre Jean-Martin À la mort de l'artiste en 1996, sous l'impulsion de sa veuve, Rosette Martin et de ses deux filles, Janine Martin (sœur Janine-Rose) et Françoise Martin (sœur Claire), a été créée l'association Mémoire du peintre Jean-Martin, dans le but de soutenir la diffusion de son œuvre à travers des donations à des collections publiques et des publications. L'association compte aujourd'hui près de 400 adhérents.
Bibliographie Jean-Christophe Stuccilli, Jean Martin (1911-1966), peintre de la réalité, Paris, Somogy, 2016, 320 p. Les Jean Martin de La Piscine, sous la direction d'Alice Massé et de Jean-Christophe Stuccilli, Gand, Snoeck éditions, 2016, 303 p. Roubaix. La Piscine. Les collections, sous la direction de Bruno Gaudichon, Paris, Gallimard, 2011, cat. 157, p. 103 Jean-Christophe Stuccilli, « Biographie de Marcel Michaud. La découverte est toute la vie », Le Poids du monde. Marcel Michaud (1898-1958), sous la direction de Laurence Berthon, Sylvie Ramond et de Jean-Christophe Stuccilli, Lyon, musée des Beaux-Arts, Lyon, Fages éditions, 2011, 8-61 Jean-Christophe Stuccilli, « À l'image de Dieu. Marcel Michaud et l'art sacré », Le Poids du monde. Marcel Michaud (1898-1958), sous la direction de Laurence Berthon, Sylvie Ramond et de Jean-Christophe Stuccilli, Lyon, musée des Beaux-Arts, Lyon, Fages éditions, 2011, 244-273 Christophe Comentale, « Jean Martin, peintre-graveur du monde humain et divin », Arts & Métiers du Livre, août-, 255, 48-57. Jean-Christophe Stuccilli, « Genèse de L'Arbalète à travers la correspondance inédite de Marc Barbezat à Jean Martin », Gryphe. Revue de la bibliothèque de Lyon, 12, , 1-9
Notes et références
Liens externes
Exposition Jean Martin (1911-1966). Les années expressives au musée des Beaux-Arts, Lyon, - . Exposition Jean Martin (1911-1966). La quête d'un autodidacte, Paray-le-Monial, musée du Hiéron, - . Exposition Jean Martin (1911-1996). De l'atelier à la scène, Roubaix, La Piscine, musée d'art et d'industrie André-Diligent, - .
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