Adrian Le Roy [Leroy] (Montreuil-sur-Mer ca. 1520 - Paris 1598) est un luthiste, guitariste, compositeur et imprimeur-libraire en musique (associé à Robert I Ballard).
Biographie Adrian Le Roy est né dans la ville de Montreuil-sur-Mer, dans une famille de marchands aisée, qui fut représentée à l’échevinage de la ville tout au long du XVIe siècleSur sa vie, voir d’abord Lesure 1955 p. 9-17.. Sa famille avait aussi des liens avec Boulogne-sur-Mer. On ne sait rien de ses années de formation, ni qui furent ses maîtres de luth, de guitare, ni de compositionHandy 2008, p. 477, le dit également chantre aux obsèques de Henri II en 1559, ce qui nous paraît improbable. C’est probablement une confusion avec Estienne Le Roy, chantre....
Dès avant 1545, il est au service de Claude de Clermont, baron de Dampierre et lieutenant général du roi à Ardres, près de Calais. Il passe ensuite au service de Jacques II, baron de Semblançay et vicomte de Tours. Dès , il est relation avec le marchand-libraire parisien Jean de Brouilly à ParisJean de Brouilly [Broilly, Breuilly] exerce de 1514 à 1552, rue Saint-Jean-de-Beauvais. La maison à l’enseigne Sainte-Geneviève lui vient de la dot de sa femme, Marion Gaulthier. Voir Renouard 1898, p. 50. ; il lui achète des vignes à Saint-Denis – d’où il ressort qu’Adrian Le Roy avait des moyens, pour pouvoir acheter des biens si jeune - puis épouse sa fille Denise. Le couple emménage dans la maison de Jean de Brouilly, rue Saint-Jean-de-Beauvais à l’enseigne Sainte-Geneviève, en 1550 ou au début de 1551.
Denise de Brouilly meurt avant 1570, sans enfant. On a que peu d’informations sur leur vie familiale ; Adrian est parrain des enfants de divers voisins, tels un tailleur, un pourpointier ou un tailleurs d’images, et de divers artistes en lien avec la cour, tel le marqueteur du roi Hans KrauseLesure 1955, p. 10 et 14. et bien sûr les musiciens qui la fréquentent, et de son associé Robert I Ballard.
Le Roy est un « cousin » de Robert I Ballard, également originaire de Montreuil-sur-MerLe degré de cousinage n’est pas clairement établi, mais on sait qu’une des grand-mères de Robert Ballard était une Le Roy. Voir Lesure 1955 p. 9-10.. Les deux hommes s’associent en 1551 pour fonder un atelier de typographie musicale, installé dans l’atelier de Jean de Brouilly rue Saint-Jean-de-Brouilly, qui supplantera progressivement tous ses concurrents parisiens et restera au même endroit jusqu’en 1750 et dans la famille Ballard jusqu’à l’aube du XIXe siècle. Dans cette association, c’est Le Roy qui assume le rôle d’éditeur musical (c’est-à-dire le choix des œuvres et la correction des épreuves), tandis que Ballard dirige la production (composition, impression, reliure).
Les relations de Le Roy avec l’aristocratie lui ont ouvert les portes de la cour. Au long de sa carrière, quelques dédicaces révèlent qu’il a pu obtenir des permissions de la part de Henry II, du cardinal Charles de Lorraine, et qu’il a eu l’oreille de Charles IX. C’est lui qui, lors du voyage de Roland de Lassus à Paris, au printemps 1571, le présente à la cour de Charles IX, l’héberge et correspond plus tard avec luiOn possède une lettre de Le Roy à Lassus, du 14 janvier 1574, conservée à Munich et reproduite dans Lesure 1955 p. 36-37. Le Roy lui rappelle tout le plaisir que le roi a eu d’entendre sa musique, et demande à pouvoir publier celle qu’il lui a fait entendre.. Le Roy fréquente également le salon du comte et de la comtesse de Retz (Claude Catherine de Clermont)Sur ce salon, voir Handy 2008 p. 314 et surtout Brooks 2000 sur son rôle dans l’évolution des formes de l’air de cour., où se croisent Pierre de Ronsard, Jean-Antoine de Baïf, Paul Melissus ou Guillaume CosteleyIl dédié plusieurs publications à l’un ou l’autre, tels le Mellange de Lassus en 1570, le Livre d’airs de court de 1570..
Son accès aux cercles de la cour de France a bien sûr favorisé l’activité de l’officine Le Roy & Ballard, en lui permettant de fréquenter les musiciens les plus en vue. Parmi ceux qu’il aurait le mieux connus se trouvent : Guy de Clinchant, Pierre Certon, Jacques Arcadelt, Claude Le Jeune, Guillaume Costeley et Claude GoudimelVoir Lesure 1955..
Adrian Le Roy teste une première fois le , en préparation d’un prochain voyage à l’étranger dont la destination reste inconnue (Munich ? Italie ? Angleterre ?) et dont on ignore s’il l’a fait. La mort de Robert I Ballard en déstabilise le fonctionnement de l’atelier (qui ne publie plus rien avant 1591 : trois rééditions de livres de chansons publiés sous son nom seul). En 1593 les publications reprennent plus franchement, dans le cadre d’une association entre Le Roy et la veuve Ballard, Lucrèce Du Gué. Le Roy teste à nouveau en 1598 peu avant sa mort, en léguant à Robert Ballard la totalité de ses biens. Ensuite, Lucrère Du Gué s’associe à son fils Pierre I Ballard pour poursuivre l’activité de la maison Ballard.
Œuvre Lors de la première décennie d’existence de l’atelier, Le Roy contribue largement à alimenter ses propres presses, avec au moins dix livres de tablature pour luth ou pour guitare ; il continuera jusque dans les décennies 1570 avec des méthodes, un traité et des recueils de musique vocale (à quatre voix ou pour voix et luth). Très actif, son atelier lui a sans doute pris une part importante de son temps au détriment de la composition, puisqu’on observe que ses dernières compositions éditées datent de 1571 et 1573.
Son œuvre est considérable. Il a bien sûr eu toute facilité pour la faire imprimer, mais cette profusion ne doit pas cacher les innovations qu’il y a introduites, notamment dans l’avènement de la forme de l’air de cour. Avec les CL psaumes de 1567 et les Airs de cour de 1571, il est un des promoteurs actifs de la forme de l’air, dans laquelle la voix de dessus devient prédominante par rapport aux voix inférieures (haute-contre, ténor, basse), dont le rôle est essentiellement d’établir l’harmonie. À tel point que celles-ci peuvent être dès lors remplacées par un instrument, en général le luthPlusieurs de ses airs sont analysés dans Brooks 2000..
Musique vocale thumb|Titre des Chansons en forme de vau de ville d'Adrian Le Roy (Paris, 1573). (c) Paris BNF. Douze chansons spirituelles de Jean Antoine de Baïf, mise en musique à quatre parties. Paris, Adrian Le Roy et Robert Ballard, 1562. 4 vol. 8° obl. Edition perdue, citée par Du Verdier, vol. 3 p. 25. Les Pseaumes de David, composez en musique à quatre parties, par Cl. Goudimel. Mis en tablature sur le leut par Adrian Le Roy. – Paris, Adrian Le Roy et Robert Ballard, 1567. 4° obl., avec son portrait gravé sur bois. Contient une mise en tablature des 150 psaumes harmonisés par Claude Goudimel. Edition par Jean-Michel Noailly dans le Corpus des luthistes français, 1993. Livre d'airs de cour miz sur le luth. – Paris, Adrian Le Roy et Robert I Ballard, 1571. 4° obl., 24 f., avec son portrait gravé sur bois. Lesure 1955 n° 154. Dédicace à Catherine de Clermont, comtesse de Retz. Il s’agit d’un remaniement de pièces à quatre voix d’autres auteurs (notamment Nicolas de La Grotte). Les airs ou les vaudevilles sont réduits par l’auteur pour voix et tablature de luth, en mettant ainsi en évidence la partie de dessus. C’est la première apparition du terme « air de cour ». Edition dans ‘’Chansons au luth et airs de cour français du XVIe siècle’’, éd. L. de La Laurencie, A. Mairy and G. Thibault, Paris, Publications de la Société française de musicologie, 1934. Premier livre de chansons en forme de vau de ville, composé à quatre parties. Paris, Adrian Le Roy et Robert I Ballard, 1573. Lesure 1955 n° 171, RISM L 2042. Contient 23 chansons, pour la plupart des réharmonisations de mélodies utilisées par Pierre Certon dans Premier livre de chansons de 1552, avec la voix de ténor qui passe au superius. Édition moderne : Pro Musica, ca. 1977 (en 2 vol.).
En outre, il existe deux chansons et un air à quatre voix publiés dans des recueils (RISM 1554, 1556 et 1576.
Pièces pour le luth thumb|Titre de la Tablature pour luth d'Adrian Le Roy, livre 1 (1551). (c) München BSB. Ses livres pour luth seul sont au moins au nombre de six, desquels trois seulement sont retrouvés. Dans sa reprise des chansons des musiciens contemporains, Le Roy y déploie toutes les ressources de l’ornementation (diminutions, arpèges…).
Premier livre de tabulature, contenant plusieurs motetz, chansons, fantasies, pavanes, gaillardes, almandes, branles, tant simples qu’autres. Paris, Adrian Le Roy & Robert Ballard, 1551. 4° obl., RISM L 2048 et 1551, Lesure 1955 n° 1. Reprend des pièces de Jean Maillard, Pierre Sandrin et Claudin de Sermisy. Édition par André Souris et Richard de Morcourt, Corpus des luthistes français, (rééd. 1975). Numérisé par München MDZ. Tiers livre de tabulature de luth, contenant vingt & un pseaulmes. – Paris, Adrian Le Roy & Robert Ballard, 1552. 4° obl., RISM L 2049, Lesure 1955 n° 5. Numérisé par München MDZ. Sixième livre de luth, contenant plusieurs chansons nouvellement mises en tabulature. - Paris : Adrian Le Roy et Robert I Ballard, 1559. 4° obl., RISM L 2050 et 1559, Lesure 1955 n° 65. Reprend des pièces de Jacques Arcadelt, Pierre Sandrin, Boyvin, Pierre Certon, De Bussy et Cyprien de Rore. Edition par Jean-Michel Vaccaro, Corpus des luthistes français, 1978. Numérisé par München MDZ.
Pièces pour la guitare Pour la guitare, Le Roy a publié cinq livres tous retrouvés ; s’y trouvent des fantaisies et plusieurs danses plus ou moins ornementées, des psaumes latins et des « voix de ville ». Premier livre de tabulature de guiterre, contenant plusieurs chansons, fantasies, pavanes, gaillardes, almandes, branles, tant simples qu’autres. - Paris, Adrian Le Roy & Robert Ballard, 1551. 4° obl., RISM L 2043 et 1551. Reprend des pièces Boyvin et Jean Maillard. Numérisé par Royal Holloway College. Second livre de guiterre, contenant plusieurs chansons en forme de voix de ville : nouvellement remises en tabulature. - Paris, Adrian Le Roy & Robert Ballard, 1556. 4° obl., RISM L 2044, Lesure 1955 n° 22. Réédition d’une édition parue en 1551 ou 1552, perdue. Numérisé par Royal Holloway College. Tiers livre de tabulature de guiterre, contenant plusieurs préludes, chansons, basse-dances, tourdions, pavanes, gaillardes, almandes, bransles, tant doubles que simples. - Paris, Adrian Le Roy & Robert Ballard, 1552. 4° obl., RISM L 2045, Lesure 1955 n° 4. Numérisé par Royal Holloway College. [Le Quart livre de cette collection est une tablature de guitare de Gregor Brayssing, 1553]. Cinquiesme livre de guiterre, contenant plusieurs chansons à trois & quatre parties, par bons & excelens Musiciens : reduites en tabulature par Adrian Le Roy. - Paris, Adrian Le Roy & Robert Ballard, 1554. 4° obl., RISM 2047 et 1554, Lesure 1955 n° 14. Reprend des chansons de Jacques Arcadelt, Bonard, Pierre Certon, De Bussi et de Le Roy lui-même. Numérisé par Royal Holloway College. Les Psalmes de David mis en tablature de guiterre. Edition perdue, citée d’après La Croix Du Maine vol. I, p. 8. Il s’agit probablement de l’équivalent, pour guitare, du Tiers livre pour luth de 1551.
Pièces pour le cistre Des deux livres de cistre parus, seul le second est connu : Second livre de cistre, contenant les Commandemens de Dieu : six pseaumes de David, & autre œuvres faciles, avec l’intelligence de la tabulature, & accords, dudict instrument par Adrian Le Roy. - Paris, Adrian Le Roy & Robert Ballard, 1564. 4° obl., Lesure 1955 n° 93.
Méthodes instrumentales Pour le luth Pour la reconstruction de la chronologie des méthodes de luth de Le Roy, voir la préface de l'édition moderne de celle de 1574.
Breve et facile instruction pour apprendre la tablature, conduire et disposer la main sur le luth, 1567, traduite en anglais en 1568 ci-dessous.