Paul Hay du Chastelet (novembre 1592, Laval - ), magistrat, orateur et écrivain français, est un conseiller d'État sous Richelieu qui fit partie de la première Académie française (fauteuil 20).
Biographie Origine Issu de l'ancienne maison de Hay en Bretagne, il fut d'abord conseiller en 1616, puis avocat général au parlement de Bretagne en 1618F. Saulnier, Parlement de Bretagne, tome I., p. 485-495, puis maître des requêtes en 1623 et enfin conseiller d'État en 1633. Chargé d'établir le Parlement de Béarn en 1621 à Pau, il exerça, en 1625, l'intendance de la justice dans l'armée royale, commandée par le roi Louis XIII en personne.
Duels Magistrat intègre et habile orateur, il employa souvent son éloquence pour tâcher de sauver les victimes de la vengeance du cardinal de Richelieu. Il prit la défense de François de Montmorency-Bouteville condamné pour ses duels à répétition. Ce dernier avait, malgré de récents édits, ou plutôt à cause même de ces édits, s'était battu avec Des Chapelles, en plein jour, au milieu de la Place-Royale. Hay du Chastelet employa d'abord, dans l'intérêt de son client, les démarches, les sollicitationsOn cite de lui plusieurs bons mots. Un jour qu'il était avec M. de Saint-Preuil qui sollicitait la grâce de ce seigneur, et qu'il insistait lui-même de tout son pouvoir, le roi lui dit : « Je pense que M. du Chastelet voudrait avoir perdu un bras pour sauver M. de Montmorenci. ». Il répondit : « Je voudrais, sire, les avoir perdus tous deux, car ils sont inutiles à votre service, et en avoir sauvé un qui vous a gagné des batailles et qui vous en gagnerait encore. ». N'ayant pas réussi par ce moyen, il fit, en faveur de Boutteville, un mémoire véhément, chaleureux, éloquent, qui parut sous ce titre : Factum pour mess. François de Montmorency, comte de Luz et de Boutteville, et messire François de Rosmadec, comte Des Chapelles.
Ce factum faillit le compromettre à jamais. Richelieu ne supportait pas volontiers, même chez ses meilleurs amis, de tels écarts de conduite. Ayant mandé Du Chastelet, il lui dit que son mémoire était l'apologie d'un crime et semblait condamner la justice du roi« Non pas, lui répondit celui-ci; mais j'ai voulu justifier sa miséricorde, s'il en use envers un des plus « vaillants hommes de son royaume. ». Le roi fait exécuter BouttevilleOn dit que Richelieu précipita l'exécution de la sentence dès qu'elle fut rendue ; quoi qu'il en soit, il oublia bientôt que Du Chastelet s'était montré dans cette affaire un de ses plus ardents contradicteurs..
Après cet épisode, Du Chastelet fut néanmoins nommé peu de temps après maître des requêtes de l'hôtel du roi. On n'était alors pourvu d'une telle charge que sur la présentation de Richelieu. Ennemi passionné de l'Autriche, il publia divers écrits contre cette puissance, contre les rois, les princes ses alliés ou ses vassaux trop soumisTous les écrits de ce genre étant alors publiés sans le nom des auteurs, on a pu tour à tour attribuer les mêmes pièces à des personnes différentes, et il n'est pas facile aujourd'hui de discerner la vérité de l'erreur. Fevret de Fontette, d'après Matthieu de Morgues, attribue à Du Chastelet un pamphlet qui parut en 1630 sous ce titre : La première et la seconde Savoisienne, où se voit comment les ducs de Savoie ont usurpé plusieurs états appartenant au roi de France; Grenoble, Marniols, 1630, in-8°. Hauréau indique qu'il parait maintenant certain que Du Chastelet n'en est pas l'auteur. Pour la première Savoisienne, c'est la réimpression d'un libelle publié, trente années auparavant, par l'avocat Antoine Arnauld. Dans la préface de son Histoire généalogique de la maison de Savoie, Guichenon impute la seconde Savoisienne à Bernard de Rechignevoisin, sieur de Guron. C'est aussi ce qui est écrit dans Varillas, cité par le Père Niceron (Hommes illustres, t. XXXVIII, p. 170.). Ces témoignages sont-ils contredits par Matthieu de Morgues, comme l'assure Fevret de Fontette ? Hauréau indique qu'on a pu le croire; le passage de Matthieu de Morgues est obscur et peut être sans aucun doute diversement interprété; mais une lettre de Richelieu publiée au vient l'expliquer et prouver qu'il n'a pas été compris par Fevret de Fontette. Matthieu de Morgues, s'adressant à Richelieu, et traitant avec beaucoup de mépris un de ses flatteurs anonymes, rappelle, pour le désigner, qu'il s'est déjà fait connaître en publiant deux libelles intitulés : La seconde Savoisienne et Les entretiens des Champs Clysées. Or, Les entretiens des Champs Clysêes sont de même attribués par Varillas au sieur de Guron, et par Fevret de Fontette, d'après ce passage de Matthieu de Morgues, à Paul Hay Du Chastelet. Mais Matthieu de Morgues dit encore du même flatteur: « 0 le béat, qui est plus capable de présenter un poulet d'une main, en tenant un chapelet de l'autre, que de faire descendre la vérité du ciel! 0 le saint personnage, qui veut servir d'écuyer à la fille de Dieu, ayant rendu, à ce qu'on dit, et continuant de rendre cet office aux dames qui ont prostitué leur honneur à la puissance, aux faveurs et aux finances ! N'est-ce pas un homme qui fut chassé par le feu roi pour avoir voulu faire une cabale dans la cour, en se servant en même temps de deux choses bien contraires, de la religion et de l'amour (Matthieu de Morgues, Remontrance de Caton chrétien, p. 68, 69.) ? » Le feu roi est Henri IV de France. Henri IV est mort au mois de mai de l'année 1610, et Du Chastelet, né en 1593, avait à peine à cette date 17 ans. Or, comment admettre qu'à cet âge il ait été choisi pour remplir, dans une cabale de cour, le rôle qu'attribue Matthieu de Morgues à l'auteur des deux libelles anonymes? Cet auteur n'est donc pas Du Chastelet. Pour Hauréau c'est bien, comme le prétend Varillas, Bernard ou Charles de Rechignevoisin, sieur de Guron. Écrivant à Guron, en 1615, une lettre fort injurieuse, Richelieu (Lettres du Cardinal de Richelieu, publiées par M. Avenel, t.l, p. 139.) lui reproche d'avoir été le messager d'amour d'Henri IV, d'abord près de la marquise de Verneuil, ensuite près de la comtesse de Moret. Tel nous le représente Matthieu de Morgues, offrant un poulet. Richelieu ne manque pas non plus de lui rappeler qu'il écrivait dans le même temps un livre pieux, intitulé Discipline chrétienne, et que sa feinte dévotion masquait toutes ses intrigues. Ainsi, Hauréau indique avoir deux portraits du même personnage qui ressemblent parfaitement l'un à l'autre, et le personnage est nommé par Richelieu le sieur de Guron..
Procès de Marillac En 1631, Hay du Chastelet est choisi par le roi pour être un des juges du maréchal de MarillacOn le voit dans les requêtes de Marillac, insérées dans le Journal de Richelieu, première part., édition d'Amsterdam. ; mais n'osant pas l'absoudre et ne voulant pas le condamner, il avait eu recours à un expédient assez étrange pour se faire récuser ; il avait répandu dans le public, sous le titre de Prose impie contre les deux frères MarillacCette prose a été publiée, sous le nom de Du Chastelet, dans le Journal de Richelieu, seconde partie, . En voici les premières strophes: Venite ad solemnia, Faciamus praeconia Dum nobis rident omnia. Una funis tenet illum Qui opprimebat pusillum Quando tenebat sigillum. Quantum flevit Carmelita, Tantum risit Jesuita, Cum captus est hypocrita... Magna fuit laetitia In hac urbe Lutetia Cum privatus est gratia,.. une complainte satirique, une satire latine en prose rimée, dont il s'était avoué l'auteur. Aussitôt, les amis de Marillac avaient fait entendre des murmures. Comment un juge désigné pouvait se prononcer contre l'accusé, même avant d'avoir eu sous les yeux le procès-verbal des commissaires instructeurs. L'impartialité de Chastelet, homme de Richelieu était mise en cause. Pellisson veut, à la vérité, que Du Chastelet ait à dessein provoqué ces clameurs, dans l'intérêt bien entendu de Marillac.
Pour Hauréau, il n'en est absolument rienIl indique les propres paroles de Marillac, récusant Du Chastelet : « Quant à Chastelet, j'ai horreur, Messieurs, de le voir assis, parmi une si honorable compagnie, sur ces fleurs de lis, et qu'il ait pouvoir et main-levée sur ma vie et mon honneur, quand bien je n'aurais à lui reprocher que cette prose infame dont il est l'auteur » (Relation véritable de ce qui s'est passé au jugement du Mar. de Marillac, dans le Journal de Richelieu, part. II, p. 1). Le maréchal de Marillac explique, d'ailleurs, l'animosité personnelle que Du Chastelet a contre lui. Ouvertement ennemi de l'ancien garde des sceaux Michel de Marillac, il veut perdre les deux frères l'un par l'autre, et il commence par les outrager l'un et l'autre dans un libelle cynique (Requête de Marillac, dans le Journal de Richelieu, part. I. .). Hauréau ajoute en complément que si, pour justifier un acte très répréhensible, la publication de la Prose impie, on prétend que Du Chastelet s'est conduit de telle sorte dans l'intérêt bien entendu de l'accusé, comment alors nous explique-t-on un autre libelle contre Marillac condamné, exécuté, qui fut, dans la suite, publié par le même Du Chastelet ?. Quelles que soient les intentions de Hay du Chastelet lorsqu'il composait sa prose rimée, le roi jugea qu'il avait commis en l'écrivant une mauvaise action, et, 3 jours avant le jugement de l'affaire Marillac, la cour est saisie d'une requête du nouveau garde des sceaux contre le sieur Du Chastelet. Il siégeait quand cette requête fut présentée : aussitôt il se leva et se retira de l'assemblée, pour que sa présence ne fût pas un obstacle à la liberté des suffrages. En fait, cette requête était un ordre pour la cour, et Du Chastelet, reconnu coupable d'une grave infraction à ses devoirs de magistrat, est conduit prisonnier, sous l'escorte d'un exempt, au château de Villepreux. Il avait eu l'imprudence d'offenser le roi et son ministre, Du Chastelet fut envoyé pour quelque temps dans une prison d'État.
Il n'y reste pas longtemps, et, quand il revient à la cour, il obtient le pardon du roi Louis XIIIPeu après être sorti de prison, on le mena à la messe du roi, et comme ce prince non seulement ne le regardait pas mais affectait de détourner la tête, du Chastelet, supposant qu'il était contrarié de voir un homme qu'il venait de maltraiter, on raconte qu'il s’approcha de Saint-Simon, et lui dit : « Je vous prie, monsieur, de dire au roi que je lui pardonne de bon cœur, et qu'il me fasse l'honneur de me regarder. » Le roi, auquel on rendit compte de cette naïveté, en rit beaucoup, et fit compliment à son auteur. Sa détention n'a pas été longue : en sa prison de Villepreux, il avait fait un mémoire pour la défense du cardinal de Richelieu, et ce dernier n'avait pu laisser sous les verrous l'avocat de sa cause. C'est ce mémoire qui est publié sous le titre suivant : Discours au roi touchant les libelles faits contre le gouvernement de son étatFevret de Fontette commet à ce sujet plusieurs erreurs. Il suppose d'abord que Du Chastelet fut incarcéré en 1632, tandis que la date de ce pamphlet indique assez qu'il en sortit en 1631. Ensuite il lui donne pour prison la Bastille, au lieu du château de Villepreux. Enfin il imagine que Du Chastelet obtint sa grâce en publiant son Discours d'Etat, libelle qui ne vit pas le jour avant l'année 1635. Le Discours au roi a été réimprimé dans le Recueil de diverses pièces pour servir à l'histoire, p. 440. Comme tous les opuscules de Hay du Chastelet, celui-ci est anonyme.. Ces libelles étaient quelques écrits du président Le Coigneux et de divers autres partisans contre l'administration de Richelieu<ref>Hauréau indique que nayant pas encore l'habitude de ce genre d'écrire, Du Chastelet n'avait pas pris dans son mémoire le ton qui convient le mieux aux papiers anonymes; il avait donné lui-même beaucoup trop d'importance à l'attaque, en rédigeant une défense gourmée, sententieuse, solennelle.</ref> Son Discours obtient les suffrages de Louis XIII et de Richelieu.
Les relations avec Richelieu