Moteurs Baudouin est une entreprise française spécialisée dans la conception et la fabrication de moteurs principalement pour le secteur maritime.

La firme est née sur les quais marseillais en 1918, héritière d'une fonderie de cloches. La réputation de ses moteurs va l'amener tout au long du siècle à côtoyer les grands motoristes.

Aux sons des cloches du

Au , la fonderie de cloches de M. Baudouin établie dans le quartier de Saint-Pierre possède déjà une très bonne notoriété. En effet, selon un article du journal Le Méridional du , le savoir-faire de la fonderie Baudouin remonterait au , en 1430. Fondeurs de cloches puis spécialisés dans la mécanique d’horlogerie, on retrouve encore aujourd’hui des cloches datant du . La plus ancienne dont on retrouve trace date de 1803 et se situe à Lorgues (83). D’autres cloches sont mentionnées à Arles (Pénitents Blancs) et à Raphèle-lès-Arles, toutes deux de 1819, au Soler (de 1822), à Aubagne (église Saint Sauveur, deux cloches Durand et Baudouin de 1826), ou encore à Marseille (église Saint Michel - Le Camas), à Aigues Mortes (30), à la cathédrale de Nîmes (30) et à l'Église de Saint-Étienne d'Escattes à Souvignargues (30), toutes datant de 1829.

Le , un arrêté autorise la fonderie à s’établir à l’extérieur de l’enceinte de Marseille, sur le Cours Gouffé, à la condition que « toutes les précautions présentées pour l'intérêt des voisins ont été prises (…) ».

BAUDOUIN.

» Art. 1". L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône, du , est annulé ; — Art. 2. Le sieur Baudouin est autorisé à établir une fonderie en grand, avec fourneau à réverbère, dans une propriété qui lui appartient, située au haut du cours Gouffé, faisant l'angle de la rue de l'Abbé-Féraud et du grand chemin de Borne à Marseille, à la charge par lui d'élever la cheminée de son fourneau de quinze mètres ou moins, etc. »

Tout au long du siècle, la fonderie Baudouin va ainsi produire des cloches que l’on retrouve toujours de nos jours dans diverses régions de France (Bouches du Rhône, Alpes de Haute Provence, Var, Alpes Maritimes, Vaucluse, Gard, Hérault, Corse, Loire, Drôme, Pyrénées Atlantiques …

L'une des dernières réalisations de la fonderie se trouve actuellement dans le clocher de l'église Saint Fortuné à Marseille (Montolivet) et a été fondue en 1913.

À l’aube du : les débuts thumb|Couverture du catalogue BAUDOUIN de 1907.

La vocation maritime de la famille Baudouin naît avec Richard Baudouin et son chantier naval du Pharo. Dans la branche familiale des fondeurs, le fils d’Eugène Baudouin, Charles, est un passionné de mécanique qui commence dès 1902 à concevoir pour quelques amis des petits moteurs à essence de : les Moteurs Baudouin viennent de naître. Les deux branches familiales trouvent ainsi une entente prometteuse comme le prouverait cette traversée de Toulon à Alger datée de 1904 avec un canot Baudouin propulsé par un Baudouin !

En 1907, Charles et Eugène, le père et le fils, se partagent les locaux du boulevard Rabatau mais Charles Baudouin apparaît déjà comme un « constructeur mécanique » à part entière.

Le , Messieurs Léopold et Jean Isnard créent avec quelques amis, la Société des Moteurs Baudouin (SMB) et font de la maison familiale de Rabatau leur premier atelier.

À partir de 1919 (et jusqu’en 1965), Ferdinand de Larminat, Ingénieur civil du Génie Maritime (Directeur Général puis Président du Conseil d’Administration), donne à la société la forme qu’elle connut durant de longues décennies, et installe parallèlement le premier réseau de distribution Baudouin. (Ferdinand de Larminat est le frère du général Edgard de Larminat.)

Avec ses moteurs à pétrole et à essence, le jeune motoriste, qui se dénommait également « Anciens Établissements Isnard Frères & Lalanne », avait déjà réussi à attirer une clientèle de renom : la Marine Nationale, les Services des Douanes de Marseille, les Douanes Tunisiennes, la Compagnie des messageries maritimes, Cie Gle des Transports Maritimes, Cie Cyprien Fabre, Compagnie générale transatlantique, Chantiers de la Loire, Cie Sud Africaine, etc.

thumb|Moteur essence type E2. La société évolue rapidement et développe à la fois son capital et la superficie de ses ateliers. En effet, en 1923, alors qu’ils occupent le du boulevard Rabattau, la société annexe les locaux voisins et va peu à peu occuper l’ensemble des à 88 et créer une annexe au 15, Quai de Rive Neuve, sur le Vieux Port.

Quatre ans après sa création, SMB devient l’un des trois premiers constructeurs de moteurs (jusqu’à 60 ch) et fabrique uniquement des moteurs à essence. Un siècle après, il est assez difficile de dresser la liste complète de ces produits et de les classer dans un ordre chronologique mais si l’on suppose que les moteurs suivaient un ordre alphabétique (la lettre étant suivie du chiffre correspondant au nombre de cylindres), voici les moteurs ayant existé :

A1, A4, B2, B4, C1, E2, E4, E6, O1, O4, S4, T4, U4, U6, X1, X2, X4, X6, Y1, Y4, Z1, Z4.

Caractéristiques principales des moteurs à essence

Type Nombre de cylindres Alésage des cylindrées Course des pistons Puissance (ch) tr/min Poids (kg) A1 1 100 140 5 1000 1300 A4 4 100 140 5 1000 350 B2 2 110 160 12 à 14 750-800 265 B4 4 110 160 30 à 35 800-850 490 C1 1 125 160 8 à 10 750 124 E2 2 135 170 20 750-800 645 E4 4 135 170 40 à 45 750-800 645 E6 6 135 170 50 750 880 O1 1 70 100 3 1200 70 O4 4 70 110 10 1000 225 S4 4 105 150 30 1000 470 T4 4 80 140 15 1000 350 U4 4 160 200 70 680 1200 U6 6 160 200 105 680 1600 X1 1 ? ? ? ? ? X2 2 ? ? 12 à 15 700-800 270 X4 4 ? ? 25 à 30 700-800 510 X6 6 110 160 45 800 700 Y1 1 90 120 5 à 6 1000 120 Y4 4 90 140 20 1000 360 Z1 1 85 120 4 1000 120 Z4 4 85 120 15 à 20 1000-1200 280

thumb|Fiche moteur O1. À la fin des années 1920, la société anonyme SMB équipe plus de et possède déjà en France et cinq agences principales à Paris, Nantes, Port-Louis, Bordeaux et Alger. En 1928, sont présents en Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc français et espagnol). Des sous-agents sont également en place.

De 1922 à 1963, tous les moteurs seront créés par Antonin Pouillot, ingénieur des Arts et Métiers qui deviendra successivement Directeur technique puis Directeur général adjoint. La renommée « simple et robuste » de ses moteurs est indissociable du succès de la marque SMB.

Les années 1930 à 1950 : Les années fastes

À partir de 1918, Baudouin ne se consacre qu’à la fabrication de moteurs à essence mais entre 1929 et 1930, la société oriente son activité vers l’étude et la fabrication de moteurs Diesel. Pour permettre la construction de ses futurs moteurs, la SMB va édifier de nouveaux ateliers dans le quartier de la Timone qui entreront en service dès 1931. Une « Timone bis » suivra quelque temps plus tard.

Le premier type Diesel ainsi développé est baptisé DA, et plus exactement DA2. Ce bicylindre développait alors une puissance de à . Parallèlement, les moteurs à essence continuent à être produits. De tous les nombreux types sortis, il ne semble subsister que les séries Z1, Y1, O4, T4, Y4 et S4 puis peu à peu les derniers à être produits sont les types Y1, Y4, O4 et S4.

Mais les années 1930 voient rapidement et essentiellement l’arrivée sur le marché du moteur « Diesel Baudouin », toujours connu aujourd’hui sous le nom DB. Ces moteurs, conçus par Pouillot et Pierre Fieux, se déclinent en un, deux, trois, quatre et six cylindres (DB1, DB2, DB3, DB4 et DB6). Chaque cylindre et piston sont en fonte. Les qualités de ce moteur vont attirer une clientèle de plus en plus nombreuse. Ce sont ainsi plus de qui vont sortir de l’usine et vont équiper 80 % des bateaux entre 1933 et 1953. La fabrication du DB cessera définitivement en 1957.

thumb|Moteur Baudouin DB3 du « Ferry-Boâte » César du port de Marseille, reconditionné en 2011, avec une transmission de chaque côté

Remarque : C’est un DB3 qui fut installé dans le célèbre ferry-boat César du port de Marseille (première moitié des années 1950). Ce moteur (avec son jumeau de remplacement) fut amélioré. Construits dans les ateliers du Vieux Port, au quai Rive Neuve, ces deux prototypes avaient la particularité d’avoir une double transmission de chaque côté, qui permettait au « César » de traverser le Vieux-Port en aller et retour sans avoir à faire demi-tour. La propulsion fut débarquée (déposée) en 2007 et les deux moteurs furent entreposés dans les locaux des Ateliers Phocéen de Mécanique - Distributeur Méditerranée Baudouin sur Marseille - dans l’attente d’une future remise en état du « Ferry Boâte ». C’est en 2011, qu’APM reconditionna le premier de ces deux moteurs...

Record sur l'Atlantique À l'été 1936, le peintre et navigateur normand Marin-Marie traversa l'Atlantique (New-York - Chausey - Le Havre - Paris) en solitaire au moteur en , ce qui est une grande première .

Sa vedette , l'Arielle, était équipée d'un moteur Baudouin quatre cylindres de qui fonctionnera sans défaut, à part un minime dysfonctionnement de l'inverseur, assurant une excellente "réclame" à la marque.

Marin-Marie, puriste de la voile, qui avait déjà effectué de grandes traversées en solitaire à la voile sur son Winnibelle, s'obligera à prendre des cours de mécanique à l'usine de Marseille, auprès de l'ingénieur Bochet, mais finalement il n'aura pas à faire autre chose que de la maintenance de routine et les pièces détachées quasiment un second moteur démonté resteront dans leur emballage.

Dans la même période, Baudouin produit deux autres séries de moteurs : les moteurs DG et GV. Les moteurs DG (trois, quatre et six cylindres) vont se caractériser par un régime lent et un poids conséquent. La sentence ne tarde pas car les ventes ne décollent pas. Finalement, peu d’unités de ce type furent vendues. Les GV (huit et douze cylindres en V) ont été étudiés pour assurer les services les plus durs, dans les meilleures conditions. On pouvait ainsi les trouver dans les milieux maritimes et fluviaux mais également dans les travaux publics, les centrales électriques et les groupes auxiliaires. C’est ainsi qu’un GV8 I fut installé comme groupe électrogène de secours dans la centrale électrique de la Tour Eiffel, ainsi que dans la centrale même au sein de Baudouin, à la Timone.

La SMB emploie alors entre 1946 et 1947 .

En 1948, Baudouin crée le Service Applications Marines qui va s’occuper de l’ensemble propulsif complet (moteur, réducteur, arbre de transmission, hélice).

thumb|Un moteur DK encore en usage sur la vedette La Horaine en 2011. En 1949, tout en poursuivant la production des DB, Baudouin lance une nouvelle série de moteurs : le DK, destiné à remplacer peu à peu le « Diesel Baudouin ». Le succès est immédiat et vers la fin de la décennie, ce moteur impose la SMB comme un des leaders mondiaux. Plus rapide et plus léger que les DG, le DK s’impose comme Le moteur de l’époque.

Dans le même temps que la fabrication du DK, Baudouin sort le DNK (quatre et six cylindres) qui se différencie de son aîné par la forme des chambres et des pistons. Environ DK et DNK vont sortir de l’usine jusqu’en 1972.

Aujourd’hui encore les DK, et leurs réputations de moteurs « inusable », existent toujours sur un grand nombre de péniches et de bateaux de pêche. Mais la robustesse des produits Baudouin ne se limite pas qu’à ces fameux DK puisqu’elle concerne également d’autres moteurs que l’on retrouve aujourd’hui encore, un DG3 sur le Somme II, les DB ou quelques moteurs à essence qui sont restaurés par des amateurs de vieilles mécaniques.

Les années 1950 à 1970 : la transition

Baudouin entame la seconde moitié du siècle sereinement. Le premier vrai événement n’arrive qu’en 1957 avec l’arrêt définitif du DB. Baudouin dit définitivement adieu au moteur qui a propulsé la société au sein des leaders motoristes.