Les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) sont un groupe nationaliste révolutionnaire français composé à la base exclusivement de skinheads dans les années 1980-1990, puis réactivé en 2010-2013.

Première époque (années 1980-1990)

Origines Fondées à l'automne 1987 autour de Serge Ayoub alias Batskin, les JNR ont pour noyau le « Klan », groupe de skinheads Nicolas Lebourg rappelle à ce propos que « le skinhead d’extrême droite se distingue par quelques caractéristiques générales : a) le racisme ; b) la conscience prolétarienne ; c) l’aversion pour l’organisation, délaissée au profit d’un fonctionnement en bandes ; d) une formation idéologique entamée par ou reposant sur la musique. Il n’est pas obligatoirement néo-nazi, mais le néo-nazisme est hégémonique dans les groupes skins. Il n’est pas forcément physiquement violent, mais il participe à un groupe qui loue la violence et la pratique. Son engagement est d’abord affectif ». Voir . parisiens apparu vers 1984. Ils forment à l'origine la section de jeunes du mouvement nationaliste-révolutionnaire Troisième Voie de Jean-Gilles Malliarakis ainsi que .. Cette tentative de fédérer les diverses bandes skinheads échoue cependant et le mouvement ne dépasse guère la trentaine de membres ; . Selon les termes de Benoît Marin-Curtoud, « l'échec des Jeunesses nationalistes révolutionnaires à fédérer réellement les skinheads est l'aboutissement logique des contradictions internes de l'idéologie des crânes rasés, qui sont à la fois nazis et régionalistes, à la fois révolutionnaires et incapables d'assumer une autre discipline que celle d'une bande urbaine aux contours flous. ».

Position au sein de l’extrême droite Le mouvement, peu discret et coopératif, doit quitter la Librairie française où Malliarakis leur avait offert un local, partagé avec le Groupe union défense (GUD)., qui est alors la branche étudiante de Troisième Voie. Au début des années 1990, il prend temporairement le nom de Comité de Base Jeunesse (CBJ) et tente un rapprochement avec le Parti nationaliste français.

Alain Chevarin voit dans cette dernière associationNe pas confondre le GRECE et l'association Kêrvreizh délocalisée en Bretagne dès 1989. « le même recours aux mythes nordiques, celtiques ou aryanisants que nous avons déjà vu à l'œuvre depuis trente ans dans une large part de l'extrême droite, sous l'influence notamment des théories grécistes. Le lien est cette fois fait via les paroles des chants, mais aussi par la musique : à l'héroïsation des personnages mythiques correspond la violence musicale ». S'y ajoutent fréquemment les tatouages où apparait fréquemment cette thématique du néopaganisme avec ses runes et ses dieux nordiques..

En 1995, le mouvement est réputé proche du Front national de la jeunesse (FNJ) selon les Renseignements généraux (RG) ; Serge Ayoub affirme à cette époque avoir été contacté par Carl Lang « avant les municipales de 1995, pour prendre une tête de liste FN à Stains (Seine-Saint-Denis), dans une banlieue où on n’a plus personnePatricia Tourancheau, « Flirt honteux entre lepénistes et skins. À la scène, le Front national affiche la rupture. En coulisses, il collabore », liberation.fr, 30 avril 1996.. » Les contacts à ce niveau n'auraient cependant été qu'occasionnels, la contribution des JNR au Front national se cantonnant essentiellement au collage d'affiche et aux services d’ordre de meetings, non sans conflits occasionnels avec le propre service d'ordre du FrontAbel Mestre et Caroline Monnot relèvent qu'« entre 1992 et 1994, le FN fera appel à plusieurs reprises aux JNR de Serge Ayoub pour faire le service d'ordre et lui proposera même une tête de liste aux municipales de 1995, à Stains (Seine-Saint-Denis). À côté de cela, en 1993, une échauffourée se produira en fin de cortège du Mai entre le SO du FNJ et 250 skins qui tentaient de s'infiltrer, dont les slogans étaient “À mort les Juifs” et “White Power”. Par le passé, le DPS (le SO du FN) s'est lui-même heurté aux skins, comme ce fut le cas en 1990. » Voir ainsi que . Enfin, la collaboration de ce dernier avec les enquêteurs après la mort de Brahim Bouarram jeté à la Seine par trois skinheads lors du défilé du du Front national en 1995 aurait « jeté un froid » entre les deux mouvements ; Jacques Leclercq conclut à cet égard que « parce que le FN est engagé dans une stratégie légaliste de la conquête du pouvoir, la présence de skinheads indispose le plus souvent, même s’il est bien pratique de recourir à leurs services pour les basses œuvres et le collage d’affiches. ». Réciproquement, Youra Petrova constate d'une manière générale à propos des skinheads d'extrême droite que « le passage par les partis et les groupuscules politisés, en pratique, s'avère court, souvent décevant. Ces multiples essais de récupérer les skins comme vivier de forces violentes et comme « bras musclés » pour les manifestations […] se heurtent au goût des skins pour la liberté et à leur méfiance des embrigadements. »

Violence et médiatisation Pour la sociologue Youra Petrova, « le leader du JNR (Batskin) prêche moins de violence gratuite et plus de références idéologiques par la voie de la lecture, les réunions, les rencontres ». Malgré un certain succès dans ce sens, le passage au politique s'opère difficilement, la protestation continue à s'exprimer par la violence (dans la rue et dans les bagarres). Emmanuel Lemieux relève de même à propos de Serge Ayoub qu'« aux JNR, qu’il a créées, il se sent au fond « plutôt seul ». Ses propres troupes, à deux ou trois exceptions près, ne poussent pas fort les feux de la politisation du nationalisme révolutionnaire. Alors passer sa vie dans la rue, à gueuler au Kop de Boulogne et à sous-traiter en échange de quelques billets le service d’ordre des autres ? Cogner une personne par jour, vraiment ? ». Voir .. » La violence au quotidien reste la première caractéristique de ces skinheads approximativement politisés. Un rapport des Renseignements généraux de 1994 résumait la question en ces termes : « l’idéologie skinhead, fondée sur un nationalisme simpliste et un racisme exacerbé, a choisi Hitler comme symbole. Toutefois, ignorant le plus souvent tout de Mein Kampf, leur devise « le cul, la bière et la baston », résume l’essentiel du credo « skin » qui se donne pour mission de « nettoyer la France de ses ennemis », les « feujs » (Juifs), « rebeus » (Arabes), « blacks », « cocos » et autres « homos », contre lesquels sont organisées de fréquentes expéditions punitivesCité par .. »

Le , des journalistes de La Cinq organisent avec les JNR la prise de vue d’une action violente. Ils filment l’agression de Karim Diallo dans le Quartier latin à Paris. Celle-ci vaut finalement à Serge Ayoub et aux deux autres membres des JNR concernés des condamnations à 8 mois de prison avec sursis en .. Le , deux membres des JNR, Joël Giraud et Régis Kerhuel — ce dernier, leader du groupe rock néonazi Evil Skins., est qualifié de « lieutenant de Serge Ayoub » — assassinent au Havre un jeune Mauricien, James Dindoyal, qu’ils obligent à avaler un mélange de bière et de peroxydase, un nettoyant pour pièces mécaniques, avant de le jeter du haut d’une digue. Ils ne sont identifiés qu’en 1997 et condamnés en à vingt ans de réclusion criminelle..Patricia Tourancheau, « Les deux skins nient nazisme et meurtre », Libération, ..

Ayant gagné une certaine notoriété médiatique, Serge Ayoub se présente aux élections législatives françaises de 1993 sous l'étiquette des JNR, « poussé par Roland Hélie » selon Emmanuel Lemieux ; il obtint 0,17 % dans les Hauts-de-SeineL'élection est par la suite invalidée faute de présentation des comptes de campagne. Voir .. Le de la même année, il organise à Vitry-sur-Seine une réunion européenne de skinheads qui rassemble des skinheads italiens, allemands et des représentants du mouvement néonazi anglais Blood and Honour..

Le , les JNR et le GUD organisent une manifestation contre l'« impérialisme américain ». La dispersion par la police de la manifestation interdite est marquée par la mort d'un manifestant, Sébastien Deyzieu, âgé de 22 ans. Celle-ci donne lieu par la suite à des manifestations annuelles organisées par le Comité du 9-Mai (C9M) réunissant les JNR, le Front national de la jeunesse, le GUD et le Parti nationaliste français et ..

Les Jeunesses nationalistes révolutionnaires sont finalement dissoutes au milieu des années 1990 par Ayoub. Celui-ci s'efface alors de la scène skinhead et d'extrême droite jusqu'au milieu des années 2000Pour Emmanuel Lemieux, qui fait état d'éventuelles activités d'Ayoub au Salvador, en Russie et en Lituanie, puis d'un retour plus discret à Paris au début des années 2000, « durant une quinzaine d’années, Serge Ayoub est un roman, avec beaucoup de blancs ». Voir ..

Seconde époque (années 2010) Idéologie Les Jeunesses nationalistes révolutionnaires sont réactivées en 2010 en vue de constituer le service d'ordre« Les JNR, un groupe d'extrême droite musclé », Le Figaro, 6 juin 2013. d'une nouvelle mouture de Troisième Voie se réclamant du solidarisme, à l'initiative de Serge Ayoub. Ce dernier déclare ne plus être nationaliste-révolutionnaire et affirme alors qu'il ne voit plus « de problème racial ou ethnique en France et dans le monde, mais un problème économique et de rapport de force » ; il reprend le slogan « Troisième voie pour une avant-garde solidariste » et se qualifie de « patriote social ».

Les JNR nouvelle génération, qui conservent la devise fasciste « croire, combattre et obéirCité par », se présentent eux-mêmes en ces termes : « Conçu pour être le bouclier de son peuple contre les attaques de la réaction et de ses valets du capital mondialisé, le JNR se développe comme un anti-corps social et se constitue uniquement d’hommes décidés, sportifs et aguerrisExtrait de la page consacrée aux JNR sur le site de Troisième Voie, cité par . ». Rejetant aussi bien le « gauchisme internationaliste et [le] capitalisme mondial qui ne sont que les deux faces d’une même pièce », ils prétendent « combattre dans la longue tradition révolutionnaire française et européenne pour la défense des travailleurs » tout en « [obéissant] à notre éthique d’ordre et de progrès synonymes de toute civilisationExtrait de la page consacrée aux JNR sur le site de Troisième Voie, cité par . »

Pour l'historien Stéphane François, le socle idéologique des JNR n'a cependant pas fondamentalement changé depuis les années 1980 : « doctrinalement, les JNR se réclament du nationalisme-révolutionnaire, c’est-à-dire qu'ils cherchent à concilier un nationalisme radical à un anticapitalisme virulent. Il s'agit d'une tentative de réactivation d’idéologies de l’Entre-deux guerres, voire d'une réactivation d'idéologies apparues dans l'après Seconde Guerre mondiale. Les JNR se réclament aussi d'une doctrine née chez des radicaux français de la fin du : le solidarisme. ». Jean-Yves Camus souligne, quant à lui, à propos d'une manifestation de sur les thèmes « Tous unis contre l’impérialisme » et « Obama ferme-la, la France n’est pas à toi. Obama ferme-la, la Syrie n’est pas à toi », que la thématique anti-impérialiste permet « de se démarquer de la concurrence […] L’anti-impérialisme, ça permet de s’associer à des personnes ou des mouvements qui ne sont pas concernés par [la] concurrence franco-française entre mouvements nationalistesJean-Yves Camus, cité par « Les skinheads de “Troisième Voie” défileront samedi au cœur de Paris », streetpress.com, 31 janvier 2013.. »

Essor limité et marginalité constante