La réunion du Louvre et des Tuileries est un projet qui consistait à réunir les deux résidences royales du Louvre et des Tuileries en un seul et même bâtiment palatialCe projet est parfois appelé Grand Dessein mais cette expression renvoie à de nombreux projets..

Ce projet fit l'objet de nombreuses propositions entre les règnes d'Henri IV et de Napoléon III. C'est ce dernier qui fit aboutir le projet en 1860 mais l'incendie volontaire du palais des Tuileries en 1871 lors de la Commune de Paris fit que cette réunion fut de courte durée.

Le Grand Dessein d'Henri IV Au début du , Henri IV décida de relier le palais du Louvre au palais des Tuileries en faisant construire une longue galerie longeant la Seine, galerie dont l'amorce existait depuis quelques années. C'est ce que l'on appela le « Grand Dessein ». Cette Galerie du bord de l'eau fut édifiée par Louis Métezeau de 1595 à 1607 et de 1607 à 1610 par Jacques II Androuet du Cerceau.

Au même moment, le palais des Tuileries fut prolongé vers le sud par une aile destinée à raccorder le pavillon de Bullant à la nouvelle galerie : au croisement des deux bâtiments fut construit un pavillon, baptisé pavillon de la Rivière, rebaptisé pavillon de Flore en 1669. Le palais du Louvre et celui des Tuileries étaient donc désormais reliés entre eux par une galerie mais sans former un seul et même ensemble palatial. centré|vignette|715x715px|Vue d'ensemble de la Galerie du bord de l'eau (1595-1610), le long du quai François Mitterrand.

Les projets entre Henri IV et Napoléon III

Entre les règnes d'Henri IV et Napoléon III, les plus grands architectes proposèrent différents projets de réunion des deux palais du Louvre et des Tuileries. Ainsi, Le Bernin ou François Mansart firent des propositions qui ne furent pas mises en œuvre. Sous différents règnes et régimes, la question fut posée régulièrement et donna lieu à des débats.

Tous les projets proposent la constitution d'une grande esplanade ou d'une série de cours entre le Louvre et les Tuileries, ce qui suppose la destruction d'un quartier densément peuplé : hôtels particuliers, églises (Saint-Nicaise, Saint-Thomas-du-Louvre, Saint-Nicolas-du-Louvre, puis Saint-Louis-du-Louvre), hôpital des Quinze-Vingts.

Le projet d'Houdin (1661)

Antoine-Léonor Houdin proposa en 1661 un vaste plan de réaménagement du Louvre, des Tuileries et de leurs alentours. Il proposait ainsiJean-Claude Daufresne, Louvre & Tuileries, architectures de papier, éd. Pierre Mardaga, Paris, 1987, p. 48. : de démolir l'église Saint-Germain-l'Auxerrois pour la reconstruire ; la façade de la nouvelle église eût donné sur une vaste place circulaire plus vaste que la cour carrée ; de bâtir à l'emplacement de la place de la Concorde un cirque qui, par ses dimensions eût répondu à la place circulaire ; de raser la partie centrale du palais des Tuileries pour la reconstruire plus près du Louvre ; de bâtir une grande galerie au nord reliant Louvre et Tuileries et faisant pendant à celle du sud ; d'aménager entre le Louvre et les Tuileries une immense place, à l'est et à l'ouest de laquelle des ailes nouvelles délimitant des cours de service étaient greffées à la cour carrée du Louvre et aux parties latérales des Tuileries.

Dans le projet d'Antoine-Léonor Houdin, les pavillons d'angle contenaient un salon circulaire, les ailes est et ouest, recevaient une salle des Suisses au nord, une salle des gardes au sud. Les ailes septentrionale et méridionale doublées comportaient les appartements de parade et d'habitation. La chapelle se fût trouvée à l'emplacement de la rotonde d'ApollonJean-Claude Daufresne, Louvre & Tuileries, architectures de papier, éd. Pierre Mardaga, Paris, 1987, p. 49..

Le projet du Bernin (1665) À la demande de Colbert et de Louis XIV, le Cavalier Bernin fit des propositions pour l'achèvement du Louvre et sa réunion aux Tuileries. Il proposait de reconstruire le Louvre, de le réunir aux Tuileries par une nouvelle galerie au nord et de ne rien construire entre les deux palais. Son projet, peu conforme au goût français, fut abandonné peu après la pose de la première pierre, au profit de celui qu’élaborèrent pour le Louvre Claude Perrault, Charles Le Brun et Louis Le Vau. C’est ainsi selon ce nouveau projet que fut édifiée la célèbre colonnade du Louvre (1667-1678).

Le projet d'Antoine (1790)

En 1790, Denis Antoine, architecte expert au service du roi, membre de l’Académie d’architecture depuis 1776, soumit un projet de réunion du Louvre aux Tuileries. Il proposaitJean-Claude Daufresne, Louvre & Tuileries, architectures de papier, éd. Pierre Mardaga, Paris, 1987, p. 118. : d’affecter le palais des Tuileries à la famille royale, d’ajouter à ce palais du côté de la rue Saint-Honoré un opéra, de bâtir entre le Louvre et les Tuileries un troisième grand bâtiment, un palais du Carrousel affecté aux Assemblées Nationales, d'inscrire dans la très grande cour des Tuileries une place aussi grande que celle de Saint-Pierre de Rome, de la même forme que celle-ci et ornée comme elle de galeries à quatre rangs de colonnes qui procureraient des avenues couvertes pour conduire au palais des Tuileries ; au centre de la place pourrait s’élever un monument composé d’une colonne surmontée de la statue de Louis XVI comme l’était à Rome celle de Trajan ; d'élever cette colonne sur un rocher au milieu d’un bassin qui jetterait de l’eau avec abondance, rappelant ainsi la fameuse fontaine de la place NavoneJacques-Denis Antoine souhaitait ainsi que cette place des Tuileries rappelle trois des monuments de Rome : la Colonne Trajane, la fontaine de la place Navone, la colonnade de la place Saint-Pierre. ; de créer une autre galerie entre le Louvre et les Tuileries et d'affecter cette dernière à la bibliothèque nationale ; d'installer au Louvre les tribunaux ; d'installer les ministères, le Premier Écuyer et le Grand Écuyer ainsi que les académies dans différents bâtiments reliant les palais du Louvre et du Carrousel.

En 1960, Ferdinand Boyer, dans le bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français, rappela l'importance de ce projet de Denis Antoine et conclut : « La fin du manuscrit d'Antoine revient sur l'ampleur, la beauté et l'économie du plan qu'il proposait. Éloquence inutile ! Le projet de l'architecte semble n'avoir fait l'objet d'aucune discussion. À l'heure où naissait l'inflation de l'assignat et où s'accusait le déséquilibre des finances, il ne pouvait être question d'engager 25 millions de dépense. »

Le projet de Wailly (1794) Sous la révolution française, Charles de Wailly proposa un projet de réunion du Louvre et des Tuileries, le nouvel ensemble constituant le Palais NationalJean-Claude Daufresne, Louvre & Tuileries, architectures de papier, éd. Pierre Mardaga, Paris, 1987, p. 115..

On serait entré dans le Palais National par une large rue venant en ligne droite de la place de la Bastille et aboutissant à la place tracée à proximité du pont Neuf. Cette place serait fermée par des greniers d’abondance et des plantations d’arbres. Cette place de l’abondance faisant face au Louvre aurait permis d’accéder à la Cour Carrée qui aurait contenu un amphithéâtre circulaire. Une galerie reliant le Louvre et les Tuileries semblable à la galerie du bord de l’eau eût été construite. Tout l’espace entre cette galerie et les constructions dans l’alignement de l’entrée du Palais-Royal eût été dégagé afin de créer une grande place du Palais National.

La grande cour du Palais national aurait contenu un autre amphithéâtre beaucoup plus étendu encore. Au centre de ce vaste espace, serait élevé un groupe de rochers percés dans les deux sens pour conserver les points de vue, sur le haut duquel on établirait une assemblée des représentants du peuple.

320px|thumb|La Cour Carrée du Palais National selon Charles de Wailly.510px|thumb|Le plan du Palais National de Charles de Wailly.

Le projet de Percier et Fontaine (1806) En 1806, Napoléon I demanda aux architectes Charles Percier et Pierre Fontaine de lui soumettre un projet de réunion des deux palais. En 1807, pour masquer la différence d’axe entre les deux édifices, ils proposèrent de construire une galerie transversale entre le pavillon de Lesdiguières situé au milieu de la galerie du bord de l’eau, et un nouveau pavillon construit à l’extrémité d’une nouvelle galerie nord.

Ils imaginaient de détruire Saint-Germain-l’Auxerrois afin de tracer une grande place semi-circulaire dont les maisons eussent répété l’élévation de celles de la rue de Rivoli. Dans l’axe de cette place, devait être tracée une avenue entre le Louvre et l’hôtel de ville.

Une chapelle impériale, placée sous le titre de saint Napoléon, eût été édifiée au nord, non loin du pavillon de Beauvais de la Cour Carrée. Elle eût voisiné auprès d’un opéra dont la façade se fût élevée sur la place du Palais-RoyalYvan Christ, Paris des Utopies, éd. Balland, Paris, 1977, p. 155.. Les deux architectes proposèrent une nouvelle version de leur projet, cette fois sans ces deux constructions rectangulaires, pour prolonger la rue de Rivoli à l’Est.

Finalement, Napoléon I ne se résolut pas à réaliser l’ensemble du projetYvan Christ, Paris des Utopies, éd. Balland, Paris, 1977, p. 154. : « Je ne saurais me décider à partager en deux un espace dont le principal avantage doit être la grandeur. Tout ce qu’on pourra mettre entre le Louvre et les Tuileries ne vaudra jamais une belle cour. »

Deux ans plus tard, l’Empereur, répéta : « La subdivision que vous voulez faire détruit la grandeur ; il importe peu qu’un grand édifice n’ait pas une régularité complète. Les gens de l’art voient seuls ces défauts. Ce sont des niaiseries qui frappent le plus petit nombre […] Les monuments des siècles ont la couleur et la forme du temps. » Pour Yvan Christ, ce militaire, ci-devant homme de lettres, était parfois le meilleur des esthètes et des philosophes de l’art et d'ailleurs dans le projet qui fut réalisé par son neveu on ne construisit rien entre le pavillon central du Louvre et celui des Tuileries.

Sous Louis-Philippe, les deux architectes soumirent au roi un nouveau plan reprenant les idées développées sous le Premier Empire mais qu’ils amplifièrent encore : ils proposaient d’unir au Louvre et aux Tuileries le Palais-Royal, demeure héréditaire de la Maison d’Orléans ainsi que de construire sur le jardin privé, devant l’ancienne façade refaite par Le Vau, une façade nouvelle liée par un bâtiment centralJean-Claude Daufresne, Louvre & Tuileries, architectures de papier, éd. Pierre Mardaga, Paris, 1987, p. 167-168..

130px|thumb|La réunion d'après Percier et Fontaine.280px|thumb|Vue de la réunion du Louvre et des Tuileries d'après Percier et Fontaine.280px|thumb|Autre vue de la réunion du Louvre et des Tuileries d'après Percier et Fontaine.

Le projet de Ducamp de Bossy (1809) 120px|thumb|left|Le plan de Ducamp de Bussy. 400px|thumb|Vue de la réunion d'après Ducamp de Bossy. Le , Ducamp de Bossy adressa à l’empereur Napoléon I le plan d'un projet de réunion du Louvre et des Tuileries. Le parti pris par l'architecte était parfaitement symétrique. Il en précisa les grandes lignes : « Toutes les constructions existantes sont conservées. Les deux corps de bâtiment ajoutés en avant de la façade des Tuileries, régularisent tout le monument, donnant une cour d’honneur et deux cours de service. »

Il s'agissait ainsi pour l'architecte deJean-Claude Daufresne, Louvre & Tuileries, architectures de papier, éd. Pierre Mardaga, Paris, 1987, p. 174. : 1. rendre parallèle au Louvre le côté des Tuileries lui faisant face ; 2. créer des promenoirs publics en installant des quinconces marquant le changement d’architecture sur le long des deux galeries ; 3. déplacer l’arc de triomphe du Carrousel vers l’est ; 4. exprimer nettement les passages latéraux aux nord et sud ; 5. ajouter des fontaines et des sculptures participant à l’architecture des jardins ; 6. créer un axe est-ouest à l’est de la colonnade du Vieux-Louvre.