Emona ou Aemona est une ville romaine située dans la Slovénie actuelle, sur le site de la capitale du pays, Ljubljana.

Histoire Le site avant Emona Les zones marécageuses à proximité du site ont été occupées dès le début du II millénaire avant J.-C. par des populations qui y ont établi des habitats palafittiques (cité lacustre) et vivaient principalement de pêche et de chasse, par exemple près d'Ig. Dans la deuxième moitié du , la région a été occupée par les Vénètes, les Iapodes illyriens, puis, à partir du , par les Celtes TaurisquesMitja Guštin, « On the celtic tribe of Taurisci. Local identity and regional contacts in the ancient world », The Eastern Celts : the communities between the Alps and the Black Sea (Annales Mediterranei), Koper, 2011, ..

Position géostratégique du site La haute vallée de la Ljubljanica entre Nauportus et Emona, en connexion avec les vallées de la Save et du Danube, est depuis la préhistoire un point de passage obligé entre l'Europe danubienne et la péninsule italienneMarjeta Šašel Kos, « Emona was in Italy, not in Pannonia », in Marjeta Šašel Kos et Peter Scherrer, dir., The autonomous town of Noricum and Pannonia / Die autonomen Städte in Noricum und Pannonien (« Situla », 41), Ljubljana, 2003 (en ligne).. Elle est une étape sur le principal itinéraire de la route de l'ambre entre la mer Baltique et la mer Adriatique. Elle est aussi sur la route la plus commode pour passer par voie de terre de la péninsule balkanique à la péninsule italienne et vice-versa.

Cette position a été pour Emona tantôt un atout, tantôt une fragilité : atout lorsque les Romains fondent et développent la ville pour accompagner leur expansion vers le nord-est et, en temps de paix, lorsqu'elle est au centre d'importants échanges commerciaux ; fragilité lorsqu'elle est la voie privilégiée d'invasions en direction de l'Italie, ce qui conduira finalement la ville romaine à sa perte.

Fondation mythique d'Emona vignette|L'un des dragons gardant le pont des Dragons de Ljubljana. La fondation d'Emona est associée dans la mythologie grecque au mythe des Argonautes et à la version de leur retour de Colchide que l'on trouve chez Apollonius de Rhodes (chant IV), chez Diodore de Sicile et chez Zosime (V, 29, 2-3), version qui leur fait, avec diverses variantes, rejoindre l'Adriatique à partir de l'Istros (Danube)Francis Vian, « Poésie et géographie : les retours des Argonautes », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 131-1, 1987, , voir (en ligne)..

Sozomène’’Histoire ecclésiastique’’, I, 6, 4-5., historien chrétien du , déclare qu’Emona a été fondée par les Argonautes ; la même version est donnée dans la deuxième moitié du par Zosime. De nombreux érudits locaux du , comme Janez Ludvik SchönlebenJanez Ludvik (ou Johann Ludwig) Schönleben (1618-1681) a écrit (en latin) Aemona vindicata sive Labaco metropoli Carnioliae (1674) et Carniola antiqua et nova… (1681)., ont adopté cette tradition en la tenant pour historique et ont contribué à l’enraciner dans le récit national de la Slovénie et l’imaginaire de la ville Irena Žmuc, « Pozdravljena, Častitljiva Jazonova Hči! Argonautika ali o mitičnih ustanoviteljih Emone/Ljubljane / Hail to the Venerable Daughter of Jason. The Argonautica, or the mythical founders of Emona/Ljubljana », in Bernarda Županek (dir.), Emona, Mit in Resničnost / Emona, Myth and reality, Ljubljana, Muzej in galerije mesta Ljubljane, Mestni muzej, 2010, ..

Selon Janez Vajkard Valvasor, auteur de La Gloire du duché de Carniole, mort en 1693, Jason tua un dragon dans les marais proches de Ljubljana (Ljubljansko Barje). Le souvenir de ce dragon se retrouve dans les armes de la ville et sur le pont des Dragons.

La ville romaine vignette|Borne frontière entre le territoire d'Aquilée (ici ) et celui d'Emona. Lapidarium du Musée national de Slovénie. Dans les premières années du , les Romains fondent sur la rive gauche de la rivière Ljubljanica la colonie de Julia Emona. Cette fondation, qui succède à un camp romain établi une cinquantaine d'années plus tôt, est en rapport avec la conquête et la pacification de la région à l'époque d'Auguste. La rivière, qui était navigable, était une importante voie de communication entre l'Adriatique et les régions danubiennes.

On a longtemps pensé qu'Emona et son territoire n'ont fait partie de l'Italie romaine (Regio X Venetia et Histria) que tardivement (deuxième moitié du ) et qu'antérieurement ils dépendaient de la province d'Illyrie, puis de celle de Pannonie ; on sait aujourd'hui, à partir d'une découverte récenteIl s'agit d'une borne frontière en calcaire, découverte en 2001 dans le lit de la Ljubljanica près de Bevke, à environ au sud-ouest de Ljubljana ; elle marquait la limite entre le territoire d'Aquilée et celui d'Emona. Cette borne, qui date du début de l'Empire, montre qu'Emona faisait déjà partie de l'Italie, comme Aquilée. En effet, selon l'usage romain, les deux territoires marqués par une telle borne devaient appartenir à la même subdivision de l'Empire romain. Marjeta Šašel Kos, « The boundary stone between Aquileia and Emona », Arheološki Vestnik, 53, 2002, (en ligne)., qu'Emona a fait partie de la Regio X dès l'origine.

En 452, la ville est détruite par les Huns, menés par Attila. Une part importante des survivants abandonnent le site et reconstruisent leur ville, une nouvelle Aemona, sur la côte de l'Istrie.

Voies de communication Emona est un nœud routier important. Vers l'ouest part la voie qui relie Emona à l'Italie ; à Nauportus, une route (peut-être la via Gemina) mène à Aquilée par le col d’Ad Pirum et une autre se dirige vers Tergeste et l'Istrie par les cols de Postojna et de Razdrto. Vers le nord-est, une route conduit par le col d’Atrans vers Celeia, Poetovio et le Danube, tandis qu'une autre, au sud-est, va vers Neviodunum et Siscia (Sisak).

Siège d'un évêché À l'époque chrétienne, Emona devient le siège d'un évêché. L'évêque Maximus est attesté comme participant au concile d'Aquilée de 381, qui a condamné deux évêques ariens des provinces danubiennes. Après la destruction de la ville, le siège épiscopal est transféré dans la nouvelle Aemona, aujourd'hui Novigrad (Cittanova, à l'époque vénitienne), en Istrie. En 1828, la décision de supprimer le diocèse est prise par le pape Léon XII avec effet à la mort du dernier évêque ; en 1831, son territoire est donc réuni au diocèse de Trieste et Capodistria. Aemona est actuellement un siège titulaire de l'Église catholique.

Toponymie Le nom de la ville est cité par Pline l'Ancien (Nat. hist., III, 147 : Aemona), Ptolémée (Geogr., II, 14, 5 : ῎Ημωνα), l'Itinéraire d'Antonin (Hemona) et de nombreuses inscriptions. Il est généralement considéré comme d'origine illyrienne.

Localisation vignette|Situation d'Emona sur le plan de Ljubljana. La ville romaine, rectangulaire et construite selon le plan traditionnel des villes romaines, se trouvait sur la rive gauche de la Ljubljanica, en face de la colline qui, sur la rive droite, porte le château de Ljubljana.

Site archéologique Les vestiges de la ville antique restés en place comprennent notamment : une partie des murailles (principalement le long de la rue MirjeLe rempart a été remonté entre 1934 et 1936 par Jože Plečnik, qui n'a pas voulu faire une restauration absolument authentique mais qui a cherché une bonne insertion des vestiges dans la ville moderne.). des fondations de bâtiments : un parc archéologique a été créé dans le quartier de Mirje pour conserver les vestiges de la « Maison d'Emona » (Emonska hiša), maison du d'une superficie de qui présente, autour d'une cour centrale, une cuisine, une pièce avec système de chauffage (hypocauste) pour l'hiver, une pièce avec mosaïque. un ensemble paléochrétien a été conservé dans un autre parc archéologique au sud de l'avenue Erjavčeva ; on peut y voir un baptistère rectangulaire du avec une piscine baptismale ; il est pavé d'une mosaïque multicolore, où l'on peut lire les noms des donateurs. des vestiges des égouts et canaux de drainage, sous les voies d'orientation ouest-estIls se déversaient dans la rivière, au-delà de la muraille orientale..

Des fouilles systématiques qui ont eu lieu à partir du début du ont permis d'étudier les zones d'habitation et de commerce (insulae) et des nécropoles aux portes de la villeS. Petru, 1972, Emonske nekropole: Emona 2 (coll. « Katalogi in monografije », 7), 1972., comme celle du secteur de l'avenue de Slovénie (Slovenska cesta, artère principale de la ville moderne, à la sortie nord de la ville antique), qui a été soigneusement fouillée dans les années 1960.

Les objets découverts dans les fouilles sont conservés principalement au Musée de la ville de Ljubljana (Mestni muzej Ljubljana) ainsi qu'au Musée national de Slovénie (Narodni muzej Slovenije).

Notes et réferences

Voir aussi

Bibliographie Jaroslav Šašel, « Emona », in RE, Suppl. XI (1969), col. 540–578 (= Opera selecta, Ljubljana, 1992, ). , Urbanizem Emone / The urbanism of Emona, City Museum of Ljubljana / The Research Institute of the Faculty of Arts and Humanities, Ljubljana, 1999. Marjeta Šašel Kos, « Colonia Iulia Emona, the genesis of the Roman city / Colonia Iulia Emona, nastanek rimskega mesta », Arheološki vestnik, 63, 2012, (en ligne). B. Saria, G. Novak, « Emona », in Enciclopedia dell'Arte Antica (1960) (en ligne).

Articles connexes Via Gemina Claustra Alpium Iuliarum Nauportus

Liens externes Emona, legacy of a Roman City.

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