est un penseur de l'ère Meiji. Auteur, écrivain, enseignant, traducteur, entrepreneur et théoricien politique japonais ayant fondé l’université Keio, ses idées sur le gouvernement et les institutions sociales eurent une influence importante sur le Japon en pleine mutation de l’ère Meiji. Il est considéré comme l’un des fondateurs du Japon moderne.

Son portrait a illustré les billets de banque de de 1984 à 2024. vignette|center|300px|Fukuzawa sur le billet de yens

Biographie Fukuzawa Yukichi est né le , sur l'île de Kyūshū. Il est le dernier fils d'une famille de samouraïs peu fortunée et de rang inférieur du clan Okudaira de Nakatsu... Sa famille habite à Osaka, une ville qui est à l’époque la capitale commerciale du Japon. À la suite du décès prématuré de son père en 1836, qui était également un lettré confucéen, sa famille perd une bonne part de ses moyens de subsistance.

Durant ses années de formation, Fukuzawa est fortement influencé par son maître : Shōzan Shiraishi, un lettré du confucianisme et connaisseur de la dynastie Han.. Pour ses , en 1854, peu après l’arrivée au Japon du commodore Matthew C. Perry, son frère lui demande de partir pour Nagasaki, ville portuaire où se situe le port néerlandais, afin qu’il rentre dans une école pour commencer des études néerlandophones (rangaku). Il lui donne pour consigne d’apprendre le néerlandais de manière qu’il puisse étudier la conception des canons et des armes à feu européens...

Bien qu’il se rende à Nagasaki, il n’y reste pas longtemps car il ne tarde pas à y dépasser son hôte, .. Ce dernier tente de se débarrasser de Fukuzawa en écrivant une lettre prétendant que sa mère est malade. Mais, découvrant la supercherie, Fukuzawa se rend à Edo pour y continuer ses études, car il sait qu’il ne serait pas en mesure de le faire chez lui, à Nakatsu.. À son retour à Osaka, son frère le persuade de rester et il devient un étudiant de l’école Tekijuku, dirigée par Ogata Kōan, un savant des études rangaku.. Fukuzawa y étudie pendant trois années, période pendant laquelle il parvient à maîtriser parfaitement le néerlandais. En 1858, il est nommé professeur de néerlandais des vassaux du domaine de Nakatsu qu'il enseigne dans le quartier de Tsukiji, à Edo.

L’année suivante, le Japon ouvre trois ports aux navires américains et européens, et Fukuzawa, intrigué par la civilisation occidentale, va à Kanagawa afin de les rencontrer. À son arrivée, il se rend compte que quasiment tous les marchands européens parlent anglais et non pas néerlandais. Il se lance alors dans l’apprentissage de l’anglais, mais à l’époque les interprètes anglais-japonais sont rares et il n’existe pas encore de dictionnaires, autant de barrières freinant ses études.

En 1858, riche de son observation du système d'enseignement occidental aux États-Unis lors de son séjour d'études à l'Université Brown, il fonde une école privée d'études occidentales qui deviendra par la suite l'université Keiō.

En 1859, le shogunat envoie sa première mission diplomatique aux États-Unis. Fukuzawa se porte volontaire, offrant ses services à l’amiral Kimura Yoshitake en tant qu'assistant du magistrat de la marine. Le navire de Kimura, le Kanrin Maru, arrive en Californie, à San Francisco, en 1860. La délégation y reste un mois, période au cours de laquelle Fukuzawa se fait prendre en photo avec une jeune fille américaine (la fille du photographe), et où il se procure une copie d’un dictionnaire Webster, grâce auquel il peut alors commencer sérieusement son étude de l’anglais.

À son retour en 1860, Fukuzawa devient traducteur officiel du shogunat Tokugawa. Peu de temps après sort sa première publication, un dictionnaire anglais-japonais qu’il appelle « Kaei Tsūgo » (une traduction effectuée à partir d’un dictionnaire chinois-anglais), la première publication d’une longue série de livres. En 1862, il visite l’Europe en prenant part au voyage comme l’un des deux traducteurs de la première mission diplomatique japonaise en Europe, une délégation forte de . Pendant son année en Europe, cette délégation conduit des négociations avec la France, l’Angleterre, les Pays-Bas, la Prusse et enfin la Russie. Dans ce dernier pays, les négociations portant sur l’extrémité méridionale de Sakhaline, une île située dans le nord-ouest de l'océan Pacifique, au large de la Sibérie, échouent.

Les informations récoltées au cours de ce voyage résultent en la publication de son œuvre majeure , qu’il publie en dix volumes en 1867, 1868 et 1870. Le premier volume est tiré à . Ces livres décrivent la civilisation occidentale et ses institutions en des termes simples et faciles à comprendre, et ils deviennent alors des best-sellers du jour au lendemain. Il est bientôt considéré comme le plus grand expert sur l’Occident, un élément qui l’amène à la conclusion que sa mission dans la vie est d’enseigner à ses compatriotes de nouvelles façons de penser afin de permettre au Japon de résister à l’impérialisme européen. Il se rendit de nouveau aux États-Unis en 1867 pour une mission d'achat de navires de guerre.

En 1868, il renomme Keio Gijuku, l’école qu’il avait créée pour enseigner le néerlandais, et à partir de ce moment-là se consacre exclusivement à l’enseignement. Alors que la caractéristique initiale de Keio était celle d’une école privée dédiée aux études occidentales (Keio-gijuku), celle-ci s’est développée jusqu’à établir sa propre université en 1890 sous le nom de l’université Keio, devenant un leader dans l’enseignement supérieur japonais.

En 1872, il fonde à Tsushima une académie d'étude du Hangeul, afin de ressusciter cette langue populaire coréenne qui avait virtuellement disparu de Corée en raison de sa féroce prohibition par les lettrés oligarques Yangban (peines de mort pour tous ceux détenant un livre en Hangeul...). Il étudia ainsi les documents et la littérature disponibles à l'époque, créant ainsi le Hangeul moderne, qui fut enseigné par la suite dans les milliers d'écoles construites par les Japonais, lors de l'annexion du royaume Joseon.

Le , avec un certain nombre d'intellectuels éclairés comme Arinori Mori (1847-1889), qui fut ministre de l'instruction publique, il fonde une école de pensée : la Meirokusha, qui se donne pour mission de « favoriser la civilisation et l'éclaircissement », et d'introduire l'éthique occidentale et les éléments de la civilisation occidentale au Japon. Il est également connu pour ses critiques à l'égard de Kaishu Katsu dans Yase gaman no setsu (« Esprit de défi viril »).

Fukuzawa Yukichi meurt le ; il est enterré au Zenpuku-ji, dans le quartier de Azabu à Tokyo. Tous les ans, à la date anniversaire de sa mort, les anciens étudiants de l’université Keio lui rendent hommage au cours d'une cérémonie commémorative dans l'enceinte de ce haut lieu de culture qu'il leur a laissé en héritage.

Œuvres Les écrits de Fukuzawa figurent parmi les plus avant-gardistes de l’ère Meiji. Entre 1872 et 1876, il publie 17 tomes de (« L’appel à l’étude »). Dans ces textes, Fukuzawa explique pourquoi il est important de comprendre le principe de l‘égalité des chances et pourquoi les études sont la clef de la réussite. Ardent partisan de l’éducation, il croyait en l’établissement de bases intellectuelles solides à travers les études et l’application. Son célèbre manuel Sekai Kunizukushi (un texte sur les régimes dans le monde dont on traitait peu à l’époque : Afrique, etc.) devient un best-seller et est utilisé comme manuel scolaire officiel.

Dans ses écrits de sa série Gakumon no Susume, et influencée par la publication « Elements of Moral Science » (1835, 1856 ed.) de Francis Wayland, président de l’université Brown, Fukuzawa défend l’un des principes majeurs qui lui sera associé « l’indépendance nationale grâce à l’indépendance individuelle ». En acquérant son indépendance, un individu n’a pas à dépendre de la force d’autrui. Grâce à ce principe, Fukuzawa espérait transmettre l’idée de force personnelle au peuple japonais, et, à travers cette force personnelle, construire une nation en mesure de rivaliser avec toutes les autres. D’après lui, les sociétés occidentales étaient devenues puissantes, comparativement aux autres pays à l’époque, parce qu’elles favorisaient l’éducation, l’individualisme (l’indépendance), la concurrence et les échanges d’idées.

Fukuzawa a également publié de nombreux essais et ouvrages critiques. L’on peut citer comme exemple représentatif Bunmeiron no Gairyaku (« Ébauche d'une théorie de la civilisation »), publié en 1875, livre dans lequel il détaille sa propre théorie de la civilisation. Il avait été influencé par l’ouvrage de François Guizot "Histoire de la civilisation en Europe" (publié en 1828 en français et traduit en anglais en 1848). D’après Fukuzawa, la civilisation est relative au temps et aux circonstances. Par exemple, la Chine était relativement civilisée en comparaison avec certains pays africains, et les nations européennes étaient les plus civilisées. Des membres de la société intellectuelle Meirokusha partageaient les vues de Fukuzawa, lesquelles étaient publiées dans le Meiroku Zasshi (Meiji Six Magazine), une publication qu’il contribua à lancer. Dans ses livres et journaux, il traitait fréquemment du mot « civilisation » et de sa signification. Il prônait des changements en direction de la « civilisation », un terme qui pour lui impliquait le bien-être matériel et spirituel, pouvant élever la condition humaine vers de plus hautes sphères. Étant donné que ce bien-être matériel et spirituel correspondait à la connaissance et à la vertu, « aller en direction de la civilisation » signifiait l’avancement et la poursuite de la connaissance et de la vertu elles-mêmes. Il prétendait que l’on pouvait trouver la réponse à la vie où à une situation donnée grâce à la « civilisation », et que les différences entre le faible et le puissant ainsi qu’entre le petit et le grand étaient seulement dues à des différences au niveau de leurs connaissances et de leur éducation. D’après lui, au lieu d’importer des armes et des équipements le Japon devait se faire le chantre de l’acquisition de connaissances, ce qui conduirait finalement à l’acquisition des besoins matériels. Il soutenait également le concept japonais consistant à être pratique ou pragmatique (実学, jitsugaku), et la construction de ce qui est essentiel et utile à autrui. En résumé, le concept de civilisation pour Fukuzawa consistait principalement en l’approfondissement de la connaissance et de l’éducation.

Critiques Fukuzawa fut accusé par certains de soutenir l’impérialisme japonais à cause de son essai Datsu-A Ron (« Fuite d’Asie »), publié en 1885, où sa pensėe est résumée par la formule "Datsu-A, nyû-O" ("Quitter l'Asie, intégrer l'Occident") et aussi en relation avec la première guerre Sino-Japonaise (1894-1895). Pourtant, Datsu-A Ron était en fait une réponse à une tentative avortée par des Coréens d’organiser une faction effective de réformateurs, une tentative qu’il avait soutenue. La publication de cet essai représentait le retrait de son soutien. Malgré tout, l’assistance fournie aux Coréens radicaux à l’époque n’avait jamais eu pour but d’aboutir à une complète indépendance pour la péninsule, mais au contraire cherchait à amener la Corée sous l’influence toujours grandissante du Japon. Cela fut clairement démontré par les jeux de pouvoir entrepris en Corée à la fois par les Coréens soutenus par Fukuzawa et l’armée impériale japonaise pendant la première guerre Sino-Japonaise.