Maison Worms & est un établissement français, créé dans les années 1840 par Hippolyte Worms, qui a été absorbé en 1996 par une filiale du groupe Worms, la société Simer, laquelle a repris le nom de Worms & .

Historique

Pendant un siècle et demi, la Maison Worms a exercé ses différents métiers selon trois constantes majeures : le rayonnement international : fondée simultanément en France et en Angleterre, la Maison Worms a pris part, notamment, au financement de grands ensembles industriels à l’étranger, puis au développement des opérations de gestion d'actifs aux États-Unis ; la présence active dans les secteurs de l’énergie – charbon et pétrole – ainsi que des transports maritimes, mais aussi aériens et routiers, l’engagement aux côtés de l’État, particulièrement dans les périodes de conflits (guerres de Crimée et d’Italie, guerre franco-allemande, guerre de 1914-1918 et de 1939-1945) – .

1841-1914 - Négoce international de charbon anglais et navigation au cabotage vignette|Photographie d'Hippolyte Worms (1801-1877). Au début des années 1840, Hippolyte Worms (1801-1877) s’installe au 46, rue Laffitte, à Paris. Après diverses expériences (négoce de charbons belges, commerce international, vente en France de plâtre extrait à Paris), il s’oriente dans le commerce d’importation de charbon anglais en 1848, date qui a été retenue comme celle de la fondation de la Maison Worms.

Grâce à l’organisation solide qu’il met en place de part et d’autre de la Manche (ouverture de succursales à Newcastle et au Havre en 1848-1849, à Blyth et à Cardiff en 1851, ainsi qu’à Great Grimsby en 1856, à Bordeaux en 1856 et à Marseille en 1858), Hippolyte Worms remporte par l’infériorité de ses prix de vente (achats directs aux mines) les adjudications lancées par la Marine française pour avitailler ses navires en charbon de soute, en France et dans les colonies.

Dès 1851, il devient le fournisseur attitré des Messageries maritimes et étend sa clientèle aux principales compagnies de chemins de fer et de navigation, aux usines électriques et gazières… tant françaises qu'européennes. Pendant la guerre de Crimée (1854-1856), il fournit la totalité du charbon nécessaire aux vapeurs de la Marine nationale, mission qu'il remplit en lien avec la Royal Navy.

Le besoin de plus en plus constant de disposer de navires pour les nécessités de son commerce le conduit à entrer dans le capital de l’Anglo-French Steam Ship Co. Ltd, en 1856, société d’armement maritime anglaise, qui a pour but de dynamiser le port de Grimsby. Conjointement il passe commande en Angleterre de deux screw-steamers (vapeurs en fer et à hélice), Séphora et Emma, dont la mise en service en 1856 marque la naissance de la flotte Worms. Dévolus au transport du charbon de la Grande-Bretagne vers la France et de tout type de fret vers le nord de l’Europe (vins, farine, pommes de terre, laine…), les navires Worms sont tout d’abord affectés à la desserte de Cronstadt, navigation vite découragée par les aléas météorologiques. En 1859, la première ligne régulière de transport de marchandises est lancée entre Bordeaux, Le Havre et Hambourg. Elle est suivie par la ligne Bordeaux-Rouen en 1865, puis, Bordeaux-Anvers en 1869. Ce réseau assurera la présence active du pavillon Worms dans cette région pendant près d’un siècle. Afin d’assurer un fret régulier, une entreprise spécialisée dans la fabrication de traverses de chemins de fer et de poteaux électriques – qui s’exportent par navires entiers en Angleterre – est créée à Barsac, en Gironde, en 1860.

À compter de cette date la Maison s'affirme comme l’un des leaders des entreprises d'exportation de houille, à la fois en France et en Angleterre. Son rayonnement commercial s'étend sur tous les continents. Elle approvisionne les stations de soutage des armements maritimes européens en Méditerranée, en Amérique du Sud et jusqu'en Extrême-Orient (Da Nang au Viêt Nam, Hong Kong et Shanghai en Chine). Preuve de son développement économique, elle change d’adresse et installe son siège dans le nouveau quartier d’affaires de Paris, au 7, rue Scribe, en 1864.

L’année suivante, elle fournit à l’entreprise chargée du percement de l’isthme de Suez, en Égypte, le charbon servant à actionner les dragueuses et les excavatrices. À la veille de l’inauguration du Canal en 1869, une succursale est fondée à Port-Saïd, dont le dynamisme participera activement à la prospérité de la Maison. La guerre franco-allemande (1870-1871) provoque la paralysie des lignes maritimes Worms ; les navires sont affectés à l’approvisionnement, depuis l’Angleterre, des stations charbonnières de la Marine nationale à Cherbourg, Brest, Toulon et Suez.

Entre 1852 et 1871, les exportations des succursales britanniques de la Maison sont passées de à de houille, ce qui correspond à 6 %, puis 7 %, du total exporté d’Angleterre à ces mêmes dates. En 1871, la succursale de Port-Saïd livre les trois quarts du charbon embarqué sur les rives du canal de Suez.

Soucieux de garantir après sa mort la continuité de ses affaires, Hippolyte Worms, en 1874 s’associe avec l’un de ses collaborateurs, Henri Josse, et transforme sa maison de commerce en une société en nom collectif dénommée Hypte Worms & . Il décède en 1877. L’année d'après, le siège social est transféré dans un immeuble que le fondateur a fait spécialement construire au 45, boulevard Haussmann, à Paris.

Durant la période suivante, qui voit s’affirmer le rôle d’Henri Goudchaux (1846-1916) en tant que chef de Maison, la société poursuit son expansion. Le réseau de cabotage est complété par les lignes Bordeaux-Bremerhaven (transformée en Bordeaux-Anvers-Bremerhaven), Rouen-Pasaia (Espagne)/Santander-Pasaia-Rouen (1880-1884). Dès 1881, la succursale de Port-Saïd offre aux armateurs dont elle est l’agent une gamme de services bancaires. Toujours en 1881, la société adopte la forme en commandite simple sous la raison, Worms, Josse & , et absorbe la société F. Mallet & , au Havre, dont Hippolyte Worms était l’actionnaire fondateur ; l’armement compte 12 navires. La raison sociale est à nouveau changée, en 1895, en Worms & .

Entre-temps, de nouvelles implantations ont été créées : à Pasaia (1884), Zanzibar (1885), Bayonne (1887), Alger (1891) et Buenos Aires (1892). En 1891, la société a apporté sa caution financière à MM. Marcus Samuel & Co. (fondateurs de la Shell Transport and Trading Cy) pour le passage de ses navires pétroliers par le canal de Suez. Grâce à cet accord, la Maison de Port-Saïd est devenue agent général de la Shell en Égypte (1898), puis en Palestine et en Syrie (1904). En 1905, la ligne Dieppe-Grimsby, créée en 1856 par A. Grandchamp Fils en partenariat avec Hippolyte Worms, est rachetée par Worms & ainsi que les services Nantes-Bordeaux et Nantes-Bayonne exploités par l'Armoricaine (1907).

Entre 1888 et 1890, les exportations de charbons anglais de la Maison sont passées de à , chiffre qui ne fut dépassé par aucune autre société française. Les marchandises transportées entre tous les ports desservis par les lignes Worms ont atteint un total de en 1912 et de en 1913. À cette date, la Maison assure par ses seuls services sur Brême et Hambourg la totalité des transports par voie maritime entre la France et l'Allemagne du Nord.

1914-1939 - Construction navale et services bancaires Aussitôt l'entrée en guerre de la France, le , au sein de la Triple-Entente et contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, une partie de la flotte Worms est affectée par l’Administration au transport de matières premières et de matériaux pour les troupes, les services publics et les industries locales. Les navires, pour la plupart, sont tout d’abord mobilisés pour des missions précises et temporaires. Puis, les réquisitions deviennent de plus en plus permanentes à mesure que le conflit se prolonge. En dépit de la guerre sous-marine qui détruit un grand nombre de bâtiments, la desserte des lignes sur l’Atlantique et la Manche est maintenue, et une desserte Bristol-Swansea-Le Havre est créée en 1915.

Henri Goudchaux décède en 1916 ; à sa suite, Hippolyte Worms (1889-1962), petit-fils homonyme du fondateur, prend la tête de la société. Il signe un accord avec la Marine en vue d'assurer entre le Pays de Galles et Brest un transport mensuel de de charbon, ramenées à , en raison de la perte accrue de navires pour faits de guerre ; pour cette même raison, la convention par laquelle la Maison s'engage auprès de l'État à affecter treize de ses navires à des voyages entre Bordeaux et Dunkerque et à des voyages de cabotage entre ports français, est ramenée à dix unités ; parallèlement, l'organisation commerciale dans tous les ports du Royaume-Uni est mise à la disposition de l'Administration, la Maison assurant la gérance des vapeurs alloués à la France par le Comité interallié (1916-1918). La succursale de Port-Saïd fonctionne à plein régime ; à partir de cet établissement une base de ravitaillement des troupes françaises est établie à Beyrouth, en 1918.

À la fin des hostilités, l’armement Worms se trouve amputé de sept navires sur les dix-huit qu’il comptait en ; à ces pertes s’ajoutent trois unités sur les cinq entrées en flotte durant le conflit. La somme des ports en lourd est ainsi réduite de sur un total de .

Dès 1916, la décimation des armements commerciaux a incité les pouvoirs publics à rechercher des solutions pour pallier les problèmes de pénurie des navires, une fois la guerre terminée. Trois groupes industriels et financiers ont ainsi été approchés, et parmi eux, la Maison Worms, qui acquiert des terrains, sur la commune du Trait, en aval de Rouen, afin de créer un chantier naval sur la rive droite de la Seine. L’édification en pleine campagne d’un tel site industriel (équipé de huit cales de construction, d'ateliers de tôlerie, de chaudronnerie, de mécanique, de menuiserie, etc.) se double de la transformation du village d'origine en une cité pourvue d'une infrastructure, de logements, de commerces, etc., adaptés à une population accrue par le recrutement d’une main-d'œuvre nombreuse. Les chantiers navals du Trait sont inaugurés le , lors du lancement du Capitaine-Bonelli, cargo-charbonnier de , premier sorti des cales.

La desserte des lignes régulières reprend dès la fin des hostilités avec les treize unités rescapées et le renfort de navires affrétés : ancrés au Havre et à Bordeaux, les services maritimes couvrent la façade occidentale de la France, et desservent les ports de Nantes, Brest, Boulogne et Dunkerque. L'activité est soutenue par les besoins en matériaux nécessaires à la reconstruction des régions de l'Est et du Nord. En 1921, trois navires entrent en flotte : Caudebec, Jumièges et Yainville, cargos adaptés aux chargements lourds ou encombrants (ciment, chaux, plâtre, fer, dont les régions dévastées ont besoin). Ils sont affectés à la desserte des Pays baltes et au transport du bois de Pologne, qui, avec la nouvelle ligne joignant l'Allemagne, la Pologne, la province de Prusse-Orientale et la Russie, s’inscrivent dans le mouvement de redéploiement de la Maison Worms en Europe septentrionale, mouvement qui engendre les succursales de Rotterdam, Hambourg, Anvers et Dantzig (1919), puis, de Varsovie, Prague et Duisbourg (1920). En 1936, un service Marseille-ports du nord est établi pour lutter contre la baisse de trafic en mer Baltique.