Un oikiste ou œciste (en ) était l'individu choisi par une polis grecque antique comme chef du groupe chargé de fonder une nouvelle colonie. Il est investi du pouvoir de choisir un lieu d'installation, de diriger les travaux initiaux des colons et de guider la colonie naissante à travers ses premières années difficiles.

L'oikiste est le fondateur () d'une cité (). À la suite notamment des travaux de François de Polignac, l'oikiste tend à être défini comme la figure à laquelle la cité voue un culte héroïque dont le lieu particulier est le hérôon, monument qui lui est dédié, généralement situé sur l'agora et parfois caché à la vue des citoyens.

La polis d'origine (métropole) a donné à un oikiste (fondateur de colonies) la mission de préparer et de diriger l'expédition en Italie ou dans d'autres régions de la Méditerranée. L'oikiste était généralement très connu dans son lieu d'origine, la plupart du temps il était issu d'une famille noble. Avant l'expédition, il devait garantir la protection des dieux. Il se rendait donc dans un sanctuaire, généralement celui du dieu Apollon à Delphes, et se faisait confirmer par le dieu la destination de son voyage. Par l'intermédiaire de ses prêtres, le dieu prononçait des révélations.

Conformément aux structures sociales de l'époque archaïque, la direction proprement dite d'une fondation de ville grecque était régulièrement entre les mains d'un noble qui, en tant qu'oikiste (ou aussi archegète), commandait ses compagnons de route (hetairoi), fixait les règles de la vie commune dans l'apoikie et était responsable de la répartition des terres sur place. Selon Oswyn Murray, environ 200 émigrants, qui ne devaient pas tous provenir du même groupe de citoyens, étaient nécessaires pour une nouvelle fondation. En règle générale, il s'agissait d'hommes célibataires en âge de porter les armes.

Un oracle est consulté lors des délibérations pour le choix d'un oikiste. Après avoir été nommé et chargé de fonder une colonie, celui-ci consulte également l'oracle de Delphes. Par sa consultation de l'oracle, l'oikiste est personnellement désigné comme tel et investi d'une autorité religieuse que fait de lui un autocrate pour toutes les étapes de la fondation de la colonie. Il réunit, en sa personne, les fonctions de roi, de prêtre, de législateur et de chef militaire. La période de fondation de la colonie s'achève à la mort de l'oikiste. Il n'est pas remplacé par un nouvel autocrate. Il reçoit le titre d'archégète () et est inhumé sur l'agora. Il est héroïsé et un culte lui est accordé. Celui-ci est un culte public et est comméré chaque année.

En raison de leur autorité, les oikistes se sont souvent vu accorder leurs propres cultes après leurs morts, et leurs noms sont conservés même lorsque tous les autres détails de la fondation d'une colonie ont été oubliés.

Parmi les oikistes connus, on peut citer : Amphitèmos, oikiste de Géla, avec Entimos ; Archias, oikistes de Syracuse, sur la côte est de la Sicile ; Battos, oikiste de Cyrène, sur le Djebel Akhdar en Libye ; Byzas, oikiste pour Byzantion, à la sortie sud-ouest du Bosphore ; Epeios, oikiste pour Pise et Métaponte ; Hippoclès de Kymè et Mégasthène de Chalcis, oikistes de Cumes ; Lamis, oikiste de Trotilon ; Macédon pour Macédoine, région du sud de la péninsule balkanique ; Myskellos, oikiste de Crotone ; Phalanthos, oikiste de Tarente, dans le golfe de Tarente, en mer Ionienne ; Thouclès, oikiste de Naxos.

Étymologie En grec ancien, (« celui qui fait habiter ») est le nom d'agent associé au verbe d'action (« faire habiter »), dénominal de (« maison »). Le substantif est attesté au . Ses premières occurrences connues se trouvent chez Pindare : dans la septième de ses ainsi que dans la première et la quatrième de ses .

Œciste éponyme D'ordinaire, l'œciste ne donne pas son nom à la cité. Comme Platon le rappelle, la cité tire son nom de la topographie (lieu, rivière, source), d'une divinité ou d'un héros, ou de circonstances particulière. Pourtant, deux œcistes éponymes sont attestés dans le Pont-Euxin : Phanagoras pour Phanagoria et Hermon pour Hermonossa.

Œciste mythique Dans sa , Pausanias témoigne de ce qu'au , des cités d'Ionie prétendent avoir, pour œciste(s) mythiques(s), un ou deux Codrides, fils ou descendants de Codros, le dernier des rois d'Athènes. Selon cette tradition : Nélée est l'œciste de Milet ; Kyarétos, celui de Myonte ; Aipytos, celui de Priène ; Androclos, celui d'Éphèse ; Damasichthon et Prométhos, ceux de Colophon ; Andraimon, celui de Lébédos ; Damasos et Naoklos, ceux de Téos ; et Kléopos, celui d'Érythres.

Œciste d'un synœcisme À Athènes, à la suite de l'invention par Cimon des reliques de Thésée, celui-ci devient l'œciste officiel de la cité. Il en reçoit les honneurs. La fondation qui lui est attribuée est le synœcisme de douze villes préexistantes en une seule. Athéna reste l'archégète de la cité.

Rome antique Dans la Rome antique, à l'époque médio-républicaine (), les Romains suivent, pour la fondation de leurs colonies, le modèle colonial grec. Le Sénat désigne une commission trumvirale (), chargée d'installer les colons sur le territoire d'une nouvelle colonie, et dont les fonctions correspondent à celles de l'œciste grec. Seul un des trois trivumvirs dispose de l' et des le jour de la fondation de la colonie.

Notes et références

Notes

Sources antiques

Références

Bibliographie

Mario Lazzarini: La Magna Grecia. Scorpione Editrice, Taranto 1990, 1995. Wolfgang Leschhorn: „Gründer der Stadt“. Studien zu einem politisch-religiösen Phänomen der griechischen Geschichte. Steiner, Stuttgart 1984, . Oswyn Murray: Das frühe Griechenland. dtv, München 1982.

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