Les remparts de Guérande sont des fortifications qui entourent la cité médiévale de Guérande, dans le département français de la Loire-Atlantique. Le site est classé au titre des monuments historiques en 1877 (remparts), 1889 (portes) et 1943 (promenades).

Présentation La cité médiévale de Guérande est l'une des rares à avoir conservé ses remparts dans leur intégralité. C'est aussi l'une des mieux conservées de France. Le tracé de l'enceinte est déterminé au Moyen Âge de façon assez large pour englober l'agglomération existante et anticiper une croissance urbaine qui ne s'est finalement jamais pleinement réalisée. Elle a été peu remaniée depuis sa phase de construction principale à partir du et de restauration au Porte Saint-Michel, musée de Guérande, exposition permanente consultée le 1 juin 2024.

Elle comprend six tours, quatre portes fortifiées, dont deux flanquées de tours, et une poterne (ouverte au ), reliées par une courtine, sur une longueur de (pour comparaison : l'enceinte intérieure de la cité de Carcassonne mesure ). La porte Saint-Michel est l'élément le plus monumental.

L'enceinte Moyens L'édification des remparts est une préoccupation constante des autorités et des habitants. L'enjeu identitaire et sécuritaire que représente l'enceinte justifie les moyens financiers, techniques et humains considérables déployés. moyens financiers : le financement est rendu possible par le duc de Bretagne qui reconnaît à Guérande le statut de bonne ville, l'autorisant ainsi à lever le billot, une taxe sur les débits de vinLa culture de la vigne est massivement présente sur le coteau de Guérande jusqu'au . Sa première mention connue date de 1415. Il est associé à la mise en place d'une véritable administration municipale destinée à gérer les deniers des taxes octroyées par le duc. En 1461, le billot est étendu à Piriac, Saint-Molf, Mesquer, Saint-Lyphard, Pénestin et Saint-André-des-Eaux. Il est renouvelé pour plusieurs années consécutives au gré des campagnes de construction des remparts. Il peut rapporter entre 950 et 1500 livres tournois par an, considérant que la construction de l'ensemble des courtines aurait coûté au minimum 22 500 livres tournois, soit en moyenne 18 ans de recettes fiscales. Les archives conservent un mandement du du duc François II de Bretagne prorogeant pour 6 ans la levée d'un devoir de billot sur les vins vendus au détail et d'une taxe de 20 deniers sur chaque cheval chargé de poisson frais ou salé, le tout pour contribuer aux fortifications de Guérande. moyens techniques : Guérande est construite sur un massif granitique, pourvoyeur de la matière première nécessaire à l'édification des remparts. Selon les archéologues, les pierres utilisées pour la courtine ouest de la ville proviennent à 95 % du creusement des douves. A défaut, les carrières de granite de Trescalan ou de Clis, dont l'existence est attestée dès le Moyen Age, ont pu servir à l'approvisionnement en pierre locale, appelée leucogranite, dont la particularité tient à sa couleur très claire.

moyens humains : peu d'informations nous sont parvenues sur les moyens humains. Seule la présence de personnages importants, à la direction de la construction d'une grosse tour en 1475, est attestée. Il s'agit de Greffin Hillary, membre de la petite noblesse guérandaise et de Jean le Gallus, maître d'œuvre du duc François II de Bretagne. Maître maçon réputé, ce dernier est probablement issu de la famille de maçons et tailleurs de pierre du Morbihan. Pour le reste, maçons, menuisiers et couvreurs guérandais constituent le noyau d'intervenants locaux. La présence de nombreuses marques de tâcherons, signatures des tailleurs de pierre payés à la tâche, est peut-être le signe du recours à une main-d'œuvre plus spécialisée non guérandaise.

Architecture Le chantier des remparts témoigne l'adaptation de l'architecture à l'évolution des formes et des techniques mises au point par les architectes des systèmes défensifs, à une époque où l'artillerie à poudre se développe. A ce titre, ils présentent deux systèmes de défense, un passif, l'autre actif : défense passive : courtines ou murs : solidement ancrés sur un soubassement granitique, leur hauteur de 5 mètres et leur épaisseur de 3 mètres, afin d'offrir la meilleure résistance possible aux assauts ; tours : elles sont presque toujours construites indépendamment du chemin de ronde pour ne pas interrompre la circulation d'une courtine à l'autre (voir infra) ; douves : sèches à l'origine, elles complètent le système défensif constitué par les remparts en permettant de tenir à distance l'assaillant et gênant l'utilisation d'échelles ou de béliers destinés à percer les remparts. Elles entouraient autrefois entièrement l'enceinte fortifiée. Elles ont cependant été en partie comblée au à cause de l'odeur qu'elles dégageaient (une partie des habitants y jetaient leurs déchets). Une partie a cependant été conservée entre la porte Bizienne et la tour Saint-Anne ; mail ou boulevard : construit à la fin du ou au début du , situé entre la porte Saint-Michel et la porte de Saillé pour la partie encore conservée, il constitue une première ligne de défense, en renfort des remparts devenant de moins en moins efficaces avec le développement de l'artillerie d'attaque, et permet de plus d'y déployer des canons. Son aspect actuel résulte des aménagements du duc d'Aiguillon qui l'a fait rehausser et transformer en promenade arborée. Cette butte tire son nom du mail, un ancêtre du croquet et sport que pratiquaient les gentilshommes.

défense active : meurtrières : fentes verticales ouvertes dans les murs, elles sont des postes de tir aménagés dans les tours pour atteindre l'ennemi sous le feu de tirs croisés ; mâchicoulis : surplombent les murs, ils protègent des assaillants sur qui sont lancés des projectiles.

Les portes Une porte est une véritable brèche dans une enceinte fortifiée. À Guérande, l'enceinte est percée de quatre portes de ville. Pour compenser cette faiblesse, les architectes ont armé chacune d'elles d'un système de défense plus ou moins important :

Porte Saint-Michel : . Haute de 24 mètres et située à l'est, elle est l'entrée principale de la ville. Symbole de l'âge d'or et du statut de la cité au Moyen Âge, elle combine l'architecture d'une porte fortifiée, flanquée de deux tours massives, et celle d'un logement prestigieux faisant d'elle un logis-châtelet breton, signalé vers 1350 et réaménagé vers 1440-1450. La couverture est mise en place au et restaurée au .

En tant que porte fortifiée, elle participe à la défense de la cité en cas d'attaque et de siège. Même si certains éléments ont disparu, des traces encore visibles témoignent de cette fonction. La porte était accessible par deux ponts-levis, un pour chacune des deux entrées, charretière et piétonnière. Une fois relevés, ils interdisent tout passage au-dessus des douves. Seules aujourd'hui les rainures en façade en gardent la mémoire. Le passage était ensuite fermé par des vantaux et une herse en bois renforcée par du métal. Le portier, installé sous l'entrée dans la niche munie d'un banc de veille, actionnait son ouverture. La porte est flanquée de deux tours massives dont la base est formée par deux salles-basses, dites en cul-de-four, résistantes aux tirs de canons. Elles sont équipées d'archères-canonnières qui ont été, pour certaines, transformées à la fin du en embrasure de tir à la française pour les armes épaulées. Pour parfaire leur fortification, elles sont coiffées de machicoulis, surmontés d'un parapet crénelé.

En tant que logement, la porte Saint-Michel est le lieu de vie du « capitaine de cité » et sa famille, c'est-à-dire le représentant militaire du duc de Bretagne dans la ville. A ce titre, elle est le siège du pouvoir civil et politique de la cité. Le premier est Guillaume du Verger, nommé en 1343 par Jean, comte de Montfort, qui le charge de construire une muraille autour de la ville qu'il vient de reprendre à l'amiral Louis d'Espagne qui l'avait ravagée. Après la réunion du duché à la couronne de France en 1532, le capitaine de cité prend le nom de gouverneur. L'un d'eux réaménage la terrasse médiévale crénelée dominant la porte, en construisant un étage supplémentaire destiné à loger ses domestiques. La charpente de la toiture est réalisée entre 1618 et 1621, en bois de chêne vert, qui sèche sur place. L'ensemble est fixé grâce à des mortaises et des tenons. La Révolution française chasse le dernier gouverneur et installe temporairement une prison dans la porte Saint-Michel. L'édifice n'étant pas adapté à cette fonction, la municipalité y installe la mairie jusqu'en 1954, date de son déménagement dans un bâtiment plus grand et mieux adapté. Le châtelet devient le « musée des Amis de Guérande ». Fondé en 1928, il regroupe une collection de coiffes et de costumes traditionnels de la presqu'île, ainsi que des collections archéologiques et le Trésor de la collégiale Saint-Aubin de Guérande.

La porte Saint-Michel ouvre sur la rue du même nom. Elle est appelée Grand-Rue à la fin du Moyen Âge, traduisant sa fonction, principalement commerçante et artisanale. L'ensemble des maisons et des rues aux alentours de la porte constitue donc un quartier marchand. Ce quartier paraît relativement urbanisé et devait être l'un des plus peuplés au Moyen Âge. Guérande comptait approximativement 3 000 à 4000 habitants au milieu du (Nantes : 14 000 et Rennes : 13 000), sachant que la cité et ses faubourgs ne devaient en rassembler que la moitié, le reste vivant dans les campagnes des alentours. La rue Saint-Michel assure la liaison entre la porte et le centre de la ville. Par ses dimensions, elle est considérée comme la grande rue sur laquelle peuvent se croiser deux véhicules hippomobiles, d'autant que cette dernière était pavée. La rue abrite des maisons à pans de bois marquées par un encorbellement, c'est-à-dire un étage débordant sur la rue, de sorte que le rez-de-chaussée a une surface inférieure à l'étage. Cet étage permet à la fois de gagner de la place dans la rue et d'équilibrer les forces appuyées sur les poutres. Le rez-de-chaussée, utilisé comme boutique, était en granite pour éviter l'humidité et les murs latéraux également pour éviter les incendies.

Porte vannetaiseLa « rue vannetaise » était appelée jusqu'au début du : « rue de l'Évéché » : , ce châtelet serait le témoin d'une enceinte primitive de la cité. A ce titre, c'est un des éléments les plus anciens de l'enceinte. Située au nord, elle est de style de l'époque de Philippe Auguste. Ses tours sont percées d'archères, contrairement à celles du , dotées de canonnières pour l'artillerie à poudre. longtemps murée, la porte n'a été rouverte qu'en 1778. Le faubourg Sainte-Anne qui lui fait face naît avec la création d'une gare liée à l'arrivée du chemin de fer en 1879La porte Vannetaise, panneau réalisé par la Ville de Guérande, consulté sur site le 25 août 2024..

Porte de Saillé : . Ouverte au sud, cette porte conduit vers les marais salants et le village de Saillé. Sa forme quadrangulaire et ses éléments défensifs extérieurs (mâchicoulis, rainures et pont-levis) font envisager une reconstruction à la fin du ou au début du , davantage pour l'apparat que la défense, Guérande n'ayant plus à craindre de siège à cette époque. Les douves sont comblées au et aménagées en promenades ombragéesLa porte de Saillé, panneau de présentation réalisé par la Ville de Guérande, consulté sur site le 25 août 2024. Le mur d'enceinte entre la porte de Saillé et la poterne du Tricot, est daté selon certains auteurs du . et constituerait donc l'élément subsistant le plus ancien de la première enceinte de Guérande.