Venlo (en ancien néerlandais : Venloo) est une commune et ville néerlandaise, située en province de Limbourg et comptant Chiffres du Centraal Bureau voor de Statistiek au 01/01/2026..
Origine
L'origine du nom Venlo n'est pas connue avec certitude. La théorie la plus courante est que désigne une lande marécageuse et un bois ou une clairière, faisant de Venlo le « bois du marais » ou la « clairière dans la lande ». Ven a la même origine que fagne en français et Fenne en allemand"Venlo en andere lo-namen" in Digitale Bibliotheek voor de Nederlandse Letteren, https://www.dbnl.org/tekst/osta004venl01_01/osta004venl01_01_0001.php..
Vennelon ou mieux uennelon est la plus ancienne appellation connue : elle désigne une prairie humide dans le cadre champêtre de la basse terrasse de la Meuse, et dévoile une forme linguistique propre à une dénomination paysanne qui remonte un peu avant l'an 700Atlas historique de Venlo, rédigé en néerlandais, 1999, page 20.. L'historien des Gueldres Pontanus donne une première explication, constatable de visu affirme-t-il, sur la dénomination de ces anciennes "terres de pâturage basses et humides" : Nomen habere a vocibus veenen & loo / pascua depressa ac humilia indicantibus, res ipsa loqui videaturHistoriae Gelricae libri XIV, 1639, 32.. Les auteurs successifs de l'époque moderne reprennent l'interprétation, parfois en montrant l'analogie avec le monde flamand, ou dérivent l'explication initiale, par exemple en indiquant la présence de sol tourbeux et donc de tourbe autrefois. Réfutant une création urbaine ex nihilo au , des historiens modernes, férus d'indices archéologiques, inventent parfois d'hypothétiques lieux ou hameaux habités bien avant la fondation officielleIbidem.
La fondation vers 1163 par Agnès de Heinstein doit être revue et limitée à l'élaboration de nouvelles murailles et à des fossés protecteurs. Aucun archéologue ne doute de la présence humaine à l'âge du bronze ou du fer sur les hauteurs de la ville. Des habitations romaines se trouvaient bien au centre de Venlo, et diverses poteries attestent de cette modeste colonie romaine aux Atlas historique, ibidem, page 18.. Le parc de Juliana (Juliana Park), plus tard au sud-ouest des murailles médiévales, était un champ cultivé. L'établissement mérovingien précoce, avec des traces de poteaux en bois et de multiples poteries, entre le reste à circonscrire : le Vieux-marché, la rue des Juifs, la rue du Saint-Esprit ou les environs de la Lohofstrasse, dont la rue centrale apporte des indices d'un cimetière mérovingienAtlas historique, ibidem, page 19, premières traces de la Venlo médiévale. La cour de la Duchesse au centre-ville apparaît par ses traces de puits et fosses comme une arrière cour d'habitations du . Les archéologues amateurs de l'entre-deux-guerres ont été convaincus que Venlo possédait une église saint Martin à la fin du . Les fouilles de 1945 ont permis de justifier l'hypothèse d'une église-halle du .
Les historiens d'église ont pris la balle au bond des archéologues, faisant remarque que ce "martinus patrocinium" n'est mentionnée curieusement qu'en 1305, avec les premières archives de la villeAtlas historique, ibidem, page 19, première mention. Pourtant, ce patronage est commun dès la période franque, comme à Tegelen ou Gennep. La chronique de Saint Guy alias Vitus, abbé de Moenchengladbach, rédigée vers 1110, rappelle une tractation d'églises, mentionnant ainsi l'église de Venlo pour la première fois, vers les années 990 entre l'archevêché de Cologne et l'évêché de Liège.
Histoire Préhistoire Des traces de cultures agricoles à l'âge du bronze et du fer à l'emplacement de l'actuelle ville existent, ainsi que plusieurs tertres funéraires. Les mieux connus se trouvent dans la vallée des larmes (Jammerdal), proche de la frontière allemande.
Le peuplement de Venlo remonterait à l'époque romaine en tant que groupement de villages en marge du limes.
Moyen Âge Au Moyen Âge, Venlo, connue dans les archives dès 1170, est un centre commercial important sur la Meuse. La ville a d'emblée une fonction militaire et stratégique, ce que prouvent les nombreux sièges ou batailles qui la concernent en 1373, 1459, 1473 ou 1481Les sièges se poursuivent à l'époque moderne en 1511, 1572, 1586, 1597, 1606, 1632, 1637, 1646 et 1702. E. Hubert, in Grande encyclopédie Berthelot, article cité.. L'église saint Martin, surmontée d'une haute tour, date, selon les anciennes archives, de 1304La réalité archéologique est différente. Lire supra en chapitre origines.. Elle est dotée d'une belle chaire de vérité et de magnifiques fonts baptismaux, dans la tradition mosane.
Le comte Reinald II de Gueldre confère en 1343 des droits municipaux à la ville. Elle devient membre de la Hanse en 1375. Venlo dans le duché de Gueldre rejoint définitivement la maison du Grand Duché de Bourgogne sous Charles le Téméraire en 1473Perthes atlas, p. 113.. La campagne de Charles est connue, dans les registres des recettes de l'artillerie de la chambre des comptes de Lille, par les arriérés de livraison et de frais, du maître charretier, Wouters Teilin, de Noël 1472 à , comprenant les réparations de l'artillerie en route, notamment vers Venloo et NimègueInventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790. département du Nord : archives civiles, série B, Chambre des comptes de Lille. Recette de l'artillerie, page 263..
Les tabellions de l'archiduc Maximilien, époux de Marie de Bourgogne, demandent, le , de faire tirer des entrepôts de Namur et d'amener avec diligence à Ruremund, quatre serpentines, cent pierres de bombarde, cent de courtaux, et deux tonneaux de viretons pour crenequins avec trois cent longues piques à la façons de Suisse, pour entamer un siège à Venloo, notre ville au pays de GueldresInventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790. département du Nord : archives civiles, série B, Chambre des comptes de Lille. Recette de l'artillerie, page 271..
Début de la période moderne En 1543, le duché de Gueldre devient une des dix-sept provinces des Pays-Bas des Habsbourg détenus par Charles Quint en tant que descendant de Charles le Téméraire, et qu'il attribue, après pacification, en à son fils Philippe, qui devient aussi roi d'Espagne en . Venlo et Gueldre/Geldern sont les deux villes reconnues de Haute Gueldre. En 1579, la ville de Venlo rejoint l'union calviniste d'Utrecht, s'émancipant de l'influence catholique espagnolePerthes Atlas, page 167. C'est l'origine de l'enclave de Venlo, rattachée à la république des Pays-Bas, avec sa forteresse remarquable..
L'hôtel de ville, construit durant cette période, contient des tableaux de Goltzius.
Guerre de Quatre-Vingts Ans et naissance des Provinces-Unies Le règne de Philippe II est marqué par l'insurrection des Pays-Bas (révolte des Gueux, 1566) qui devient ensuite une guerre, la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648). En 1581, les insurgés proclament la déchéance de Philippe II de ses droits sur les Pays-Bas (acte de La Haye), point de départ d'un nouvel Etat, les Provinces-Unies. Mais la guerre va encore continuer pendant encore 70 ans.
Vers 1590, le duché de Gueldre est de facto scindé en deux parties, la moitié sud restant sous le contrôle du roi d'EspagnePhilippe II et ses successeurs sont rois d'Espagne en tant que descendants des Rois Catholiques et détiennent les Dix-Sept Provinces des Pays-Bas en tant que descendants des ducs de Bourgogne, notamment Charles le Téméraire. Les Pays-Bas espagnols font en fait partie du Saint-Empire (cercle de Bourgogne), dont les Provinces-Unies se séparent officiellement en 1648., tandis que le nord est solidement sous le contrôle des Provinces-Unies.
Le , le cardinal infant charge le marquis de Fondrato d'assiéger et prendre Venlo, place forte défendue par son gouverneur Nicolas de BrederodeIzaäk J. Commelin, Histoire de la vie & actes mémorables de Frederic Henry de Nassau prince d'Orange, histoire enrichie de figures en taille douce & fidèlement translatée du flamand en françois, éditée chez la velfe et les héritiers de Judocus Janssonius, Amsterdam, 1656, 399 pages, en particulier p. 335-336.. Un bombardement de la ville est entrepris par les troupes espagnoles, nombreuses et bien équipées, à partir de quatre positions proches de tranchées, mais la réponse d'artillerie locale s'avère tout aussi efficace. Le , les maigres et squelettiques compagnies de la garnison, du fait de la négligence de l'encadrement corrompu, finissent par affoler les bourgeois de la ville, qui décident de se mutiner pour traiter avec l'adversaire. Corneille Poorter, le curé de la grande église prend sur lui de parlementer et part traiter avec les représentants du cardinal infant. Les canons se taisent. Le , formant une délégation responsable, le major Jean Jeger et Hans Conrad Beranger pour la garnison, l'ancien bourgmestre Bomer et le curé Poorter pour la ville et quelques secrétaires partent signer la capitulation. Cet abandon précipité de la ville et place forte en quatre jours humilie l'armée néerlandaise, ce dont le conseil de guerre accable au premier chef les militaires traitres Jeger et Brederode en fuite de confiscation de biens et les condamne à la décapitation.
Lors du traité de Münster de qui met fin à cette guerre, Venlo est une ville dévastée par des épidémies et les guerres depuis 1635. Perdue par la république protestante des Provinces-unies en 1637, elle se retrouve dans les territoires catholiques, les Pays-Bas espagnols, demeurés sous le contrôle de la maison d'Habsbourg d'Espagne. La ville amoindrie ne connaît un premier essor qu'après 1687A la fin du , l'enclave de Venlo serait gardée par une forteresse néerlandaise, selon le Perthes Atlas Geschichte, page 175. L'ensemble ville-forteresse et sa contrée de Haute Gueldres est encore bien espagnole et catholique.. La forteresse militaire, défendue conjointement par les Français et les Espagnols, et la ville se rendent le à la coalition formée par la Prusse et la République des Provinces-Unies, au cours d'un nouveau siège. Ruremonde, quant à elle, tombe le Atlas historique de Venlo, chapitre 6 sur le , notamment le premier paragraphe "Guerre de Succession d'Espagne et ses conséquences".
La situation change à la suite de la guerre de Succession d'Espagne : les Pays-Bas espagnols passent à la maison des Habsbourg d'Autriche, formant ce qu'on appelle les Pays-Bas autrichiens. Après les tergiversations des traité d'Utrecht, le traité de la Barrière donne la ville de Venlo et quelques autres menues enclaves proches de la Meuse à la République des Provinces-Unies : au sud, Ruremonde, avec une part de la rive gauche et la proche rive droite de la Meuse, elles-mêmes voisines ou intriquées de terres néerlandaises ou diverses, reste aux Pays-Bas catholiques de la maison HabsbourgAtlas historique de Venlo, chapitre 6 sur le , notamment le second paragraphe "Venlo comme enclave isolée (1715-1794)", p. 49-50.. Au nord, la plus grande part du duché de Gueldre et du duché de Clèves, et notamment toute la rive gauche de l'ancien comté de Kessel en face de Venlo, échoit à la maison allemande et prussienne de Brandebourg, ce qui redessine à l'ouest les limites du Saint-Empire romain germaniquePerthes Atlas Geschichte, page 193.. Par une habile politique, les coalisés prussiens sont parvenus à priver les Néerlandais des fruits d'une laborieuse victoire, et ils saisissent ensuite le contrôle de la navigation sur la Meuse en aval de Ruremonde, en installant des points de contrôle cruciaux, ce qui explique l'état misérable du port de Venlo tout au long du .
De la prompte conquête française en 1794 à la lente séparation de la Belgique et des Pays-Bas entre 1830 et 1839 vignette|gauche|320px|Venlo vers 1850, l'art poliorcétique autant moderne que contemporain rappelle un lointain verrouillage médiéval du fleuve.