Louis Frédéric Olivier, né le à Elbeuf et mort le à Paris, est un scientifique français, créateur en 1890 de la revue scientifique Revue générale des sciences pures et appliquées.
Biographie
Issu d’une vieille famille originaire de l’Eure, venue s’installer au XIXe siècle à Elbeuf où elle a fait fortune dans l’industrie textile, Louis Pierre Frédéric Olivier, y naît le . Il est le fils de Guillaume Frédéric Olivier, propriétaire d’une importante manufacture textile, et de Marie Marguerite Aglaé Delarue (descendante, elle aussi, d’une grande lignée de fabricants de draps de laine), mariés à Elbeuf le Archives Départementales de la Seine-Maritime, cote 3 num 85..
La famille Olivier est alors l’une des principales familles de la bourgeoisie elbeuvienne.
Son frère cadet, Henri Frédéric OlivierGeneanet, sites d’Olivier Payenneville et « Essai de généalogie » d’Alain Garric. Ce grand fabricant de draps elbeuvien décéda en 1925 en son château du Troncq et fut inhumé à Saint-Aubin-jouxte-Boulleng, aujourd’hui Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Le Matin, 20 juillet 1925, p. 2). (1855-1925), riche fabricant de draps à Elbeuf, à cette époque le plus important centre français pour la production de tissus de laine cardée, permet à ses enfants de conclure de prestigieuses alliances matrimoniales. Le est ainsi célébré, « dans la plus stricte intimité », en l’église de Saint-Aubin-jouxte-Boulleng (aujourd’hui Saint-Aubin-lès-Elbeuf), le mariage de son fils Frédéric (1894-1964) avec Geneviève de Salignac-Fénelon (1902-1992), fille du comte Henri de Salignac-Fénelon et de feue la baronne Gabrielle de France. « Le Souverain Pontife avait daigné envoyer sa bénédiction spéciale aux jeunes époux »L’Écho de France, 20 janvier 1922 ; La Libre Parole, 21 janvier 1922.. Un autre fils d’Henri, Paul (1898-1926), épousa également en 1922, Fernande de Salignac-Fénelon (1903-1981), sœur de la précédente« Essai de généalogie » Alain Garric (Geneanet)..
Louis Pierre Frédéric Olivier demeura quant à lui célibataire.
Initié aux sciences par Pierre Noury (créateur d’un musée de sciences naturelles à Elbeuf), Louis Frédéric Olivier est d'abord attiré par la botanique. Il obtient sa licence ès-sciences à la Faculté de Paris en 1875, puis est reçu docteur ès-sciences en 1881. Sa thèse sur l’Étude comparative de la structure et du développement du liège et, en général, du système tégumentaire des racinesSa thèse fut publiée : Olivier (Louis), Recherches sur l'appareil tégumentaire des racines, 1881, 170 p. est récompensée en 1882 par le grand prix Bordin de l'Académie des sciences (3 000 francs de l’époque).
Après ses études, il retourne un moment à l'industrie textile et met au point certains perfectionnements, notamment un dévidoir pour le fil dont il dépose le brevet. Mais il ne désire pas devenir patron du textile, comme son père et son frère.
Il revient aux sciences et travaille notamment sur la réduction des sulfates, menant son expérimentation sur les algues. Ayant suivi les enseignements de Louis Pasteur, il se tourne ensuite vers la microbiologie et entame avec Charles Richet une longue collaboration. De la station maritime de physiologie du Havre, alors dirigée par Paul Bert, il ambitionne de faire un centre de recherches en même temps qu'une école de bactériologie.
Mais, passionné par les progrès techniques et le développement des sciences, il abandonne la recherche à 35 ans, pour se consacrer à la vulgarisation scientifique. Il crée, en 1890-1891, la Revue générale des sciences pures et appliquées, y investissant une bonne partie de l’importante fortune personnelle héritée de sa famille. Cette revue, dirigée par la suite par J.-P. Langlois, « paraît bimensuellement et donne, outre des articles originaux d’un haut intérêt, des informations sur le mouvement scientifique mondial »Larousse Universel, édition de 1922.. Ouverte à toutes les disciplines, elle devient vite une tribune pour la communauté scientifique, dont elle s’affirme le porte-parole dans toutes ses avancées. Elle est renommée sur le plan international.
Le tempérament de Louis Olivier le conduit à se trouver en première ligne dans les progrès techniques, scientifiques et culturels de son époque. En 1895, dans les salons de sa revue, il accueille par exemple une des premières démonstrations du cinématographe inventé par les frères Lumière.
Marqué également par son expérience au sein de la manufacture familiale, Louis Frédéric Olivier a le souci d'offrir des débouchés aux industriels français. Il publie des monographies à caractère économique, sur les ressources naturelles et humaines de différents territoires ou paysVoir notamment La Tunisie, 1896, 1 224 p. ou Voyages d'étude de la Revue générale des sciences. La Bosnie- Herzégovine, 1900.. Il fut lauréat de la Société pour l’encouragement de l’industrie nationale.
L’inventeur des voyages organisés
Louis Frédéric Olivier a aussi l’esprit d’entreprise. En 1896, il embarque pour la Grèce un public érudit d'archéologues, sur le bateau qu'empruntent les athlètes français se rendant aux premiers Jeux olympiques organisés par Pierre de Coubertin. En 1902, il prépare des croisières en ballon au-dessus de la région parisienne. Puis, allant plus loin encore, il greffe sur sa revue une organisation régulière de croisières scientifiques, auxquelles participeront de nombreux représentants de l'aristocratie intellectuelle et scientifique du moment. Le Cap NordMarétheux (Louis), XXe croisière de la Revue générale des Sciences, 4 juillet-1er août 1904 [côtes de Norvège], Dessins de F. Borremans, Paris, Revue générale des sciences, imp. de L. Maretheux, 1904., le SpitzbergEn collaboration avec Nordenskjöld (Otto), Dans le monde polaire, au Spitzberg et à la Banquise, Norvège, Archipel Lofoten, Laponie, Finmark (…), 1906., la Finlande, les Îles BritanniquesBorremans (F.), XXIe Croisière de la "Revue générale des sciences", du 7 au 24 août 1904, Paris, 1904., l’Espagne, la SicileEn Sicile : guide du savant et du touriste, Paris, Ernest Flammarion, 1901., la Grèce, l’Égypte, la PalestineCalas (Théophile), En terre désolée, au pays des Croisés, avec la Revue générale des sciences, Paris, 2e édition, 1900., la Syrie ou la Tunisie figurent au fil des ans parmi les destinations proposées.
« Il était surtout célèbre comme l’inventeur, le promoteur et l’organisateur de ces croisières qui obtinrent si vite un si grand succès. On peut dire qu’il a trouvé un nouveau genre de voyage (…) Il se dit que beaucoup de pays étaient fort difficiles à visiter pour des voyageurs isolés (…) La Revue générale des sciences se chargea de grouper les voyageurs, de tracer leurs itinéraires, de leur procurer le yacht-omnibus, de former les caravanes, d’assurer leur transport, leur nourriture, leur coucher, de les faire guider par des géographes, des historiens, des archéologues, des artistes qui les pussent mettre en mesure de voyager avec plaisir et profit, à très bon compte.
Monsieur Louis Olivier accompagna presque toutes ses croisières. Son urbanité, son intelligence avertie, son érudition y furent très appréciéesLe Figaro, 14 août 1910, p. 2.. »
En somme, il est « l’inventeur, le promoteur et l’organisateur des croisières touristiques à but culturel »Pellerin (Patrick), « Louis Olivier, pionnier du tourisme culturel », Journal d’Elbeuf, 16 mai 2008. et de ce que nous appelons aujourd’hui les « voyages organisés ».
Son concept de voyage culturel organisé lui survécut et fut repris après la Première Guerre mondiale. Le redémarrage des croisières de la Revue générale des sciences s’effectua notamment avec le concours du journal La Liberté, qui publie par exemple une publicité pour les « Grandes vacances 1929 » (du 7 au ) : un voyage aux sanctuaires grecs. Le tarif unique des places s’élève à 7 500 francs (somme très importante pour l’époque), toutes dépenses incluses, départ depuis Marseille et retour dans la même ville. Les personnes intéressées sont invitées à une conférence, avec projection, donnée par Ch. Diehl, membre de l’Institut, le , chez son neveu, Frédéric Olivier (1894-1964), 27 avenue Niel (XVIIe arrondissement de Paris).
À l'occasion de ses voyages, Louis Olivier noue des liens avec les autorités des pays visités et s'y fait de solides amitiés. « La Ligue franco-roumaine fut son œuvre »L’Elbeuvien, 18 août 1910, p. 2 ; elle visait notamment à détacher la Roumanie de l’influence germanique. Elle débouchera sur la création d’une Ligue francophone. Sa vision des relations entre États le conduit alors à siéger au conseil de la Société française d'arbitrage international ou Société d'arbitrage entre les Nations (préfiguration non officielle de la future Société des Nations).
Louis Frédéric Pierre Olivier meurt « subitement », en 1910, à l’âge de 56 ans. L’annonce de la mort du « directeur de la Revue générale des sciences », à Paris, en son domicile 18 rue Chauveau-Lagarde (VIIIe arrondissement), est relayée dans les journaux parisiens et nationaux, mais également dans ceux de provincePar exemple dans La Gazette de France, 14 août 1910, p. 3 ; Le Soir, 14 août 1910, p. 1 ; Le Petit Marseillais, 14 août 1910, p. 3 ; Le Courrier de Saône-et-Loire, 15 août 1910, p. 1. .
Le Figaro lui rendit un très bel hommage : « C’était un homme des plus distingués, pour qui les savants avaient l’estime la plus vive et qui avait, en ces dernières années, acquis une renommée véritable grâce à une invention des plus ingénieuses. Il dirigeait, avec un zèle éclairé, cette Revue générale des sciences (…) à laquelle il avait su intéresser les représentants les plus illustres de la science universelle. Lui-même y collaborait (…) Son idée, en créant cette revue, était de grouper en une vivante synthèse les résultats auxquels arrivent les spécialités diverses de la science (…) Il est bon que les éléments du grand tout scientifique fassent, de temps en temps, des essais de jonction et que les spécialistes ne perdent pas de vue l’ensemble du travail accompli dans l’immense atelier de la pensée (…) C’est le service que voulut rendre, et que rendit M. Louis Olivier par sa Revue générale. »Le Figaro, 14 août 1910, p. 2.
Son corps fut ramené à Elbeuf où eurent lieu ses obsèques, « en présence de toutes les notabilités de la ville et du canton, ainsi que de nombreux savants venus de Rouen et de Paris »L’Elbeuvien, 18 août 1910, p. 2.. Un discours (reproduit dans la presse locale) fut prononcé par M. Langlois, de l’Académie de médecine. « Lors de ses obsèques, la famille fait intervenir des pleureuses. Ce sera l’une des dernières manifestations de cette institution plusieurs fois millénaires.
Il est inhumé au cimetière Saint-Jean, dans le caveau de famille situé dans l’allée Frédéric Olivier. Cette chapelle funéraire figure dans le parcours patrimonial mis en place par les services de la Ville d’Elbeuf et de la métropole Rouen NormandieBiteau (Élodie), Gohon (Guillaume), Focus. Cimetière Saint-Jean, Elbeuf, Métropole Rouen Normandie, 2024, 31 p. ; un petit panneau lui est consacré. Louis Olivier était le cousin du peintre René Olivier.
Inventions InventionsL’Elbeuvien, 18 août 1910, p. 2 et Oursel (Noémi-Noire), Nouvelle biographie normande, 2ème supplément, Paris, E. Dumont, 1912, p. 356-357. : Un dévidoir mathématique pour titrer exactement les fils, quelles qu’en soient la nature, la finesse et la longueur dévidée. Un appareil destiné à établir une relation télégraphique constante entre les gares et les trains en marche sur les chemins de fer. Un appareil polarisant, pour l’étude des cristaux microscopiques. un appareil pour la photographie des météores.
Découvertes DécouvertesL’Elbeuvien, 18 août 1910, p. 2 et Oursel (Noémi-Noire), Nouvelle biographie normande, 2ème supplément, Paris, E. Dumont, 1912, p. 356-357. : Lois du développement histologique du système cortical dans les racines des angiospermes, des gymnospermes et des cryptogames vasculaires.