Le territoire de l'actuelle communauté autonome d'Aragon a été un lieu de passage important de la péninsule Ibérique, entre les rives méditerranéennes et atlantiques d'une part, entre le sud de la péninsule et le nord de l'Europe d'autre part. La présence humaine y est attestée depuis plusieurs millénaires, mais les spécificités de l'Aragon actuel remontent pour la plupart au Moyen Âge. thumb|Localisation de l'Aragon, Communautés autonomes d'Espagne contemporaine.

thumb|Frontispice de l'œuvre historique de Jerónimo Blancas, Aragonensium rerum comentarii, publiée en 1588 à Saragosse par les frères Lorenzo et Diego Robles. Il s'agit de l'une des premières histoires de l'Aragon.

Préhistoire

Période paléolithique

thumb|Le paléolithique en Aragon.

Les témoignages les plus anciens de vie humaine en Aragon remontent à l'époque des glaciations, au pléistocène moyen, il y a environ ans, durant le paléolithique inférieur. Ces populations ont laissé des témoignages d'artisanat acheuléen. On a retrouvé des bifaces de silex et des hachereaux de quartzite, en particulier sur les terrasses de San Blas à Teruel, dans la zone de Cauvaca à Caspe, el Barranco de Arbolitas près de Borja et enfin aux alentours de Calatayud, dans la zone de Miedes. La vallée du Jalón est alors extrêmement fréquentée.

Au moment de la glaciation de Würm, vers , apparaît un nouveau type humain dans la région, l'homme de Néandertal. Plusieurs restes humains, comme des molaires, ont été retrouvés dans la grotte de los Moros de Gabasa, près de Huesca. Durant le paléolithique moyen se développe la culture du moustérien, qui perdure jusqu'à approximativement. Elle est caractérisée par le travail du silex en forme de pointes, de racloirs et de dents, mais également un important travail de l'os. Les sites les plus connus sont ceux d'Eudoviges de Alarcón à Teruel, la Fuente del Trucho à Colungo et la grotte de los Moros de Gabasa.

Au paléolithique supérieur, qui commence aux alentours de , apparaissent deux nouvelles cultures : le solutréen et le magdalénien. Le solutréen est particulièrement bien représenté dans la grotte de Chaves, à Bastarás, où on a retrouvé des pointes pour coudre, des grattoirs et des burins. La culture magdalénienne nous livre des objets en os, comme des sagaies, ou en pierre, comme les microlithes. La chèvre et le lapin semble être les animaux les plus chassés par ces hommes.

Période épipaléolithique

Les restes de l'épipaléolithique, entre le et le millénaire, sont concentrés dans le Bas-Aragon. Les objets microlithiques se font plus nombreux, tandis que la décoration est de plus en plus géométrique, utilisant des formes de triangles, de trapèzes et de demi-lunes.

L'habitat se fait parfois le long de parois rocheuses peu profondes, orienté vers le soleil et dominant les rivières. Les sites principaux sont ceux de les deux abris de la Botica de los Moros et des Secans, situés à Mazaleón, et le site de la Costalena, à Maella. L'économie de ces populations reste essentiellement prédatrice, à base de chasse, de pêche et de cueillette.

Période néolithique

On trouve des objets de la période néolithique, de la première moitié du millénaire, dans les Montagnes Extérieures de la région de Huesca et dans le Bas-Aragon. Une nouvelle économie de production apparait, fondée sur l'agriculture et l'élevage, bien que la chasse et la cueillette soient encore largement pratiquées afin de compléter l'alimentation. L'existence de haches utilisées pour faucher et de moulins à bras pour moudre le grain attestent des activités agricoles de ces hommes.

Protohistoire

Période chalcolithique

La période chalcolithique se caractérise par deux phénomènes : la multiplication des constructions mégalithiques et l'extension de la culture campaniforme. Les mégalithes les plus importants s'observent dans les Montagnes extérieures et les hautes vallées pyrénéennes.

Âge du Bronze

thumb|125px|Figure féminine en terre-cuite, âge du Bronze final, 650-500 , retrouvée aux Fuentes de Ebro.

Dans la grotte du Moro de Olvena, ont été retrouvées onze pointes de flèches en os, datant des , qui sont les meilleurs exemples du Bronze ancien.

Le Bronze moyen a fourni d'importants gisements dans la comarque de Monzón, avec plus de 200 haches polies près des sites de tozal Marcullo, Pialfor, Conchel, Morilla et tozal Franché. Les céramiques sont lisses, parfois décorées de petites boules sur l'anse. Les objets métalliques se multiplient, avec des poinçons rectangulaires, des poignards triangulaires, des rivets. L'intense activité agricole est confirmée par le nombre important de faucilles en silex. On a également retrouvé des sites habités dans le cours inférieur du Cinca, près des ríos Sosa et Alcanadre.

Les dernières périodes de l'âge du bronze final, vers , sont caractérisées par la culture des champs d'urnes. Il s'agit de populations indo-européennes, originaires du centre de l'Europe, qui se mêlent à des populations méditerranéennes. Ils incinèrent leurs morts et placent les cendres dans des urnes funéraires. Des exemples existent dans la grotte du Moro à Olvena, la Masada del Ratón à Fraga et le Cabezo de Monleón à Caspe. Un essor de la métallurgie se caractérise par l'augmentation des moules de fonte qui sont trouvés dans les lieux habités.

Âge du Fer

thumb|left|Écriture ibérique. Un bronze du trouvé à la limite des actuelles provinces de Soria et de Saragosse.

thumb|upright=1.2|right|Les peuples en Espagne au

L'âge du fer est mieux documenté. Les sites antérieurs continuent à être occupés sans interruption. Même les nécropoles continuent à servir aux éleveurs, agriculteurs et artisans de la nouvelle période.

L'activité commerciale, en particulier avec les Phéniciens, les Étrusques et les Grecs, se développe et soutient la métallurgie du fer. Les outils et l'armement se modernisent et se perfectionnent, comme on peut le constater sur les sites de Piuró del Barranc Fondo et de San Cristóbal à Mazaleón qui conservent des vases au style phénicien, ou Azaila et Calaceite, où l'on retrouve des objets importés de Crète.

Au coexistent en Aragon six groupes distincts, appartenant aux groupes ibère, celtique et aquitain : les Vascons, les Suessétanes, les Sédétanes, les Iacétanes, les Ilergetes et les Celtibères citérieursChristian Rico, Pyrénées romaines. Essai sur un pays de frontière (- ap. J.-C.), Bibliothèque de la Casa de Velázquez, , Madrid, 1997 .. Ce sont tous des groupes ibérisés, sédentaires, installés dans des villages fixes. Les exemples les plus remarquables se trouvent à Cabezo de Monleón à Caspe, Puntal à Fraga, Roquizal del Rullo et Loma de los Brunos.

Le système social est basé sur le groupe familial, constitué autour de quatre générations. Les activités économiques sont principalement l'agriculture et l'élevage. Le pouvoir est exercé par un roi, entouré de la population masculine qui se réunit en assemblée.

Antiquité

Conquête punique

upright=1.2|thumb|Expansion carthaginoise en Ibérie entre 237 et 206

À partir de , sous la conduite d'Hamilcar Barca, puis de son gendre Hasdrubal, les Carthaginois s'étendent rapidement en Espagne. Les Ilercavones, les Ilergetes et les Lacétanes passent partiellement sous l'autorité d'Hannibal. Cette région devient un réservoir de blé, de métaux précieux et de soldats appréciés.

À partir de , l'Espagne devient le champ de bataille des Romains et des Carthaginois durant la deuxième guerre punique. En , Publius Cornelius Scipio marche contre la capitale des Ilergetes, alliés d'Hasdrubal, puis contre les Lacétanes, qu'il vainc. Mais à la fin de l'année, une fois les Romains partis, Mandonius, roi des Ilergètes, soulève son peuple contre Rome et ravage les territoires de ses alliés. Publius Cornelius disperse ces bandes, mais ce soulèvement ramene Hasdrubal au nord de l’Ebre.

Les Celtibères, quant à eux, envoient une délégation à Publius Cornelius et trouvent un accord. Rome les encourage à attaquer le territoire carthaginois : ils prennent d'assaut trois villes et remportent deux victoires contre Hasdrubal, faisant environ morts et prisonniers.

La difficile conquête romaine

upright=1.2|thumb|Conquête de la péninsule ibérique par les Romains entre le upright=1.2|thumb|Limites de la province romaine d'Hispanie citérieure en 197

En , Carthage sent que la guerre est perdue et négocie avec Scipion l'Africain. Elle accepte les conditions qu'il lui impose, dont l'abandon de l'Espagne. En , les territoires romains d'Espagne sont organisés en deux provinces : l'Hispanie ultérieure et l'Hispanie citérieure, avec pour capitale Tarraco. L’administration en incombe deux fois par an à deux préteurs même si, celle-ci n’était pas toujours effective.

Mais, la même année, Sempronius Tuditanus, préteur d'Hispanie citérieure, doit faire face à un soulèvement général qui provoque la défaite de l'armée romaine et la mort du préteur. Le Sénat envoie le consul Caton et une armée de hommes. Pourtant, les peuples de la région, excepté les Ilergetes qui négocient leur reddition avec Caton, poursuivent le combat. Caton vient à bout des rebelles et reprend le contrôle de la province durant l'été de cette année, mais ne parvient pas à s'attirer les faveurs de la population et des Celtibères. Après une démonstration de force, il convainc ces derniers de retourner chez eux. Mais la soumission des indigènes n'est qu'apparente : la rumeur donnant Caton de retour en Italie, la rébellion est réactivée. Caton réplique fermement : il met fin au soulèvement et vend les prisonniers comme esclaves, rentrant à Rome en triomphe.

La rébellion se diffuse à l'ensemble de la péninsule, ce qui entraîne des pertes élevées pour l'armée romaine, dont la moitié des effectifs est tuée en Manlius Acidinus, préteur de la Citérieure, affronte les Celtibères à Calagurris en , tandis que Terentius Varron bat les Suessétanes et s'empare de leur capitale, Corbio.

La conquête de la zone centrale, occupée par les Celtibères, est lancée en par Quintus Fabius Flaccus. Il remporte quelques victoires contre les Celtibères. Néanmoins, la conquête est principalement l'œuvre de Tiberius Sempronius Gracchus entre et , qui conquiert trente cités et villages, parfois par le biais de pactes ou en profitant de la rivalité entre Celtibères et Vascons.

Les proconsuls (ou propréteurs selon les années) qui gouvernent les provinces prennent l'habitude de s'enrichir sur le dos de la population : cadeaux forcés et abus sont pratiques communes. Durant ses déplacements, le préteur ou proconsul, est hébergé gratuitement, et il impose la livraison de grains à bas prix pour lui, sa famille, ses fonctionnaires, voire ses soldats. Le Sénat romain, après avoir reçu une ambassade des provinces hispaniques, émet en des lois de contrôle.

Les troubles persistèrent jusqu'en et la destruction de la cité celtibère de Numance, leur ultime bastion.

En , l'Aragon est le théâtre de la guerre civile romaine, lorsque le gouverneur Quintus Sertorius, du parti marianiste, se réfugie à Osca. Les escarmouches se poursuivent jusqu'en et la reddition de Quintus Sertorius.

Administration romaine

upright=1.2|thumb|left|Division de l'Hispanie romaine en conventi juridici au .

Dans le premier découpage territorial de l'Hispanie romaine, en , l'Aragon actuel est inclus dans l'Hispanie citérieure. À la fin des guerres lusitano-ibériques, les territoires contrôlés par Rome sont considérablement agrandis, jusqu'à couvrir l'ensemble de la péninsule ibérique. Agrippa réforme les divisions provinciales en et décide de former trois provinces en Hispanie : la Bétique, la Lusitanie et la province de Tarraconaise. C'est à cette dernière province qu'appartiennent les territoires aragonais actuels.