Dmitri Rybolovlev (), né le à Perm (Russie), est un homme d'affaires russo-chypriote.
Médecin de formation, Rybolovlev bâtit sa fortune dans les années 1990 en rachetant des parts d'entreprises étatiques, principalement dans le kraï de Perm (Oural) et en s'associant avec des figures locales de la politique et du crime organisé.
Il possédait jusqu'en 2010, 65 % d'Uralkali, un des plus grands producteurs d'engrais potassique du monde.
Résident monégasque, Rybolovlev est l'actionnaire majoritaire et le président de l'AS Monaco dont il détient 66,67 % depuis Communiqué officiel, Site officiel de l'AS Monaco, 23 décembre 2011.
De 2014 à 2016, Rybolovlev a été impliqué dans « le divorce du siècle »., qui se conclut par un accord à l'amiable.
En 2023, il est classé homme le plus riche du monde (classement Forbes) avec une fortune de 6,4 milliards de dollars..
Biographie
Études et débuts dans la médecine
Dmitri Rybolovlev est né en 1966. Fils de médecinAS Monaco : Rybolovlev n’a peur de rien, Le Journal du Dimanche, 16 juin 2013, il obtient son diplôme en cardiologie à l’Institut Médical de Perm en 1990. Après avoir obtenu son diplôme en médecine, Rybolovlev exerce en tant qu'urgentiste et se spécialise dans la réanimation cardiaque.
De 1991 à 1993, Dmitri Rybolovlev est directeur de « Magnetics », l'entreprise médicale, qu'il fonde avec son père, professeur de médecine, et qui est spécialisée dans l'usage de la magnétothérapie selon la méthode développée par ce dernier.
Entrepreneuriat : le développement d'Uralkali
Après le début de la privatisation dans la fédération de Russie en 1992, Rybolovlev se rend à Moscou, où il suit une formation financière et reçoit un certificat du ministère des Finances sur les transactions de valeurs mobilières.
Après la fin de ses études à Moscou, Rybolovlev rentre à Perm. Il gagne son premier million en achetant et en revendant de la bière étrangère.
Il fonde sa société d'investissements, montée avec Vladimir Shevtsov, un ancien officier du renseignement. Celle-ci rachète les coupons remis aux ouvriers dans le cadre de leur travail. En 1994, ils créent la banque Crédit FD, où sont servis les principales entreprises de la région. Ils deviennent ainsi propriétaires de plusieurs mines et usines et montent au capital de sociétés diverses.
En 1995, à 29 ans, Rybolovlev devient président du conseil d'administration d'Uralkali, l'un des plus grands producteurs au monde d'engrais potassique. En outre, il achète des actions d'Uralkali sur le marché. Il détient aussi une participation de 20 % dans Sylvinite, un autre fabricant d’engrais potassique de la région. L'entreprise Uralkali, dans laquelle Rybolovlev détenait 66 % des parts en 1996, représente 10 % de la production mondiale d'engrais potassiques : la majeure partie est exportée, principalement vers la Chine, l'Inde et le BrésilUn magnétothérapeute dans la principauté, Libération, 21 mai 2013.
En raison du taux de criminalité très élevé dans les années 1990, Rybolovlev a dû prendre des mesures pour assurer sa sécurité : il porte un gilet pare-balles et se fait accompagner par des gardes du corps.
À la fin de l'année 1996, Rybolovlev est arrêté dans le cadre de l'affaire liée à l’assassinat d’Evgeny Panteleymonov, directeur général de l'AO Neftekhimik Perm (société dont Rybolovlev possédait 40 % des parts). Il passe onze mois en détention. Dans l’affaire, le témoin rétracte son témoignage, et la veuve de l’homme assassiné plaide en faveur de Rybolovlev. En l'absence de preuves, il a été libéré en .
En 2000, Rybolovlev finance la campagne du maire de Perm de l’époque, Youri Troutnev, qui remporte l’élection régional du gouverneur de l’oblast de Perm. Ce dernier devient le ministre des Ressources naturelles en 2004.
Au début des années 2000, Uralkali reste une entreprise soviétique et sa capitalisation ne dépasse pas 15 millions de dollars. Rybolovlev lance la transformation de l’entreprise : il remplace la direction, réorganise le système de commercialisation et se concentre sur l’amélioration de la productivité, ce qui entraîne une augmentation de cette dernière de 2,5 fois entre 2000 et 2007.
Au début des années 2000, il exige du gouvernement chinois, un client important d'Uralkali, qu'il paie son potassium plus cher. Il parvient à ses fins après plusieurs mois de blocage et de pressions.
En 2005, Uralkali et le biélorusse créent BPC (), une société mixte de commercialisation de la potasse. Suivant les résultats de cette coopération permettant d'alléger le déficit de la balance commerciale de la Biélorussie, le président biélorusse Alexandre Loukachenko décide de remercier Rybolovlev en l'exonérant d'impôts sur ses revenus en Biélorussie..
En 2007, Uralkali fait son entrée en bourse à Londres. Son IPO devient l'une des plus réussies de l'histoire des entreprises russes : la demande dépasse l’offre de 23 fois. Les investisseurs paient près de 1 milliard de dollars pour 15% des actions d'Uralkali. C’est ainsi que Rybolovlev fait son entrée dans les 100 plus grosses fortunes du monde en 2007. L’action de la société prend 300 % en huit mois avec l’explosion du cours de la potasse. En 2008, Uralkali est valorisé à 38 milliards d’euros.
Uralkali était prêt pour une introduction en bourse un an plus tôt, en 2006, mais Rybolovlev a annulé l’IPO, estimant que l'évaluation de la société par les investisseurs était injustement faible.
Quelques jours après l’annulation de l’IPO en 2006, une importante mine d’Uralkali à Berezniki s’est effondrée, consécutivement à l'écoulement d'une source d'eau douce dans la mine, ayant entraîné la dissolution des murs et piliers de sel.
Cet effondrement freine la croissance de l’entreprise et engendre un véritable désastre écologique ainsi que des milliers de déplacés Wealthy Russians Ensnared as Cyprus Crisis Deepens, The New York Times, 22 mars 2013. La catastrophe aurait été en grande partie causée par le fait que la ville de Berezniki était bâtie directement sur la mine, héritage de la période soviétiqueRussian city on watch against being sucked into the earth, New York Times, 11 avril 2012. Selon Inaïa Gazeta, un site local, Uralkali n'aurait probablement pas pris toutes les mesures nécessaires pour combler les gouffres formés lors de l'extraction de potasse et aurait ainsi pratiquement diminué de moitié le coefficient de remplissage des gouffres pour réaliser des économies, ce qui aurait à terme participé à l'effondrement de la mine.
En , Rostekhnadzor, l’organisme fédéral russe chargé de l’enquête, affirme que l’effondrement était « un événement extraordinaire et inévitable ».
Vente d’Uralkali et départ de la Russie En 2008, le gouvernement russe, par la voix de Igor Setchine et sous la direction de son chef Vladimir Poutine, rouvre le dossier. Il réclame une amende très importante – jusqu’à 1 milliard de dollars – susceptible de mettre en péril l'entreprise, ce qui aurait conduit Dmitri Rybolovlev à refuser au contrôle d’Uralkali. Cela a provoqué un effondrement du cours de l’action d’Uralkali à la Bourse de Londres. En , Uralkali s’engage à verser de dollars au gouvernement russe à titre de compensation pour les coûts engendrés par l'effondrement de la mine.
Certains analystes et investisseurs appellent cette démarche une « attaque de raider » et la comparent avec l’histoire de Ioukos, une puissante compagnie pétrolière de l’époque, qui appartenait à Mikhaïl Khodorkovski. Le Kremlin semble capitaliser sur la crise économique, en profitant de l'occasion pour renforcer son contrôle sur des secteurs attractifs, en particulier ceux des ressources naturelles. Selon les médias, ce qui semble avoir attiré l'attention des dirigeants russes sur Uralkali était son bilan impressionnant, qui s'était fortement développé au cours de l'année précédente alors que les prix des matières premières ont flambé. Les revenus d’Uralkali ont atteint 1,1 milliard de dollars au premier semestre 2008, soit le double par rapport à la même période de l'année précédente. Les bénéfices de la société ont plus que triplé pour atteindre 550 millions de dollars.
En , la société signe un accord avec le ministère des Ressources naturelles et annonce le paiement de de dollars à la région de Perm.
En 2010, Rybolovlev vend, sous pression, 53 % du capital à un groupe d'investisseurs russes proches du Kremlin : Kaliha Finance Limited (détenu en partie par Suleyman Kerimov), Aerellia Investments (dont détient 15 %) et Becounioco Holdings Limited (dont l'actionnaire est Filaret Galtchev). Les trois partenaires (auxquels des ambitions monopolitiques sont attribuées) se sont vu prêter de dollars par la banque étatique VTB. L'opération rapporte de dollars à Rybolovlev, sans compter la vente de 20 % de Silvinit. Dmitri Rybolovlev quitte la Russie la même année, n’y a plus d’activité et n’y est pas retourné depuis plusieurs années selon les informations des médias français..
Installation et investissements en Europe
En 2010 Rybolovlev acquiert 9,7 % du capital de Bank of Cyprus pour un montant de 223 millions d'euros. Cet investissement à l’époque fait de Rybolovlev l'investisseur russe le plus important dans le secteur bancaire chypriote. Par conséquent il obtient le passeport chypriote, faisant de lui un citoyen de l’Union européenne.
À la suite de la profonde récession du pays, le , l'Eurogroupe décide avec le gouvernement de Chypre que la Bank of Cyprus reprendra les restes de la Laiki Bank. Pour financer l'opération et sauver Bank of Cyprus de la faillite, il est également décidé que les dépôts de plus de de la Bank of Cyprus seront transformés en action de Bank of Cyprus pour 37,5 % de ces dépôts, 22,5 % supplémentaires seront immobilisés, ce qui anéantit la majorité de la participation de Rybolovlev et met fin à son implication dans la banque avec une perte de de dollars..
Acquisition de l’AS Monaco
Après avoir tenté d'investir dans les clubs du Dynamo MinskAS Monaco : Dmitry Rybolovlev, un futur boss au passé sulfureux, France TV Info, 15 décembre 2011 et de Manchester UnitedRybolovlev à Monaco après le 23 décembre?, Nice-Matin, 16 décembre 2011, Rybolovlev, après une première approche infructueuse en AS Monaco: Dmitry Rybolovlev, un Russe à la conquête du Rocher, L'Express, 10 août 2013, devient actionnaire majoritaire de l'AS Monaco le avec 66 % du club (laissant les autres parts au Prince Albert II de MonacoFootball. Qui est Dmitri Rybolovlev, président de l’AS Monaco ?, Ouest-France, 13 juin 2013), président du conseil d'administration et président du club Russian billionaire buys Monaco football club, RIA Novosti, 23 décembre 2011. L'opération est réalisée par le biais de la société Monaco Sport Invest (MSI), qui appartient à un trust établi à Chypre et est domicilié au siège de Rigmora holdings Ltd, le family office du propriétaire de l'ASM. Elle lui coûte un euro symbolique et se trouve facilitée par Willy de Bruyn, qui intègre également le conseil d’administration du club, ainsi que Jean-Marc Goiran, agent sportif et ami du prince. D'après Willy De Bruyn, . L'Équipe magazine et le Journal du dimanche ont suggéré que Rybolovlev cherchait, en échange de son investissement, à obtenir un passeport monégasque pour se prémunir juridiquement, et ce par l'entremise du Prince Albert II. Cette interprétation est corroborée par le journaliste John Elmer. Clément Guillou, journaliste pour Rue89, émet l'hypothèse que Dmitri Rybolovlev cherche ainsi à .. Pour Pierre Demoux, journaliste aux Échos, davantage qu'une protection, ce passeport . Néanmoins, le prince Albert II refuserait de lui accorder le passeport monégasque afin de réhabiliter l'image de la principauté, accusée d'être un paradis fiscal ; la réticence de est également évoquée.