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L'architecture moderniste (également appelée mouvement moderne ou modernisme) apparaît en Belgique en 1919 et se développe tout au long des années 1920 et 1930, en concurrence avec l'Art déco et le style Beaux-Arts (terme qui désigne en Belgique l'ultime résurgence de l'architecture éclectique).
Modernisme versus Art déco Au sortir de la Première Guerre mondiale, l'Art nouveau s'efface pour laisser la place à trois des quatre styles architecturaux qui marqueront l'entre-deux-guerres : le style Beaux-Arts, dénomination donnée en Belgique à l'ultime avatar de l'architecture éclectique ; l'Art déco ; le Modernisme.
Le grand public confond souvent le modernisme et l'Art déco et pourtant tout oppose ces deux styles, qui n'ont en commun que l'époque.
L'Art déco, expression née en 1968 pour qualifier une certaine partie de l'architecture de l'entre-deux-guerres, est un style qui s'adresse à Maurice Culot et Archives d'Architecture Moderne, notice Modernisme et Art déco, brochure des journées du Patrimoine 2004 de la Région de Bruxelles-Capitale, : à ce titre, il recourt à une ornementation abondante, utilisant le marbre, les ornements en fer forgé martelé, les bas-reliefs, les frises et moulures dorées et même les colonnes et pilastres inspirés de l'antique.
Cependant, il est impossible de réduire toute la production architecturale Art déco de l'entre-deux-guerres à une liste de caractéristiques ornementales, du fait du caractère hétéroclite de cette production. L'Art déco est bel et bien une architecture de compromis, émergeant dans une société avide de changement, qui ne saurait choisir entre un modernisme balbutiant encore mésestimé et un académisme jugé dépassé. Par un retour dans certains cas à une rigueur classicisante, l'architecture Art déco constitue également une réaction face aux excès de l'architecture de « style nouille », expression méprisante qualifiant certaines dérives ornementales de l'Art nouveau (notamment français), dénoncées dès les années 1900 et surtout 1910, période à laquelle les premières expressions architecturales de l'Art déco voient le jour.
Contrairement à certaines expressions de l'Art déco, le Modernisme tourne le dos aux traditions stylistiques, caractéristiques de l'architecture du , rejette toute ornementation et privilégie la fonctionnalité. Il peut se définir comme un jeu de volumes et de surfaces, méritant dans certains cas la dénomination d'architecture cubiste. Le .
Historique Antoine Pompe, le précurseur En Belgique, l'architecte Antoine Pompe fait figure de précurseur du modernisme dès avec la Clinique du Docteur Van Neck, qui est à mi-chemin entre l'Art nouveau géométrique et le modernisme.
Les prémices du modernisme : la guerre et les besoins de la reconstruction . La pénurie de logements induite en Belgique par ces destructions est estimée à .
À la suite de ces ravages, plusieurs conférences internationales abordent dès la problématique du logement, comme la Reconstruction Conference, organisée en 1915 à Londres par l'International Garden Cities and Town Planning sous la direction de l'architecte Raymond Unwin, et qui constitue un événement décisif pour l'adoption du principe de la cité-jardin pour la reconstruction à venirG. Van Cauwelaert, Direction des Monuments et des Sites du ministère de la Région de Bruxelles-capitale, Modernisme art déco, Pierre Mardaga éditeur, 2004, ...
Par ailleurs, durant la Guerre, . Des groupes d'études se forment à Londres, à Paris et aux Pays-Bas, comme , le Belgian Town Planning Committee à Londres et la Commission d'étude franco-belge à Paris.
Les architectes et urbanistes belges découvrent ainsi durant la Guerre le concept de la cité-jardin développé par des théoriciens anglais dont Ebenezer Howard dès 1898 et mis en œuvre par Raymond Unwin dès 1904-1905 avec les cités-jardins de Letchworth et de Hampstead.
L'essor du modernisme durant les années 1920
Les cités-jardins À l'issue de la Première Guerre mondiale, les besoins de la reconstruction sont énormes en Belgique.
En est créée la Société nationale des logements et des habitations à bon marché (SNLHBM)Région de Bruxelles-Capitale, Un siècle d'architecture et d'urbanisme: 1900-2000, éditions Pierre Mardaga, 2000, ..
Les architectes ont alors à choisir entre le bloc de logements communs et la cité-jardin : cette dernière l'emporte car .
Le modernisme prend donc son envol en Belgique dès 1919 avec le développement d'un grand nombre de cités-jardins promues par ces architectes et urbanistes réfugiés en Angleterre durant la Première Guerre mondialeLiane Liesens, Cités-jardins, 1920-1940, en Belgique, Archives d'architecture moderne, 1994., et dont la figure de proue est incontestablement l'urbaniste Louis Van der Swaelmen qui supervisa la réalisation de cinq d'entre elles. Entre 1920 et 1930, une trentaine d'architectes belges travaillent sur des projets de cités-jardins, qui peuvent être regroupés en trois catégories dont seule la première relève du modernisme :
les ensembles dont les volumes peuvent être considérés comme cubistes (Cité Moderne à Berchem-Sainte-Agathe, cité-jardin du Kapelleveld à Woluwe-Saint-Lambert et Kleine Rusland à ZelzateBrochure des journées du Patrimoine 2004 de la Région de Bruxelles-Capitale, Jean-Paul Midant, Diccionario Akal de la Arquitectura del siglo XX, éditions Hazan 1996, éditions Akal 2004, .Les Cahiers de l'urbanisme, Numéros 24 à 27, Inspection générale de l'aménagement du territoire de la Région wallonne, 1999, .) ; les ensembles qui relèvent de modèles régionalistes et de la tradition des cottages anglais (cités La Roue, Le Logis-Floréal, Moortebeek, Verregat, cité Diongre, Heymbosch, Heideken, Bon Air, Forest-Vert, Homborch, Joli-Bois, Transvaal et Terdelt à Bruxelles) ; les ensembles qui s'inspirent des villages ouvriers, des béguinages, de l'habitation rurale et des immeubles de rapport (cités Janson, Wannecouter, Villas, Clos Saint-Martin, cité de Saulnier, Noget, Errera, Volta, Het Krietiekpad à Bruxelles ; cité Zuid-Australië à Lierre).
Les églises modernistes Sous l'influence de l'église Notre-Dame du Raincy construite en 1922-1923 près de Paris par Auguste Perret, la Belgique voit apparaître à partir de 1923 une série d'églises modernistes, réalisées en béton armé (église Saint-Jean-Baptiste de Molenbeek, église Saint-Augustin de Forest, église Sainte-Alène de Saint-Gilles, église Sainte-Suzanne de Schaerbeek), en briques (Zonnebeke, Église des Saints-Pierre-et-Paul à Neder-Over-Heembeek) ou au moyen d'une combinaison de ces deux matériaux (Genval).
Les maisons modernistes vignette|droite|redresse=1| Durant les années 1920 apparaissent également des maisons particulières de style moderniste, voire cubiste, souvent enduites et peintes en blanc ou en gris clair, comme, entre autres, les réalisations de l'architecte brugeois Huib Hoste qui Paulette Girard et Bruno Fayolle-Lussac, Cités, cités-jardins : Une histoire européenne, éditions de la Maison des Sciences de l'homme d'Aquitaine, 1996, .Cécile Vanderpelen-Diagre, Le monde catholique et les cités-jardins à Bruxelles dans l'entre-deux-guerres, Archives de sciences sociales des religions, 2014, ..
Certaines de ces maisons appliquent, en tout ou en partie, les éléments de doctrine du mouvement moderne, tels que les avait formulés en 1926 l'architecte (suisse à l'époque) Charles-Édouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier, dans ses « Cinq points d'une architecture nouvelle » :
Le toit-terrasse ou toit-jardin ; Les fenêtres horizontales ou fenêtres en bandeau ; Le plan libre ; La façade libre ; Les pilotis.
Les années 1930 Si, avant 1930, les architectes modernistes belges s'intéressent aux cités-jardins mais pas aux tours, Maurice Culot et Archives d'Architecture Moderne, notice L'essor de l'immeuble à appartements, brochure des journées du Patrimoine 2004 de la Région de Bruxelles-Capitale, .
Durant les années 1930, le modernisme se pare de variations sur le thème des paquebots transatlantiques qui lui vaudront le surnom de style paquebot : tour évoquant la cheminée d'un paquebot (comme celles qui dominent la silhouette de l'Ancienne imprimerie du quotidien Le Peuple, de l'ancien immeuble de bureaux de la compagnie RVS, de l'Institut National de Radiodiffusion ou de la maison communale d'Evere), balcons courbes semblables à des bastingages, mâts, hampes de drapeaux, hublots, mouvements de vagues dans la façade.
Mutation du modernisme en fonctionnalisme Après la Seconde Guerre mondiale, le modernisme mutera et engendrera le fonctionnalisme qui dominera les années 1950, 1960 et 1970 : .
Principales réalisations modernistes en Belgique Cités-jardins Comme il a été dit plus haut, une trentaine d'architectes belges travaillent entre 1920 et 1930 sur de nombreux projets de cités-jardins (dont 25 rien que dans l'agglomération bruxelloise), mais seules quelques-unes peuvent être qualifiées de modernistes ou cubistes :
1921-1928 Cité-jardin Kleine Rusland à Zelzate : urbaniste Louis Van der Swaelmen, architectes Huib Hoste, Charles Hoge et Gerald HogeHerman Stynen, Urbanisme et société: Louis van der Swaelmen, 1883-1929 : animateur du mouvement moderne en Belgique, éditions Pierre Mardaga, 1979, . ; 1922-1925 Cité Moderne à Berchem-Sainte-Agathe : architecte et urbaniste Victor Bourgeois, urbaniste Louis Van der SwaelmenCaroline Berckmans, Olivier Berckmans, Élisabeth Bruyns, Isabelle de Pange et Aude Kubjak, Berchem-Sainte-Agathe à la carte, Ministère de la Région de Bruxelles-Capitale, 2013Maurice Culot et Caroline Mierop, Paysages d'architecture, Archives d'architecture moderne, 1986, .Marcel Smets, L'avènement de la cité-jardin en Belgique: histoire de l'habitat social en Belgique de 1830 à 1930, Pierre Mardaga éditeur, 1977, . ; 1923-1926 Cité-jardin du Kapelleveld à Woluwe-Saint-Lambert : urbaniste Louis Van der Swaelmen, architectes Antoine Pompe, Huib Hoste, Jean-François Hoeben et Paul RubbersJos Vandenbreeden, France Vanlaethem, Art déco et modernisme en Belgique : architecture de l'entre-deux-guerres, Editions Racine, 1996, ..
Églises vignette|droite|redresse=1.1| vignette|droite|redresse| 1923 église Saint-Pierre de Maubroux à Genval (architecte inconnu) 1924 église Notre-Dame de Zonnebeke (Huib Hoste) 1925-1928 église Sainte-Suzanne de Schaerbeek (Jean Combaz) 1928-1936 église du Sacré-Cœur et Notre-Dame-de-Lourdes et Mémorial Interallié à Cointe (Joseph Smolderen) 1930 église Saint-Vincent-de-Paul à Anderlecht, chaussée de Ninove 367 (Jos Smolderen) 1930-1932 église Saint-Jean-Baptiste de Molenbeek-Saint-Jean (Joseph Diongre) 1932 église Saint-Augustin de Forest, place de l'Altitude 100 (Léon Guiannotte et André Watteyne ; église combinant modernisme et Art déco) 1938-1951 église Sainte-Alène, à Saint-Gilles (Roger Bastin)
Immeubles d'habitation Les immeubles d'habitation font leur apparition sur la scène moderniste belge en 1928-1929 avec l'immeuble « Naïlis » de Victor Bourgeois.
Dans la foulée, Marcel Driesman édifiera en 1929-1932 le « Lunatheater » (devenu « Kaaitheater »), un immeuble regroupant 42 appartements, un théâtre, une buvette et un foyer, dans un style à mi-chemin entre l'Art déco et le modernismeBrochure des journées du Patrimoine 2004 de la Région de Bruxelles-Capitale, .