Le français québécois possède plus de phonèmes que le français de France. Il conserve les distinctions phonémiques entre et , et , et , et et , alors que les secondes de chaque paire ont disparu à Paris et dans plusieurs autres parties de la France.
Consonnes
Le et suivis de ou ou ou deviennent des consonnes affriquées. se prononce , se prononce , se prononce et se prononce
Une règle complexe de réduction des groupes de consonnes finales commune à toutes les variétés du français d'Amérique opère parfois dans les contextes suivantsPupier, Paul & Lynn Drapeau, « La réduction des groupes de consonnes finales en français de Montréal », Cahier de linguistique, , 1973, . : (1) voyelle occlusive liquide : possible > possib', vinaigre > vinaig', plâtre > plât; (2) voyelle occlusive occlusive : accepte > accep', affecte > affec', correct > correc;; (3) voyelle fricative liquide : pauvre > pauv', livre > liv', pantoufle > pantouf'; trèfle > trèf; (4) voyelle fricative occlusive : nationaliste > nationalis', reste > res', casque > cas; (5) voyelle fricative nasale : nationalisme > nationalis', spasme > spas; (6) voyelle nasale nasale : indemne > indem', hymne > hym; (7) voyelle liquide occlusive liquide : arbre > arb', mordre > mord', couvercle > couverc; (8) voyelle fricative occlusive liquide : piastre > pias', ministre > minis', muscle > mus; (9) voyelle occlusive fricative occlusive : texte > tex', mixte > mix; L'application de cette règle est pondérée par l'application d'autres règles comme : a) La règle de réduction et la règle de liaison s'appliquent simultanément à la frontière des mots : d'autres amis > [dou̯tzaˈmi]; pauvres amis > [pou̯vzaˈmi]. b) La règle de réduction et la règle d'affrication s'appliquent simultanément à la frontière des mots : un cadre immense > [œ̃kɑd͡ziˈmãːs]; c) La consonne tronquée est conservée dans la morphologie sous-jacente: minis' > ministère, pauv' > pauvreté, indem' > imdemnité.
Le R est traditionnellement roulé dans l'ouest du Québec et grasseyé dans l'est (quoique de nos jours, le r parisien domine partout).
Résolution des hiatus. Outre les cas de liaison communs à toutes les variétés du français, notamment celles dérivées du français populaire de Paris historique, le français québécois connaît des règles de résolution des hiatus particulières qui, si elles ont déjà existé ailleurs, ne sont pas documentées aussi extensivementOutre Ostiguy & Tousignant (1993), voir Yves-Charles Morin, « La liaison relève-t-elle d'une tendance à éviter les hiatus? Réflexions sur son évolution historique », Langages, no 158, 2005, pp. 8-23; « De quelques [l] non étymologiques dans le français du Québec », Revue québécoise de linguistique, vol. 11, , 1982, ; Hélène Dorat, Le statut des règles morphophonologiques en grammaire générative, Mémoire, Université du Québec à Montréal, 2006.. Insertion d'une consonne de liaison : cinq z'oiseaux « cinq oiseaux », de drôles de z'yeux « de drôles d'yeux ». L'étymologie de ce z''' à valeur de pluriel réside dans la surgénéralisation d'une liaison entre un ancien suffixe pluriel ‑s, phonétiquement [z], et l'initiale vocalique du nom qui suit. Insertion d'une consonne éphelcystique non étymologique : a-g-urissant « ahurissant », ha-gu-ir « haïr », hi-gu-ère « hier », on gu'y va « On y va. », on d'y va « On y va. », ch't'assez content « Je suis assez content. », té't'en forme « Tu es en forme. », donne-moi-z'en « Donne-m'en. », ça l'a pas marché « Ça n'a pas marché. ».
Voyelles Sont maintenues dans le système phonologique et, de ce fait, dans la phonétique aussi : La distinction entre le a antérieur et le a postérieur ~ : « patte » et « pâte »; La distinction entre le è bref et le è long ~ ~ : « mettre » et « maître », elle est nette aussi en syllabe non accentuée; « fêter » se prononce ; La distinction entre et : « jeu » et « je » ; par contre, le de « je » par exemple, est élidé partout où le contexte phonétique le permet : j'parle, j'mange, chu « je suis » (phénomène de la chute du schwa). Les voyelles , et subissent la règle de relâchement () en syllabe fermée lorsqu'elles sont en fin de mot (sauf si la syllabe fini par les sons [ʁ], [z], [v] ou [ʒ]) : « butte » se prononce mais « buter » se prononce ), « six » se prononce mais « système » se prononce , « lune » se prononce mais « lunatique » se prononce et « route » se prononce mais « dérouté » se prononce . Les voyelles nasales , , et du français scolaire de référence sont traitées de façon suivante : se réalise en ou en (populaire) en syllabe ouverte, mais ou (populaire) en syllabe fermée; et se ferment et se diphtonguent en et dans toutes les syllabes; La distinction entre le <in> et le <un> dans « brin » et « brun » est présente : et dans l'acrolecte, mais et dans le basilecte. La distinction a tendance à disparaître dans le basilecte au profit de dans le dialecte de Trois-Rivières. Les voyelles longues (marquées /ː/ phonologiquement) sont diphtonguées en syllabe finale fermée, ce qui considéré comme non standard sauf, phonologiquement, lorsque l'allongement n'est pas intrinsèque mais dû à l'action d'une consonne allongeante ou quand la voyelle allongée est [a]Marie-Hélène Côté, « La longueur vocalique devant consonne allongeante en contexte final et dérivé en français laurentien », In: Carmen LeBlanc, France Martineau & Yves Frenette (éd.), Vues sur les français d’ici, Québec: Presses de l’Université Laval, 2010, ; Dumas (1987), . La règle de diphtongaison est bloquée dans les voyelles allongées par l'action d'une des consonnes allongeantes [v, z, ʒ] (incluant le groupe acrolectal [vʁ]) : rénove, innove, neuve, fleuve, veuve, grève, élève, chèvre, trêve, bave, épave; loge, toge, éloge, horloge, Limoges, cage, allège, p'tit dèj; quiz, taise, plaise, topaze, jazz, Caucase. Par contre, quand l'allongement est intrinsèque à la syllabe, la règle de diphtongaison s'applique : vive, cuve, couve, rêve, fève, orfèvre, Lefebvre, poivre, sauve, cadavre, esclave; vise, frise, buse, douze, cinq, seize, creuse, cause, gaz, jase; tige, juge, bouge, neige, sauge, nage, âge; tard, barre. Un cas à part est le suffixe « -age » : dans l'Ouest du Québec, la structure sous-jacente du suffixe est /ɑʒ/ (avec longueur intrinsèque, prononcé âge) et la diphtongaison s'applique; à l'Est de Trois-Rivières, la structure sous-jacente du suffixe est /aʒ/ (avec allongement dû à la consonne /ʒ/, prononcé [aːʒ] comme dans AGE « association générale des étudiants ») et la diphtongaison ne peut s'appliquer. et, sociolinguistiquement, dans les contextes où la variété utilisée est acrolectaleLes circonstances dans lesquelles un Québécois scolarisé fait usage de la variété acrolectale du français québécois est sujet à controverse. Il est quand même permis de généraliser que même un enseignant québécois de réputation internationale ne fera pas appel à l'acrolecte dans tous les circonstances sociolinguistiquement pertinentes. : « pâte » →, « fête » → ~ , « autre » →[oʊ̯tʁ], « cinq » →, « onze » →, « gaz » →, « neutre » →, « cœur » →, « or » →, « rive » →, « douze » →, « amuse » →. En syllabe ouverte finale, le phonème se réalise en dans la variété acrolectale ou dans la variété basilectale : « chat » → ~ , « là » → ~ , « sofa » → ~ , d'où les alternances morphophonologique [a] : [ɑ] ~ [ɔ] dans chatte : chat, plate : platLa voyelle est réalisée comme une postérieure lorsqu'elle se trouve en syllabe fermée suivie de la consonne : « tard » se prononce et la diphtongaison s'applique. La postériorisation est aussi disponible devant la consonne en français montréalais populaire et la diphtongaison s'applique : « garage » peut alors se prononcer , « fromage » Par contre, « âge » et « nage » ne résultent pas d'une postériorisation mais a un /ɑː/ sous-jacent dans toutes les variétés du français québécoisDenis Dumas, « Durée vocalique et diphtongaison en français québécois », Cahier de linguistique, vol. 4, 1974, .. Le phonème , et subissent la prénasalisation devant et : « même » se prononce ~ , « chaîne » se prononce ~ , « jaune » se prononce , et « jeûne » se prononce Ce qui se présente historiquement comme <oi> dans l'orthographe du français scolaire standard retient en québécois les reflets de changements linguistiques qui s'expliquent par l'évolution de l'ancien français vers le français du mais qui ne subsistent en Europe que partiellement à un niveau dialectal non standard. On distingue cinq cas, chaque cas ayant une réalisation basilectale (donnée ici en premier) et une réalisation acrolectaleMarc Picard, « La diphtongue /wa/ et ses équivalents en français du Canada », Cahier de linguistique, vol. 4, 1974, ; Ostiguy & Tousignant (1993), . : (1) [we] ~ [wa] : moi, toi, boit, boivent, voit, voient, doit, doivent; (2) [wɛ] ~ [wa] : poil, poilu, toile, boite, boitent, envoie, envoient, moine, moineau, noisette; (3) [ɛ] ~ [wa] : [fʁ̥ɛt] froid, froide, [dʁɛt] droit, droite, [eˈtrɛ] étroit, étroite, [sɛj] qu'il soit, [kʁɛj] ils croient, [nɛˈje] se noyer, ce cas étant de distribution lexicale limitée; (4) [wɔ] ~ [wɑ] : pois, poids, trois, bois (nom commun), mois, noix; (5) :(5a) en syllabe finale, (5b) dans les autres contextes; (5a) [waɪ̯] ~ [weɪ̯] ~ [wɑː] (acrolecte) : poivre, framboise, soir, coiffe, poêle, boîte, armoire, noir, ardoise (5b) [wɛː] ~ [wɔː] ~ [wɑː] (acrolecte) : poivré, framboisier, soirée, coiffé, poêlé, boîtier, noirceurLes voyelles , et sont souvent désonorisées entre deux consonnes sourdes : « université » , « découper » , « super »
Norme de prononciation La prononciation du français québécois se différencie de la prononciation d'autres variétés du français en cela qu'elle présente une norme de prononciation endogène bien établie et stable. Plusieurs traits de prononciation différant de la norme traditionnelle du français sont ainsi considérés comme standards par les locuteurs québécois, comme notamment : Opposition de timbre et de durée /a/ : /ɑː/ (p. ex. dans patte [pat] ~ pâte [pɑt]) Réalisation du /a/ final dans <-oi> comme [wɑ] (p. ex. dans trois réalisé comme [tʁwɑ] au lieu de [tʁwa]) Opposition quantitative /ɛ/ : /ɛː/ (p. ex. dans faites /ɛ/ ~ fête /ɛː/) Relâchement/Centralisation de [i], [y] et [u] comme [ɪ], [ʏ], [ʊ] (p. ex. dans six réalisé comme [sɪs] au lieu de [sis]) Maintien de l'opposition /œ̃/ : /ɛ̃/ (p. ex. dans brun /bʁœ̃/ ~ brin /bʁɛ̃/) Réalisation de /ɑ̃/ comme [ɐ̃] central (p. ex. dans penser réalisé comme [pɐ̃se] au lieu de [pɑ̃se]) Réalisation de /ɛ̃/ comme [ẽ] antérieur (p. ex. dans médecin réalisé comme [medsẽ] au lieu de [medsɛ̃])
Notes et références
Bibliographie
Morin, Yves-Charles, « La liaison relève-t-elle d'une tendance à éviter les hiatus? Réflexions sur son évolution historique », Langages, no 158, 2005, pp. 8–23 Morin, Yves-Charles, « De quelques [l] non étymologiques dans le français du Québec », Revue québécoise de linguistique, vol. 11, , 1982, . Dorat, Héléne, Le statut des règles morphophonologiques en grammaire générative, Mémoire, Université du Québec à Montréal, 2006. Pupier, Paul & Lynn Drapeau, « La réduction des groupes de consonnes finales en français de Montréal », Cahier de linguistique'', , 1973, .
Voir aussi Français québécois Phonème /r/ en français
Catégorie:Prononciation du français Catégorie:Langue française au Québec