Le parc transfrontalier du ǀAi-ǀAis/Richtersveld () est un parc national partagé entre l'Afrique du Sud et la Namibie qui regroupe deux anciens parcs nationaux, le parc national du Richtersveld en Afrique du Sud et le parc récréatif des sources chaudes de ǀAi-ǀAis en Namibie. C'est un vaste désert de montagne, géré conjointement par les Namas et les parcs nationaux d'Afrique du Sud qui abrite la plus grande variété au monde de plantes succulentes.

Histoire

Le Richtersveld est nommé d'après un inspecteur européen, Richter, venu inspecter une mission fondée à Kuboes en 1840 .

1991 : création du parc national du Richtensveld en Afrique du Sud. Une création qui fait événement, puisque la gestion du parc est d'emblée confiée conjointement à SANParks et au peuple Nama — ceci trois ans avant la fin de l'apartheid en Afrique du SudFloriane Dupuis. « Parc du Richtensveld, le pays où les pierres fleurissent ». Dans Science & Vie n° 1130, novembre 2011, pp. 18-21..

2003 : création du parc frontalier |Ai|Ais/Richtersveld.

2007 : l'aire protégée communautaire, créée au sud du parc sur l'initiative des habitants, est classée au patrimoine mondial pour ses paysages botaniques et culturels. Le but était d'empêcher l'exploitation minière (diamants) dans un secteur encore épargné.

Géographie

En Afrique du Sud, le parc s'étend au nord de la province du Cap-Nord ; c'est essentiellement la zone du Ai-ǀAis/Richtersveld - Location & Map. Carte du parc. Sur peaceparks.org..

Géologie

L'histoire géologique de la région a commencé il y a d'années, ce qui représente presque la moitié de l'âge de la Terre — longtemps avant la formation des continents tels qu'ils sont maintenant. Les roches originelles sont d'origine volcanique. Appelées Groupe de l'Orange, ces roches socle ont été formées pendant d'années par une succession d'éruptions et d'érosion, soumises à des événements géologiques et climatiques dits « intrusifs », notamment la Suite intrusive Vioolsdrft, la Suite Igneuse Richtersveld et la Suite Gannakouriep. La dernière intrusion a formé des dykes allant jusqu'à de long et de large, s'étirant du Richtersveld jusqu'au sud de la Namibie. Ces bouleversements successifs ont donné au Richersveld une richesse géologique particulière .

Canyon de la Fish River thumb|left|Canyon de la Fish River.

Deuxième plus grand canyon du monde après le Grand Canyon, le canyon de la Fish River est situé sur le côté Namibien du parc transfrontalier. Long d'environ pour à son plus large, il atteint de profondeur. D'immenses gorges sillonnent le paysage de roches, des gorges issues à l'origine d'un affaissement du terrain de de large le long d'une faille géologique il y a d'années. La faille est facilement identifiable encore de nos jours. La rivière emprunta cette vallée, méandrant à travers en formant de grandes anses grâce à une faible pente de terrain. Quand l'ancien continent de Gondwana se désintégra il y a d'années, les bords du continent africain furent relevés et l'altitude fut accrue. Le fleuve Orange commença alors à creuser son lit, commençant par son estuaire. La rivière Fish, son tributaire, suivit le même processus ; c'est alors que les gorges tourmentées d'aujourd'hui furent façonnées .

La rivière Fish, comme toutes les rivières de Namibie, est saisonnière et se remplit d'eau seulement quand il pleut sur son bassin versant pendant quelques semaines par an, habituellement entre janvier et avril. Certaines années elle ne se remplit pas du tout. Le canyon est en aval, coupant à travers un semi-désert rocheux qui semble sans fin, dominé par les tons de bruns et de beiges occasionnellement interrompus par des euphorbes vertes ou des arbres aux carquois.

Climat, hydrologie

Pour le climat, le parc est divisé en deux parties, chacune participant d'un système climatique très différent. À l'ouest, sur la côte, une région de pluies (/an) d'hiver tempéré, accompagnées d'une hygrométrie de l'air élevée ; à l'est, dans les terres, des étés de températures plus élevées, quelques rares pluies d'orage en été (/an) et une humidité très réduite. Les deux systèmes sont géographiquement proches l'un contre l'autre : seule une étroite zone de transition de 10 à les sépare. Il présente quatre unités paysagères principales : le fleuve Orange et ses plaines inondables adjacentes ; dans la zone de climat à pluies principalement d'été, des collines aux profils doux ; ailleurs, des collines aux reliefs plus relevés ; et des montagnes au relief âpre. L'ouest montagneux du parc connaît une autre spécificité : des brouillards matinaux fréquents, venant de l'Atlantique proche. Ils sont appelés « Ihuries » ou « Malmokkies » par les autochthones, et sont une essentielle ressource en eau pour certaines plantes. Une rosée importante se développe souvent la nuit, en particulier lors des nuits froides dont la température contraste fortement avec celle du jour.

Il y a beaucoup de petites digues dans la réserve, en plus de la grande digue de Mankve (the large central Mankwe Dam).

Ai-Ais possède des sources chaudes . Il y en a également à Palm Springs dans le canyon de la Fish River, où des eaux sulfurées sortent du sol à la température constante de 57 °C ; des palmiers-dattiers poussent autour .

Végétation

La végétation du parc est très largement dominée par le Karoo succulent, l'un des biomes les plus étranges au monde, avec la plus grande diversité botanique et le plus grand nombre de succulents en climat aride. Il couvre environ le long de la côte ouest d'Afrique du Sud et du sud de la Namibie. Il inclut presque toute la surface du Richtersveld. Il contient la plus riche flore de désert de notre planète, formant de plus l'un des plus intéressants méga-écosystèmes au monde. C'est la première région entièrement aride du monde à avoir été reconnue comme un des 25 « points chauds de biodiversité du monde », c'est-à-dire une région biogéographique qui est à la fois une réserve significative de biodiversité, et menacée de destruction. Le Karoo succulent contient plus de 5 000 espèces, dont environ 40 % sont endémiques et 18 % sont menacées. On y trouve plus d'un tiers des espèces de succulents existantes. Aucune autre flore de désert ne possède autant de richesse d'espèces ni d'individualité. Le Karoo succulent a cinq centres d'endémisme marqué ; le parc du Richtersveld est situé sur le centre de l'un d'eux, le centre Gariep (autre nom pour le fleuve Orange) .

thumb|1050px|center|Exemples de la flore du Karoo — De gauche à droite : Brunsvigia orientalis. Titanopsis hugo-schlechteri. Pachypodium namaquanum. Dimorphotheca sinuata. Lithops julii. Aloe dichotoma. Romulea rosea. Hoodia gordonii. Drosanthemum speciosum.

Deux royaumes floraux se côtoient dans le parc de |Ai-|Ais/Richtersveld lui-même. Il abrite plus de de plantes, dont presque 600 n'existent nulle part ailleurs et 30 % lui sont endémiques ; un certain nombre de plantes endémiques n'existent que sur ses sommets les plus hauts.

D'une part, sur une surface de on dénombre plus de de plantes à fleurs, ce sur un site dont la moyenne des précipitations est de par an. Il est estimé que sur les existants de Mesembryanthemaceae, 50 sont présents dans le parc. Certaines collines abritent plus de de lichens ; les étendues de lichen y sont les plus diverses et les plus denses de la planète.

D'autre part, ces plantes ont développé des stratégies aussi variées qu'originales pour survivre dans un climat rude. Certaines mettent de l'eau en réserve dans des cellules spécialisées pour cette tâche. D'autres se gonflent rapidement en cas de pluie. D'autres encore restent dans le sol sous forme de bulbes.

thumb|left|Aloe dichotoma

Certaines se couvrent d'écailles blanches pour refléter le soleil et limiter les gains en chaleur ; les branches de Aloe dichotoma sont jaune clair et couvertes d'une substance poudreuse blanche qui reflète le soleil et contribue à garder l'arbre plus fraisAloe dichotoma.. Les Psammophora se sont dotées de petits poils collants pour retenir des grains de sable, se couvrant ainsi d'une armure en protection contre le décapage subi lors des tempêtes de sable (sand storms). De petits succulents et des lichens s'accrochent aux roches et absorbent l'humidité de l'air quand le brouillard monte de l'Atlantique ; la couverture qu'ils fournissent permet à d'autres plantes de se développer.

Dans la région florale avoisinant la région floristique du Cap, le Karoo succulent est dominé par une très belle variété de buissons nains dont les feuilles stockent de l'eau ; l'Est du parc fait partie de la région d'East Gariep (l'est du fleuve Orange), le centre le plus important pour la région du Karoo nama.

thumb|Pachypodium namaquanum

Deux arbres en particulier sont associés au parc. Le giant baster quiver tree (Aloe pillansii, Kiewiet, ), aussi appelé kokerboom , qui peut atteindre de haut mais dont il ne reste que quelques centaines de spécimens dans les montagnes du Richtersveld ; et le Pachypodium namaquanum, également appelé « trompe d'éléphant » (elephant's trunk). Pachypodium namaquanum est un succulent endémique du parc, où il pousse dans des sols rocheux aux côtés de quiver trees et d'aloès. Sa silhouette caractéristique est composée d'un tronc cylindrique et non branché ; et d'une touffe de feuilles près du sommet, toutes penchées de vers le nord. La combinaison de cette orientation et cette inclinaison, amène les feuilles à présenter en hiver une exposition maximale au soleil. Il pousse à la vitesse de 2 à par an, et leur taille moyenne est pourtant de 2,5 à de hauteur, certains individus atteignant de haut. Ces succulents sont surnommés « half-men » (demi-hommes) pour leur silhouette quasi humaine toujours penchée vers le nord. Les Namas révèrent ces demi-humains en tant qu'incarnation de leurs ancêtres venus d'au-delà du fleuve Orange, chassés de leur pays et transformés en plantes à force de regarder avec nostalgie en direction de la Namibie, leur pays d'origine. Pachypodium namaquanum est listé « en danger » dans la Convention sur le Commerce International des Espèces Végétales et Animales en Danger ().

On y trouve aussi Hoodia gordonii, un cactus utilisé comme « coupe-faim » en Occident. De nombreuses espèces de lithops, de petits succulents qui ressemblent à de petites pierres. Des palmiers-dattiers poussent à Palm Springs dans le canyon de la Fish River.

Faune

À première vue le parc peut apparaître pauvre en vie animale : éléphants, lions et rhinocéros ont depuis longtemps abandonné la région. Mais d'autres mammifères habitent là bien qu'ils soient quelque peu difficiles à observer en raison du relief ; et un peu d'attention révèle de nombreuses autres formes animales en quantités surprenantes pour une région aride.

Le parc abrite plusieurs espèces d'antilopes comme les springboks, oréotragues (Oreotragus oreotragus, klipspringers), péléas (Pelea capreolus, grey rheboks), oryx gazelles (Oryx gazella, gemsboks), ainsi que Chlorocebus pygerythrus (vervet monkey), suricates (Suricata suricatta, meerkats), daman du Cap (Procavia capensis, rock dassie) ; duikers et steenboks sont présents mais moins nombreux. Des zèbres des montagnes (zèbre de Hartmann, Equus zebra hartmannae), une espèce protégée, vivent sur le mont Rosyntjie (visible du campement Hakkiesdoring) et aux alentours, mais sont extrêmement difficiles à voir ; ils s'aventurent parfois dans le paysage culturel et botanique du Richtersveld (Patrimoine mondial de l'UNESCO). On y voit aussi le chacal à dos noir (black backed jackal), le renard du Cap (Cape fox ou silver (Cape) Fox), le renard à oreilles de chauve-souris (Otocyon megalotis, bat-eared fox), quelques léopards, protèles (Proteles cristata, aardwolf) et lynx du désert Caracal caracal (caracals), et sur la côte on peut voir la nuit des hyènes brunes (Hyaena brunnea, brown hyenas) se nourrir de phoques morts, de leurs petits et d'oiseaux de mer.