thumb|300 px|Hendrik van Veldeke, enluminure du manuscrit dit Codex Manesse, vers 1300. La littérature moyen-néerlandaise est l'ensemble de ce qui est décrit comme œuvre littéraire en moyen néerlandais, ancêtre du néerlandais moderne, écrit et parlé aux anciens Pays-Bas, une région historique qui comprend les royaumes des Pays-Bas et de Belgique actuels, ainsi qu’une large partie du nord de la France, et correspondant plus ou moins à la région Nord-Pas-de-Calais.
Prolégomènes
Diffusion – transmission
Bien que, pour certains, la question si des œuvres plus précoces que celles conservées ont existé, soit un sujet de litige, il est, toutefois, fort probable que l'épanouissement aux n’a pas été possible sans une préparation assez longue. Vraisemblablement, toutes sortes de chansons, légendes, etc. ont été notées déjà tôt dans l’histoire, mais celle-ci n’a pas été clémente pour les Pays-Bas, une succession de guerres et d’occupations ayant effacé tout de la période de la littérature en vieux néerlandais. Beaucoup de littérature païenne a probablement été détruite par zèle chrétien.
Les premiers textes au Moyen Âge
Ce n’est que relativement tard, à savoir dans le courant de la seconde moitié du , que l’on trouve des écrits en langue thioise.
Jusqu'à la fin du , la littérature néerlandaise, comme dans le reste de l'Europe occidentale, était presque exclusivement orale. Les textes scientifiques et religieux ont été écrits en latin. En fait, les textes survivants de cette période sont assez rares. Aux , la plupart des œuvres littéraires étaient des romans de chevalerie ou des hagiographies écrites pour des clients aristocratiques. Ce n'est que depuis la fin du que la littérature est devenue de plus en plus didactique, le groupe cible principal n'étant plus la noblesse, mais la bourgeoisie.
Les contrées limitrophes de la sphère d'influence francophone étaient les plus susceptibles d'en subir l'impact, ce qui est une des causes pour lesquelles la plupart des œuvres transmises de l'époque du Haut Moyen Âge ont été écrites au Limbourg, en Brabant et en Flandre – la richesse plus grande des villes des Pays-Bas méridionaux par rapport aux Pays-Bas septentrionaux en étant une autre.
Hebban olla vogala
L’essentiel de ce qui nous reste du vieux néerlandais sont des mots isolés. Il n'y est pas vraiment question de textes cohérents. Dans un vœu de baptême d'Utrecht, datant du , on lit : (« Croyez-vous en Dieu, le Père tout-puissant ? »). Puis il y a aussi une source remontant au , connue comme les (les Psaumes de Wachtendonck) dont le manuscrit original est perdu, mais dont des copies d’une partie de son contenu nous offrent tout de même quelques fragments de vieux néerlandais. À part ces textes, il y en a d’autres qui sont encore plus vieux : il s'agit de quelques fragments néerlandais (ou vieux bas francique) de la loi salique du . La formule suivante, utilisée pour affranchir un serf, est considérée comme la plus ancienne phrase en néerlandais :
(« Je te dis, serf : je te donne ta liberté. »)
Le premier vrai texte littéraire en néerlandais remonte à la fin du : la célèbre « » :
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hebban olla vogala nestas hagunnan hinase hic enda thu wat unbidan we nu (« Tous les oiseaux ont commencé leur nid sauf toi et moi. Qu'attendons-nous donc ? »)
Figure-clé : Hendrik van Veldeke Le premier auteur dont on connaît le nom est Hendrik van Veldeke. Il a vécu dans la région de la Meuse et a joué un rôle majeur dans l'histoire de la littérature de langue allemande. Sans doute, sa langue maternelle était un dialecte de transition, et, de ses œuvres, une partie est transmise dans différentes versions. Van Veldeke a écrit l’hagiographie , sur la vie de saint Servais, vers 1170 ; puis, un roman d’Énée (vers 1175) qui s'inspire de l'Énéide classique, et de la poésie d'amour courtois dans le style des troubadours provençaux.
Parmi les œuvres de Van Veldeke, la biographie du saint est la seule à avoir été transmise en version moyen-néerlandaise. Ses autres travaux, le roman d’Énée et ses poèmes d'amour sous forme de chansons, ne sont conservés qu’en moyen haut-allemand.
Les récits profanes Romans précourtois thumb|Frontispice d’une édition de la fin du Moyen Âge de .
Les premiers romans de chevalerie apparaissent dans la région de la Meuse. Quelques exemples notables : le Floyris de Trèves, l’Aiol limbourgeois et le Tristan bas francique. Bien qu'à cette époque, le comté de Flandre ait été très en avance sur d'autres régions des Pays-Bas, il fallait attendre jusqu'au pour voir paraître le premier roman de chevalerie en langue vernaculaire. Un des rares romans de la Hollande, avant 1300, est une adaptation de Perceval dont seuls quelques fragments ont survécu.
Les romans de chevalerie n'étaient pas des « romans » au sens moderne, mais de longs poèmes rimés en langue vernaculaire. Souvent, il s'agit de traductions du français ou de l'anglais. Les romans racontent des histoires de guerriers courageux et de leur dévouement aux femmes, ou ont été inspirés par les contes de l'Antiquité classique et de l'Orient. Appartenant à des sphères culturelles variées, les poèmes chevaleresques en moyen néerlandais ne relèvent pas tous d’un même esprit. Les thèmes principaux permettent de distinguer quatre types de romans de chevalerie.
Les romans carolingiens où Charlemagne joue le rôle central – ce qui est le cas de , la chanson de Roland ou ou le - appartiennent à une culture précourtoise. On peut également citer, dans le même genre, le et Floovent (Chlodowing, fils de Clovis). Souvent, ces romans offrent une image des mœurs des Francs.
Le protagoniste, Charlemagne, est entouré de vassaux parfois fidèles, parfois infidèles. est sans doute une œuvre originale. Les autres romans de ce type sont, en général, des adaptations de modèles français (chansons de geste, res gestae ; en néerlandais : ou ). Leurs auteurs demeurent dans l'anonymat.
Autres romans
Les autres romans de cette ère, bien que produits vers la même époque que les précédents, trouvent leur origine dans un développement ultérieur de la vie sociale, et représentent une chevalerie plus civilisée, dotée d'une culture courtoise qui implique de bonnes manières et le vasselage d'amour, à comprendre comme un grand respect pour les femmes dans la société. Le courant spirituel courtois est né en Provence et a ensuite fait son chemin vers le nord. Les romans en moyen néerlandais empruntent, ici aussi, aux modèles français, ou puisent parfois leur inspiration dans des ouvrages latins.
Selon la matière traitée, elles se subdivisent comme suit.
Les romans classiques
Les romans classiques sont des récits aux couleurs particulièrement médiévales, plein d’anachronismes. D’anciens héros classiques, comme Énée, les Troyens ou Alexandre, y sont représentés comme des chevaliers courtois et distingués. Hendrik van Veldeke écrivit ainsi son , achevé avant 1190 et transmis dans une version en moyen haut-allemand, raison pour laquelle on a parfois contesté l'assertion, généralement acceptée, que le roman avait été rédigé, à l'origine, en moyen néerlandais. Aussi loin dans le temps qu’au milieu du , Jacob van Maerlant écrivit les (gestes d'Alexandre) et l’ (l’histoire de Troie).
Les romans celto-britanniques
Les romans celto-britanniques ou anglo-saxons sont des récits qui se déroulent dans une Bretagne imaginaire. Les thèmes développés sont ceux du roi Arthur (un dirigeant des Britanniques au et ses chevaliers de la Table ronde, et le Graal (la coupe ou le calice de la Cène, conservé au château du Graal).
Un ouvrage original de ce genre est le (Gauvain), commencé par Penninc et complété par Pieter Vostaert. Le roman de Ferguut est également reconnu pour ses grandes qualités.
Les romans orientaux
Les romans dits « orientaux » incorporent des éléments que l'on pourrait qualifier d’orientalistes, provenant de Byzance, d'Arabie, de Babylone et d'Italie. Ils sont plus intimes que les précédents : les aventures progressent dans le contexte de l’amour (). Le chef-d'œuvre du genre est . Du , adaptation de Partonopeus de Blois, ne subsistent que des fragments.
Fables et épopées animales
À l'instar des fabulistes de l'Antiquité, le Grec Ésope et le romain Phèdre, qui attribuent des qualités humaines aux animaux, les auteurs des Pays-Bas écrivaient des œuvres de même esprit. Calfstaf et Noydekijn ont remanié le matériel de ces auteurs de l'Antiquité pour créer leur propre (vers 1250). En dehors des fables se développe un autre genre : celui de l'épopée animale. Le beau poème parodie un peu la poésie épique chevaleresque.
Van den vos Reynaerde thumb|right|260px|Le Roman de Renart, illustration dans un manuscrit français de 1300 environ. Van den vos Reynaerde (par , Willem qui faisait ) est un point culminant de la littérature en moyen néerlandais. Ce poème, d'environ 1260, se moque ironiquement des genres épiques, illustrés par les romans d'Arthur et de Charlemagne, en mettant sur scène, comme personnages, des animaux. Reinaert, un renard rusé, réussit à manipuler les autres animaux figurant dans un univers féodal. est un des rares ouvrages en moyen néerlandais traduits en latin (et non vice-versa, ce qui était plus souvent le cas). Le livre aurait été écrit au par un certain Willem, de qui on mentionne, dans les premières lignes, un autre ouvrage : Madocke. Madocke est un terme général pour les romans de chevalerie. Une autre indication, permettant d’identifier l’auteur, est l’acrostiche, formé par les derniers vers, qui se lit comme « » (par Willem). Selon Jacob van Maerlant le poète flamand Willem van Hulst aurait écrit, vers l'an 1200, une histoire, Le voyage de Madoc (), basée sur la vie du gallois (). Un autre auteur à qui on peut attribuer ce roman de Renard est Willem van Boudelo, alias Willem Corthals. Ce Reynaert moyen néerlandais emprunte au premier livre du Roman de Renart français, Le Plaid, écrit vers 1160 par Perrout de Saint Cloude.
Développements ultérieurs et autres genres
Encore aux , la plupart des genres mentionnés ci-dessus étaient pratiqués, ne fût-ce qu'adaptés au goût de l'époque. En outre, de nouveaux romans chevaleresques ont vu le jour, tels que , une histoire tragique d'amour courtois, et . Un roman allégorique est , qui est une adaptation du Roman de la Rose, par Hein van Aken. Outre ces volumineux ouvrages, des plus courts entraient en vogue : les , genre de fabliau, où on ridiculise surtout les classes inférieures, et des Proverbes (histoires sérieuses).
Diffusion de la littérature après l’invention de l’imprimerie
Par l'invention de l'imprimerie en Occident, les récits ont été mis à la portée de tous. Les vieux romans chevaleresques ne convenant plus à cette forme, certains ont été adaptés en prose. Ces ouvrages en prose, qualifiés plus tard de populaires, sont parfois entremêlés de morceaux en vers, selon la technique de l'époque. En outre, sous cette même forme étaient remaniés beaucoup de travaux écrits dans d'autres langues. De pareils romans en prose sont : et .
Les récits spirituels