La collégiale Notre-Dame-des-Anges de L'Isle-sur-la-Sorgue est une ancienne collégiale située à L'Isle-sur-la-Sorgue dans le département de Vaucluse. Elle est la principale église catholique de la ville et également un de ses plus beaux monuments, classée monument historique depuis le . Elle a connu de nombreuses modifications mais est surtout réputée pour sa riche décoration intérieure du qui rappelle celle des églises italiennes.
Historique Nous savons peu de choses de l'édifice roman ayant précédé, qui fut érigé en collégiale le par l'évêque de Cavaillon. Au milieu du , on cherche à l'agrandir en reconstruisant le chœur, mais en 1547 les consuls de l'Isle sont bien obligés de constater que l'édifice menace ruine et font établir divers projets.
Aucun ne verra le jour jusqu'en 1640, où l'écroulement du chœur, mal réparé dix ans auparavant, oblige à sa reconstruction complète à l'identique.
Immédiatement après, un nouveau projet de reconstruction totale de la nef est lancé ; une adjudication a lieu en 1645, sur les plans de l'architecte avignonnais François de Royers de la Valfenière. Restée infructueuse, l'adjudication est reprise en 1647, les travaux débutent enfin et durent au moins jusqu'en 1668 ; à cette date, l'édifice est achevé, mais reste couvert d'une voûte de bois. Ce n'est qu'en 1670 que la générosité d'un membre du chapitre, le prévôt de Casal, permit de la remplacer par une voûte de pierre.
La nouvelle église, placée sous le titre de Notre-Dame des Anges et le patronage de l'Assomption, est enfin consacrée le .
Le gros-œuvre achevé, des travaux considérables d'embellissement eurent lieu jusqu'au début du , et l'église s'enrichit même encore sous la Révolution, recevant les dépouilles - boiseries, tableaux et statues - de couvents de l'Isle supprimés en 1791.
Le bâtiment est classé au titre des monuments historiques depuis le .
Architecture Le plan de l'édifice est très simple : une vaste nef unique de six travées, flanquée de chaque côté de chapelles latérales non communicantes placées entre les contreforts, et greffée sur un chœur bien plus étroit - mais cette disparité s'explique par la différence d'époque entre ces deux parties.
La façade est scandée de deux niveaux de pilastres et colonnes engagées, séparés par un entablement très saillant. L'ensemble, dans sa superposition dorique - ionique, est riche mais austère. L'axe central, où s'ouvre la porte principale dans un arc en plein cintre, est marqué par le ressaut des colonnes et un fronton triangulaire sommital limité à la travée centrale. Une balustrade encadrée de bases sommées de boules couronne la façade et donne à l'ensemble un aspect extrêmement romain.
L'ordonnance intérieure est rythmée de grandes arcades en plein cintre, où s’ouvrent les chapelles latérales surmontées de tribunes elles-mêmes couvertes d'arcades identiques. De hauts pilastres séparent les travées, mais curieusement ils ne portent aucun entablement, recevant directement la retombée des arcs doubleaux des voûtes. L'horizontale se trouve ainsi marquée simplement par l'alignement des balustrades des tribunes.
Le voûtement sur croisée d'ogives renforce ainsi les similitudes entre Notre-Dame-des-Anges et l'église de l'ancien collège des Jésuites de La Flèche (Sarthe), conçue par Etienne Martellange dont on sait que l'œuvre a marqué La Valfenière.
Intérieur Le visiteur est frappé d'entrée par la luxuriance du décor de la nef.
Le chœur Le chœur ouvre sur la nef par un arc triomphal en plein cintre et comprend une travée et une abside à sept pans. Toute l'abside est occupée par un grandiose retable et une boiserie semi-circulaire du entièrement dorés et richement sculptés. Le retable est composé de deux colonnes torses et cannelées encadrant un tableau de Reynaud Levieux représentant l'Assomption de la Vierge, peint à Rome en 1680. Ces colonnes supportent une arcature finement sculptée sur laquelle reposent deux anges. L’arcature est elle-même surmontée d'un fronton triangulaire en retrait, supportant deux autres anges encadrant une statue de la Vierge.
La boiserie semi-circulaire comporte, de chaque côté du retable, deux compartiments délimités par des colonnes engagées sur doubles stylobates. Chaque compartiment est creusé d'une niche abritant une statue. On reconnaît de gauche à droite : Saint Laurent avec un grill, saint Pierre avec les clés du royaume des cieux, saint Pancrace et saint Paul avec le glaive instrument de son martyre. L'ensemble - retable et boiseries - a été offert par le prévôt de Casal. Le prix-fait de cet ouvrage n'est pas connu ; cependant, étant donné qu'un ensemble relativement similaire et à peu près contemporain se trouve dans le chœur de la basilique Saint-Pierre d'Avignon, François Souchal estime qu'il s'agit du même concepteur à savoir l'architecte François de Royers de la Valfenière.
Le maître-autel, de style rocaille, est en marbre polychrome. Le tabernacle est surmonté d'un baldaquin à colonnes. À chaque extrémité de l'autel un ange en marbre de Carrare est agenouillé.
Les statues allégoriques Outre les peintures en faux marbre des pilastres et arcs, on remarque surtout la longue série de personnages féminins assis ou allongés dans les écoinçons des arcades des chapelles latérales, qui sont toutes des allégories des Vertus de la Vierge, identifiables par les objets ou instruments qui les accompagnent. Cette mode est incontestablement venue de Rome et contribue puissamment à l'aspect italien de l'édifice. Ici, ce décor dû au ciseau du sculpteur avignonnais Jean Péru a été mis en place à partir de 1688. Ces allégories avaient été codifiées par Cesare Ripa dans un célèbre traité d'iconologie, traduit en français par Jean Baudouin dès le début du . Ainsi côté nord et en partant du chœur on observe les figures suivantes : : a- Elle presse son sein d'une main et tend une coupe de l'autre : c'est la Charité. b- Elle tient une ancre : c'est l'Espérance. : c- La Justice : elle tient une balance et les faisceaux de licteur sont les attributs de la Justice. d- La Prudence : elle tient un miroir à la main et un serpent s'enroule autour de son autre bras. : e- La Paix ou la constance : elle tient un livre en forme de rouleau (certains estiment qu'il s'agit plus probablement d'un fût de colonne). f- La Tempérance : elle tient sur ses genoux un mors de cheval qui permet de freiner la fougue de l'animal et dans la main droite une paire de lunettes, invitation à mieux observer avant d'agir. : g- L'Autorité : elle tient deux clés et s'appuie sur deux livres ouverts. h- La Religion : elle tient à la main un calice, attribut de la Foi ou de la religion. : i- La Virginité : elle serre dans ses bras une licorne qui selon la croyance ne pouvait être capturée que grâce à une vierge. j- La Chasteté : elle agite une discipline, instrument de pénitence, et porte un crible sur lequel se perche une tourterelle. : k- La Foi chrétienne : elle tient une croix et un livre. L'autre écoinçon n'est pas décoré d'une figure allégorique des vertus, mais d'un simple angelot.
De même, côté sud et en partant également du chœur on observe les figures suivantes : : v- La Sapience divine : la vertu, tête casquée, poitrine nue, tient de la main droite un bouclier et de la gauche le Livre de Sapience avec les sept sceaux surmonté de l'agneau ; ce livre fermé signifie que les jugements de la Sapience sont cachés aux hommes. u- L'Amour divin : elle porte une couronne et un sceptre avec sur sa poitrine un soleil rayonnant. : t- La Justice divine : ses pieds reposant sur un globe terrestre, elle tient de la main droite une épée et de la gauche une pomme, le fruit défendu, symbole du pêché. s- La Perfection : une femme aux traits calmes et sévères se penche sur un cercle, le compas à la main. : r- La Libéralité : elle tient une croix et une corne d'abondance. q- La Miséricorde : elle tient une palme et derrière elle se tient un oiseau. : p- La Bonté : elle foule aux pieds un diadème. o- La Bénignité : Une flamme éclaire son front pour exprimer son ardeur à faire le bien, elle tient dans la main droite une bourse pleine pour indiquer la distribution des largesses et touche de la main gauche la tête d'un éléphant, animal qui sert de guide dans la brousse. : n- La Patience : elle a les mains liées par un carcan, les pieds enchaînés et jette un regard éploré vers le ciel. m- L'Innocence : elle couronne un agneau. : l- L'Humilité ou la modestie : Elle a les mains jointes et les yeux baissés
Le chœur s'orne de boiseries formant un immense retable, dont on a maintes fois signalé les similitudes avec celui de l'église Saint-Pierre d'Avignon. De part et d'autre du grand tableau central de l'Assomption, peint à Rome en 1680 par Reynaud Levieux, on trouve des statues de saint Pierre portant les clefs, saint Laurent et son gril, saint Paul et son épée, ainsi que saint Pancrace. vignette|L'église de L'Isle-sur-la-Sorgue. Les chapelles latérales Les chapelles latérales sont toutes ornées de riches boiseries et décorées d'œuvres d'art diverses. Du côté nord et en partant du chœur on rencontre les chapelles suivantes :
du Saint-Esprit : le retable a été sculpté en 1664 par Benoît Gilibert, menuisier au Thor ; en son centre une copie exécutée par Vial en 1711 d'un tableau de Lebrun représentant La Descente du Saint Esprit sur les apôtres (la Pentecôte). Sur les parois latérales décorées de boiseries dorées figurant des pilastres, des cornes d'abondance et des guirlandes, se trouvent quatre médaillons de qualité médiocreD'après l'abbé Jalat (op.cit., p.32), le Conseil de fabrique décida peu avant son arrivée (1844) de faire remplacer les tableaux d'origine par des copies modernes, ce qu'il regrette fort : "ce que nous avons sous les yeux n'est pas supportable" représentant des sujets empruntés à la vie de Jésus-Christ : à gauche saint Pierre reçoit les clefs et Jésus lave les pieds de Pierre ; à droite saint Thomas met la main dans la plaie de Jésus et les disciples d'Emmaüs assistent à la fraction du pain. de la chaire ou de la congrégation des filles : le retable vient de la chapelle du couvent des Ursulines. Dans cette chapelle classée monument historique se trouvent trois tableaux de maîtres : Au centre du retable la Présentation de Jésus au temple, œuvre parisienne de Nicolas Mignard (1665), à droite Présentation de la Vierge au Temple abusivement attribué à Simon Vouët, à gauche la Nativité du Christ de Pierre Parrocel (1707). de Sainte-Madeleine : L'autel est sculpté par Antoine de Sarrians. Au-dessus de l'autel un tableau de Pierre Parrocel datant de 1707 représente le Christ apparaissant à Madeleine ou Noli me tangere. À droite une statue couchée de l'illustre pécheresse la représente tenant dans sa main gauche un crâne qu'elle appuie sur sa jambe ; au-dessus un tableau de Philippe Sauvan représente L'Apothéose de sainte Élisabeth de Hongrie et de saint François d'Assise. À gauche un bas relief en stuc représente la résurrection de Lazare, frère de Marie Madeleine ; au-dessus un tableau représentant Saint François Xavier prêchant aux indiens par un auteur inconnu.