Le jardin archéologique de l'hôpital est un jardin public situé à proximité de l'hôpital Robert-Bisson, à Lisieux en France, dans le département du Calvados (Normandie). Les vestiges gallo-romains exposés ont été dégagés lors des fouilles archéologiques dirigées par Claude Lemaître et effectuées de 1978 à 1985 et comprennent un édifice thermal et un édifice privé ; les archéologues ont pu retracer l'histoire de ce quartier du au .

Lors des fouilles fut découvert un décor peint riche et d'une grande qualité, . Les représentations figurées similaires à celles découvertes sur le site sont exceptionnelles, moins de six ensembles de cette qualité étant connus pour la Gaule au milieu des années 1990.

Historique de la découverte Lors de la construction de la chaufferie du nouveau centre hospitalier Robert-Bisson, en février 1967, des vestiges importants de constructions romaines furent découverts de manière fortuite mais non conservés, sauf deux autels et des éléments sculptés dégagés à l'occasion de fouilles d'urgence et de relevés effectués en février-mars. Cette fouille permet hélas de .

Du fait de la découverte d'un gros bloc de pierres et d'éléments sculptés, les fouilleurs pensent tout d'abord à un bâtiment public. Dès ce moment, des fragments significatifs d'enduits peints de qualité supérieure à ce qui avait été déjà retrouvé dans la région furent découverts, dont des fragments d'enduits rouge pompéien et d'autres éléments ayant appartenu à des panneaux décoratifs particulièrement élaborés. Les premiers éléments de céramique découverts à cette occasion dataient du et du début du .

thumb|alt=Vue générale du jardin avec un banc et à l'arrière-plan les haies végétales de localisation des murs des thermes|left|Vue du jardin en 2010.

Claude Lemaître peut effectuer quelques observations en janvier 1971. Des sondages sont effectués en 1977 sur un terrain voisin.

Des fouilles sont effectuées à proximité en 1978-1979 pour l'édifice privé et en 1978-1982 pour l'édifice thermal. Les campagnes de fouilles, soutenues financièrement par l'Association pour les fouilles archéologiques nationales, se poursuivent jusqu'en 1984-1985 et sont menées par Claude Lemaître et Michel Batrel.

La protection des vestiges bénéficie alors du soutien de la ville de Lisieux et du département du Calvados. Les vestiges de peintures sont confiés pour étude et restauration au centre d'étude des peintures murales romaines de Soissons. Les chercheurs trient environ dix tonnes de gravats, le résultat en est la connaissance de presque 25 panneaux d'enduits peints.

Cependant Alix Barbet signale en 2008, à propos de la fouille de la villa, qu'elle n'a jamais été publiée. Actuellement le site est un jardin public peu fréquenté, à proximité immédiate du centre hospitalier. Les vestiges de murs de l'habitat ont été consolidés alors que l'emplacement des diverses pièces des thermes est matérialisé par des haies de faible hauteur. Cette découverte en fait cependant l'habitat gallo-romain le plus important connu dans la ville.

Localisation du site dans l'agglomération antique thumb|alt=Croquis des vestiges dégagés, thermes et villa|Croquis des vestiges antiques du jardin de l'hôpital.

La cité de est située à de la mer. Capitale du peuple gaulois des Lexovii, le lieu d'installation était situé au lieu-dit « Le Castellier », à au sud-ouest de la ville, doté d'une enceinte fortifiée de . Établie sur le site actuel de Lisieux, la cité gallo-romaine est dotée de l'apparat monumental dont des bâtiments publics, parmi lesquels amphithéâtre, temples, édifices municipaux et thermes. Le site est localisé dans la cité antique, à la charnière entre l'habitat dense et la campagne et à la limite orientale de l'agglomération gallo-romaine. Il est proche de la voie menant à Mediolanum Aulercorum, l'actuelle Évreux, et Juliobona, l'actuelle Lillebonne.

thumb|left|alt=plan général de Lisieux à l'époque romaine|Plan de Lisieux antique et localisation des vestiges : le site des thermes et de la villa est au .

Le site est tout d'abord occupé par un habitat ténu au début du . La villa est bâtie à la fin du tandis que le bâtiment qui sera celui des thermes est bâti au début du ; à l'emplacement des thermes masculins un artisanat métallurgique existait, dont la présence est attestée par la découverte de mâchefer. Cette construction destinée à être une habitation était pourvue d'un décor initial peu connu du fait des profondes modifications liées au changement d'affectation.

Une voie de de large séparait les thermes et la villa. Le site fait dire que la cité des Lexovii a eu un plan orthogonal au moins à partir de l'époque flavienne. Le site du quartier était proche du de la cité et alimenté par deux aqueducs semi-enterrés. L'un des aqueducs était plus ancien que le deuxième, mais daté d'une période tardive au ; la source en eau se trouvait à proximité de Glos, à de Lisieux.

Description de l'habitat privé Le bâtiment comprenait peut-être un étage et une cinquantaine de pièces.

thumb|alt=Vue du four du de la villa depuis la cour|Vue des éléments du des thermes privés de la villa.

Huit salles seulement, préservées de la destruction de la fin des années 1960, ont été intégralement dégagées lors des fouilles de 1978-1979 et sont connues. Quatre d'entre elles étaient reliées par un couloir et quatre communiquaient entre elles. Les autres, situées à proximité du chantier, ont été gravement endommagées. Trois pièces de la villa ont livré un décor peint.

Premier groupe de salles thumb|left|alt=Foyer d'une cuisine de la villa|Foyer de l'une des cuisines.

Ce groupe comprenait deux cuisines avec foyer et l'une au sol en terre battue. La sole du four était bien conservée. Le mur était pourvu d'un enduit blanc. L'autre cuisine était munie d'un foyer posé sur un soubassement et peut-être munie d'un tourne-broche.

Les deux autres pièces, destinées à recevoir, étaient pourvues d'un riche décor de peintures murales dont l'une, d'au moins avait un décor de poissons sur fond bleu, dont deux sont très bien conservés. La pièce avait le sol maçonné et couvert de dalles calcaires.

L'autre pièce, chauffée par hypocauste et mesurant sur , au sol de plancher, avait son plafond peint et voûté, couvert de cercles à motifs de fleurons stylisés rouge ocre et vert foncé. Le ou système de chauffage de l'hypocauste, en brique, est particulièrement bien conservé.

Second groupe de salles thumb|alt=Vue des pièces conservées de la villa, à droite la rue la séparant des thermes|Vue des pièces conservées de la villa, à droite la rue la séparant des thermes.

Une cuisine, au sol de terre battue, a été identifiée par les fouilleurs dans ce groupe. Lors des fouilles, des déchets culinaires parmi lesquels des coquilles d'huîtres, de moules, des arêtes de poisson ont été retrouvées.

Une grande pièce possédait un sol de calcaire, les murs étaient peints en rouge vif dans leur partie inférieure. La partie supérieure possédait peut-être une frise.

Une petite pièce comportant un hypocauste avait également un décor peint de fleurs et d'arcatures sur un fond blanc. Un fragment de sculpture de queue d'animal marin a été découvert dans cette pièce.

Description de l'édifice thermal

Les thermes étaient initialement un édifice d'habitation et la transformation questionne le fouilleur, qui évoque les deux hypothèses d'un acte d'évergétisme envers la cité ou plus simplement l'ouverture d'une installation privée.

Les archéologues ont identifié des thermes dont une partie était destinée aux hommes et l'autre aux femmes selon le modèle des thermes doubles, mais cette division reflète le dernier état de la construction. Les pièces se distribuaient selon un plan rayonnant et non une enfilade linéaire, du fait des aménagements successifs, ont pu en être étudiés.

Le complexe thermal s'ouvrait sur une palestre de au sol en terre battue. Au nord se trouvait un portique et à l'ouest un aqueduc. Le portique avait comme objet de donner un aspect monumental au complexe.

Les thermes étaient entièrement peints. L'étude des peintures a permis de poser des hypothèses quant à certaines parties des élévations, niches et plafonds voûtés.

Thermes féminins thumb|alt=Vue générale du jardin, avec l'emplacement des thermes|Vue générale du jardin, avec l'emplacement des thermes.

Le plan des thermes féminins n'est pas le schéma classique , , , mais organisé selon une dont la fouille a livré des bijoux de pacotille. Ces objets féminins ont permis l'identification du lieu par le fouilleur. Six pièces ont révélé un décor peint. Quinze pièces ont été identifiées parmi lesquelles une piscine froide, un , un et surtout, pièce la plus riche en découvertes, un .

Piscine froide

La piscine froide possédait deux niveaux. Elle fut aménagée à l'emplacement d'une cour. L'évacuation de l'eau se faisait par un caniveau en bois. Les dalles de calcaire ont totalement disparu. La disposition de la piscine tient compte d'un rôle dans une double circulation. Une autre pièce de était peut-être une seconde piscine, au sol et aux murs couverts de marbre blanc et vert.

Le ou bain chaud, d'une surface de , est l'une des pièces les mieux conservées. Elle était pourvue d'une voûte qui conservait l'empreinte des tubulures trouvées en grand nombre, brisées ou intactes, lors des fouilles. Le sol conservait encore des éléments de sol () et de dalles de calcaire blanc, des fragments de marbre vert et mauve y ont été également retrouvés.

Elle avait un décor peint orné de fleurs et de motifs géométriques ainsi qu'un placage de marbre vert et violet. L'ordonnancement du décor en est peu connu, même si Alix Barbet évoque des édicules, des barrières et une niche. Le décor géométrique de la voûte a été restitué et possédait une palette de couleurs riche.

thumb|alt=sol effondré du bain chaud des thermes d'Entrammes dans la Mayenne|Bain chaud au sol dit effondré dans les thermes gallo-romains d'Entrammes.

Le ou système de chauffage était situé à l'angle nord-ouest du et s'ouvrait sur une cour de service.

Le ou bain tiède, d'une surface de ou , était aménagé dans un et doté d'un chauffage par hypocauste. L'aménagement a été daté de la première moitié du , mais remanié dès la fin du siècle ou au début du .

La moitié des 130 pilettes était assez bien conservée et le sol en était constitué de dalles de calcaire dont certaines étaient effondrées. Une banquette possédait des canaux destinés à évacuer les fumées, et du fait de l'absence de tubulures sur tous les murs, les fouilleurs ont identifié la pièce comme la salle tiède.

Les peintures y couvraient dont ont été retrouvés, pour une hauteur d'au moins .

Thermes masculins Cette partie de l'édifice est mal connue car détruite dès l'époque médiévale. Elle était ornée également de peintures.

Certaines parties en ont été identifiées cependant, dont un ensemble de pièces froides de minimum, une piscine chaude de et deux hypocaustes endommagés. En outre les fouilleurs ont dégagé un hypocauste à 30 pilettes trouvées dans un état de conservation médiocre ; cependant des éléments de décor peint à motifs géométriques et végétaux y ont été trouvés.

Décor peint remarquable Peintures de la villa

Deux poissons, peut-être des maquereaux, sont représentés tête-bêche et pris dans des filets. Cette fresque est conservée sur une surface de sur . Le décor peint à motifs de poissons sur fond bleu est traité de manière originale à Lisieux et constitue un exemple unique en Gaule ; il ne peut être daté avant le milieu du .

Le couloir mesurait au moins six mètres de longueur. La hauteur de ce couloir a été estimée au minimum à quatre mètres et était proportionnée aux bâtiments des thermes tout proches. Le couloir avait le sol couvert d'un parquet.

Les murs du couloir étaient peints (Florence Delacampagne) dans sa partie inférieure, haute d'environ deux mètres, la partie supérieure étant occupée . Ce fond blanc permettait d'éclaircir un local peu éclairé.