Le Maître de Coëtivy est un maître anonyme enlumineur et un peintre de panneaux actif dans la seconde moitié du à Paris. Il doit son nom au premier manuscrit qui lui a été attribué, les Heures de Coëtivy. Il est généralement identifié à Colin d'Amiens (de son vrai nom Nicolas d'Ypres), le fils d'André d'Ypres, le probable Maître de Dreux Budé.
Constitution du corpus et style
L'historien de l'art Paul Durrieu est le premier à isoler le style de ce peintre au sein du livre d'heures de la bibliothèque de Vienne destiné à Olivier de Coëtivy et sa jeune épouse, Marie de Valois, fille naturelle de et d'Agnès Sorel. En le rapprochant d'autres manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, il le désigne sous le nom de convention de Maître des Heures de Coëtivy de Vienne. Il décèle dans ce livre d'heures français un style inspiré de l'art des primitifs flamands. Il se caractérise par des compositions organisées par plans s'échelonnant par plans successifs avec en fond la présence fréquente de murailles aux tours évasées, des personnages trapus aux visages souvent prognathes. Ce style est souvent très proche de celui du Maître de Dreux Budé. Son activité a peu à peu été élargie par Nicole Reynaud à la peinture sur panneau et à la réalisation de cartons pour la tapisserie ou les vitraux.
Identification à Colin d'Amiens Dès 1921, Paul Durrieu propose d'identifier le maître anonyme à Henri de Vulcop, le peintre officiel de Charles de France d'origine flamande mais aucune œuvre de lui n'est encore conservée et les textes indiquent qu'il est plus actif dans le Val de Loire alors que le Maître de Coëtivy intervient essentiellement à Paris. En 1993, Nicole Reynaud propose d'identifier le maître anonyme à Colin d'Amiens, fils d'André d'Ypres dans lequel elle voit le Maître de Dreux Budé tandis que le Maître d'Anne de Bretagne serait son fils Jean d'Ypres. Colin d'Amiens suit son père depuis cette ville pour s'installer à Paris vers 1445. En 1479, il est déclaré dans un acte notarié . Cette identification se voit confortée par la découverte en 1996 d'un acte notarié précisant que Colin d'Amiens est l'auteur du patron d'un groupe sculpté représentant la Mise au tombeau encore conservée dans une église de Malesherbes. Cette sculpture présente de nombreuses similarités avec la Résurrection de Lazare du Louvre. Cette identification est par ailleurs corroborée par la présence, dans une miniature attribuée au maître de Coëtivy, d'une représentation très précise de la cathédrale d'Amiens et le caractère amiénois de certaines prières dans ses livres d'heures, attestant d'une origine picarde du peintre, tout comme Colin d'Amiens.
Plusieurs documents attestent de l'activité de Colin d'Amiens à Paris : en 1461, il participe aux travaux pour les obsèques de Charles VII, à la cathédrale Notre-Dame de Paris et à l'abbaye de Saint-Denis, aux côtés de Jacob de Litemont et Jean Fouquet notamment. En 1464, il est payé pour avoir peint les bannières de trompettes de Louis XI pour son voyage dans les villes de Picardie. En 1474, il fournit un patron pour les joyaux d'orfèvrerie de la Fête-Dieu de l'hôpital Saint-Jacques-aux-pèlerins. En 1481, il fournit un patron pour la statue de Louis priant sur son tombeau de l'église Notre-Dame de Cléry (à la place du premier projet proposé par Jean Fouquet). Il est encore payé en 1488 pour le patron d'un bâton toujours pour l'hôpital Saint-Jacques-aux-pèlerins. D'autres documents montrent qu'il paie le cens de la paroisse Saint-Merri pour une maison neuve rue Quincampoix en 1479 et qu'il est présent auprès de sa mère au Grand Châtelet pour la vente d'un terrain dans le Beauvaisis. Il s'agit d'une figure majeure des arts à Paris dans la seconde moitié du et rayonnant sans doute au-delà. L'un des fils de Jean Fouquet, appelé Maître du Boccace de Munich, montre une influence du maître parisien et a peut-être été formé chez lui.
Colin d'Amiens a eu neuf enfants, dont trois ont été peintres : Jean d'Ypres (mort en 1508) devient maître juré du métier de peintre à Paris en 1504, et qui pourrait être identifié au Maître d'Anne de Bretagne, Louis, qui est aussi peintre à Paris, peut-être dans l'atelier de son frère aîné et enfin Nicolas Dipre, qui s'installe à Avignon au moins à partir de 1495 et actif sur place peut-être jusqu'en 1531.
Œuvres attribuées Manuscrits thumb|Miniature tirée de la Consolation de la philosophie, J. Paul Getty Museum. Une trentaine de manuscrits lui sont attribués au total, parmi lesquels : Heures de Coëtivy, pour Olivier de Coëtivy et sa femme Marie de Valois, Bibliothèque nationale autrichienne, Vienne, Cod.1929 Notice de l'ONB Miniatures découpées d'un manuscrit de Boèce, Consolation de la philosophie, vers 1460, J. Paul Getty Museum, Ms.42 Heures de Rivoire, vers 1465-1470, Paris, Bibliothèque nationale de France, NAL.3114 Manuscrit de Boèce, Consolation de la philosophie, traduite en française par Jean de Meun et commentée en latin par Guillaume de Conches vers 1465, à destination de Dreux Budé Paris, BNF, Fr.1098 Livre d'heures à l'usage de Paris, vers 1458-1460, collection particulière suisseNotice sur e-codice Livre d'heures à l'usage de Paris, vers 1470, 9 grandes miniatures, ancienne coll. Haddaway puis Rosenberg, passé en vente chez Christie's le (lot 8)Notice de la vente Christie's Deux miniatures découpées d'un manuscrit de la Consolation de la philosophie, vers 1465-1470, Wallace Collection, LondresNotice de la Wallace Collection Autre manuscrit de la Consolation de la philosophie pour la famille Bissari de Vicenza, vers 1465, Pierpont Morgan Library, New YorkNotice de la Morgan Manuscrit de L'Estrif de Fortune et Vertu par Martin Le Franc, Musée Condé, Chantilly, ms.296 Heures à l’usage de Saint-Jean-de-Jérusalem, vers 1460, Paris, BNF, Lat.1400 Manuscrit de l’Histoire ancienne jusqu’à César et Faits des Romains, vers 1460-65, Paris, BNF, Fr. 64 Manuscrit de la Divine Comédie de Dante pour Charles de France, vers 1460-65, Paris, BNF, Ital. 72 Compendium Romanorum d’Henri Romain, vers 1465-70, Paris, BNF, Fr. 730 Miroir historial (inachevé), Bibliothèque apostolique vaticane, Vat. Reg.Lat.767 Frontispice de La Cité de Dieu, de saint Augustin, traduite par Raoul de Presles, vers 1480, Mâcon, Bibliothèque Municipale, Ms.1 Psautier, Walters Art Museum, Baltimore, W.297
Tableau thumb|La Résurrection de Lazare, Musée du Louvre. La Résurrection de Lazare, Musée du LouvreNotice du Louvre
Cartons et modèles thumb|La Mise au tombeau, Malesherbes. Cartons pour les vitraux de l'église Saint-Séverin de Paris, en collaboration avec le Maître de Dreux BudéNicole Reynaud, « Les vitraux du chœur de Saint- Séverin », Bulletin Monumental. Tome 143, N°1, année 1985. pp. 25-40 Cartons pour les tapisseries de la Guerre de Troie, dont 8 encore conservés (Musée du Louvre, département des arts graphiques)Notice du département des arts graphiques du Louvre pour une série de 11 tapisseries réalisées par les ateliers de Pasquier Grenier de Tournai et offertes à Charles le Téméraire par la Ville de Bruges en 1472 ; aujourd'hui conservées pour deux d'entre elles au Metropolitan Museum of Art de New YorkNotice du Met, 1 au Victoria and Albert MuseumNotice du V&A et 8 au musée de la Cathédrale de Zamora. Cartons pour les tapisseries de la Destruction de Jérusalem aujourd'hui partagées entre le château de Saumur, le Musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon et le Musée du Bargello à Florence modèle pour un groupe sculpté d'Adrien Wincart : La Mise au tombeau, église Saint-Martin de Malesherbes (Loiret)
Voir aussi Bibliographie
Nicole Reynaud, « La Résurrection de Lazare et le Maître de Coëtivy », Revue du Louvre, 1965, n° 4-5, p. 171-182. Nicole Reynaud, « Un peintre français cartonnier de tapisseries au XVᵉ siècle : Henri de Vulcop », Revue de l’Art, 22, 1973, p. 6-21. Nicole Reynaud, « Complément à la "Résurrection de Lazare" du Maître de Coëtivy », Revue du Louvre, 4, 1977, p. 222-224. Nicole Reynaud, « Les vitraux du chœur de Saint-Séverin », Bulletin monumental, 143-1, 1985, p. 25-40.
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. Nicolas Oget. Le Maître de Coëtivy : un cheminement dans la polyvalence du métier de peintre à la fin du Moyen Âge. Michele Tomasi (ed.). Dans le manuscrit et en dehors. Échanges entre l'enluminure et les autres arts (), Études lausannoises d'histoire de l'art (33), Viella, p. 37-57, 2023, .
Articles connexes André d'Ypres Maître d'Anne de Bretagne Maître anonyme
Liens externes
Notes et références
Coetivy Catégorie:Date de naissance incertaine (XVe siècle) Catégorie:Date de décès incertaine (XVe siècle) Catégorie:Peintre anonyme français du XVe siècle Maître de Coëtivy Maître de Coëtivy