Le procès de Louis XVI en et , consiste dans la comparution (-) devant la Convention nationale érigée en tribunal exceptionnel de l'homme qui a été « roi de France et de Navarre » de à , puis « roi des Français » de à . Cette comparution est suivie en des débats à la Convention, puis, à partir du , par le vote (nominal et public) sur le verdict, qui aboutit à la condamnation à mort, prononcée le .
Emprisonné depuis la journée du 10 août 1792, a été déchu de ses titres et fonctions le , date de l'abolition de la royauté en France et de l'avènement de la Première République. Réduit à l'état de simple citoyen, il est officiellement appelé « Louis Capet », en référence à son lointain ancêtre Hugues Capet.
Assez vite se pose à la Convention nationale, assemblée constituante élue en , la question du destin du roi déchu, enjeu de politique intérieure mais aussi de politique étrangère (une condamnation à mort signifiant une rupture symbolique grave avec les autres pays d'Europe). Au terme d'un débat entre Girondins et Montagnards, ceux-ci, notamment Saint-Just, imposent la tenue d'un procès devant la Convention.
Louis doit répondre des accusations de trahison et de conspiration contre l'État, notamment du fait de la découverte de documents compromettants dans l'« armoire de fer » le . Il est défendu par les avocats Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, François Denis Tronchet et Raymond de Sèze.
Commencée le , la comparution prend fin avec la plaidoirie de Raymond de Sèze (). Au cours du mois de , les députés débattent, puis, à partir du , sont invités un par un à exprimer leur choix et à l'expliquer. La condamnation à mort, voulue par la Montagne, l'emporte (de peu : contre 321 pour la détention et 34 pour la mort « avec sursis »), la Plaine (notamment Barère) se ralliant à Robespierre contre les Girondins. Louis est donc guillotiné le matin du .
Le procès de est prolongé en par le procès de son épouse Marie-Antoinette, devant le Tribunal révolutionnaire. Elle aussi est condamnée à mort et exécutée.
Contexte vignette|La salle du manège sous la Révolution. Le procès de est un épisode important de l'histoire de la Révolution française, résultant de l'échec de la monarchie constitutionnelle, qui s'effondre le , puis des conflits entre factions républicaines au sein de l'assemblée élue en , la Convention, mais aussi du conflit entre la Convention et la Commune insurrectionnelle de Paris, dominée par les sans-culottes.
L'échec de la monarchie constitutionnelle Les problèmes politiques du nouveau régime jusqu'à la fuite du roi () Le , reconnaît l'« Assemblée nationale » proclamée unilatéralement le par les députés du Tiers état aux États généraux comme Assemblée nationale constituante.
Dès lors, le pouvoir politique réel est exercé par cette assemblée, ce qui est la source de tensions entre l'assemblée et le roi, entre le roi et les révolutionnaires parisiens, les sans-culottes, et entre l'assemblée et les sans-culottes.
Le premier incident grave est les journées d', qui aboutissent au retour de la famille royale à Paris (au palais des Tuileries) mais aussi de l'Assemblée (salle du Manège).
Les constituants n'arrivent pas à stabiliser la révolution : en choisissant de donner au roi le droit de veto et en instaurant le suffrage censitaire, ils créent deux sources majeures de conflit avec les sans-culottes, appuyés par une fraction minoritaire des députés.
Il en résulte une insécurité générale, qui provoque l'émigration de nombreux nobles, notamment les frères du roi. En c'est le roi lui-même qui décide de quitter (clandestinement) les Tuileries pour se réfugier en province, voire à l'étranger. Cette tentative d'évasion échoue à Varennes-en-Argonne où le roi est arrêté par les autorités municipales, puis remis aux soldats envoyés par La Fayette, commandant en chef de la Garde nationale. Le retour à Paris marque le discrédit dans lequel se trouve désormais.
L'Assemblée décide néanmoins de le maintenir sur le trône.
Dégradation de la situation de à Désormais, le conflit oppose la gauche devenue républicaine (les Jacobins, alliés aux sans-culottes parisiens), et le roi soutenu (sans enthousiasme) par les partisans de la monarchie constitutionnelle (La Fayette et Bailly, maire de Paris).
La journée du semble marquer la victoire de l'Assemblée : après la fusillade du Champ-de-Mars, toute la gauche (Robespierre, Marat, Santerre, etc.) est traquée et obligée de se cacher pour échapper à l'arrestation.
L'Assemblée constituante poursuit ses travaux : en , la constitution est promulguée et l'Assemblée législative élue. Une amnistie est décrétée pour les événements du .
Les conflits politiques entre royalistes, monarchistes constitutionnels et républicains aboutissent à une décision unanime (sauf de la part de Robespierre) qui va être fatale : en , l'Assemblée vote l'entrée en guerre de la France contre « le roi de Bohême et de Hongrie », c'est-à-dire l'empereur (chef du Saint-Empire) François II, neveu de la reine Marie-Antoinette, à la tête des États patrimoniaux de la maison de Habsbourg, couramment appelés : « l'Autriche ».
Les débuts de la guerre sont mauvais pour la France, l'armée étant désorganisée par l'émigration des officiers nobles, mais il en résulte une montée de la colère des sans-culottes parisiens contre le roi considéré comme un traître et contre la reine appelée « l'Autrichienne ».
Le , le palais des Tuileries est envahi par des émeutiers, qui finissent cependant par se retirer.
La situation devient très critique fin : l'armée prussienne (Brunswick), alliés aux Autrichiens, avance vers Paris ; Brunswick lance une proclamation célèbre menaçant la ville de destruction. Mais simultanément a lieu une mobilisation importante de volontaires qui s'engagent pour aller défendre « la Patrie en danger ».
La gauche lance alors un processus insurrectionnel, voulant profiter du passage de centaines de volontaires par Paris, pour mettre fin à la royauté.
Les débuts de la république La journée du 10 août 1792 La journée décisive est celle du , avec cette fois une attaque en règle menée par des gardes nationaux et des bataillons de volontaires. et sa famille peuvent se réfugier dans la salle où siège l'Assemblée législative sous la protection du président Vergniaud. Mais au terme de la Constitution, l'Assemblée ne peut siéger en présence du roi. Un expédient est trouvé en plaçant la famille royale dans la loge du logographe donnant sur la salle, un refuge pour passer les nuits étant trouvé dans les anciennes cellules du couvent des Feuillants situé dans l'enceinte du corps législatif. Dans un dénuement extrême, au soir du , la famille et quelques fidèles s'installent tant bien que mal dans quatre petites chambres, tandis que la séance se poursuit jusqu'à trois heures du matin. Dès le à six heures du matin, ils sont ramenés dans la loge du logographe où ils passeront au total trois journées dans une chaleur étouffante, subissant .
Les insurgés prennent le pouvoir à Paris en installant une Commune insurrectionnelle à l'Hôtel de Ville. La garde nationale de Paris est placée sous le commandement d'Antoine Joseph Santerre.
Face à cette situation, l'Assemblée décrète sur proposition de Vergniaud, non pas la déchéance du roi réclamée par les insurgés, mais la suspension de ses fonctions, ce qui évitait provisoirement le problème de la régence.
Incarcération de la famille royale au Temple L'opposition entre l'Assemblée et la Commune insurrectionnelle se cristallise très vite sur la question du lieu de séjour de la famille royale, le palais des Tuileries étant inhabitable à la suite de la journée du . Aucune décision formelle n'est prise relativement aux statut des membres de la famille, qui vont rapidement se trouver traités comme des prisonniers, sous le contrôle de la Commune de Paris.
En effet, , représentée par son procureur-syndic Pierre-Louis Manuel (1751-1793Mort guillotiné en octobre 1793.), qui est aussi député de la Seine, et accepte leur transfert dans l'enclos du Temple . Ce faisant, elle « livre le roi à ses pires ennemis » (Jean-Christian Petitfils). La Commune de Paris est en effet positionnée beaucoup plus à gauche que la Convention.
Le transfert a lieu dans la soirée du . Les prisonniers sont d'abord installés provisoirement dans la petite tour du Temple, où rien n'est prêt pour les accueillir, en attendant que des travaux d'aménagement de la grande tour soient réalisés. L'entrepreneur chargé des travaux est le même que celui qui a été chargé de la démolition de la Bastille, Pierre-François Palloy.
Ils sont placés sous la surveillance de la Garde nationale de Paris, commandée par Antoine Joseph Santerre (1757-1809), brasseur aisé, leader depuis 1791 des sans-culottes du faubourg Saint-Antoine.
Élection de la Convention et abolition de la monarchie (septembre 1792) La Convention nationale, assemblée constituante remplaçant l'Assemblée législative, est formée à la suite d'élections tenues en au suffrage universel masculin, et non plus au suffrage censitaire. Mais les élections sont marquées par un taux massif d'abstention, qui aboutit à une écrasante majorité de députés républicains, ce qui ne représente pas vraiment l'état de l'opinion dans le pays (Jean-Christian Petitfils).
L'assemblée est cependant divisée, avec deux courants de pensée principaux, les Girondins (Vergniaud, Condorcet, Brissot, Roland), déjà au pouvoir à la fin de la Législative, et les Montagnards (Robespierre, Danton, Marat, Desmoulins), proches du Club des jacobins et des insurgés du (ils ont participé à l'insurrection, notamment Danton). Parmi les Montagnards siège un cousin du roi, le « ci-devant » duc d'Orléans, devenu « Philippe-Égalité », dont le fils, Louis-Philippe, est général dans les armées de la Révolution.
De nombreux députés de province ne s'inscrivent cependant ni dans l'une ni dans l'autre des deux factions, formant ce qui est appelé la Plaine (notamment le député des Basses-Pyrénées, Barère). Ils forment une large majorité des députés, qui va être amenée à arbitrer entre les Girondins et les Montagnards (sous la surveillance de la Commune de Paris et du peuple des sans-culottes).
La Convention se réunit pour la première fois le , jour où a lieu la bataille de Valmy, première victoire notable depuis le début de la guerre.
Le , elle proclame l'abolition de la royauté, faisant de la France une république, à l'instar de la république des Provinces-Unies et de la république de Venise. Cette journée marque ainsi la fin de près de huit siècles de monarchie ininterrompue, la disparition de la monarchie constitutionnelle instituée par la Constitution du 3 septembre 1791, et la naissance de la Première République, premier régime républicain de l'histoire de France. Ainsi, l'an de la République (calendrier républicain) commence à cette date.
La société se désorganise à la fin de l'année 1792, les campagnes s'agitent et les masses urbaines se désintéressent de la politique, d'où l'idée mobilisatrice du procès du Roi.
Louis (XVI) devient un simple citoyen, auquel est attribué le nom de « Capet », surnom du roi Hugues Capet (de à ), à l'origine de la dynastie des Capétiens, dont est issue la branche des Bourbons, régnant depuis ().
Préliminaires du procès Procédures parlementaires concernant le sort de « Louis Capet » (octobre-novembre) Le , la Convention crée une commission de chargée de l'inventaire de l'énorme masse des documents (correspondances, mémoires, registres) trouvés lors de la prise des Tuileries. Elle est présidée par le Girondin Charles Barbaroux (député des Bouches-du-Rhône).
À la mi-, la Convention nomme .
Un rapport est présenté le par Charles Dufriche-Valazé (député de l'Orne), mais il est trop confus, de sorte que Barbaroux demande un supplément d'instruction sur le fond du dossier.