Joseph-Fortuné-Séraphin-Jean-Avit Leyraud, dit Fortuné Layraud, né à La Roche-sur-le-Buis (Drôme) le , et mort à Valenciennes (Nord) le , est un artiste peintre français Prix de Rome en 1863.

Biographie

Joseph-Fortuné-Séraphin-Jean-Avit Leyraud naît le Acte naissance, Archives départementales de la Drôme, 2 Mi 993/R1 - 1831-1874 () à La Roche-sur-le-Buis (Drôme) où son père est cabaretier et possède une petite exploitation de quinze hectares. Sixième enfant d’une fratrie de huit, défavorisé à la mort de ses parents par l'héritage qui privilégie les deux frères aînés, il reste, jusqu’à l’âge de , un modeste berger, inculte, arpentant les collines de la Drôme en gardant le troupeau familial.

Berger talentueux Après avoir croisé la route d’un petit marchand ambulant de statuettes, Fortuné Layraud occupe ses mains durant les mois d’estive, seul avec son troupeau, à modeler de petits personnages en terre glaise, qu'il s'applique ensuite à colorier, ou à graver patiemment des pierres.

C’est Jouve, le curé de sa paroisse, à La Roche-sur-le-Buis, qui repère les dons artistiques du jeune berger et qui le prend sous sa protection, reprenant son alphabétisation, abandonnée depuis longtemps, s’occupant de son instruction et lui enseignant les rudiments du dessin. Dès lors, le jeune homme n’a de cesse de devenir peintre. Sa famille n’étant pas du même avis, il doit se constituer un capital pour pouvoir quitter son village : il se fait trappeur, probablement braconnier, vendant ainsi en 1853 pour près de 200 francs de fourrures (renard, martre...) à la foire locale.

À force d’obstination, il parvient en à se faire confier par sa famille à un oncle de Marseille qui exerce la fonction de douanier ; l'accueil de ce dernier n'est pas des plus chaleureux. La barbe et les cheveux hirsutes, l'accoutrement campagnard du pâtre des Baronnies, ses explications résolues, laissent ahuri le brave employé des Douanes.

Étudiant aux Beaux-Arts de Marseille

Finalement, Fortuné Layraud parvient à convaincre son oncle de le présenter à Émile Loubon directeur de l'école des beaux arts de la ville. Celui-ci, également éberlué par la mine et les propos de son visiteur lui conseille tout d'abord de . Après réflexion, cédant aux supplications et à l'obstination du jeune homme, il consent à l'admettre pour huit jours dans son atelier. L'épreuve doit être convaincante puisque Loubon, ce délai passé, non seulement ne le renvoie pas, mais au bout de six mois lui suggère de faire parvenir au Conseil Général de la Drôme une copie de l'allégorie de La Vie et la Mort qu'il vient de peindre.

Sur ces entrefaites, l'épidémie de peste qui ravage alors Marseille, l'ayant épargné, il est victime d'un nouveau contretemps : bien qu'exempté du service militaire par le tirage au sort d'un bon numéro, Layraud est mobilisé au cinquième Régiment d'Artillerie de Grenoble malgré une lettre de recommandation du préfet de la Drôme. Désigné pour partir en Crimée où la guerre fait rage, il est dirigé sur Marseille en vue de son embarquement pour Sébastopol mais pendant les préparatifs du voyage, Fortuné Layraud tombe malade.

Au cours de sa convalescence. il essaie de se trouver un remplaçant comme cela se fait à l'époque et peut à grand-peine recueillir les nécessaires. Mais la malchance le poursuit : les trois premiers remplaçants qu'il présente sont successivement récusés pour des raisons diverses. Enfin, le quatrième est accepté en se faisant passer pour cordonnier. Entretemps, les conseillers généraux de la Drôme, frappés des qualités de l'allégorie de La Vie et la Mort qu'ils ont enfin reçue, allouent au jeune peintre une pension annuelle de 600 francs, pour lui permettre de poursuivre ses études à Paris, et font placer son tableau au Musée de Valence.

Apprentissage à Paris vignette|Joseph se fait reconnaître par ses frères(Prix de Rome 1863) Libéré de ses obligations militaires, Layraud peut enfin se rendre à Paris en 1855 où il est recommandé à Léon Cogniet. Il s'inscrit à l'école des Beaux-Arts de ParisL'école des Beaux-Arts et ses bâtiments au , Charlotte Denoël le , sous le numéro 3010 du registre des élèves et commence son apprentissage, puis sa carrière d’artiste, auprès du maître, mais aussi de Robert-Fleury. En 1859, il participe pour la au Salon de Paris et présente deux toiles dont un autoportraitSalon des artistes français (1859) .

Fortuné Layraud obtient le second Grand Prix de Rome au concours de peinture de 1860 dont le sujet est Sophocle accusé par ses filsPalmarès du Prix de Rome 1860 et le Conseil Général de la Drôme lui double sa pension. En 1861, toujours élève, il expose trois toiles au Salon de ParisSalon des artistes français (1861) dont Le Portrait de Pierre Dupont – célèbre chansonnier et poète de l’époque avec qui il s'est lié d’amitié ainsi qu'avec Léon Gambetta et Émile Loubet, drômois comme lui – et Le Berger des Alpes, qui est très certainement un autre autoportrait vendu à l’occasion du salon.

C’est deux ans plus tard, en 1863, que Layraud décroche, avec son tableau Joseph se fait reconnaître par ses frères, le premier Grand Prix ex-æquo avec Alphonse MonchablonPalmarès du Prix de Rome 1863 . Cette même année, doit organiser le « salon des refusés » où sont égalemet exposés les impressionnistes Cézanne, Monet, Manet… L’histoire de l’art ne retiendra cependant que le « salon des refusés »Joseph Fortunet Séraphin Layraud (1833 – 1913), conférence de Jean Claude Poinsignon . Le conseil municipal de son village se fend toutefois de quelques lignes élogieuses dans une délibération d’. Cela ouvre à Layraud les portes de l'Académie de France à Rome où il séjourne de 1864 à 1870.

Villa Médicis Layraud rejoint la Villa Médicis le ; il voyage : Pompéi, Naples, etc. et produit de nombreuses œuvres, les « envois de Rome »Les envois de Rome de 1863 à 1914, thèse de France Lechleiter, 2008, Envois de Rome (1866), Théophile Gautier, L'Illustration, , en se spécialisant progressivement vers le portrait et en produisant ses premières grandes toiles : c’est à Rome qu’il réalise en 1869, sur fond de bitume, le Portrait de Franz LisztPortrait de Franz Liszt, 1869, Valenciennes, musée des Beaux-Arts , mais aussi le Saint-Sébastien qui est de nos jours en l’église de son village natalLe Martyre de Saint-Sébastien, église Saint-Christophe, La Roche-sur-le-Buis et La Descente de croix dans l’église Saint-Martin à Vert-le-PetitLa Descente de croix, église Saint-Martin, Vert-le-Petit .

Son séjour s'achève en principe en 1868 au bout de cinq ans, mais son envoi de justifie par les dimensions du tableau – – la prolongation de son séjour. Ce tableau Brigands et captifs est achevé en 1870 et présenté à l'exposition internationale de Londres de 1871Exposition internationale de Londres 1871, Gazette des Beaux-Arts , puis au Salon de 1872 ; il est acquis par le gouvernement anglaisPeintres et sculpteurs contemporains, Jules Claretie, Charpentier (Paris), 1874 qui le présente à Londres, puis à Melbourne où la toile disparaît mystérieusement entre 1955 et 1986, alors qu’elle est conservée à la National Gallery of Victoria Brigands et captifs, National gallery of Victoria (1882) ; elle est rayée des inventaires en 1992.

En 1869, à la suite de fouilles ordonnées par , la Villa Livia est découverte sur le mont Palatin par Pietro RosaComptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Année 1870, Vol. 14, , . Profitant de la prolongation de son séjour, Layraud peint la Vue des fouilles de la Maison de Livie sur le Mont Palatin et à cette occasion, il fait une copie très exacte de cinq fresques récemment révéléesBulletin de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Journal officiel de l'Empire français, ; ses cinq tableaux sont ensuite placés à l'école des Beaux-Arts de Paris dans le vestibule de la salle où se font les expositions publiques, du côté du quai MalaquaisPromenades archéologiques : Rome et Pompéi, Gaston Boissier, Hachette (Paris), 1880, .

Période portugaise, Paris

vignette|La sculpture- Paris (1886)Hôtel de ville Rentré à Paris en 1870, Fortuné Layraud est envoyé par Léon Gambetta suivre comme ambulancier les troupes sur les champs de bataille de Champigny et au salon de 1872, il expose Supplice de MarsyasSupplice de Marsyas, Musée d'Épinal , peint lors de son séjour à la Villa Médicis. Il voyage ensuite à Londres, en Espagne, mais surtout au Portugal où il séjourne de 1873 à 1877 et y côtoie la famille royale dont il réalise quelques portraitsFamille royale du Portugal, 1876, Palais national d'Ajuda . Il peint en 1874 La Rive droite du Tage et Vue de LisbonneMusée de Troyes, don du comte Armand, ministre plénipotentiaire de France en Portugal , en 1876, la reine Maria Pia et au Salon de Paris de 1878Salon des artistes français (1878) , Layraud expose le portrait en pied du roi de Portugal Ferdinand et celui de son épouse morganatique Elisa Hensler, la comtesse d’Edla. Il est fait Chevalier de l'Ordre du Christ.

C’est au Portugal qu’il rencontre Pauline Saunier qui, laissant son époux à Lisbonne, devient la compagne de Layraud jusqu’à la fin de ses jours. Le peintre l’a représentée à plusieurs reprises, notamment dans le grand portrait en pied du musée de Valenciennes qu’il a gardé près de lui tant qu’elle était en vie. Il prête également ses traits en 1886 à sa Mater dolorosa offerte à l’église Saint-Christophe de La Roche-sur-le-Buis, sa ville nataleVierge de Douleur, église Saint-Christophe, La Roche-sur-le-Buis . De retour en France, Layraud s’installe avec Pauline rue Poussin, à Auteuil. Il retrouve son ami Émile Loubet et réalise plusieurs portraits de la famille du Président dont il fait plus tard le portrait exposé à l'Exposition universelle de 1900Exposition universelle de 1900, L. Baschet (Paris), 1900 .

Au Salon de 1881, Layraud présente DiogèneSalon de 1881 , exposé en 1883 à Amsterdam pour l'exposition internationale et colonialeCatalogue de l'exposition universelle Amsterdam de 1883 et déposé ensuite au Musée de NarbonneDiogène, catalogue du Musée de Narbonne puis, au Salon de 1882, La Mort d'Ines de CastroUne cigale au Salon de 1882, Emmanuel Ducros . C'est ensuite La mort d’AgrippineAchat de l'État (1883=, Musée de Constantine (Algérie) , Les noceurs en 1884, La sculpture en 1886, Le marteau-pilon en 1889 Le Marteau-pilon, Forges et aciéries de Saint-Chamond, Ecomusée du Creusot-Montceau qui obtiendra la médaille de bronze à l'Exposition universelleLayraud (Fortuné-Joseph-Séraphin), Médaille de bronze à l'Exposition universelle de 1889 , Saint Jacques le Majeur en 1895, Les puiseurs d’eau à Pompeï en 1896.

Il est l'auteur du carton d'un des vitraux de la Cathédrale Saint-Apollinaire de Valence (1896). Le musée de la ville compte dans ses collections Le radeau de la Méduse, exécuté par Layraud d'après le tableau de GéricaultLe radeau de la Méduse, Notice des tableaux et objets d'art : musée de Valence, 1899 et la galerie de l'évêché un Portrait de l'évêque de ValenceGueulette (Nicolas-Edouard-François) (1865-1874) . Le musée Bonnat de Bayonne possède de lui Portrait de femme au chapeau noirPortrait de femme au chapeau noir, musée Bonnat , l'Hôtel de Ville de Paris La sculptureLa sculpture, salon des Arts, Hôtel de ville de Paris

Peintre parisien reconnu – Théophile Gautier, Guy de Maupassant, Barbey d’Aurevilly comptent parmi ses critiques d'art – Layraud est nommé en 1890 au grade de Chevalier de l'Ordre de la Légion d'honneur au titre des Beaux-Arts, et est reçu dans l’ordre par l’architecte Jean-Louis Pascal, Prix de Rome également, qu’il a connu à Rome entre 1866 et 1870.

Valenciennes