vignette|Folio du manuscrit (compilation byzantine de textes hippiatriques, du ) illustrant le soin d'un cheval diarrhéique. L’hippiatrie est la forme ancienne de la médecine vétérinaire concernant les chevaux, et plus généralement du savoir relatif à la santé du cheval, aux maladies des équidés et des traitements possibles. Désormais, on parle de médecine équine et le terme d'« hippiatrie » fait davantage référence à la science antique et médiévale des soins aux chevaux, comportant entre autres des rituels, des saignées, des références à la théorie des humeurs et des formules magiques.
Histoire Le cheval est l'animal sur lequel le plus grand nombre de traités de soin ont été écrits, à l'image de son caractère fondamental dans l'histoire tant militaire que civile. Le savoir relatif au ferrage des chevaux, notamment, est en étroite relation avec l'hippiatrie.
Antiquité Les auteurs antiques évoquent des remèdes essentiellement pharmaceutiques (plantes, minerais, produits animaux ou humains) donnés sous forme de breuvages par le nez ou la bouche, ou sous forme de cataplasme ou d'onguent. Les actes chirurgicaux (cautérisation, exérèse de masses et la traditionnelle saignée) sont plus rares, car ils laissent des cicatrices qui peuvent défigurer le cheval et diminuer son prix. Ils évoquent aussi les traitements magiques (formules incantatoires, gestes d'encerclement de la maladie)..
Kikkuli Le premier traité connu est celui du hittite Kikkuli au , L'Art de soigner et d'entraîner les chevaux, et ces textes intègrent autant de connaissances médicales que relatives à l'équitation ou à l'hippologie.
Textes grecs Les textes hippiatriques grecs conservés sont formés en grande partie à partir d’extraits, répartis par matières, d’œuvres aujourd’hui perdues. Il s’agit d’une collection où l’on classe les différents textes de chaque auteur. Les auteurs de base étaient sept : Apsyrtos, Hiéroclès, Hippocrate [l'hippiatre], Pélagonios, Théomnestos, qui a parlé de dressage par réprimande et habitude à l'homme et sa main selon les fragments conservés ; Eumèlos de Thèbes et AnatoliosS. Lazaris, Art et science vétérinaire à Byzance : formes et fonctions de l’image hippiatrique, Turnhout, 2010 (Bibliologia 29), 7-35 ; un huitième, Micon, est taxé d’ignorance par Simon d'Athènes entre autres pour une remarque sur les cils. Situer la période d’activité des sept auteurs cités, qui sont à l’origine du Corpus hippiatricorum graecorum, semblait être un problème résolu depuis les travaux de G. BjörckG. Björck, Apsyrtus, Julius Africanus et l’hippiatrie grecque, Upsala – Leipzig, 1944 (Uppsala Universitets Årsskrift 4), 7-12.. Simon est antérieur à Xénophon, Micon aux deux ; Hiéroclès est postérieur à Simon. On est revenus sur la période d'activité d’Apsyrtos, que G. Björck situait entre 150 et 250. La datation d'Apsyrtos est d’autant plus importante qu’elle constitue un élément fondamental à partir duquel est établie celle de la plupart des autres hippiatresS. Lazaris, « Essor de la production littéraire hippiatrique et développement de la cavalerie : contribution à l’histoire du cheval dans l’Antiquité tardive », dans Actes du colloque international sur la médecine vétérinaire dans l’Antiquité, Brest, 9-11 septembre 2004, éd. M.-Th. Cam, Rennes, 2007 (Histoire), 87-108.. Ce n’est que l’identification d’un des correspondants d’Apsyrtos qui a incité à reconsidérer les propositions de G. Björck, Apsyrtos s’adresse dans une lettre à un certain Ursus ; cet Ursus est Flavius Ursus, consul prior en 338.
Les textes des auteurs hippiatres circulaient au départ indépendamment, jusqu’à ce qu’on en réunisse une partie dans une collection hippiatrique qu’on appelle le Corpus hippiatricorum graecorum. Ce rassemblement des textes a eu lieu à une date inconnue. La majorité de ces œuvres, mais aussi cette première opération de rassemblement, sont perdues. Seules sont connues actuellement quatre recensions dérivées de cette collection hippiatrique primitive.
Textes romains Pélagonius parle des maladies équines dans son traité Ars veterinaria publié au milieu du Valérie Gitton, "Maladies humaines et maladies équines chez Pélagonius. Interactions entre les deux lexiques", Nommer la maladie, Recherches sur le lexique gréco-latin de la pathologie, Mémoires XVII du centre Jean Palerne, éd. A. Debru et G. Sabbah, Publ. de l'université de Saint-Étienne, 1998, . Végèce écrit au Digesta artis mulomedicina, une compilation de textes sur la médecine vétérinaire des chevaux et du bétail..
Cette compilation traduit l'essor considérable que prend l'hippiatrie à partir du , en même temps que grandit l'importance de la cavalerie au sein de l'armée romaineS. Lazaris, « Essor de la production littéraire hippiatrique et développement de la cavalerie : contribution à l’histoire du cheval dans l’Antiquité tardive », dans Actes du colloque international sur la médecine vétérinaire dans l’Antiquité, Brest, 9-11 septembre 2004, éd. M.-Th. Cam, Rennes, 2007 (Histoire), ..
Moyen Âge À l'époque médiévale, le cheval est, avec le faucon, l'animal auquel est témoigné le plus d'attention, probablement en raison de son statut aristocratique. L'hippiatrie médiévale est surtout connue par des indices indirects, les ossements de chevaux révélant peu de traitements par l'homme. Au contraire, les traités présentent des dessins d'outils vétérinaires servant, par exemple, à réaliser des saignées, et qui ont servi à identifier ces objets retrouvés par les archéologues. Elle est très influencée par le savoir hérité des Grecs et des Arabes. En particulier, « l'hippiatrie arabe a toujours émerveillé les passionnés du cheval et les historiens de la médecine vétérinaire ». L’œuvre majeure en est « El Nâceri », datée de 1333Association d'histoire des sociétés rurales, Université de Caen. Centre de recherche d'histoire quantitative, Histoire & sociétés rurales, volume 14, Numéros 27 à 28, 2007, .
Avant le , l'hippiatrie fait beaucoup appel à des formules magiques et possède de nombreuses réminiscences païennes. Les traités vétérinaires se multiplient du en Occident. L'intérêt pour l'art de soigner les chevaux et la recherche scientifique s'organise spécifiquement en Italie du Sud et plus particulièrement en Sicile. Une œuvre majeure du savoir hippiatrique médiéval est , rédigé par Jordanus Rufus à la cour de Frédéric II et probablement vers 1250. Il influence le savoir relatif aux chevaux durant des siècles et inspire tous les traités postérieurs, comme ceux de Lorenzo Rusio et de Guillaume de Villiers. Frère Theuderique, dominicain catalan et grand spécialiste de la médecine équestre, dédia à l'évêque de Valence un livre intitulé . En 1318, le , rédigé à la demande du roi Denis du Portugal par son médecin Mestre Giraldo, ordonne de manière rationnelle les traités de Rufus Jordanus et de frère Theuderique qu'il juge désordonnés et peu clairs.
Les premières dissections équines ont lieu au . Les notions d'anatomie d'abord connues sont celles utiles à la chirurgie..
Dès le Moyen Âge, les textes anciens circulent largement comme ceux de Hiéroclès qui furent traduits en latin par Bartolomeo da Messina sous le titre de au milieu du , ceux d'Eroteus dont les travaux sont inclus dans le Corpus Hippocratique traduits de l'arabe par Moisé de Palerme au et ceux d'Apsyrus dont les travaux ont été partiellement traduits dans le neuvième livre de Claudio Emorote, Mulomedicina, au premier siècle. Le de Végèce qui date du eut aussi une influence certaine à cette époque..
Les écrits concernant les soins et l'élevage des chevaux sont souvent insérés dans des ouvrages à caractère encyclopédique. Par exemple, Geoponica, ouvrage général sur l'agronomie, qui fut compilé à Constantinople sous le règne de l'empereur Constantin VII Porphyrogenitus au , traite dans le livre seize de l'élevage, des soins et de l'alimentation du cheval, de l'âne et du chameau. Il en est de même dans d'Albert le Grand (1206-1280), de Barthélemy l'Anglais, écrivain anglais du , et dans Ruralium Commodorum libri XII écrit en 1304 par Pietro de' Crescenzi.
Renaissance Si les organes profonds sont connus, leur emplacement ne l'est qu'à partir des travaux de Carlo Ruini à la fin du . Veines et artères sont maîtrisés du fait de la phlébotomie dans la thérapeutique. La continuité entre les vaisseaux demeure mal définie. Les tendons et les muscles sont méconnus; les organes génitaux et l'anatomie du pied sont par contre bien connus.
L'ouvrage du sénateur bolonais Carlo Ruini, L'anatomia del Cavallo, qui parait en 1598 permet d'avoir une meilleure connaissance de l'anatomie équine. Il y reprend l'hypothèse de Léonard de Vinci, théorie vérifiée et confirmée en 1628 par les travaux de Harvey, d'une circulation sanguine contrôlée par le cœur. Cependant, le plus souvent les théories et thérapeutiques humaines sont appliquées au chevaux, telle la théorie des humeurs. Comme pour les hommes, les opérations menées sur les chevaux dépendent des signes astraux et zodiacaux, l'intervention étant effectuée lorsque la lune est entrée dans le signe correspondant à la parie du corps concernée, les signes astraux étant répartis dans le corps de l'animal (tête au bélier, encolure au taureau, hanches au sagittaire...). Jean Tacquet, dans son traité de 1614, signale l'importance du pansage, de l'alimentation et de l'exercice pour maintenir le cheval en bonne santé.
La relation entre une écurie malsaine et l'apparition de maladies est connue. L'écurie doit être saine et bien orientée pour maintenir les chevaux en bonne santé. Le duc de Cavendish met ces principes en œuvre à Bolsover Castle en exposant l'écurie à l'est afin de profiter d'un air tempéré en toute saison. Si les principes d'asepsie et antisepsie sont inconnus, des règles d'hygiène élémentaires sont appliquées comme le rasage des poils avant une intervention chirurgicale, le maintien des plaies hors des souillures et le pansage quotidien du cheval.
Les cavaleries sont régulièrement décimées lors des guerres du fait des épizooties endémiques. La morve, le farcin, le charbon, la peste, la morve, la gourme et l'influenza sont les maladies endémiques les plus fréquentes. Si la morve est particulièrement contagieuse, le farcin est le plus grand fléau de toutes. Cette maladie se caractérise par une inflammation des ganglions et des vaisseaux lymphatiques qui provoque des pustules et des tumeurs localisées. Toutes, en Europe occidentales ont été éradiquées au début du , à l'exception de la gourme qui subsiste sous une forme bénigne.
Le matériel thérapeutique est subordonnée à la théorie des humeurs. Sont utilisées saignées, lavements, cautérisations, thériaques, trochisques, sétons (qui entretiennent la suppuration), ainsi que divers breuvages, poudres, onguents, cataplasmes et fumigations. Les auteurs de traités d'hippiatrie varient les médicaments, convaincus que plus l'éventail de remèdes est large, plus le traitement est efficace. S'y ajoute des secrets et des prières, survivance du christianisme médiéval qui fait du Christ le seul maître des guérisons.