Romain Rolland, né à Clamecy (Nièvre) le et mort à Vézelay le , est un écrivain français, lauréat du prix Nobel de littérature de 1915.

D’une culture forgée par la passion de l’art et de la musique (opéra, Michel-Ange, Scarlatti, Lully, Beethoven, amitié avec Richard Strauss) et le culte des héros, mais aussi par un sentiment constant de la transcendance, que toutefois il n'évoque que rarement Cf. Empédocle, suivi de L'Éclair de Spinoza., il chercha sa vie durant un moyen de communion entre les hommes. Son exigence de justice le poussa à souhaiter la paix « au-dessus de la mêlée » pendant et après la Première Guerre mondiale.

Il est animé par un idéal humaniste et la quête d’un monde non violent, par son admiration pour Léon Tolstoï, grande figure de la non-violence, par les philosophies de l’Inde (conversations avec Rabindranath Tagore et Gandhi), par les enseignements de Râmakrishna, de Vivekananda, et de ʻAbdu'l-Bahá (il y fait référence dans Clerambault), puis par le « monde nouveau » qu'il espérait voir se construire en Union soviétique.

Il se trouve à partir du milieu des années 1920, par son engagement de plus en plus affirmé en faveur de l’URSS, au cœur des réseaux de soutien au régime soviétique et devient le plus connu des « Amis de l’URSS » européens.

Biographie

Issu d’une famille de notaires, Romain Rolland compte dans son ascendance des paysans et des bourgeois aisés. Il fréquente le collège de Clamecy de 1873 à 1880, date à laquelle sa famille s'installe à Paris.. Il suit alors les cours du lycée Saint-Louis puis du lycée Louis-le-Grand. En 1886, il est reçu à l’École normale supérieure ; pendant ces études, il se lie avec André Suarès et Paul Claudel. Il est agrégé d'histoire en 1889.

De 1889 à 1891, il est membre de l’École française de Rome où il rencontre Malwida von Meysenbug — qui avait été l’amie de Nietzsche et de Wagner — et découvre les chefs-d’œuvre de l’art italien. Ces deux années sont décisives pour la construction de sa pensée.

À son retour en France en 1892, il s’installe à Paris et tout en préparant son doctorat, épouse Clotilde Bréal (1870-1946). Le couple habite au 46 rue Notre-Dame-des-Champs. Il enseigne l’histoire aux lycées Henri-IV et Louis-le-Grand. En 1895, il obtient son doctorat ès Lettres en soutenant une thèse sur « Les origines du théâtre lyrique moderne. Histoire de l’opéra en Europe avant Lulli et Scarlatti ». Chargé de cours d’histoire de l’art à l’École normale supérieure, il organise en 1900 le premier congrès d’histoire de la musique . de Paris.

En 1901, il divorce et s’installe seul au 162, boulevard du Montparnasse à Paris (sur l'immeuble est aujourd'hui apposée une plaque commémorative). À partir de 1904, il enseigne l’histoire de la musique à la Sorbonne et dirige brièvement en 1911 la section musicale de l'Institut français de FlorenceBlaise Wilfert-Portal, Un grand cosmopolite ? Romain Rolland et l'Italie ou les contradictions d'un inter-nationaliste, Actes du colloque « Romain Rolland, une pensée transculturelle », université de la Sarre, octobre 2013.. Son roman-fleuve Jean-Christophe, publié de 1904 à 1912, lui apporte la notoriété. En 1912, il démissionne de la Sorbonne pour se consacrer uniquement à son œuvre littéraire.

Romain Rolland pendant la Grande Guerre vignette|gauche|redresse|Romain Rolland en 1914. C'est en Suisse que Romain Rolland est surpris par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il comprend très vite qu’elle est un « suicide » de l’Europe. Bouleversé à l’idée du déclin de l’Europe et n’étant pas mobilisable du fait de son âge (), il décide de ne pas quitter la Suisse. Outre son engagement au sein de la Croix-Rouge, domiciliée à Genève, il veut profiter de sa présence dans un pays neutre pour pouvoir librement diffuser ses œuvres. La plus célèbre est son appel pacifiste Au-dessus de la mêlée, paru dans le supplément du Journal de Genève des . Romain Rolland y condamne la haine des belligérants. Restant « au-dessus de la mêlée », il veut agir aussi bien vis-à-vis de la France que de l’Allemagne. En raison de ses idées, il s'attire la haine de nombre de ses compatriotes (fervents nationalistes comme Henri Massis ou républicains comme Charles-Albert) qui le considèrent comme un traître à son pays. Outre-Rhin, il passe presque inaperçu. Le peintre Gaston Thiesson prend sa défense...

Cependant, la publication de ses articles, à Paris, a eu un large écho pendant la seconde moitié de la guerre : ils sont traduits en plusieurs langues — sauf en allemand. En , l'Académie suédoise décide de décerner à Romain Rolland le prix Nobel de littérature de 1915, .

Pour avoir critiqué les deux camps à propos de leur désir de poursuivre la guerre, de leur volonté acharnée d’obtenir une victoire destructrice, Rolland devient une figure non seulement du mouvement pacifiste international, mais aussi du mouvement de l'Internationale communiste, aux côtés entre autres d'Henri Guilbeaux. En , il adresse aux Russes un salut et une mise en garde :

En 1919, il rédige un manifeste et invite tous les travailleurs de l'esprit à le signer. Ce texte, la Déclaration de l'indépendance de l'Esprit, cherche à tirer les leçons de la guerre, en définissant une voie libre au-delà des nations et des classes.

Les années Vingt thumb|left|upright|Romain Rolland en 1921. En , Romain Rolland s’installe en Suisse, à Villeneuve, au bord du Léman où il reçoit des visiteurs tels que Gandhi. Quoique de santé fragile, il continue à travailler à son œuvre littéraire, voyage en Europe, et entretient un très vaste réseau de correspondance avec des intellectuels du monde entier. Depuis 1906, et jusqu’à sa mort, il est, malgré d'importantes divergences politiques, en relations épistolaires et amicales avec Alphonse de Châteaubriant. Il entretient également une correspondance avec Jean-Richard Bloch, Louis Aragon, Hermann Hesse, Richard Strauss, André Suarès, Stefan Zweig, Alain (Émile-Auguste Chartier), René Arcos, Paul Claudel et Jean Guéhenno jusqu’à sa mort, en 1944. Entre 1905 et 1925, il échange des centaines de lettres avec Louise Cruppi..

À compter de 1923, et jusqu’en 1936, il entretient une discussion avec Sigmund Freud sur le concept de sentiment océanique que Romain Rolland puise dans la tradition indienne, qu’il étudie alors avec ferveurVoir Michel Hulin, La Mystique sauvage, Paris, PUF , coll. « Quadrige », 2008, chap. 1 : « Freud, Romain Rolland et le sentiment océanique », .Martine Ruchat: Sensations océaniques. Romain Rolland & Helena de Key, 2024, Éd. Encre fraîche, ., mais aussi dans son expérience personnelle. Le , Romain Rolland écrit à l'Académie suédoise afin de proposer Sigmund Freud pour le prix Nobel de littérature. Le fondateur de la psychanalyse avait, avant cela, déjà été nommé pour douze prix Nobel de médecine.. Il rédige un courrier en ces termes : Sa proposition ne sera pas retenue, même si Per Hallström, secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise, reconnait à Freud des talents littéraires indéniables..

La même année, il préside à la fondation de la revue Europe, avec des membres du groupe de l'Abbaye, notamment René Arcos : ..

Madeleine Rolland, sa sœur qui parle anglais (elle est agrégée d'anglais en 1901 et traductrice), lui permet d'entrer en contact avec Gandhi et Rabindranath Tagore.. En 1924, son livre sur Gandhi contribue beaucoup à faire connaître ce dernier (qu’il rencontrera à Villeneuve en 1931) et son engagement pour la non-violence. Par l’entremise du poète hondurien Froylán Turcios, il entretient des relations avec Augusto Sandino, qui dirigeait alors une guérilla contre l'occupation du Nicaragua par les États-Unis..

Engagement politique

Cependant, Romain Rolland finit par se détourner de la non-violence, qui n’apporte pas de remède à la montée des fascismes en Europe (fascisme en Italie, nazisme en Allemagne, franquisme en Espagne, salazarisme au Portugal…). À partir du milieu des années 1920, il s’engage en faveur de la défense de l’URSS, et d’autant plus lorsqu’Hitler arrive au pouvoir en Allemagne (30 janvier 1933). Cet engagement va de pair avec un , investissement ..

En 1934, Romain Rolland épouse (citoyenne russe née le à Saint-Petersbourg, de mère suisse, devenue Koudacheva après son mariage en 1916 avec le comte Koudachev, mort en 1919). L’origine de l’implication de Maria Koudacheva, la volonté ou non des autorités soviétiques de placer une femme d’influence auprès de lui, sont sujets de polémiques dès la fin des années 1920, sous la plume de Panaït Istrati, qui la traite de « moucharde », de Georges Duhamel ou d’Henri Guilbeaux, poète pacifiste devenu très anticommuniste. Il accomplit avec elle un voyage à Moscou en 1935, à l’invitation de Maxime Gorki. Au cours de ce périple, il rencontre Staline. Il est l’un des fondateurs du mouvement pacifiste Amsterdam-Pleyel, dans lequel le Parti communiste et par delà l'Internationale communiste jouent un rôle de premier plan face à la prise de pouvoir d'Hitler en Allemagne. Jusqu’à la fin des années 1930, Romain Rolland .

Il est aussi un compagnon de route des débuts du Front populaire : une grande fête est organisée à la Mutualité pour fêter ses soixante-dix ans, le . Michel Winock fait de cet événement ; ensuite, dans ce contexte, sa pièce de théâtre Le est rejouée au théâtre de l'Alhambra à Paris en . Sa participation aux articles de presse et comités antifascistes est remarquablement active dans la période : il participe activement à la revue Commune.

Romain Rolland s’est engagé en faveur de l’URSS sans être totalement dupe de la manière dont il est utilisé par le régime soviétique. Il montre peu à peu de la lassitude devant ces constantes sollicitations. Selon l'historienne Sophie Cœuré, . La famille de Maria Koudacheva est restée en URSS et l’écrivain . Les procès de Moscou ( - ), puis le pacte germano-soviétique en , le convainquent de s’éloigner de l’action politique. Sa déception envers le régime soviétique, manifeste notamment dans ses correspondances, n’ira cependant pas .

thumb|Maison où Romain Rolland a vécu à Vézelay de 1938 à 1944.

Retraite à Vézelay - Les dernières années thumb|La tombe de Romain Rolland au cimetière de Brèves (Nièvre).

En , Rolland quitte la Suisse pour aller s’établir à Vézelay en Bourgogne. En 1939, il préside le Comité mondial contre la guerre et le fascisme avec Paul Langevin.

En 1940, sa maison de Vézelay se situe en zone occupée. Pendant l’Occupation, Romain Rolland, âgé de , garde le silence et poursuit son travail. Il reçoit en février- Jean-Richard et Marguerite Bloch, en un jeune juif résistant des francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée, Elie Walach, en février- Paul Éluard et sa femme Nusch, ou encore Charles Vildrac et René Arcos. Il tient son Journal, (publié en 2012), met une touche finale à ses recherches musicales sur Beethoven, termine en 1940 ses Mémoires. Enfin, il écrit Péguy (qui paraîtra à titre posthume en 1945), dans lequel ses souvenirs personnels éclairent la réflexion d’une vie sur la religion et le socialisme.

En 1942, son ami Stefan Zweig et son épouse Lotte, réfugiés au Brésil, se suicident.

Vézelay est libéré en . Romain Rolland meurt le à l'âge de . Sa sœur, Madeleine Rolland et sa femme passent leurs dernières années ensemble.

Romain Rolland est inhumé dans le cimetière de Brèves dans la Nièvre, le long du mur de l'église ; une plaque à l'entrée et un fléchage indiquent l'emplacement.

Romain Rolland et Stefan Zweig vignette|gauche|Stefan Zweig en 1912. Les deux hommes ont entretenu une relation et une affinité intellectuelle intenses, au point que Stefan Zweig publie en 1921 une biographie de son ami intitulée Romain Rolland : sa vie, son œuvre.