Le château de Pernant (souvent appelé à tort le « Donjon de Pernant ») est un fort médiéval, de petite dimension, situé à Pernant, dans le Soissonnais, en France.

Avec le donjon d'Ambleny, le château d'Armentières-sur-Ourcq et le donjon de Septmonts, c'est l'un des derniers vestiges de l'architecture militaire du dans le département de l'Aisne.

Présentation

Localisation géographique Le village de Pernant occupe une vallée étroite se rétrécissant du nord vers le sud, creusée dans le plateau par le ruisseau de Pernant qui se jette au nord dans l'Aisne. Le château est situé sur un promontoire, au sud du village.

De la RN 31 de Soissons à Compiègne, l'accès se fait par la D 1150 (la rue principale de Pernant) remontant le village vers le sud jusqu'au hameau de Poussemy qu'il faut laisser sur sa gauche pour rejoindre le château.

Situation et implantation Le château de Pernant se dresse sur un massif rocheux situé au bord du plateau et domine le village situé soixante mètres en contrebas. Surplombant la vallée au sud et à l'est, le site a d'abord été isolé du plateau au nord et à l'ouest par un profond fossé en L ; la partie nord fut comblée au , rattachant le site au plateau ; il reste aujourd'hui séparé au sud par le fossé-carrière qui donne accès à d'anciennes carrières ; en sous-sol du domaine, elles furent transformées autrefois en dépendances souterraines pour l'élevage, et aujourd'hui abandonnées. Le château est construit en pierres de taille dont la plupart viennent de ces carrières.

Évolution de la construction left|thumb|203x203px|La maison forte . Probablement bâti au début du , l'édifice est d'abord un simple châtelet entouré de murs d'enceinte parsemés de tours ; leurs fondations, parfois, sont encore visibles : c'est donc une porte fortifiée à un étage avec salle unique accessible depuis le chemin de ronde des fortifications (et non depuis le sol comme suggéré sur le schéma ci-contre) traversée par un passage carrossable depuis la cour d'honneur vers le jardin avec sa herse et un pont-levis enjambant le fossé. Un accès piéton transversal au passage carrossable semble avoir existé depuis le sud avec un escalier taillé dans la colline dont on voit encore les emmarchements par endroits.

Il est ensuite rehaussé en deux phases, à partir de la seconde moitié du , pour étendre son habitabilité et son confort ; il devient la maison forte, dotée de confort permettant d'y séjourner : au , il faisait partie d'un ensemble architectural militaire plus vaste. left|thumb|Le château d'agrément .|169x169px|alt= Au , il perd ses attributs militaires et devient un château d'agrément : la porte est comblée ; des caves sont aménagées en décaissement, par-dessus la salle avec sa cheminée monumentale sous une voûte à croisée d'ogive ; par-dessus, un grenier est installé en entresol, peut-être pour loger les domestiques ; y est adjoint, au nord-ouest, un logis renaissance, au sud, une terrasse séparée de la cour d'honneur par un rempart qui remplace les fortifications d'enceinte ; le mur d'enceinte nord est supprimé pour y construire un pont au-dessus du fossé, vers la basse-cour de la ferme ; une poterne couverte est aménagée depuis le logis par-dessus le fossé ouest pour rejoindre à pied le jardin jadis desservi par le pont-levis.

Au , de petites transformations, mineures en apparence, fragilisent lentement la construction : percements des tours, de certaines cloisons, pour aménager d'autres distributions de pièces : le nombre augmente quand leur surface diminue, probablement pour loger de plus en plus de personnel au fur et à mesure de l'expansion des activités agricoles.

Au , la terrasse est complétée par une voûte ; elle enjambe le fossé carrière ouest, pour relier directement la terrasse avec le jardin ; la poterne est supprimée, le fossé nord est comblé, noyant le pont dont seule une arche reste visible dans le mur.

Au , le château devient essentiellement une propriété agricole ; des granges sont construites à l'ouest de la propriété initiale, pour reconstituer une basse-cour, après la fusion entre la basse-cour de la première ferme et la cour d'honneur du château.

En 1914, le château est intact et habité. Il est réquisitionné par les états-majors, tantôt français tantôt allemands ; les carrières souterraines permettent de mettre les troupes à l'abri des intempéries comme de l'ennemi. Il sera peu endommagé jusqu'à 1917.

Un monument en péril

Destructions de la Grande guerre La contre-offensive Mangin, lancée le sur un front de cinquante-cinq kilomètres, est le début de la bataille de Soissons ; la ville sera détruite à plus de soixante-dix pour cent. Le plateau de Pernant est sur la route de Soissons ; à six heures du matin, le vingt-sixième Régiment d'infanterie capture, au château, un bataillon allemand et son état-major complet ; la vallée de Pernant, au milieu de laquelle passe la ligne de front, est conquise, plus de mille prisonniers y sont faits.

Ayant perdu la vallée de Pernant, les Allemands la bombardent - et donc le château - six heures durant le , , disent les carnets de marche et d'opération du RI. Ils finiront par gazer toute la vallée, le lendemain . Le château est en ruines.

Le monument est délaissé par ses propriétaires. Avec les dommages de guerre payés en 1920, ils construisent un manoir en pierre de taille sur l'emplacement du jardin. Le monument est ainsi inscrit au titre des monuments historiques en 1927 pour empêcher sa démolition, mais ne sera jamais restauré ; la partie principale du Logis est rasée peu après la guerre.

Le monument est abandonné tout le ; à la fin des années 1980, il menace de s'effondrer sur la route. Un éboulement se produit au début des années 1990 : un arrêté de péril est pris pour contraindre le propriétaire à engager des travaux ; il dépose un permis de démolir.

Une sauvegarde inespérée Une association de sauvegarde est créée, secondée par la Société archéologique, historique et scientifique de Soissons ; elle obtient le classement d'office du château au titre des monuments historiques en 2007. Les travaux ne commencent pas.

Un nouvel acquéreur, un avocat belgo-vénézuélien, commence les travaux : deux tranches sont réalisées en 2012 et 2013 avec le concours de la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) de Picardie ; en 2012, il ouvre le monument à la visite pour la première fois. En 2013, il célèbre symboliquement le septième centenaire du château . Le domaine est à nouveau mis en vente en 2014.

L'inventaire historique Bernard Ancien, secrétaire général puis président de la Société archéologique, historique et scientifique (SAHS) de Soissons, fait une dizaine de visites au château de Pernant entre 1945 et 1948. Il effectue l'important relevé des peintures décoratives, aujourd'hui quasiment invisibles, étudiant le château en détail, réunissant notes et croquis. Mais ses travaux s'arrêtent faute de temps.

Quarante ans plus tard, un autre président de la SAHS de Soissons, Denis Rolland, constitue le premier dossier archéologique.

L'architecte du patrimoine, Alice Capron-Valat, produit une étude scientifique exhaustive (le Diagnostic du monument historique) à l'occasion des premiers travaux de restauration sous le contrôle et avec la contribution de la DRAC Picardie. Elle est retenue par le propriétaire actuel pour assurer la maîtrise d'œuvre de la restauration du monument classé et de l'aménagement de l'ensemble du site, dont les carrières souterraines.

Description de l'état actuel Ce qui reste aujourd'hui du monument est proche de son état du : de petite taille, construit sur un plan classique rectangulaire, à quatre tours rondes plus une carrée, le bâtiment comprend deux étages identiques constitués d'une grande salle avec cheminée ouvrant sur les tours ; au premier, l'ancienne salle de la herse donne le volume supplémentaire d'une pièce attenante ; au niveau du sol, une vaste salle avec cuisine et cheminée est aménagée dans l'ancien passage carrossable ; un grenier en entresol est au-dessus et des caves à demi-enterrées sont au-dessous ; depuis ces caves, un escalier directement taillé dans la roche donne accès aux carrières souterraines. La cour d'honneur et l'ancienne basse-cour sont maintenant une seule et même cour, entourée au nord et à l'est de deux corps de ferme ; le logis renaissance n'existe presque plus : ne reste que la grande cage d'escalier.

Historique

Le château apparaît pour la première fois en 1322, dans un traité établi entre Guillaume de Bouclenay, vicomte d'Acy et de Pernant, et Pierre de Wasses, père-abbé de l'Abbaye de Saint-Crépin-le-Grand ; il concerne un empiétement sur les biens du monastère. Le traité prévoyait .

Le détail apporté par ce texte suggère qu'il s'agit du bâtiment actuel, et la question d'exemption soulevée quant à la dîme due au titre des suggère une existence récente, en tout cas largement postérieure à la première apparition de la seigneurie de Pernant.

Pernant et ses vicomtes avant le château Au , se constitue une communauté religieuse sur le site d'une nécropole romaine ; elle est située hors la ville de Soissons et y sont inhumés, à la fin du , les Saints apôtres-martyrs du pays soissonnais, Crépin et Crépinien. L'évêque Bandry de Soissons (?535 - 545) reçut en récompense la terre de Celles-sur-Aisne et d'autres ; il les utilisa pour doter le monastère de Saint-Crépin-le-Grand avant de l'ériger en abbaye. Celle-ci adopta la règle de Saint-Benoît, probablement au , au au plus tardL'évêque a été banni par le roi de Soissons, Clotaire , puis réhabilité pour ses miracles (il triompha par ses prières d'une épidémie dans le Soissonnais, fit jaillir près d'Ambleny une source d'eau dans un lieu aride près d'un village qui porte son nom depuis lors (Saint-Bandry) et délivra du démon une des filles du roi Clotaire).

Au temps de Charles II le Chauve (823 - 877), roi de Francia occidentalis (la future France) en 843, empereur chrétien d'occident en 875, l'abbaye connaît un essor important, étend ses propriétés, dont celle de la seigneurie de Pernant que Charles III le Simple, roi de France, lui confirme en 893. La terre de Pernant avait le titre de vicomté, ressort de la justice exercée par un officier, le vicomte, agissant au nom d'une autorité royale ou ducale ; pour la suzeraineté, le tribut envers une autorité de rang supérieur, elle relevait ensuite pour partie de Cœuvres et pour partie de Berzy-le-Sec.

Les seigneurs de Pernant prenaient donc la qualité de vicomte. La première mention de ces vicomtes se trouve dans un acte de 1152 émanant d'Yves de Nesle, comte de Soissons, où il est fait mention d'un frère de Gui, vicomte de Pernant, le chevalier Elbe, qui revendiquait le seigneurie de Berzy et l'obtînt en 1161, comme premier seigneur de Berzy. Plusieurs seigneurs de Pernant sont ainsi répertoriés jusqu'à Guillaume de Bouclenay.

Premier propriétaire : la construction du premier châtelet vignette|Le châtelet au début du : plan de masse et deux élévations|gauche Le texte de 1322 cité en préambule permet d'identifier le propriétaire, Guillaume de Bouclenay ; le besoin de clarifier des liens avec le monastère s'explique : le prédécesseur de Pierre de Wasses s'appelait Gauthier de Bouclenay ; don Lefort, historiographe de Saint-Crépin au , le situe comme un frère ou un oncle de Guillaume ; il aurait pu profiter de ce lien de parenté pour s'établir sur le domaine de l'abbaye.

Gauthier a dirigé l'abbaye de 1303 à 1313 ; le premier châtelet est construit à cette époque, modeste construction à un étage ; elle est ceinte de hautes fortifications et de tours encerclant le promontoire, isolé du plateau par ses deux fossés et de la vallée par le surplomb naturel sur le village.