L'église Notre-Dame-de-l'Assomption de Plomion, attestée dès le XIe siècle, est une église fortifiée de Thiérache profondément transformée vers 1600 et dotée d’un important système défensif.
Entièrement restaurée entre 2019 et 2023, elle est ouverte à la visite et classée en totalité au titre des monuments historiques.
Historique
Origines médiévales vignette|gauche|upright=1.2|Vue de la nef de l'église de Plomion. L’existence d’une église à Plomion est attestée dès le XIe siècle. Sous l’épiscopat de Gébuin, évêque de Laon, l’autel de Plomion, avec celui de Ramouzy, aujourd’hui lieu-dit de Nampcelles-la-Cour, fut donné à la communauté de chanoines de l’église Saint-Laurent de Rozoy-sur-Serre. Cette donation est connue par un acte postérieur de Barthélemy, évêque de Laon au XIIe siècle, confirmant les possessions de cette communauté.
Selon l’historien Maximilien Melleville, le village de Plomion fut brûlé par les Anglais en 1339, lors de la chevauchée d’Édouard III.
De l'édifice médiéval subsistent aujourd'hui les élévations de la nef centrale ainsi que quelques ouvertures réemployées dans les constructions postérieures.
Fortification vers 1600
Voir la section « Système défensif ».
À la fin du XVIe siècle ou au début du XVIIe siècle, probablement vers 1600, l’église est profondément transformée et fortifiée autour des parties conservées de l’édifice médiéval. Le massif occidental, composé d’une tour carrée flanquée de deux tours circulaires, ainsi que les dispositifs défensifs aménagés dans les parties hautes datent principalement de cette campagne de travaux. Un escalier à vis situé dans la tour nord dessert les différents niveaux du fort.
La fortification de l’église de Plomion s’inscrit dans un vaste mouvement qui conduit à fortifier 71 églises de Thiérache entre le milieu du XVIe et la fin du XVIIe siècle, dans un contexte marqué par la succession des guerres et des périodes de trêve.
Selon l’historien Édouard Michaux, quatre mille soldats espagnols commandés par le colonel Roze occupent Rozoy du 21 février au 12 avril 1651 et commettent d’importantes dévastations dans la région. Des procès-verbaux dressés après leur départ auraient rapporté qu’à Plomion l’église fut partiellement démolie, ses vitraux brisés et ses ornements pillés.
Transformations des XVIIIe et XIXe siècles
La signature du traité des Pyrénées entre la France et l'Espagne en 1659 rend peu à peu obsolète la fonction défensivePanneau d’interprétation « L’Église de Plomion », parcours patrimonial de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Plomion, installé dans le cadre de la restauration et de la mise en valeur de l’édifice, consulté le 27 juillet 2026..
Dans les années 1730, une importante campagne de transformation est menée, notamment par l’entrepreneur A. Gorisse, dont le nom et la date de 1733 figurent sur la corniche du collatéral sud. La nef centrale et les collatéraux sont réunis sous une même toiture, les fenêtres hautes de la nef sont bouchées, les ouvertures des collatéraux sont agrandies et une sacristie est construite. Les anciennes salles de refuge et le donjon sont également réaménagés pour accueillir le clocher : une flèche est édifiée au-dessus du donjon et l’ancienne salle de refuge reçoit le beffroi et les clochesPanneau d’interprétation « Histoire de clocher », parcours patrimonial de l’église Notre-Dame de Plomion, installé à la suite de la restauration de l’édifice, consulté le 27 juillet 2026..
Les trois cloches installées au XVIIe siècle sont remplacées en 1727, aux frais des habitants.
En 1780, de nouveaux travaux ont lieu sur le clocher. En 1806, deux ouïes sont perçées dans la couverture.
Les archives municipales mentionnent dès 1794 une horloge actionnant la sonnerie des clochesPanneau d’interprétation « L’horloge et le temps », parcours patrimonial de l’église Notre-Dame de Plomion, installé à la suite de la restauration de l’édifice, consulté le 27 juillet 2026..
Pendant la Révolution française, il est envisagé de supprimer l’église de Bancigny et de rattacher ses habitants à celle de Plomion, distante d’environ . Selon l’historienne Joëlle Dervin, ce projet est abandonné car, durant les périodes pluvieuses, le gué permettant de franchir le Robinet entre les deux villages devient impraticable.
En 1822, le conseil municipal décide la construction d’un nouveau beffroi et confie la refonte des cloches au fondeur vosgien François Réseau.
En 1843, la municipalité fait réaliser un nouveau mécanisme par l’horloger-mécanicien parisien Lefèvre-Magloire. L'horloge est ensuite remplacée en 1902.
L’accès à la sacristie est modifié en 1855, puis une tribune est installée à l’entrée de la nef en 1867.
Protection et restaurations au XXe siècle
Les cloches en bronze sont réquisitionnées par les soldats allemands en décembre 1916, elles sont fondues pour l’industrie d’armement. En 1922, trois nouvelles cloches sont baptisées Cécile-Jeanne-Augustine, Alexandrine-Marie-Paule et Marie-Louise.
Le clocher et les deux échauguettes du transept sont les premiers éléments protégés au titre des monuments historiques en 1927. L'arrêté d'inscription est étendu à tout l’édifice en 1987.
En 1977, l'église est restaurée dans le cadre du plan de sauvegarde de 34 églises fortifiées lancé par le conseil général de l'Aisne.
Remontée manuellement par un agent municipal jusque dans les années 1970, l’horloge est électrifiée à la fin du XXe siècle. En 1989, le mouvement de l'horloge semble encore en activité puisqu'une étude est envisagée pour le faire découvrir au public au travers d'un parcours de visite.
En 1992, la Sauvegarde de l’Art français accorde deux aides, d’un montant total de 85 000 francs, pour la restauration des couvertures de la tour et des tourelles occidentales.
Restauration et mise en valeur au XXIe siècle
En 2018, la commune engage un important projet de restauration de l’église, en partenariat avec la communauté de communes de la Thiérache du Centre et la Fondation du patrimoine. Cette dernière recense un montant global de 108 849 euros de financements apportés au projet, comprenant 40 849 euros de dons, 54 000 euros attribués au titre du Loto du patrimoine et 14 000 euros issus du mécénat et d’autres aides.
Les travaux commencent en juin 2019 et se poursuivent pendant près de quatre ans. Ils comprennent notamment la restauration des maçonneries, de la charpente, des sols, des menuiseries et des vitraux, ainsi que la rénovation de l’installation électrique et du mobilier. Plus de 10 000 briques sont remplacées sur les façades. En 2021, le maire René Blary estime le coût du chantier à 1,5 million d’euros hors taxes.
L'horloge est entièrement restaurée en 2020 par l’entreprise Lepers & Frères, établie à Dompierre-sur-Helpe.
Le chantier s’accompagne de l’aménagement d’un parcours de visite dans les parties fortifiées de l’édifice, auparavant difficilement accessibles au public. Les visiteurs peuvent désormais monter dans la tour et les tourelles, découvrir les cloches et le mécanisme de l’horloge qui commande leur sonnerie, ainsi que le donjon, la salle des gardes et les différents éléments du système défensif de l’église. Cette ouverture permet de mieux comprendre la double fonction, religieuse et militaire, de l’édifice.
Une poutre de la charpente, vieille d’environ cinq siècles et trop endommagée pour être conservée, est transformée en stylos à l’initiative du maire. Certains sont notamment remis à des habitants de Plomion ainsi qu’au président de la République Emmanuel Macron.
Le 6 février 2020, les maçons découvrent sous une pierre un message laissé par leurs prédécesseurs lors de travaux réalisés en 1900, sous la présidence d’Émile Loubet et le mandat du maire Dufour. Les ouvriers Leleux, Mien, Grave et Delaby s’y présentent avec humour comme « quatre bons garçons amis du flacon » et adressent leurs salutations à leurs successeurs. Après avoir replacé la pierre, les maçons chargés de la restauration (Lemaire, Boussageon, Gallet, Sablin, Decaux) y déposent à leur tour une réponse.
L’église restaurée et son parcours de visite sont inaugurés en mai 2023.
En , l'édifice en totalité est classé monument historique.
Architecture
Plan et aspect extérieur
L’église, principalement construite en brique, adopte un plan en croix latine. Elle comprend une nef centrale flanquée de deux collatéraux, un transept et un chœur, précédés à l’ouest par un imposant massif fortifié.
Ce massif occidental est formé d’un donjon-porche carré flanqué de deux tours circulaires. Le donjon est couvert d’un toit en pavillon surmonté d’une flèche polygonale, tandis que les deux tours sont également coiffées de flèches polygonales. À l’est, une tour et une échauguette renforcent le chevet.
La nef et les collatéraux sont réunis sous une même toiture à longs pans. Le transept possède une toiture à deux pans et le chœur est couvert d’une croupe polygonale. Les façades sont ornées de motifs géométriques en briques vernissées, notamment des entrelacs, des damiers, des croix losangées, des cœurs et des losanges.
Système défensif
Le système défensif est principalement organisé autour du donjon-porche et de ses deux tours circulaires (diamètre intérieur de 4 mètres environ). Un escalier à vis aménagé dans la tour nord dessert les différents niveaux de la partie fortifiée. La tour sud comportait à l’origine quatre niveaux et abritait notamment une salle de garde équipée d’une cheminée, utilisée à la fois comme lieu de vie, poste de guet et position de tir. Les défenseurs passaient d'un étage à l'autre par des échellesPanneau d’interprétation « La salle des gardes », parcours patrimonial de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Plomion, installé dans le cadre de la restauration et de la mise en valeur de l’édifice, consulté le 27 juillet 2026..
La base du donjon atteint environ 1,30 m d'épaisseur.Les dimensions intérieures sont de 7m x 7m. C'est un des plus gros donjons de Thiérache, avec ceux de Prisces et de Saint-Algis.
De nombreuses meurtrières et archères (une soixantaine) permettaient de surveiller les abords de l’église et de couvrir les différents angles d’approche. Jean-Paul Meuret a recensé et étudié 42 meurtrières dans les trois premiers niveaux du donjon-porche. Leur forme, leur inclinaison et leur orientation varient selon leur emplacement et la zone à surveiller ou à défendre. Cette diversité, loin d’être fortuite, témoigne selon lui d’un système défensif cohérent, conçu notamment pour le guet, le flanquement des abords et le tir plongeant à proximité de l’entrée. En 1977, des traces de balles en plomb étaient visibles autour de quelques meurtrières de la tour nord.
Le transept et le chœur étaient également protégés par des dispositifs défensifs, notamment des échauguettes aménagées à l'arrière de l'églisePanneau d’interprétation « Un système défensif inspiré des châteaux-forts », parcours patrimonial de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Plomion, installé dans le cadre de la restauration et de la mise en valeur de l’édifice, consulté le 27 juillet 2026..
À l’origine, l’entrée était protégée par des bretèches et par un hourd, galerie en bois construite en surplomb et percée de mâchicoulis. La présence de trous de boulin et des crochets à l'extérieur attestent l'existence de ce dispositif. A l'intérieur, une trappe aménagée dans le sol servait d’assommoir afin de défendre l’accès à la salle de refuge de l'étage.