thumb|500px|Le Député Girondin Armand Gensonné conduit à l'échafaud avec 20 autres Girondins le 31 octobre 1793
La famille Sanson est une célèbre famille de bourreaux normands qui ont exercé en France durant les , et s, d'abord à Rouen de 1675 à 1687, puis à Paris jusqu'en 1847..
Membres de la famille
Fondateur de la lignée : Charles Sanson Sous le règne de Louis XIV, Charles Sanson, ancien officier près de Rouen, devient aide du bourreau Pierre Jouenne à la suite de son mariage avec sa fille Marguerite Jouenne vers 1675. Le procès-verbal d'une exécution à Rouen en 1675 mentionne que, ayant à « rompre » un condamné,
Marguerite donne naissance à un fils, Charles (deuxième du nom), vers 1681. Devenu veuf fin 1685, Charles père quitte Rouen. Il occupe le même emploi d'aide-bourreau à Paris, vers 1687, puis remplace une année plus tard Nicolas Levasseur, destitué pour cause de proxénétisme. Le , Charles Sanson prend la succession de son beau-père et devient le premier représentant de la dynastie des bourreaux Sanson.
En 1699, Charles Sanson se retire de l'exercice quotidien de la charge au profit de son fils Charles, tout en en conservant officiellement le titre jusqu'à sa mort. Il épouse à Paris Jeanne Renée Dubut, sœur du bourreau de Melun. Le couple s'installe ensuite à Condé-en-Brie, où Charles Sanson meurt en 1707.
Charles Sanson II Charles Sanson II (fils de Charles et Marguerite Jouënne, sa première épouse), né vers 1681, aide son père à Paris à partir de 1696 environ et reste aide-bourreau encore deux ans après la démission de celui-ci. Le , à 18 ans, toujours aspirant, il procède à sa première décapitation sur la personne d'Angélique-Nicole CarlierHenri Sanson, Sept générations d'exécuteurs 1688-1847 : Mémoires des Sanson mis en ordre, vol. 1, Dupray de la Mahérie, 1862, 432 p., chap. VI « Procès et exécution de Madame Tiquet », pp. 399-432; il n’accède à la fonction qu'à sa majorité en 1701. Il obtient ses lettres de provision de bourreau officiel de Paris en 1707, après le décès de son père.
La même année, il épouse à Paris la sœur de la seconde épouse de son père, Anne Marthe Dubut (deuxième sœur du bourreau de Melun).
Charles Sanson fils, après avoir, en 1720, roué vif pour cause d'assassinat le comte de Horn, un cousin du duc d’Orléans, préside en 1721 à l'exécution de Cartouche, le célèbre bandit. Décédé à Paris en 1726, il laisse pour héritier de la charge son fils Charles Jean-Baptiste, alors âgé de sept ans. Il est inhumé dans l'église Saint-Laurent de Paris, où reposaient déjà ses parents.
Sa veuve se remarie avec François Prudhomme, qui devient le suppléant chargé d'exercer l'office au nom du jeune Charles Jean-Baptiste jusqu'à sa majorité. Spécialiste de la torture judiciaire, Prudhomme est alors désigné comme « questionnaire-juré » et participe notamment à une exécution remarquée en 1737.
Charles Jean Baptiste Sanson
thumb|Emplacement de l'ancienne maison de Charles-Henri Sanson, rue du Faubourg-Poissonnière.
Charles Jean-Baptiste Sanson débute au pied de l'échafaud à l'âge de sept ans en qualité de titulaire de l'office. Né vers 1719, fils de Charles Sanson et d'Anne Marthe Dubut, il hérite officiellement de la charge d'« Exécuteur de la Ville, Prévôté et Vicomté de Paris » à la mort de son père en 1726. En raison de sa minorité, l'office est exercé en son nom par son beau-père François Prudhomme, nommé suppléant par le Parlement. Devenu majeur en 1739, Charles Jean-Baptiste en reprend personnellement l'exerciceHenri-Clément Sanson, Sept générations d'exécuteurs, 1688–1847, Paris, 1879, p. 201–204..
Marié une première fois en 1737 à Paris avec Madeleine Tronson, il épouse à Étampes, en 1741, Jeanne Gabrielle Berger, elle-même fille du bourreau de Sens et petite-fille du bourreau d'Étampes.
En 1754, il est frappé par une attaque le laissant à demi-paralysé. Il doit passer le flambeau à son fils, Charles-Henri, qui n'a alors que quinze ans, tout en devant recourir à nouveau à l'assistance de François Prudhomme – devenu entretemps bourreau de Vannes – pour procéder, en 1757, à l'exécution du régicide Damiens.
Il s'installe à Brie-Comte-Robert, en Seine-et-Marne mais, bien qu'invalide, il n'obtient pas du Parlement son remplacement officiel dans la fonction par son fils. Devenu veuf vers 1767, il revient habiter à Paris pour y mourir vers 1778, peu après avoir démissionné en bonne et due forme en faveur de Charles-Henri, son fils. Sa femme était enterrée dans le cimetière de la chapelle Sainte-Anne, construite en 1650 et démolie en 1790, qui était située à l'actuel 77 rue du Faubourg-PoissonnièreJacques Hillairet Connaissance du vieux Paris, 326..
Charles-Henri Sanson (1739-1806) et les débuts de la guillotine
Débuts
thumb|Affaire Antoine François Derues, l'empoisonneur
Fils de Charles Jean Baptiste Sanson et de Madeleine Tronson, Charles-Henri Sanson naît le . Il épouse en 1766, à Paris, Marie-Anne Jugier, qui lui donne deux fils : Henri (1767–1840), futur successeur de son père à partir de 1795, et Gabriel (1769–1792), aide-bourreau dès 1790 environ, mort accidentellement en tombant de l’échafaud lors de l’exhibition de la tête d’un supplicié. Charles-Henri meurt le .
Charles-Henri prend ensuite part à de nombreuses exécutions marquantes : – celle de Robert-François Damiens, écartelé en 1757 pour avoir attenté à la vie de Louis XV ; Henri-Clément Sanson affirme que l'exécution elle-même a été dirigée par son oncle Nicolas-Gabriel Sanson, car son père Charles Jean-Baptiste était dans l'incapacité de le faire; selon Mercier, tous les bourreaux des villes voisines avaient été appelés à venir prêter main-forte à ces actes répugnants ; - celle de Thomas Arthur de Lally-Tollendal pour « avoir trahi les intérêts du roi». il manque la décapitation au premier coup; son père, présent comme chef-bourreau, doit achever l’exécution d’un coup supplémentaire ; – celle du chevalier de La Barre, jeune homme de dix-neuf ans condamné pour blasphème et décapité avant d’être brûlé, le ; – celle de l’empoisonneur et faux dévot Antoine-François Desrues en 1777.
À la suite de la démission de son père, il devient en 1778 le bourreau officiel de la « Ville, Prévôté et Vicomté de Paris » et, la même année, bourreau de la Cour du Roi à Versailles pour la « Prévôté de l’Hôtel du Roi », charge auparavant exercée par son oncle Nicolas Charles Gabriel Sanson. Le , il cesse d'exercer effectivement la charge. Son fils Henri, qui lui succède dans l'exercice de l'office, est nommé au début du mois de septembre 1795, tandis que Charles-Henri en conserve la titularité jusqu'à sa mort en 1806Charles-Henri Sanson, exécuteur des arrêts criminels à Paris, sa vie privée et publique. In : Mercure de France, 1er février 1951, p. 266 par R. GoulardLenôtre, G. (1855-1935). Auteur du texte. La guillotine et les exécuteurs des arrêts criminels pendant la révolution : d'après des documents inédits tirés des archives de l'État / par G. Lenôtre. 1893..
Guillotine (1789-1806)
thumb|Emplacement de l'ancienne maison de Charles-Henri Sanson 14, Rue Bleue thumb|Execution of Marie Antoinette in 1793 thumb|Brissot et 20 de ses complices à la guillotine : le 10 brumaire de la 2e année de la République française une et indivisible, Brissot et 20 de ses complices ont été jugés place de la Révolution.
Lorsque éclate la Révolution en 1789, Charles-Henri Sanson a cinquante ans. En 1791, le docteur Guillotin propose un mode d’exécution uniforme et réputé moins douloureux. Après la décision de l’Assemblée d’adopter la décapitation comme peine unique pour les condamnés à mort, Sanson adresse un mémoire soulignant la fatigue de l’exécuteur lorsqu’il doit enchaîner plusieurs décapitations, l’usure rapide des glaives de justice et le coût de leur entretien. L’idée d’un dispositif mécanique s’impose alors.
Les mémoires apocryphes publiés sous son nom en 1830 sont à l’origine de la légende selon laquelle Louis XVI se serait intéressé à la machine en conception et aurait suggéré une lame oblique. Il est attesté que la lame biseautée revient au chirurgien Antoine LouisFrédéric Armand, Les bourreaux en France : Du Moyen Âge à l'abolition de la peine de mort, « Guillotin et la guillotine », 2012.. Ces textes — rédigés par Louis-François L'Héritier et en partie par Honoré de Balzac — ont façonné une partie du folklore autour de Sanson. Balzac réutilisa d'ailleurs ses propres pages pour en faire un récit de fiction, Un épisode sous la Terreur (1845).
La guillotine est inaugurée le , en place de Grève, lors de l’exécution du bandit Nicolas Pelletier. Sanson participe à la mise au point pratique de l'appareil en effectuant des essais sur des moutons puis sur des cadavres, sous la supervision de son promoteur et de son concepteur.
Jusqu’au , Sanson procède à exécutions capitales durant la période révolutionnaire, parmi lesquelles celles de Louis XVI, de Philippe d’Orléans et de la reine Marie-Antoinette.
Plusieurs anecdotes liées à la Révolution jalonnent sa carrière :
il assigne Camille Desmoulins en justice pour calomnie, celui-ci l'ayant traité de « bourreau »Camille Desmoulins, Œuvres, Bibliobazaar, 2008, .. Une ordonnance du Conseil d’État du interdisait en effet l’usage du mot « bourreau » pour désigner l’exécuteur des hautes œuvres ;
il est accusé de faire commerce des dépouilles des suppliciés, notamment de celles de « Louis Capet », accusation qu’il réfute vigoureusement. Il conteste également les propos prêtés à Louis XVI par Dulaure, et décrit avec précision les derniers instants du souverainG. Lenotre, La Guillotine et les Exécuteurs des arrêts criminels pendant la Révolution, 1893, . ;
il doit se défendre d’avoir souffleté Charlotte Corday : il est établi que l'acte fut commis par un charpentier indépendant, François Le GrosPrudhomme, Les Révolutions de Paris, t. 16. ;
partisan discret d’une atténuation des peines, il conseille à plusieurs femmes de se déclarer enceintes, ce qui leur permet d’échapper provisoirement à l’exécutionChallamel et Ténint, Les Français sous la Révolution, 1843. ;
Au cours des mois suivants, Charles-Henri, aidé de son fils Henri et de Fermin, participa aux exécutions de Marie-Antoinette, Philippe Égalité et des députés girondins le . Selon les Mémoires de Sanson, ce soir-là, Fouquier-Tinville l’accusa d’« incivisme », en raison des égards qu’il témoignait à certains condamnés, et l’avertit qu’il serait étroitement surveillé s’il ne se conformait pas strictement aux exigences du Tribunal révolutionnaireCharles-Henri Sanson, Sept générations d’exécuteurs, 1688-1847, Paris, Dupray de la Mahérie, 1863, t. IV, p. 282-283..
il serait intervenu, en vain, auprès de Fouquier-Tinville pour ajourner une charrette de condamnés qu’il pensait menacée par l’agitation populaire au 9 Thermidor.
La guillotine fut rapidement associée au nom de Sanson, ce qui lui valut des surnoms populaires tels que « la fille à Charlot » ou « la bascule à Charlot ».
Il achète le presbytère de Vert-le-Petit comme bien national, où il aurait résidé.
Henri Sanson (1767-1840)
thumb|Rue René-Boulanger
On lui attribue parfois faussement l'exécution en de Marie-Antoinette puis, en 1795, de Fouquier-Tinville, l'ex-accusateur public du Tribunal révolutionnaire, alors qu'il n'était à cette époque encore que l'assistant de son père. C'est cependant à ces occasions qu'il acquiert sa célébrité.